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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 09:00

theyearsofriceandsalt.jpgThis is what the human story is, not the emperors and the generals and their wars, but the nameless actions of people who are never written down, the good they do for others passed on like a blessing, just doing for strangers what your mother did for you or not doing what she always spoke against.

 

A la fin du Moyen-Âge, l’Europe a connu une succession d’épidémies de pestes dramatique. On estime que près d’un tiers des européens sont morts à cette occasion. The years of Rice and Salt part d’un postulat très simple : et si la Peste Noire avait tué la totalité des européens ?

Si le monde s’était construit autour de l’Asie centrale, entre la Chine, le monde arabe, l’Inde et Samarqand ?

L’idée est excellente et est poursuivie sur près de 600 ans, jusqu’à l’équivalent de nos années 2000. Comme personnages se trouvent trois âmes, prises dans le cycle des réincarnations bouddhistes, liées et vouées à se retrouver et à s’attacher les unes aux autres dans chaque réincarnation. Il y a celui, ou celle, dont le nom commence à K., l’être plein de charisme, parfois colérique, parfois emporté, mais au charme sans pareil. Celui dont le nom commence par I., le savant, l’érudit. Et B., qui est je crois mon favori, le sage, le doux, le complaisant.

A chaque révolution, à chaque découverte extraordinaire, ces trois êtres sont là, et nous les voyons par leurs yeux.

 

C’est très émouvant de voir le monde tel qui l’aurait été si notre culture n’avait été qu’un tas de ruine. Quand, par exemple, les charges positives et négatives des protons et des électrons s’appelle le yin et le yang. Ou tout simplement de voir le monde tel qu’on le voit quand on ne se centre pas sur l’Europe et son histoire, et qu’on prête autant d’intérêts aux événements se produisant sur la Route de la Soie qu’on en donne à ceux arrivant à Florence à la Renaissance.

Cet aspect m’a enthousiasmé : comme une expérience que l’on refait en changeant un paramètre.

 

Most of the women in Idelba’s lab were Buddhist nuns, and many of the men there were monks. Compassion, right action, a kind of agape, as the ancient Greek had called it-the Greek, those ghosts of this place, people who had had every idea already, in a lost paradise that had included even the story of paradise lost, in the form of Plato’s tale of Atlantis, which were turning out to be true, according to the latest studies of the scholars on Kreta, digging in the ruins.

 

Mais, j’ai plusieurs réserves, et d’importance, concernant ce livre.

Je ne le trouve déjà pas assez ambitieux : sa trame reprend plus ou moins celle de l’histoire réelle. Est-ce pour dire que certains événements sont faits pour se dérouler à telle période : la découverte de l’Amérique au XVIème siècle, et la Guerre Mondiale au XXème ? Que l’Histoire est écrite ? Ou est-ce par manque d’imagination de l’auteur ?

J’ai trouvé cet aspect vraiment dommage, car on finit par voir de la prédictabilité là où il ne devrait pas en avoir, et connaitre d'avance les événements sur lesquels portent les chapitres.

L’autre aspect qui m’a vraiment gênée, c’est le manque de qualités littéraires. Le style est correct (mais sans plus), mais toutes les autres qualités du roman manquent. On est plus face à un documentaire sur une uchronie que face à une histoire. S’il y a progression entre les premiers chapitres et les derniers, je ne la vois pas. Et au sein même des chapitres, les intrigues sont généralement réduites à leur plus simple expression.

Au final, un roman qui traine en longueur, qui manque de rythme. Passé la première surprise, j’ai eu du mal à le finir …


Alors, il y a quelques moments de grâce. Des chapitres (Nsara), ou des passages (quand K sous forme de tigre retrouve B et lui sauve la vie) splendides que j’ai relu plusieurs fois. Mais je les ai trouvés un peu trop rares …

 

Lu dans le cadre du challenge 100 ans de littérature américaine

littératureaméricaine2011 

 

 

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 13:48

Avec une quinzaine de jours de retard (tant mieux pour celles qui n'avaient pas fini), je clos le Défi Mythes et Légendes.

Quand je l'ai commencé, je me demandais bien ce que ça allait donner. Pas beaucoup d'inscrits, pas beaucoup de billets ... Et puis, de plus en plus de lecteurs et de lectrices m'ont rejoint, et nous avons pu avoir de très beaux échanges sur la mythologie.

