Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 09:00

inception.jpg

"Dreams feel real over it. It's only when we wake up that we realize that something was actually strange."

 

 

 

  • L'avis de Céline

On a mis tellement de temps à aller le voir à cause des salles bondées ; et il y avait encore hier tant de monde dans la salle de ciné, je pars du principe que tout le monde l’a vu. Donc il y a des spoilers.

« Le mieux est l’ennemi du bien ». Voilà un proverbe dont Christopher Nolan ne connaît pas l’existence, et c’est bien regrettable.

Car, le vrai problème d’Inception est là : à trop vouloir en faire, à monter de la complexité sur de la complexité comme des œufs en neige, à multiplier les personnages, les strates de rêves, le film finit par rester inabouti, de nombreuses pistes ayant été ouvertes, puis écartées.

Il y a deux films en un, deux films qui auraient chacun mérité un meilleur traitement. Un film d’espionnage et d’action, avec la nécessaire course contre la montre revisitée, les différents personnages traditionnels : le boss, la femme, le gros bras, le petit bras malin, auquel on ajoute un second gros bras dont on ne voit pas trop l’utilité, et un japonais, qui passe par là comme par hasard. Ce film là, je ne serais sans doute pas aller le voir (1).

L’autre film, celui sur la relation amoureuse entre di Caprio et Cotillard, avec Juno Helen Page (2) comme témoin, est infiniment plus passionnant – et poétique. Cet amour qui se construit en dehors du monde, dans des strates de rêves infini, qui reconstruit sans cesse le paysage de nos mémoires, qui passe cinquante ans en quelques heures, et qui finit par se perdre dans ce labyrinthe d’imagination, cet amour si fort que les deux partenaires préfèrent vivre au contact direct de leurs subconscients que dans la réalité, est splendide. Il y a une grande poésie dans ces « limbes » et dans les scènes qui s’y passent ; l’échange entre di Caprio et Saito, cet homme épuisé dans ses souvenirs, face à Saito, égaré, perdu, vieil homme mythologique est une scène qui restera dans ma mémoire.

Et le fameux dilemme sur le réel et le virtuel ! A peine ébauché, et déjà passionnant : comment je sais que je rêve ? Et surtout, comment je sais que je suis éveillé ? Di Caprio utilise une petite toupie pour le savoir (oui, oui, on aura fini par comprendre), mais cette question d’un intérêt crucial n’est à la fin donnée que comme exemple d’inception. Et pourtant ! Il y a tellement de références littéraires et cinématographique qui se sont frottées avec succès à ce thème, La vie est un songe, de Calderon, ou Mulholland Drive, pour ne parler que de ceux que j'ai vu l'an dernier... Il y avait un tel potentiel derrière cette simple question : pourquoi Mall s'est suicidée, qui reste inachevée, à peine ébauchée.

C’est mon plus grand regret du film…

Mon autre regret, ce sont les scènes d’action. Je ne suis pas fan de la chose, mais il peut m’arriver d’aimer ça : celles de Matrix 1, par exemple, ou Casino Royal sont magnifiques. Parce qu’elles sont chorégraphiées. Et celles d’Inception, bah elles ne sont pas chorégraphiées (à part celle de l’hôtel, qui est pas mal). Et donc, n’étant pas fan des fusillades et des courses-poursuites, je me suis fait ch*** pendant une bonne moitié du film. Surtout que la musique a tendance à devenir omniprésente, très forte, de plus en plus forte, trop forte, beaucoup trop forte à la fin du film.

Mais, allez vous me dire, il en fallait pour tous les goûts !

Bah oui. A vouloir faire du ‘bon pour tous’, on finit par faire du ‘bien’.  Je le regrette d’autant plus que ce film a une excellente base, une qualité graphique ahurissante, des acteurs géniaux, et de vrais moments de poésie.

