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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 15:39

tanya.jpg"Si une chose doit disparaître, qu'il en soit ainsi"


 L'avis de Céline

 

Aist est le narrateur de cette étrange histoire, à mi-chemin entre le documentaire ethnologique et le conte fantastique. Il est un des derniers représentants du peuple Méria, tribu russo-finnoise, des contrées arides du grand nord russe, dont il ne reste que quelques traditions, et surtout une propension qu'on leurs membres à se reconnaître entre eux. C'est son père, un poète raté, qui lui a transmis ce qu'il sait de sa culture, lors du dernier voyage de sa mère.

Lorsque le film commence, Aist a une quarantaine d'années ; il vit seul dans une maison solitaire, avec ses deux oiseaux, deux petits pinsons qui pépient tout le long du film. Il tente d'écrire une monographie sur la culture méria, et travaille à l'usine de papier locale, dirigée par Miron.

Lorsque la femme de Mirin, Tanya, meurt, c'est à Aist que celui-ci fait appel pour lui donner la paix selon les rites mérias. Ils partent tous les deux, en voiture, avec le corps de Tanya à l'arrière et les oiseaux de Aist entre eux, jusqu'à l'endroit choisi pour Tanya. Comme il est dit dès le début, ils ne reviendront jamais. 

 

Ce film est terriblement russe, bien sûr. On y retrouve cette exaltation désespérée, cette joie forcée, ces personnages brutes et naïfs, violents et tendres qui m’avaient frappés dans 12 ; on y retrouve les vastes étendues de plaines, les villes sinistres, la vodka, les hommes en armes qui semblent un passage obligé du cinéma russe.

C’est aussi un film de voyage, d’un voyage intérieur qui va conduire ces deux hommes à trouver une réponse aux doutes qui les assaillent au début du film. Ils finiront en paix, avec eux même, avec leur passé, avec leur culture.

 

C’est surtout un film qui parle d’amour et de mort, d’eau et de feu, d’épouses aimées qui survivent dans les rivières et les lacs de ce pays recouvert d’eaux. La femme n’y est pas humaine. Adorée comme une déesse, violentée, violée et chérie comme un être d’un autre monde, elle n’y apparaît nulle part comme un être à part entière. Tanya est morte et son corps, blanc, roux, blond, gras, est  entre ces deux hommes comme une statue d’ivoire et d’or. Adorée, on lui fait des libations de vodka ;  adorée, on construit un autel, un bûcher sur lequel on lui sacrifie ; et même vivante, que ce soit dans de rares flashbacks ou dans les propos d’Aist et de Mirion, elle apparaît comme une figure de la féminité, une déesse généreuse, qui n’est pas sans rappeler certaines statuettes de la Préhistoire.

tanya2.jpgEntre l'adorant (Miron), et sa déesse (Tanya), Aist apparait comme un passeur, un chaman, un prêtre qui seul maîtrise les rites de cette culture qui disparait.

 

C’est donc un film extraordinaire, fantastique, mythologique, païen, auquel nous convie . D’un rythme lent, il séduit et apaise. Sa fin est splendide, donne un nouveau sens à l’histoire, et conclut admirablement ce film court, mais splendide.

 

tanya3.jpg

 

L'avis de B.

 

 

Le dernier voyage de Tania est un film étrange et beau. Il ne s’agit très clairement pas du type de film que je serais allé voir si votre charmante bloggeuse préférée ne m’y avait pas poussé (aidé certes pas les très bonnes critiques du Masque et la plume de France Inter).

Dans le nord de la Russie, deux hommes vont entreprendre un voyage afin d’aller bruler et rendre à la rivière les restes de la femme de l’un, suivant ainsi le rite antique d’une tribu mourrante du nord, les Méria.

C’est un film très contemplatif, la caméra passe la majeure partie du film sur la place arrière de leur voiture, braquée sur la nuque des personnages et le pare brise sur lequel défile le paysage morne et désolé de la Russie automnale. Il n’y a que très peu de dialogues mais il s’en dégage une poésie indéniable.

Lors de ce voyage, le mari de la défunte racontera son amour de façon parfois très crue et brute ; un amour d’autant plus beau qu’il émane d’un homme rustre et l’enveloppe d’une telle façon qu’il en vient presque à le définir tout entier. A ses côtés se tient le fils d’une sorte de poète fou, dont le rêve est de faire survivre la culture mourante des Méria. Il avait aimé lui aussi la défunte mais loin de les séparer, c’est plutôt ce qui permettra à un lien d’insensiblement les unir.

Entre eux enfin se tient une cage dans laquelle pépient deux passereaux, leurs deux âmes dont le chant charmant nous accompagnera tout le long de ce road movie très particulier.

C’est un film triste, presque désolé, à la poésie très russe. La mélancolie y est cajolée ; on parle peu mais quelque chose se crée, et ce quelque chose nous émeut.

 

 

 

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