 

mythesetlégendes

 

Tous les billets sont accessibles via cette page. N'hésitez pas à aller les lire et à piocher de l'inspiration pour les vacances !

La mythologie grecque est celle qui a eu le plus de succès, que ce soit dans les textes initiaux ou les adaptations. Est-ce parce qu'elle nous est le plus familière ? Parce que la puissance de ses mythes nous touche toujours ?

Elle a en tout cas été plébiscitée.

Vient ensuite la mythologie celtique, grâce à la Légende du Roi Arthur. Et les petits livres de la collection point ont permis de découvrir les mythes nordiques, incas, égyptiens ou chinois.

 

J'ai beaucoup aimé lancer et participer à ce défi. Je n'ai pas lu la moitié des livres que je comptais lire à cette occasion ! Alors, je vous propose qu'on se retrouve dans quelques semaines pour la suite de ce défi. J'ai quelques idées pour modifier la manière dont est organisé ce défi, je vous en parlerai plus à la rentrée.

 

Merci à tous pour votre participation, et à très bientôt pour de nouvelles aventures mythologiques

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 15:01

Voilà, j'ai fini aujourd'hui de rédiger ma thèse. J'ai imprimé les 224 pages ce matin, les ai glissées dans des petites (enfin, des grandes enveloppes) sur lesquelles j'ai tracé en m'appliquant l'adresse des membres de mon jury.

Pfiouuuuuuh, c'est un sentiment étrange. De grande joie, teintée en même temps d'une sorte de nostalgie : j'aime pas voir le temps qui passe et qui s'écoule. La satisfaction du devoir accompli, et l'angoisse de ne pas avoir fait assez bien, assez peaufiné.

Drôle de moment ...

 

Je n'ai pas travaillé 24 heures sur 24 pendant cette rédaction. Je n'en ai pas eu besoin, et heureusement, car je n'aurais pas pu le faire. J'aurais pu continuer à tenir ce blog de loin en loin, comme je le souhaitais au départ. Je n'y arrivais pas. En passant la journée à lire et écrire, j'étais à peine capable de lire quand je rentrais le soir, et incapable d'écrire.

J'ai donc beaucoup à vous dire : livres, films, musique. La liste s'est allongée, et sans parler des commentaires qui attendent depuis si longtemps ... J'ai aussi beaucoup à vous lire : malgré mes efforts, mon reader plafonne au dessus des +1000 depuis quelques jours déjà.

 

En deux mots : me revoilà, et je ne pars en vacances de sitôt !

 

Un dernier mot : en ce qui concerne le défi Mythes et Légendes : j'ai pas eu le temps de m'occuper de la clôture. Je le ferais ce soir ou demain. Mais donc, bien sûr, les quelques billets qui sont arrivés début Juillet seront incorporés au défi !

 

A très vite

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 09:00

Scout Finch a 6 ans et est un vrai garçon manqué. Elle vit à Maycomb, Alabama, avec son grand frère Jem, à peine plus âgé qu’elle, et son père Atticus et elle porte un bleu de travail au grand dam de sa tante. Sa mère est morte il y a bien longtemps et seul son frère Jem est assez vieux pour se rappeler d’elle. Atticus élève seul ses enfants avec l’aide de Calpurnia, leur bonne noire. Scout et Jem vivent une enfance absolument idéale qui n’est pas sans rappeler ce monde merveilleux de Tom Sawyer ;  on y retrouve cette ambiance de douce chaleur et de liberté. Maycomb est un lieu hors du temps et refermé sur lui-même dans lequel tout le monde connait tout le monde et dans lequel tout semble bienveillant à part peut être l’inquiétante maison des voisins, les Radleys.

Les Radleys ne sortent presque jamais de leur maison et en tout cas leur fils, Boo Radley, n’est pas apparu depuis tellement longtemps qu’il a acquis le statut de mythe à la fois fascinant et terrifiant pour Scout et Jem. L’ombre inquiétante de Boo occupera une place d’honneur dans les jeux de Scout, Jem et Dill, un autre gamin qui passe tous les étés à Maycomb chez sa tante. Boo est bien entendu un monstre terrible, un tueur assoiffé de sang qui rôde la nuit. De quoi mettre du sel dans la vie des trois gamins…

Harper Lee prend son temps. Nous suivrons la vie de Scout et Jem pendant plusieurs années. Si le monde qui les entoure semble figé hors du temps, leurs consciences d’enfants s’éveillent doucement et Maycomb change insensiblement au fur et à mesure que leur attention s’éveille.