La qualité graphique, par exemple : dès les premières images du film, ces vagues qui lèchent le corps de di Caprio, j'ai été séduite par le grain de l'image. Et cet enchantement a duré tout le film, dans les salles japonisantes, dans le Paris reconstruit, dans la ville aux hauts immeubles modernes.

 

En revanche, ce film me pose un certain nombre de questions (oui, là, je vais descendre le scénario trio oufzor qui tue qu'on nous a vendu) :

- si dans un rêve, on peut imaginer plus ou moins ce qu'on veut (genre replier Paris comme une crèpe, par exemple, ou s'imaginer avec une kalachnikov à la main), pourquoi ne peut-on pas supprimer ses ennemis en imaginant qu'ils ne sont plus là ? Hein ? Ahhhh, parce que ça supprimerait les scènes d'actions qui font venir les mecs... OK, je comprends mieux maintenant...

- Le premier rêve, celui où ils vont nous chercher une info dans le cerveau de Saito, on est bien d'accord qu'il y a un rêve dans un rêve, a dream within a dream ? Sans qu'apparement, ça ne leur pose trop de problème... Pourquoi dans le second rêve (celui de l'inception dans le cerveau de Fisher), il leur faut des somnifères hyper-puissants-même-que-si-on-meurt-on-ne-se-réveille-pas pour n'atteindre qu'un seule degré de complexité supplémentaire ?

 

Finalement, je crois que je suis assez d'accord avec la critique de Télérama : "Ici, les idées intéressantes ne manquent pas : la mort comme seul moyen de se réveiller ; les rêves dans le rêve, avec des effets de dilatation ou de contraction du temps. Mais ce ne sont que des trucs passagers, au service d'une histoire décevante, et ensevelis sous un déluge visuel, à l'insistance plus soporifique qu'onirique."


(1) et c’est sans doute là l’explication d’un certain nombre de choses…

(2) Oui, je suis désolée, je n’ai pas été capable de voit autre chose que des acteurs en train de jouer le rôle de X, Y ou Z. Sauf pour Fisher, que j'ai trouvé excellent : ce petit fils à Papa se transforme au fur et à mesure du film en personnage plus riche, plus tendre, qui a fini par m'être très sympathique.

 

inception2

  • L’avis de B.

Après le très bon The Dark Knight, Christopher Nolan confirme son talent avec Inception. Autant le dire tout de suite, je ne suis pas d’accord avec Céline et j’ai trouvé le film très bon, même s’il n’est pas totalement exempt de défauts.

Attention, cette critique dévoile des éléments clefs de l’histoire.

Avec Inception, Nolan s’exerce à un jeu périlleux qu’est le mélange les genres : heist movie (film de casse à la Ocean’s eleven), thriller, film d’action et science fiction. Pour ce dernier genre, on notera la parenté visuelle et thématique avec Matrix (réflexion sur le réel et sa perception, scènes d’action en apesanteur dans l’hôtel notamment).

Nolan s’en sort globalement assez bien même si l’on peut considérer que le film accorde un peu trop de temps aux scènes d’action (la scène de l’assaut de la forteresse enneigée traine en effet un peu en longueur et aurait notamment pu être raccourcie pour faire place à un peu plus de développements sur les éléments plus intéressants du scénario).

Nolan s’attaque ici au thème relativement classique des rêves et du rapport à la réalité. Contrairement à certains de ses prédécesseurs, il choisit toutefois une approche très cartésienne et réaliste. La distinction entre rêve et réalité est extrêmement ténue d’un point de vue visuel et c’est justement le ressort principal de son scénario qui mêle réflexion sur la notion de réel (suis-je en train de rêver ?) et l’autorise à un scénario à tiroir extrêmement habile et sophistiqué imbriquant différents niveaux de rêves/réalité. Autant le dire, ce scénario fonctionne à merveille et procure un plaisir intense ! C’est une mécanique parfaitement huilée qui, si elle n’a pas le temps ni l’envie de tout nous démontrer (ce serait démonstratif et barbant), sait faire juste ce qu’il faut d’ellipses afin d’assurer sa cohérence au film.

