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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 09:24

Lisbonne.jpg"Vous ne devez pas vous intéresser à moi, Monsieur le Comte. Il ne faut pas. Mon coeur est mort."

 

 


L'avis de B.

Les mystères de Lisbonne est un film atypique de Raoul Ruiz. Il dure en effet plus de quatre heures et a initialement été conçu pour la télévision (il sera diffusé en version intégrale sur Arte prochainement). Cela ne lui enlève en rien son intérêt qui est celui d’adapter à l’écran un roman d’aventures dans la veine d’Alexandre Dumas. On y retrouve de multiples intrigues tournant autour du père Dinis, personnage mystérieux d’un curé pas si catholique que ça, as du déguisement et dont le passé est plus qu’intriguant.

Je vous fais grâce des multiples intrigues de ce roman touffu et bourré de rebondissements pour me focaliser sur ce qui m’a plu et déplu dans ce film. J’ai tout d’abord préféré la première partie dans laquelle le personnage du curé est plus présent à la seconde dans laquelle le jeune orphelin qu’il protège entre en scène en tant que jeune adulte et amoureux d’une belle et venimeuse française. J’ai beaucoup aimé que le film prenne son temps ; imaginez une adaptation du Comte de Monte-cristo qui ait la qualité des meilleurs films et une durée qui laisse le temps à chaque personnage, chaque rebondissement, de se développer dans toute sa splendeur littéraire. L’acteur qui joue le père Dinis est notamment excellent mais aussi tous les autres et nombreux protagonistes de cette histoire à tiroirs s’en tirent avec les honneurs. Le scénario captivant et la mise en scène sobre mais énergique et adaptée à son propos en font un très agréable moment.

lisbonne3.jpg

En revanche, la seconde partie fait plus penser à du sous Dumas pour des raisons qui tiennent à la fois au scénario et aux acteurs. On voit notamment la jeunesse du père Dinis qui n’apporte pas grand chose et est globalement assez barbante. L’acteur qui a été choisi pour Dinis jeune est laid et absolument pas charismatique, ce qui fait que l’on a du mal à reconnaître en lui celui dont on a suivi les aventures avec passion pendant près de trois heures. Enfin, de nombreuses scènes sont jouées en français car une part non négligeable de l’intrigue a lieu soit en France, soit avec des français. Il faut noter que le doublage des acteurs portugais (même dans le film en VO) est très mauvais et fait très toc. D’autre part, Léa Seydoux fait une apparition fort peu remarquée et peu intéressante aux cotés de Clotilde Hesme. Si la beauté de cette dernière sied à son rôle il n’en va clairement pas de même de son talent. Elle est très irrégulière et trouve le moyen de totalement rater plusieurs scènes. En bref, on se laisse très agréablement porter par ce film de cape et d’épée fort bien ficelé dont la durée est l’un des grands atouts, quand bien même la deuxième partie ne tient pas toutes les promesses de la première.

 

 

 

L'avis de Céline

Les mystères de Lisbonne commence comme un roman de Dickens : le petit Joao est un garçonnet élevé dans un orphelinat, depuis sa naissance, ne connaissant ni son père, ni sa mère. Il est attentivement surveillé par le père Dinis, qui est à la tête de cette institution religieuse. Tellement protégé que ça attire les médisances : le père Dinis ne serait-il pas le père du gamin ? Un jour où, traité de bâtard, par un de ces camarades, il se met en colère, une crise d’épilepsie le prend, et il tombe malade.

Dans sa fièvre, une étrange femme vient à son chevet, dépose sur un meuble un curieux théâtre de carton, et l’appelle son fils. A son réveil, il n’a qu’un désir : revoir cette mère.

C’est par cette porte que Raoul Ruiz nous introduit au sein du curieux monde des Mystères de Lisbonne, et nous fait rencontrer le personnage du père Dinis, le personnage pivot de cette histoire. Comme Pedro qui pousse un jour la porte derrière laquelle se cachent les mystères de Dinis (un crâne poussiéreux, un costume d’homme du monde, un uniforme de soldat napoléonien, ou vêtements de gitan) nous découvrons le portrait de cet homme, prêtre au grand cœur, homme plein de secrets au passé complexe, Vautrin qui aurait des sentiments humains et qui se jouerait des gens dans leur propre intérêt.

lisbonne2.jpg

Par son intermédiaire, c’est cent ans de l’histoire de l’Europe qui vont se reconstituer devant nous, comme un puzzle dont on assemblerait les pièces une à une, rencontre par rencontre : des aventures galantes d’hommes et de femmes du monde au parfum casanovien aux voyages d’un exilé dans des colonies peintes par Gauguin, en passant par les guerres napoléoniennes. Chacune de ces scènes est scandée par des mises en abîme dans le petit théâtre de carton, orné de décors de Venise, ou de salons chics de Lisbonnes, comme pour accentuer le côté imaginaire de ces scènes.

 

lisbonne1.jpg

C’est un film extraordinaire, au parfum de roman, de vaste fresque à la Dumas ou à la Dickens. On y retrouve les coïncidences improbables, les personnages au caractère simple et entier (la femme malheureuse, le mari jaloux, ou la garce vengeresse), les couvents et les châteaux, les conversations de salon, et cet espèce de démon au cœur pur qu’est Dinis.

Bien sûr, comme tous ces romans, ce film n’est pas exempt de défaut : un scénario qui s’appuie parfois un peu trop sur ces fameuses coïncidences, une structure qui finit par devenir un peu trop répétitive (deux personnages se rencontrent et se racontent une scène de leur vie), une fin un peu baclée – à la décharge du film, c’est ici une version abrégée dont la version complète sortira prochainement en téléfilm sur Arte.

Malgré ces maladresses, c’est une aventure jouissive, qui donne le plaisir simple de raconter une histoire, des racontes des histoires, en créant un univers riche et baroque. On s’attache vite aux aventures du jeune Pedro et du père Dinis, en particulier grâce au jeu des acteurs (Adriano Luz est fantastique). Malheureusement, les scènes françaises nécessitent une doublure pour le père Dinis, et la doublure française de Adriano Luz est terriblement mauvaise:  n’était-il pas possible de prendre un doubleur qui ait la même voix que lui ? Et seconde erreur de casting, les actrices françaises : Clothilde Hesme et Léa Seydoux jouent comme des pieds. Et comparé aux acteurs portugais, leur manque de professionnalisme se ressent.

La mise en scène est d’une beauté stupéfiante. A la fois très sobre et complexe, jouant avec les mises en abîme à la manière d’une pièce de théâtre baroque, elle prend son temps, filmant les visages, les objets, les lieux, avec une lenteur délectable. Elle s’attarde sur les détails, des pans de murs blancs tâchés de soleil, des corps s’abandonnant, des regards échangés. Elle en devient théâtrale lorsque les personnages s’affrontent, silhouette contre silhouette, et poétique lors des confessions amicales

Bien qu’il soit entaché de quelques petits défauts, c’est un film excellent, qui possède de tant d’instants de grâce que les 4h du film passent sans qu’on s’en aperçoivent. A voir, donc, et à revoir lorsqu’il passera sur Arte.

 

 

 

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