Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 08:52
desqueyroux.jpg"un travail urgent l'appelait , non de vengeance ni de haine : mais cette petite idiote, là bas, à Saint-Clair, qui croyait le bonheur possible, il fallait qu'elle sût, comme Thérèse, que le bonheur n'existe pas."
Lorsque le récit commence, Thérèse Desqueyroux sort du tribunal, au bras de son avocat qui la ramène vers son père. De la conversation entre les deux hommes, on comprend que Thérèse a voulu assassiner son mari, mais que, par peur du scandale, son mari a fait un faux témoignage la disculpant.
On suit Thérèse et ses pensées le long du trajet qui la ramène vers son mari, le discours auquel elle réfléchit pour expliquer à son mari son geste, discours qu'elle n'aura jamais l'occasion de prononcer car il ne lui en laissera pas le temps, l'enfermant dans une chambre où elle va s'affamer.
C'est un portrait de femme absolument éblouissant, celui d'une femme trop forte, trop intelligente pour le rôle que la société veut lui faire jouer. Celui d'une femme qui se croit assez forte pour s'adapter à la petite famille sclérosée dans laquelle son mariage la fait entrer, qui choisit d'elle même un mari médiocre, parce que "les deux milles hectares de Bernard ne l'avaient pas laissée indifférente", parce qu'elle est amoureuse de ses pins. Celui d'une femme qui s'aperçoit, par hasard, que sa vie est trop petite pour elle, qu'elle aurait pu en vivre une autre, à fumer des cigarettes dans un café parisien, à discuter avec ses pairs.
Le portrait d'une femme qui vit dans ses pensées, dans ses rêves, dans le bruissement des pins et la fumée de cigarette.

"Jamais Thérèse ne connût une telle paix - ce qu'elle croyait être la paix, et qui n'était que le demi-sommeil, l'engourdissement de ce reptile dans son sein."

C'est aussi le portrait d'un monde, d'une société où les gens qui faillissent disparaissent de l'histoire familiale, des photos, des souvenirs. Un monde qui, quelque soit par ailleurs l'appartenance politique, droite ou gauche, chrétiens ou athés, vit de ses principes, de ses "idées saines", du "comme il faut". Où l'individu n'existe plus, mais où la communauté, la Famille prime. On voit Anne, sa belle-soeur, brisée par cette loi, comme signe avant-coureur du destin de Thérèse.
J'avoue avoir un peu étouffé dans ce monde, cherchant comme Thérèse un souffle de liberté. Les moments de respiration sont rares, et bienvenus.

Mais il y a le style de Mauriac, absolument parfait :

"que faisait Jean Avédo à cette heure ? Peut-être buvait-il dans ce petit bar dont il lui avait parlé ? Peut-être (tant la nuit était douce) roulait-il en auto, avec un ami, dans le bois de Boulogne désert. Peut-être travaillait-il à sa table, et Paris grondait au loin ; le silence, c'était lui qui le créait, qui le conquérait sur le vacarme du monde ; il ne lui était pas imposé du dehors comme celui qui étouffait Thérèse ; ce silence était son oeuvre et ne s'étendait pas plus loins que la lueur de la lampe, que les rayons chargés de livres."

Mauriac est un auteur que je découvre avec cette oeuvre, et que je compte bien continuer à lire !

PS : en revanche, j'ai été très déçue par les dernières pages qui arrivent comme un cheveu sur la soupe. Je ne trouve pas cette fin dans l'esprit du reste du livre. Même la description de Paris fait artificielle, après la brillante évocation du sud ouest. Quel dommage !
Partager cet article
Repost0

commentaires

Béné 25/02/2010 23:22


je ne connais pas du tout. Tu me donnes envie de cécouvrir en tout cas. J'aime bien ton univers de lecture.


Céline 26/02/2010 09:49


Je te le conseille chaleureusement. C'est un écrivain qui n'est plus beaucoup lu aujourd'hui, sans doute parce que son univers n'est plus "à la mode", mais qui vaut le détour.
Merci pour ta remarque !


Moka 25/02/2010 19:15


Je compte bien lire ce grand classique !


Céline 26/02/2010 09:48


Il se lit très vite en plus ! Et puisque Mauriac n'a pas pu se débarrasser de la petite Thérèse comme ça, et qu'il a écrit une suite, je compte bien prolonger mon plaisir avec La fin de la
nuit !


Présentation

  • : Le blog bleu
  • : Le blog d'une curieuse, avide d'histoires, de récits, de livres, de film et d'imaginaire.
  • Contact

En passant

Envie de vacances, de bouquinage dans un jardin anglais, de farniente...

Recherche

http://www.wikio.fr

Archives

http://www.wikio.fr

Mon planning

Janvier 2013

Lecture commune approximative : Imposture, de Benjamin Markovits, avec George

 

9 Janvier 2013

Lecture commune : Silvia's lovers, de Gaskel, avec Titine

 

20 Janvier 2013

Lecture commune : Les Chouans, de Balzac, avec Maggie, Nathalie , Cléanthe et Marie

 

Février 2013

Lecture commune : La fausse maîtresse, de Balzac, avec Marie

 

4 Mars 2013

Lecture commune : Le temps des métamorphoses, de Poppy Adams, avec Tiphanie, Soukee et Titine

 

Mars 2013

Lecture commune : The scarlett letter, de Nathaniel Hawthorne, avec Noctenbule et Titine

 

Mars 2013

Lecture commune : Quelle époque !, de Trollope, avec Adalana, Shelbylee, Maggie et Titine

 

Avril 2013

Lecture commune : Les vagues, de Virginia Woolf, avec Cléanthe , Anis et Titine


21 Juin 2013

Lecture Commune : Petite soeur, mon amour, avec Valérie

 

 Juin 2013

Lecture de L'Argent, d'Emile Zola dans le cadre du défi On a une relation comme ça, Emile Zola et moi

 

 Juillet 2013

Lecture de La débâcle, d'Emile Zola dans le cadre du défi On a une relation comme ça, Emile Zola et moi

 

 Août 2013

Lecture de Le Docteur Pascal, d'Emile Zola dans le cadre du défi On a une relation comme ça, Emile Zola et moi

 

7 Novembre 2013

Lecture de Le dernier Homme de Camus, dans le cadre du défi Albert Camus

Mes défis persos

On peut me retrouver : whoopsydaisy.jpg
Et j'en fais partie :
wildpal9.png
mythesetlégendes

souver10

D'autres blogs de lectures ?

Cuné a fait le compte et c'est !

 

Et Acr0 a recencé les blogs de fantasy, c'est ici