Ce dernier est dominé par certains thèmes récurrents : le labyrinthe et le paradoxe dont notamment le fait de tourner en rond (on voit là encore la sophistication du scénario et de la mise en scène qui se répondent via une trouvaille visuelle toute bête : la toupie qui tourne sur elle-même dans un mouvement perpétuel … ou pas).

Il est notamment excessivement intéressant de voir comment l’équipe s’y prend pour implanter une idée dans l’esprit de sa cible. Le processus de raffinage de l’idée pour en extraire la substantifique moelle et ensuite déterminer les vecteurs les plus efficaces d’un point de vue émotionnel pour son implantation est impressionnant. Le résultat, une manipulation via trois niveaux de réalité, est excessivement brillant.

A ce scénario sophistiqué est associée une mise en scène magistrale passant notamment par un montage excessivement efficace. Nolan exploite une trouvaille cinématographique formidable qu’est l’étirement du temps : plus on s’enfonce dans les strates du rêve, plus le temps ralentit. Le résultat, la longue scène d’implantation de l’idée (l’inception à proprement parler), est époustouflant. Cette image du van n’en finissant plus de tomber, associée à l’urgence absolue qui règne dans le niveau de rêve suivant (l’hôtel) dans laquelle s’imbrique une urgence plus diffuse dans la scène de l’attaque de la forteresse (c’est d’ailleurs peut être là que se trouve la raison de sa relative longueur) à enfin l’infini mortifère mais magnifique des limbes donne un entrelacs de réalité et de tension tout bonnement génial.

Ce que l’image et le montage montrait est renforcé par une utilisation habile de la musique qui ralentit et devient plus sourde à mesure que l’on s’enfonce dans les strates du subconscient de la cible, Fisher.

Il faut ajouter à cela une image et une photographie magnifique. Nolan a de beaux décors et sait les utiliser discrètement pour notamment attribuer à chaque degré de rêve sa propre esthétique et à chaque subconscient sa personnalité.

Enfin, Léonardo Di Caprio confirme lui aussi son immense talent d’acteur, dans un rôle proche de celui qu’il tenait dans l’excellent Shutter Island. Marion Cotillard s’illustre quant à elle dans un très beau rôle auquel elle donne exactement la touche nécessaire d’épouvante et de tendresse. Cillian Murphy qui joue Fisher, le jeune héritier, cible de l’inception est aussi excellent, commençant comme un glacial petit garçon riche antipathique au possible pour s’humaniser par degrés. Les seconds rôles enfin eux aussi très réussi avec une palme toute particulière à Helen Page qui s’illustre encore mais cette fois-ci dans un rôle totalement différent de celui de Juno.

Enfin, j’ai aimé la référence voire l’hommage à un immense chef d’œuvre du cinéma : Citizen Kane (tout de même élu plus grand film américain de tous les temps par l’American Film Institute). Citizen Kane est une enquête pour décrypter le sens des derniers mots d’un vieillard mourant ; Inception tend ici à l’inverse : obtenir qu’un mourant prononce les derniers mots que l’on souhaite lui faire dire. Pour les sceptiques, vous trouverez votre preuve dans le coffre fort à côté du père mourant : ce n’est pas le testament, nœud de l’inception, que Fisher sort de ce coffre : c’est le jouet avec lequel il jouait enfant… Rosebud disait Charles Foster Kane en mourant ; la marque du traineau avec lequel il jouait étant enfant lorsqu’il fut enlevé à ses parents pour devenir ce qu’il fut.  

 

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

L


Deux critiques très intéressantes, et j'avoue être d'accord avec la deuxième. Ce film m'a scié, je l'ai trouvé absolument génial.



Répondre
C


Merci :)


C'est B. qui va être content !



Y


C'est marrant, car je l'ai vu deux fois, et si monpremier avis était plutôt positif, je penche finalement vers celui de Céline. Comme toi, je trouve qu'il y a des incohérences de scénario assez
flagrante, qui affaiblissent fortement le propos.


