Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
29 juillet 2009 3 29 /07 /juillet /2009 11:28
« Elle ignorait, lorsqu’elle avait décidé de lutter contre la dépravation, la malpropreté et la souffrance en mémoire du Dr Ozanne, qu’après un certain nombre d’années, la guérison de corps malades et l’adoucissement de la misère de certaines vies humaines feraient naître en elle une véritable passion, au point qu’elle souhaitait presque la dépravation qui lui permettrait de la satisfaire. »
Quel étrange petite (quoique relativement épaisse avec ses presque 800 pages) chose que ce roman. Il y a du Jane Austen, du Jules Verne, du Victor Hugo voire du Emile Zola dans ces pages, et quelque chose d’un conte de fées.
L’histoire est simple, et dramatique. Deux sœurs, aussi dissemblables que possibles, vivent sur une île anglo-normande, dans un petit paradis de vent, de granit, de mer et de jasmin. L’aînée, c’est Marianne : elle n’est pas jolie, mais est vive, dynamique, tenace comme un petit bout d’émeraude, avec sa figure jaune et ses vêtements verts. Un vrai petit lutin, égoïste et ambitieuse, des défauts qui feraient les qualités d’un homme. La cadette, c’est Marguerite : une fée blonde aux yeux bleus, toute vêtue de blanc, de rêves et d’amour. Car elle aime, Marguerite, elle concentre toute l’énergie de ses 7 ans à aimer, sa sœur, son île, ses parents, et tout ce qui l’entoure.
Arrive dans l’île, juste en face de chez elles, dans la rue du Dauphin Vert, un jeune garçon de leur âge, William Ozanne. Dont elles vont toutes les deux tomber amoureuses.
Lui, c’est Marguerite qu’il aimera. Même s’il a beaucoup d’affection pour Marianne, dont l’énergie le porte pour devenir officier dans la marine, qui l’a accompagné lors de l’agonie de son père, même si il a partagé un moment merveilleux avec elle sur un clipper arrêté dans leur baie, le Dauphin Vert, c’est Marguerite qui l’aime, c’est avec elle qu’il partage un pays merveilleux fait pour leur amour.
William part et se retrouve colon en Nouvelle-Zélande. Un soir, il écrit en Angleterre pour demander la main de sa bien-aimée. De longs mois après, ce n’est pas Marguerite qu’il voit descendre du Dauphin Vert, mais Marianne : dans sa lettre, il avait confondu les deux noms.
C’est un roman terrible, car William n’aura la force de dire la vérité à aucune des deux sœurs. Ces trois êtres vont construire leur vie sur un mensonge : celui de l’amour de William pour Marianne.
Ce n’est pas qu’un roman d’amour, c’est aussi un roman d’aventure à la Jules Verne : les passages sur l’établissement du settlement, la guerre contre les Maoris, ou le personnage de Tai Haruru ne dépareraient pas dans l’Île Mystérieuse. On y lutte pour sa vie, avec acharnement, on y défriche, on y « civilise », mais on garde les corsets et la moustache victoriens ; mais on garde la vaisselle anglaise et la dentelle française.
Mais ce roman ne parle pas que de cela. Il faut le lire pour les descriptions longues, amples, hugoliennes : le paysage, le pays n’est pas un décor. Il est plus qu’un personnage, il devient … l’évocation des sentiments que les êtres se portent. Le Dauphin Vert, le capitaine O’Hara et Nat représentent les meilleurs côtés du caractère de Marianne ; l’île anglo-normande est le symbole de l’amour de William et Marguerite et la vallée des Vert Pâturages celui de William pour sa fille Véronique.
Il y a beaucoup de mysticisme dans ce livre. Dieu est tout le temps présent, mais un dieu tendre et doux qui s’incarne dans le vent qui parcourt les rues de Saint-Pierre et du stettlement ; la course d’un goéland symbolise la prière et l’amour ; et des coquillages ramassés sur une plage font passer quelque chose de beaucoup plus fort qu’un simple souvenir. C’est un roman porté par le surnaturel, Marianne est une enfant échangée par les lutins, et les fées parcourent les grèves. Le Dauphin Vert arrive toujours au moment propice, comme si le Capitaine O’Hara était un étrange demi-dieu chargé de veiller sur leur bonheur – ou du moins sur le déroulement du récit.
Un très beau roman, très dur et très étrange mais qui m’a donné envie de lire d’autres écrits de cette auteur.
Partager cet article
Repost0

commentaires

George 12/10/2012 19:46


Effectivement il m'a l'air bien, assez étrange. Il est dans mes étagères donc devrait passer entre mes mains un jour ou l'autre.

Céline 18/10/2012 08:37



Je pense que tu y seras très sensible. C'est un beau roman, un monde à part entière.



emilie 27/08/2009 19:59

Je n'ai qu'une chose à dire, tu me donnes vraiment envie de le lire mais 800 pages, je ne pensais que c'était un si gros pavé.

Céline 28/08/2009 15:42


Il vaut vraiment le coup !


Présentation

  • : Le blog bleu
  • : Le blog d'une curieuse, avide d'histoires, de récits, de livres, de film et d'imaginaire.
  • Contact

En passant

Envie de vacances, de bouquinage dans un jardin anglais, de farniente...

Recherche

http://www.wikio.fr

Archives

http://www.wikio.fr

Mon planning

Janvier 2013

Lecture commune approximative : Imposture, de Benjamin Markovits, avec George

 

9 Janvier 2013

Lecture commune : Silvia's lovers, de Gaskel, avec Titine

 

20 Janvier 2013

Lecture commune : Les Chouans, de Balzac, avec Maggie, Nathalie , Cléanthe et Marie

 

Février 2013

Lecture commune : La fausse maîtresse, de Balzac, avec Marie

 

4 Mars 2013

Lecture commune : Le temps des métamorphoses, de Poppy Adams, avec Tiphanie, Soukee et Titine

 

Mars 2013

Lecture commune : The scarlett letter, de Nathaniel Hawthorne, avec Noctenbule et Titine

 

Mars 2013

Lecture commune : Quelle époque !, de Trollope, avec Adalana, Shelbylee, Maggie et Titine

 

Avril 2013

Lecture commune : Les vagues, de Virginia Woolf, avec Cléanthe , Anis et Titine


21 Juin 2013

Lecture Commune : Petite soeur, mon amour, avec Valérie

 

 Juin 2013

Lecture de L'Argent, d'Emile Zola dans le cadre du défi On a une relation comme ça, Emile Zola et moi

 

 Juillet 2013

Lecture de La débâcle, d'Emile Zola dans le cadre du défi On a une relation comme ça, Emile Zola et moi

 

 Août 2013

Lecture de Le Docteur Pascal, d'Emile Zola dans le cadre du défi On a une relation comme ça, Emile Zola et moi

 

7 Novembre 2013

Lecture de Le dernier Homme de Camus, dans le cadre du défi Albert Camus

Mes défis persos

On peut me retrouver : whoopsydaisy.jpg
Et j'en fais partie :
wildpal9.png
mythesetlégendes

souver10

D'autres blogs de lectures ?

Cuné a fait le compte et c'est !

 

Et Acr0 a recencé les blogs de fantasy, c'est ici