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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 09:00
orphelins.jpg"La difficulté est le travail que je mène ici. Il faut d'abord que j'en vienne à bout. Après tout, le monde entier est au bord de la catastrophe. Que penseraient les gens si je les abandonnais en un tel moment ? Vous-même, que penseriez vous de moi ?"
J'ai quelques difficultés à parler de ce texte car je ne sais pas si j'ai aimé ou pas. Je n'arrive pas à faire la part entre ce que je juge extraordinaire (le style d'Ishiguro, son univers, sa manière de construire des univers troubles et branlants), ce qui me déplait (les personnages, et en particulier le narrateur), et ce que je ne comprends pas : où va cette histoire ? Que veut-elle dire ? Pourquoi l'a-t-il écrit ?
J'ai refermé le livre sur une impression d'inachevement. Et pourtant, je suis certaine d'être passée à côté de quelque chose.

L'histoire raconte la vie de Christopher Banks. Il nait à Shangaï,
où vivent ses parents, au tournant XIXème/XXème siècle . Sa mère, très impliquée dans la lutte contre le commerce de l'opium, est une figure lumineuse qui éclaire ses jeunes années : "Je me souviens qu'une fois, au cours de nos jeux, elle se figea soudain en voyant un pasteur sortir de l'église. Nous restâmes sagement debout au bord de la pelouse, le saluant au moment où il passa. Mais à peine eut-il disparu de notre vue que ma mère fit volte-face et, s'inclinant vers moi, se mit à pouffer d'un air complice."
Mais alors qu'il a une dizaine d'années, ses parents disparaissent l'un après l'autre : la police locale conclut à un enlèvement. L'enfant est envoyé en Angleterre, chez une tante.
Quelques années plus tard, alors qu'il est devenu un célèbre détective et membre de la fine fleur de la Haute Société, il décide de retourner à Shangaï afin de résoudre l'énigme de cet enlèvement. La quête de ses parents, dans les années qui précèdent la Seconde Guerre Mondiale, alors que la guerre entre chinois et japonais fait rage à Shangaï, devient alors plus importante que tout, tout persuadé qu'il est que retrouver ce couple va changer le monde, arrêter la guerre, et résoudre tous les problèmes de la Terre. Bref, sauver le monde.
Il ne faut que quelques pages pour se rendre compte que le narrateur n'a pas toute sa raison. Comme un enfant qui joue, et transforme sa chambre en royaume moyen-âgeux ou en vaisseau spatial, Christopher transforme ce qu'il voit pour le faire coincider avec son histoire, sa vie telle qu'il veut qu'elle soit.
"il me fallu un moment pour comprendre qu'il s'agissait tout simplement d'une illusion qu'il s'était fabriquée - selon toute vraisemblance, d'une fable qu'il avait inventé bien des années plus tôt pour rendre moins amers les souvenirs d'une époque d'intense tristesse." dit-il au sujet d'un ami de collège. Mais partout et tout le temps, c'est lui qui réécrit l'histoire avec ses fantasmes.

Cela m'a énormément destabilisée, comme si j'avais passé quelques heures en compagnie d'un fou. D'autant plus fou que ceux qui l'entourent semblent se plier à sa folie : le colonel chinois accepte d'abandonner ses hommes en plein combat pour le suivre dans les ruines de Shangaï, les autorités anglaises se plient à ses desideratas... Alors, bien sûr, comme Christopher est le narrateur, on suppose que tout ce qu'il raconte n'est pas vrai. Mais jusqu'à quel point ? Où est le vrai ? J'ai eu l'impression d'être dans un bateau qui tangue, à essayer de retrouver un équilibre, devenant légèrement nauséeuse.

Tout ceci prouve, je pense, le talent d'Ishiguro qui parvient à nous introduire dans n'importe quel univers, et à nous mettre mal à l'aise quand il le souhaite. J'y ai également retrouve le style, sans faille, de cet auteur que j'adore. Sa manière de raconter des souvenirs, comme j'avais déjà pu le voir dans Auprès de moi, toujours, est très émouvante. On sent les odeurs de Shangaï, on caresse de la main le cuir et le bois des bureaux coloniaux, on joue avec Christopher et son ami Akira dans le jardin tropical. C'est merveilleux de douceur et de nostalgie.
Un autre aspect m'a profondément émue : Ishiguro décrit la guerre, dans ce qu'à d'atroce une ville démolie par les tirs croisés des chinois et des japonais. Ishiguro est né à Nagasaki, et même si il n'était pas né pendant la guerre, je me dis que ses descriptions sentent trop le vrai pour ne pas être nourris de souvenirs familiaux.
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commentaires

Syl. 18/10/2010 23:32



Bonsoir, J'ai sur mon blog un article qu'a écrit Somaja, sur le livre. Elle te rejoint sur le voyage "spirituel" de Christopher à Shanghai. Tu trouveras le billet à la droite du blog dans "Somaja
et les mille et un livres". A +



Céline 20/10/2010 09:30



Merci du lien ! Je vais aller lire ça...



Syl. 15/10/2010 14:51



Je ne sais plus quoi penser. Je suis septique. Si vraiment, il joue avec nous sur le vrai du faux, et bien je suis encore plus admirative ! Mais aussi effrayée... cela s'appelle de la
manipulation. Je vais voir avec les copines, je t'en reparlerai...
A bientôt...


 



rose 04/03/2010 15:41


Je n'ai pas encore lu ce roman-ci d'Ishiguro que j'adore aussi, mais je retrouve bien dans ton billet l'atmosphère trouble de ses romans, ces personnages que l'on découvre peu à peu pas si
recommendables, égarés... J'ai hâte de lire celui-ci !


Céline 04/03/2010 15:52


Tu y retrouveras le style et l'ambiance des autres romans d'Ishiguro !


Ys 04/03/2010 10:21


J'ai aimé Les vestiges du jour et Auprès de moi toujours et celui-là est à mon programme très prochainement. Comme j'aime être destabilisée, ça devrait être parfait !


Céline 04/03/2010 14:00


J'ai hâte de lire ton avis ... (et ce que tu en as compris ;) )


Benoit 03/03/2010 12:19



A lire comme ça le résumé du livre on a l'impression de lire une histoire du colonialisme.

Tout commence par un age d'or qui est celui de la domination pure que l'on pourrait assimiler à un certain paternalisme de la part des européens (particulièrement choquant). Puis les peuples
colonisés commencent à se rebeller, c'est ainsi la disparition de cette autorité, à laquelle pourrait correspondre l'enlèvement des parents.

Les peuples colonisés emancipés commencent ensuite à se faire la guerre sous l'oeil de leurs anciens maîtres qui ne comprennent pas réellement ce qui leur arrive. La folie du personnage c'est
peut être la folie de ceux qui se croient encore important dans un monde qui les a déjà dépassés, la folie des anciens maitres, des européens colonisateurs.

Nan j'ai pas abusé du daiquiri ... nan nan ! (non j'ai pas lu le livre non plus mais c'est ce à quoi j'ai pensé en lisant la critique)



Céline 03/03/2010 16:00


Je ne pense pas que ce soit ça. La "colonialisation" est assez absente du récit.
Je pense qu'il s'agit plutôt d'un texte sur le passage de l'enfance, ses jeux, ses fantasmes, ses "on dirait que je serais", à l'âge adulte où on a un regard sans doute plus lucide sur le monde ...


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