Les premiers temps du roman sont centrés sur le foyer familial, un monde familier et bien balisé dans lequel l’inconnu (Boo Radley) fait peur. Jem commencera le premier à grandir puis Scout commencera l’école (quelques moments grandioses avec la nouvelle maîtresse d’école) et sera confrontée à un autre chose qu’elle ne connait pas bien, jusqu’au jour où leur quotidien sera insensiblement bouleversé par l’irruption du monde adulte. Leur père Atticus, avocat, va en effet se charger de la défense de Tom Robinson, accusé de viol. Rien que de très quotidien, surtout en les temps qui courent, si ce n’est que Tom Robinson est noir et la victime blanche.

Or à Maycomb, nous sommes en plein ex territoire confédéré. Les noirs sont les inférieurs des blanc et tout crime commis par un noir envers un blanc est capital. Le fait même qu’Atticus, un blanc, assure la défense d’un noir est révoltant pour la petite communauté de Maycomb. Et puis de toute façon il est noir non ? Pourquoi donc le défendre…

Ce roman est un pur et absolu chef d’œuvre. Harper Lee y développe des thèmes d’une grande puissance et d’une profondeur avec une intelligence et une finesse rare. Le fait que la narratrice soit une gamine de 6 ans témoigne d’une très grande habileté car permet d’introduire beaucoup de légèreté dans ce qui, eu égard aux thèmes abordés, aurait pu être un poncif sirupeux, pontifiant et dégoulinant.

Qui plus est, Harper Lee écrit merveilleusement. Son style est simple mais elle sait créer une atmosphère douce et attachante. J'ai beaucoup ri et souri en lisant ce roman. Elle aborde avec simplicité mais beaucoup de pronfondeur des thèmes graves, grâce à un immense talent de narration et de mise en scène. Certaines scènes sont magnifiques, comme le procès, le premier jour d’école, le goûter de ces dames ou la fin.

Elle y dresse une galerie de personnages riches et pour certains inoubliables. Atticus, le père et défenseur de Tom Robinson est une pure merveille. Il est le parfait humaniste, sage et bienveillant. Mais surtout Atticus nous est décrit par sa fille. Par cet artifice Harper Lee donne beaucoup de consistance et d’humanité à son personnage, évitant par là la caricature.

J’aurais envie d’écrire des pages et des pages pour décrire tous les personnages secondaires, certains très attachants comme Miss Maudi, la voisine, d’autres vraiment insupportables comme une autre voisine Miss Crawford, cancanière idiote et méchante ou d’autres enfin, très complexes, comme leur tante, maîtresse femme qui incarne ici le pilier de la tradition et aussi la première figure féminine à intégrer le monde de Scout.

Ce roman traite d’un nombre incroyable de thèmes fondamentaux avec lucidité et sans concession. Le plus évident est bien sur le racisme et l’égalité des hommes mais il ne faut pas pour autant oublier ceux des classes sociales, de la féminité, de l’éducation, de la tolérance ou de l’apparence.

J’ai aimé les idées développées par Harper Lee, j’ai aimé la façon dont elles le sont, je me suis senti bien dans ce roman. Je n’ai qu’une seule envie : m’y replonger. J’ai envie d’écrire tout ce que j’ai ressenti à la fin, sur ce qu’elle révèle de la posture d’Harper Lee et de sa misanthropie.

Enfin, lorsque je vois l’actualité et en particulier l’affaire DSK, je me dis que To Kill a Mockingbird a beau avoir été écrit dans les années 60, il reste un roman d’une actualité brûlante. Je n’ai pas pu m’empêcher de voir en la femme de chambre du Sofitel Tom Robinson et en DSK Mayella Ewel… (l'abus par un blanc puissant d'un noir faible) C’est un roman que je ferai lire à mes enfants car je ne vois pas comment mieux trouver les mots pour leur dire sur la base de quelles valeurs je voudrais qu’ils mènent leur vie.

B.

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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 09:00

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"Quand je tire mon archet, c'est un petit morceau de mon coeur vivant que je déchire."

