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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 09:15
"At least, they keep it separate from us."
C'est étonnant, j'ai du mal à écrire cette critique. Ca fait plusieurs fois que je la commence et que je l'abandonne. Parce que c'est un grand film, fort, puissant, mais que je n'ai pas aimé ce film. Ce film n'est pas aimable.
Ca commence comme un documentaire. Quelques années auparavant, un vaisseau spatial est tombé en panne au dessus de Johannesbourg. Quand les humains ont enfin pénétré à l'intérieur, ils ont rencontré des êtres amaigris et dans un état sanitaire déplorable. Ils ont donc décidé de mettre en place une expédition "humanitaire", et ont parqué ces êtres, les aliens en langage diplomatique, les "crevettes" en langage courant, dans un camp dans la ville - un bidon ville détestable.
Lorsque le documentaire commence, les tensions sont telles entre humains et crevettes qu'il est décidé de déplacer le camp à 240 km de la ville, afin que les humains ne soient plus incommodés par la présence alien. Le film suit les traces de Wikus van der Merwe, un petit sous-chef méprisable du MNU (l'entreprise privée, spécialisée dans les armes, chargée de gérer le camp alien), qui, grâce à ses liens familiaux avec le président de l'entreprise, reçoit une belle promotion et la responsabilité de la migration alien. On comprend vite que, lors de cette opération, quelque chose est arrivé à Wikus, mais quoi ?
L'histoire en elle même n'est pas très intéressante. Là où le film frappe (et fort), c'est que cette histoire est un prétexte pour montrer comment l'humain réagit face à l'Autre - ici les crevettes.
La peur et le dégoût, avec ces panneaux interdisant l'entrée des aliens dans la partie humaine de la ville, cette volonté de séparer humains et non humains, de ne pas se mêler à eux, la violence avec laquelle les agents du MNU interviennent, pétrifiés de trouille comme ils le sont. Le sadisme aussi, quand Wikus s'amuser à mettre le feu à l'écloserie et à entendre les embryons des aliens exploser sous la chaleur. Mais il n'y a pas que ça. Il y a aussi une forme de fascination pour l'autre, une curiosité qui devient vite malsaine, que ce soit dans les laboratoires du 4ème sous-sol du MNU ou dans les rituels cannibales des nigérians. La volonté d'exploiter la faiblesse de l'autre, en le droguant à coup de pâté pour chats (on ne nourrit plus son chat de la même manière après), en volant ses armes. L'attrait du gain, présenté de manière terrifiante par le charcutage de Wikus. Toutes les petites et grandes lâchetés de l'esprit humain et au loin, très loin de tout cela, la volonté bienveillante de organisations humanitaires et leur petits arrangements administratifs avec leur conscience.
Alors, forcément, quand on cherche à présenter ce genre d'idées, on ne fait pas dans la dentelle. Et ce film est dur, violent, désagréable à voir (j'ai failli partir avant la fin), avec des gouttelettes de sang qui giclent régulièrement sur la caméra, des détails répugnants et des images gores un peu partout dans le film. C'est dur.

Mais, ce qui est encore plus dur, c'est d'imaginer que ce film est encore en dessous de la réalité. Le bidon ville crasseux dans lequel évoluent les aliens n'est pas un décor de cinéma, mais un vrai bidon ville en banlieue de Johannesbourg, où vivent des gens, où grandissent des enfants. Les panneaux "interdits aux juifs, aux noirs, aux arabes" sont de l'histoire récente, comme les laboratoires d'expérimentation sur humains. Et si le réalisateur avait pensé montrer les violences abominables qui se sont produites le 28 Septembre dernier en Guinée, on l'aurait soupçonné d'avoir une imagination morbide.
Alors, oui, c'est une claque, violente, pour nous les humains, de voir cette démonstration implacable de notre inhumanité.

Mais ce film est aussi une claque cinématographique. Les effets spéciaux, déjà, tellement parfaits que je ne m'en suis rendue compte qu'après le film. Mais oui, bien sûr, ces aliens sont fait en image de synthèse. On ne s'en rend pas compte. Pas plus que pour le vaisseau spatial, dont la présence imposante trône au dessus de la ville.
Il y a cette idée du documentaire, qui rend les propos encore plus percutants. Il y a la manière dont est filmé cette oeuvre, qui installe dès les premières images, pourtant neutres, une tension pesante.
Alors bien sûr, il y a des facilités. L'histoire est gentille et un peu culcul, le vilain méchant humain qui devient un alien et se rend compte qu'ils ne sont pas si ... différents. La gentille crevette et son fils qui sont la bonté faite alien. Beaucoup d'explosions, des armes extraterrestres si énormes et si puissantes qu'elles semblent sorties d'un jeu vidéo. De la violence parfois gratuite, surtout à la fin. Quelques longueurs, à la fin également.
Mais, est-ce très important quand on considère le film dans sa globalité ? Ce sont des erreurs, des maladresses de jeunesse. Un premier long métrage de cette qualité me fait attendre les suivants avec impatience ! Merci Neil Blomkamp, de remettre nos idées en place de cette façon.



PS : un remerciement spécial à BMR-MAM . La bande annonce est tellement détestable que ce film aurait été le dernier que j'aurais été voir. Sa critique, et en particulier le "Attention, une mauvaise bande-annonce peut cacher un excellent film ! " m'a fait changer d'avis !
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commentaires

B

Je pense que la forme est très bonne étant donné le propos et la manière de traiter le film. En revanche, le traitement "Série B" suppose une certaine dose de gore qui peut heurter certains (mon
cas - je déteste à la base les bras mutants et les bouts de cervelle qui giclent mais aussi le traitement de l'image qui est caractéristique du film dit de série B. Nota : cela ne veut pourtant pas
dire que je suis ultra sensible ni réfractaire à toute forme de violence au cinéma). C'est la raison pour laquelle, bien qu'ayant réellement apprécié ce film, et notamment le vrai
retour aux racines de la SF qu'il opère, je n'ai pas aimé son visionnage. 