Si je ne les ai pas vu la première fois, absorbé par l'intrigue, ma deuxième vision a été fatale. C'est beaucoup d'effets spéciaux et de fausses pistes, pour au final un film qui n'est rien
d'autre qu'un bon blockbuster !



Répondre
C


C'est un blockbuster d'excellente qualité (si on compare à Avatar, par exemple ... c'est un chef d'oeuvre). Mais ce n'est pas le meilleur film de la décennie non plus...



G


Et dans le genre question métaphysique gratuite : pourquoi l'apesanteur n'est-elle transitive qu'à un niveau ?? ie : dans le niveau 2 (l'hôtel), ils se retrouvent à voler, parce que la
camionnette fait un bond dans le niveau 1. Mais alors pourquoi ils ne volent pas aussi dans le niveau 3 ?? (je sors)



Répondre
C


Hello Miss ! Totalement d'accord avec toi. Et même, si c'est transitif qu'à un niveau, pourquoi quand Arthur les bouge pour les empaqueter au niveau 2, ne le ressentent-ils pas au niveau 3 ?



L


Deux avis tout à fait géniaux ! Même si je rejoins plus l'avis du second, le premier est très intéressant et parfaitement critique !



Répondre
C


Merci beaucoup (de la part de nous deux) !


Le retour du ciné a été assez mouvementé j'avoue , on n'a vraiment pas réussi à se mettre d'accord.



A


J'avoue que j'ai vraiment adoré, dans le genre grand spectacle mais avec du fond quand même!



Répondre
C


Je vais un jour devoir m'avouer que je ne suis pas fan des films à "grand spectacle" ;). Mais le fond m'a beaucoup plu !



Présentation

  • : Le blog bleu
  • : Le blog d'une curieuse, avide d'histoires, de récits, de livres, de film et d'imaginaire.
  • Contact

En passant

Envie de vacances, de bouquinage dans un jardin anglais, de farniente...

Recherche

http://www.wikio.fr

Archives

http://www.wikio.fr

Mon planning

Janvier 2013

Lecture commune approximative : Imposture, de Benjamin Markovits, avec George

 

9 Janvier 2013

Lecture commune : Silvia's lovers, de Gaskel, avec Titine

 

20 Janvier 2013

Lecture commune : Les Chouans, de Balzac, avec Maggie, Nathalie , Cléanthe et Marie

 

Février 2013

Lecture commune : La fausse maîtresse, de Balzac, avec Marie

 

4 Mars 2013

Lecture commune : Le temps des métamorphoses, de Poppy Adams, avec Tiphanie, Soukee et Titine

 

Mars 2013

Lecture commune : The scarlett letter, de Nathaniel Hawthorne, avec Noctenbule et Titine

 

Mars 2013

Lecture commune : Quelle époque !, de Trollope, avec Adalana, Shelbylee, Maggie et Titine

 

Avril 2013

Lecture commune : Les vagues, de Virginia Woolf, avec Cléanthe , Anis et Titine


21 Juin 2013

Lecture Commune : Petite soeur, mon amour, avec Valérie

 

 Juin 2013

Lecture de L'Argent, d'Emile Zola dans le cadre du défi On a une relation comme ça, Emile Zola et moi

 

 Juillet 2013

Lecture de La débâcle, d'Emile Zola dans le cadre du défi On a une relation comme ça, Emile Zola et moi

 

 Août 2013

Lecture de Le Docteur Pascal, d'Emile Zola dans le cadre du défi On a une relation comme ça, Emile Zola et moi

 

7 Novembre 2013

Lecture de Le dernier Homme de Camus, dans le cadre du défi Albert Camus

Mes défis persos

On peut me retrouver : whoopsydaisy.jpg
Et j'en fais partie :
wildpal9.png
mythesetlégendes

souver10

D'autres blogs de lectures ?

Cuné a fait le compte et c'est !

 

Et Acr0 a recencé les blogs de fantasy, c'est ici