 

Depuis le décès de sa femme, Sainte-Colombe vit en hermite dans sa demeure, entouré seulement de quelques serviteurs, de ses deux petites filles, et de son amour éternel : la musique. Il se dévoue corps et âme à sa viole de gambe, ne s'arrêtant de jouer pour donner quelques cours à de jeunes nobles. Recherché par le Louis XIV, il décline et se dévoue à un maître autrement plus éternel que le Roi-Soleil, le culte de la Beauté.

Un jour arrive chez lui un jeune garçon qui souhaite faire de la musique sa vie. Après quelques hésitations, Sainte-Colombe accepte Marin Marais comme élève, avant de le chasser quand il découvre que le jeune homme est friand des honneurs que la cour réserve aux musiciens. Trahi, il ne veut plus entendre de Marin Marais, même si une de ses filles l'aime et en est enceinte...

 

"C'était sa femme et ses larmes coulaient. Quand il leva les paupières, après qu'il eut terminé d'interprêter son morceau, elle n'était plus là. Il posa sa viole et, comme il tendait la main vers le plat d'étain, aux côtés de la fiasque, il vit le verre à moitié vide et il s'étonna qu'à côté de lui, sur le tapis bleu, une gaufrette fût à demi rongée."

 

J'aurais beaucoup de mal à dire ce que j'ai pensé de ce livre, tellement la petite centaine de pages m'a bouversée. Entre la nouvelle, le roman et la poésie, il parle de sujets tellement profonds et émouvants qu'il a comme suspendu le temps. L'amour de la musique, un deuil qui ne veut pas se faire, une communication qui ne peut passer pas passer par les mots. Et le portrait de Marin Marais, enfant exclu du paradis, fasciné par Sainte-Colombe dont il ne peut entendre la musique que par effraction.

Un délice ...

 

Lu en lecture commune avec Anne, Vilvirt, Delphine, et Sabbio.

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Adapté en 1991, ce livre entre dans le cadre du défi La littérature fait son cinéma !

Challenge La littérature fait son cinéma 3e catégorie

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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 12:01

"O cendres d'un époux ! ô Troyens ! ô mon père !

O mon fils que tes jours coûtent cher à ta mère !"

 

Je ne voulais pas le croire. On me l'avait dit, pourtant. Mais moi, ayant lu et aimé Le Cid, je me suis d'amblée placée dans le camps de corneilliste, et ai honni Racine. Alors que je ne l'avais même pas lu. Ou alors y'a longtemps. Ou bien, j'ai oublié.

Bref, je suis arrivée vierge de tout Racine à la Comédie Française. Je me suis assise dans le fauteuil confortable où au moins, pour une fois, on était pas trop serré avec les manteaux et tout*

(*j'essaie de voir les choses du côté positif : on était assis dans les petites loges qui surplombent la scène. Un endroit merveilleux pour se faire voir. Pour voir aussi en se penchant par dessus la rambarde. Malheureusement, on était au second rang. On voyait donc la moitié de la scène. Voilà.)

Et j'ai fermé les yeux parce que de toute façon, il n'y avait rien à voir.

 

Et là, j'ai entendu : la langue de Racine. Mon dieu, ce qu'il écrit bien ! Que les alexandrins coulent naturellement gracieusement ! Quel plaisir que ce texte ...

 

L'histoire commence après la guerre de Troie. Chacun des vainqueurs est rentré chez lui avec sa proie, sa captive. Agamemnon remporte Cassandre, Ulysse, Hécube, et Pyrrhus, fils d'Achille, roi d'Epire, rentre avec Andromaque, veuve d'Hector, et son fils.

Pyrrhus est aimé et fiancé à Hermione, fille d'Hélène, laquelle est adorée d'Oreste, fils d'Agamemnon. Mais Pyrrhus est séduit par sa captive, qui reste fidèle à l'ombre d'Hector. Et pour elle, il abandonne Hermione qui lui en voue une haine jalouse et féroce.

Lorsqu'Oreste arrive, il porte le message de tous les rois grecs : le fils d'Hector et d'Andromaque doit mourir, et c'est à Pyrrhus de le mettre à mort. Ce dernier se retrouve donc pris en tenaille entre ses obligations (dont il n'a que faire), son amour pour Andromaque et sa haine plus perfide de cette femme qui lui résiste.