Quant au jeu vidéo et à la suite, il faut tout de même savoir que blomkamp et Jackson voulaient à la base adapter le jeu vidéo Halo. Cependant, face aux refus des producteurs, ils se
sont rabattus sur District 9 qui est en fait (pour autant que je me souvienne) tiré du  court métrage qui avait fait remarquer Blomkamp. C'est d'ailleurs la raison principale pour
laquelle le réalisateur est si peu connu.

En revanche, le film s'est avéré un carton. Or, qui dit carton dit (i) produit dérivé donc jeu vidéo soit déjà développé, soit en cours de développement et (ii) suite, qu'elle ait été prévue à la
base ou non.

La vraie question sera de savoir si Blomkamp sera capable de nous sortir une suite aussi innovante et percutante que cet opus.


Répondre
C

On est d'accord sur le fait que ce film ne soit pas "agréable" ni "plaisant" à voir. De nombreuses dissections de souris et tutti quanti me laissent froide vis à vis des bras mutants, mais la
quantité d'hémoglobine projettée un peu partout sur l'écran finit par vraiment dégoûter.
Mais comme je trouve que cette horreur et ce dégoût participent au message du film. Ce n'est pas de l'horreur gratuite, et donc elle me plait.

Je vais me répéter. Mais vraiment si une suite débarque dans un an et demi, je serais vraiment déçue. J'aime la fin parce qu'elle est ouverte et qu'elle prend - pour une fois - le spectateur pour
un être intelligent, doué d'imagination et d'une certaine capacité à digérer le matériel qu'on lui donne. Si on nous refait le même coup qu'avec Matrix ou d'autres film de ce genre, je serais très
déçue.


L

Très belle note! Après celle de BMR et MAM justement, je pensais qu'il n'y avait rien à ajouter, j'avais tort! C'est étonnant que tu dises que tu as failli quitter la salle tant ce film était dur,
j'en connais qui ont trouvé ce film inutile et ennuyeux! ... bref ...

Bien au contraire, je le trouve dans la forme presque parfait et dans le fond d'une rare clairvoyance, surtout comparé aux films sur les aliens des dix (vingt?) dernières années... (oui, les
aliens, c'est un peu mon kif, même pas honte!)!


Répondre
C

Merci ! Je ne savais pas que les aliens, c'était ton kif ! En tout cas, c'est pas du tout le mien, et il a fallu
l'avis enthousiaste de BMR et MAM (ainsi les conseils ravis de certains amis) pour y aller.
La forme est effectivement très bien réussie. On est tellement happés par le fond qu'on ne fait pas vraiment attention à la forme, mais, à elle seule, elle mériterait un revisionnage !


P



J'ai adoré ce film, globalement une version trash de "E.T. retourner
maison" croisé avec "La mouche" dont la scène avec les ongles et les
dents qui tombent est reprise ici quasi-littéralement. La fin est cependant
convenue. Néanmoins, je pense que tout est laissé ouvert pour une suite
: le héros "crevette" promet de revenir "dans 3 ans", et je vois déja le
scénario : les crevettes reviennent en force pour se venger et parquent
les humains dans des camps. Notre "héros" humain-transformé-crevette se
rejouit d'abord mais fini par repasser du coté des humains en voyant les
maltraitances.




Répondre
C

J'ai "vu" la Mouche il y a bien longtemps, et je ne m'en souviens pas assez pour faire la comparaison (les guillements font référence au coussin derrière lequel je cachais mes yeux pendant, euh ...
la totalité du film ).

Effectivement, une suite possible est à prévoir. Ou du moins, le film lance des lassots vers l'avenir. le fait que Christopher promette de revenir (et ça ne va pas être propre, à mon avis), mais
également et surtout le fait que le film se présente comme un documentaire. Si documentaire il y a, c'est que les faits qui nous sont présentés là sont passés et que l'on se situe dans l'avenir.
Quand ? Au début du film, je pensais que c'était un avenir lointain, 10, 15 ans après les faits. Mais il faut croire que moins de 3 ans se sont écoulés depuis la disparition de Wikus. Ou que
Christopher n'a jamais réussi à rentrer chez lui. Ou que les aliens ont décidé d'abandonner les leurs. Ou que ... J'aime bien cette fin qui laisse tant de portes ouvertes, et je serai finalement
déçue si on nous servait la suite, comme un plat mal réchauffé...


B


Effectivement ce film est à lire comme un pamphlet politique sur notre relation à l'autre (à l'alien, au black, au juif, ...). Certains n'y ont vu qu'un prélude
à un futur jeu vidéo (c'est ce que laissait entrevoir effectivement la mauvaise bande-annonce et la mauvaise affiche) et certes la dernière partie du film relève un peu d'un shoot'm all
basique mais bon, la première moitié vaut largement le déplacement.



Répondre
C

Totalement d'accord avec toi !
Je ne pense pas qu'ils aient eu pour but de faire un nouveau jeu video. Sinon, ils auraient choisi un réalisateur plus connu, non ? Je n'ai pas l'impression qu'ils s'attendaient à un succès tel que
celui que le film a connu.
Mais je suis peut-être trop naïve ...


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