A Andromaque, le choix atroce : doit-elle laisser mourir son fils, et devenir la femme de Pyrrhus, ou rester la veuve d'Hector, mais voir le fils d'Hector mourir.

 

Ce qui m'a frappée dans la pièce, c'est le poids de l'héritage : ils sont tous fils et filles de. On cherche dans Hermione la beauté de sa mère, dans Pyrrhus le courage de son père, dans Oreste, le caractère royal de son père. Et tous échouent : Hermione ne séduit pas l'homme qu'elle aime, Pyrrhus ne tue pas le fils d'Hector, lui dont le père avait tué Hector, et Oreste ne se fait pas obéir de Pyrrhus.

Seule de la génération précédente, subsiste Andromaque, et on comprend vite pourquoi, face à tous ces rejetons sans grandeur, elle ne parvient pas à oublier Hector.

 

Bien que cet aspect m'ait sauté aux yeux, et qu'il soit pour moi la raison d'être de la pièce (une sorte de Confessions d'un enfant du siècle à la sauce classique), la mise en scène est complètement passé à côté : Pyrrhus est joué par Eric Ruf, extraordinaire acteur dont la présence soutient la pièce, mais qui ne semble pas être le jeune garçon qu'est le fils d'Achille. Bien au contraire, c'est un homme qui se dresse, mûr, face à une femme mûre, rejettant en arrière les deux gamins que sont Hermione et Oreste.

 

La mise en scène est d'une sobriété dépouillée. Quelques colonnes sur lesquelles s'appuient les acteurs. Des tenues flottantes imitant les chitons antiques. Un éclairage imitant la lueur du jour qui vient et qui se retire, pour mettre en valeur l'unité de temps.

Et des acteurs singeant, dans leur imobilité, celle des colonnes. Vraiment, j'ai été surprise d'entendre un texte si plein de passion dit par des bouches si calmes et si paisibles. Si passion, si désespoir, si amour il y a, il faut le chercher ailleurs que dans ces êtres statiques dont les regards ne se croisent jamais.

Malgré tout, une diction parfaite. Le texte est sublimé par ces voix merveilleuses.

 

Une vision mitigée donc, pour ce texte splendide et merveilleusement porté, mais dont la mise en scène semble écrasée par la puissance de Racine.

 

"Dieux ! Quels affreux regards elle jette sur moi !

Quels démons ! Quels serpents traîne-t-elle après soi !

Hé bien ! Filles d'enfer, vos mains sont-elles prêtes ?

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

A qui destinez vous l'appareil qui vous suit ?

Venez-vous m'enlever dans l'éternelle nuit ?"


Passons au texte, maintenant. J'ai  relu la pièce, pour me réimprégner de sa beauté. C'est splendide, peut-être plus encore que dans la pièce. La passion des amours, la cruauté, l'égoïsme, si étroitement encadrés dans des vers de douze pieds ! Et le rythme ! Quel langue magnifique, dont je ne peux me lasser...

Même en connaissant la fin, les hésitations d'Andromaque, la trahison d'Hermione, la lâcheté d'Oreste, j'ai pris plaisir à suivre le déroulé de la pièce, et sa fin inéluctable et tragique.

 

Une très belle pièce, que je vous conseille de tout coeur (en revanche, pas besoin d'aller la voir au théâtre, même s'ils la rejouent la saison prochaine) !

 

Lu dans le cadre du challenge Mille ans de littérature française

1000ans

Et du challenge Tous au théâtre sur whoopsy-daisy !

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 09:00

Chrestomanci1.jpg" 'I won't  put up with it', Gwendolen shouted at him. 'In future, my letters are going to come to me closed!

- You mean you want me to steam them open, and stick them down afterwards ?' Chrestomanci asked doubtfully. 'It's more trouble but I'll do that if it makes you happier.' "

 

La soeur de Cat Chant, Gwendoleen, est une sorcière. Si bien que, le jour où le bateau dans lequel sa famille font une promenade dominicale sombre, Cat s'accroche aux jupes de sa soeur et survit miraculeusement... Les deux orphelins sont pris en charge par une voisine, jusqu'au jour où le riche et puissant mage Chrestomanci les accueille dans son chateau. Autant Cat se plait dans l'atmosphère luxueuse et chaleureuse du chateau, autant Gwendoleen se désespère de ne pouvoir utiliser ses talents ...

 

Au fur et à mesure des jours, Cat va apprendre beaucoup de choses sur lui-même, sur sa soeur et sur le monde qui l'entoure.

 

"And it's a pity I have no right to open your letters. I hope you don't have many or my conscience will give me no peace."

 

Ce livre, je l'ai lu quand j'avais une dizaine d'années. Je l'ai relu ensuite, plusieurs fois.

J'étais un peu inquiête avant de le reprendre, j'avais peur que la magie ne fontionne plus. Que nenni ! Je suis retombée amoureuse de ce roman, de son univers fabuleux et de Chrestomanci. J'ai retrouvé mes rêves d'enfant, ce château rempli de magie, de ses univers parallèles et des sosies qui les peuplent.

 

Je serais bien incapable de dire ce qui fait le charme de ce livre. Ses personnages, peut-être, qui sont tous aussi attachants les uns que les autres ? Ou son écriture, à la fois naïve et ironique ? Ou l'impression de sérénité paisible qui s'en échappe, même dans les moments les plus dramatiques ?

 

Moi aussi, je veux bien d'un Chrestomanci pour veiller sur la manière dont tourne mon monde ...

 

 

DianaWynneJones

Lu en lecture commune avec Sabbio et sa fille, pour un hommage à Diana Wynne Jones

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 09:00

journalfemmechambre.jpg"Et c'est juste, remarquez bien ... Que deviendrait la société si un domestique pouvait avoir raison d'un maître ?  Il n'y aurait plus de société, Mademoiselle... Ce serait l'anarchie..."

 

Célestine est une jeune femme de chambre, à la fin du XIXème siècle. Après avoir bourlingué de maison bourgeoise parisienne en maison bourgeoise parisienne, elle a échoué chez les Lanlaire, en Normandie. Madame Lanlaire est une femme avare et raccornie, Monsieur Lanlaire un homme débauché et ennuyé. Pas pire que les maîtres précédents de Célestine, en fait.

Pour tromper l'ennui, la jeune femme tient un journal, dans lequel elle raconte ses journées, et revient sur ses places passées, dévoilant les arrières-cuisines des belles demeures.

 

"Est-ce curieux, ces gens qui cachent tout, qui enfouissent leur argent, leurs bijoux, toutes leurs richesses, tout leur bonheur, et qui, pouvant presque vivre dans le luxe et dans la joie, s'acharnent à vivre  presque dans la gêne et l'ennui."

 

C'est un monde d'esclavage que décrit Célestine. Les bonnes sont des esclaves vouées aux fantaisies de leurs maîtres. Entre les maîtresses qui prêtent des vêtements (en leur demandant qu'ils soient rendu lorsqu'elles partent) et celles qui changent les prénoms de leur bonne, en passant par celles qui prostituent la jeune femme à leur fils et petit fils ; entre les maîtres qui abusent des bonnes, et celles qui les entretiennent en promettant un héritage qu'elles n'auront pas ; c'est tout un univers où l'homme abuse de l'homme, le traite comme un objet, qui se déroule devant nos yeux et qui n'est pas sans rappeler quelques uns des articles que l'actualité récente met devant nos yeux.

 

mirbeau.jpg"Un domestique, ce n'est pas un être normal, un être social... C'est quelqu'un de disparate, fabriqué de pièces et de morceaux qui ne peuvent s'ajuster l'un dans l'autre, se juxtaposer l'un à l'autre... C'est quelque chose de pire : un monstrueux hybride humain... Il n'est plus du peuple d'où il sort ; il n'est pas, non plus, de la bourgeoisie où il vit et où il tend... Du peuple qu'il a renié, il a perdu le sang généreux et la force naïve... De la bourgeoisie, il a gagné les vices honteux sans avoir puacquérir les moyens de les satisfaire... et les sentiments vils, les lâches peurs, les criminels appétits, sans le décor, et, par conséquent, sans l'excuse de la richesse..."

 

C'est un roman extrêmement cruel, extrêmement violent. Il n'y a pas les "gentils" ni les "méchants", car les domestiques sont autant égoïstes, sans gêne, que leurs maîtres. Ils abusent de la situation, des garde-mangers mal fermés, des maîtres naïfs entreprenant, du luxe, de la douceur de vivre de leurs maîtres. Et, devenus maîtres eux-mêmes, se transforment en tyrans domestiques.

 

Au final, c'est un monde peu ragoûtant que nous décrit Mirbeau, mais sous la plume enlevée et légère de Célestine (une vraie Titi, la pourriture se change en farce, vulgaire, tragique, mais si pleine de vie que la silhouette de la jeune femme, mi-putain, mi-esclave, mi-grande dame s'anime sous nos yeux.

 

Un régal ...

 

Lu en lecture commune avec Mélusine

lecturecommune3

Et dans le cadre du challenge La littérature fait son cinéma

Challenge La littérature fait son cinéma 3e catégorie

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 20:30

Mauprat.jpg"Ne croyez à aucune fatalité absolue et nécessaire, mes enfants, et cependant admettez une part d'entrainement dans nos instincts, dans nos facultés, dans les impressions qui ont entouré notre berceau, dans les premiers spectacles qui ont frappé notre enfance."

 

Fin du XVIIIème siècle dans la campagne berrichonne. Alors que la Révolution française s'approche, certains nobles vivent encore comme au Moyen-Âge. : ils volent, brigandent, boivent et violent comme des brutes et maltraitent leurs paysans. Ce sont les Mauprat Coupe-Jarret.

Parmi eux se trouve un tout jeune homme, leur neveu, qui les a rejoint après la mort de ses parents. De sa première éducation, de l'exemple de sa mère, il garde encore un peu de morale ; mais sa survie à Mauprat l'a obligé à s'adapter aux moeurs violentes de ses compagnons.

 

Une nuit, une jeune fille égarée arrive dans le château de Roche-Mauprat : il s'agit d'Edmée de Mauprat, sa cousine de l'autre branche de la famille, les Mauprat Casse-tête, des gens nobles et droits. On la donne en pâture à Bernard, pour qu'il abuse d'elle. Convaincu par les arguments de la jeune fille, émue par sa détresse, il s'enfuit avec elle, non sans lui jurer qu'il sera le premier à la prendre, avant même son mari.

 

Accueilli comme un fils dans la demeure des Mauprat Casse-têtes, qui s'entêtent à faire de lui un être civilisé. Porté par l'amour qu'il porte à Edmée, par la vertu et l'intelligence de la jeune femme, par la bonté de son oncle, Bernard devient peu à peu un être civilisé...

 

"Les hommes s'imaginent que la femme n'a point d'existence par elle-même et qu'elle doit toujours s'absorber en eux, et pourtant ils n'aiment fortement que la femme qui parait s'élever, par son caractère, au-dessus de la faiblesse et de l'inertie de son sexe."

 

Y'a pas à dire : ce roman a beau avoir été publié en 1837, il sent le XVIIIème siècle à plein nez. Les premières pages ressemblent à un roman gothique. Le château moyenâgeux à moitié en ruines, les brigands barbares, la jeune prisonnière vierge et pure, la fuite sous les balles, tout y est !

Mais très vite, on passe au roman de formation initiatique, à la Rousseau. Le jeune sauvage, Bernard, est pris en charge par son oncle Mauprat, qui lui donnera l'éducation sociale, par Edmée pour l'éducation sentimentale, un curé pour l'éducation scolaire, et Patience, un marginal, un saint qui lui apprendra à être un Homme.

Grâce ces quatres parrains, Bernard va apprendre à devenir un Homme, dans la conception la plus humaniste du terme. Du monde des bêtes, il va entrer dans le monde des hommes. Et sa motivation ? Obtenir l'amour d'Edmée sa belle cousine.

 

Car Edmée est une femme qu'on ne peut s'empêcher d'aimer. Belle, lumineuse, sage, elle est aussi forte et courageuse. Fière dans le sens d'une fierté qui la conduit à se respecter, et à se faire respecter des autres. C'est un splendide personnage de femme, comme seule George Sand sait en produire ...

 

Lu en lecture commune avec Somaja et Syl

lecturecommune2

 

Entre dans le challenge Dames de lettres

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Ce roman a été adapté en 1926 : il entre donc dans la catégorie La littérature fait son cinéma !

Challenge La littérature fait son cinéma 3e catégorie

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 09:00

ChateauMarmont.jpg"It was the women who were staring at Brooke with looks of sheer envy and admiration."

 

La première fois que Brooke a vu Julian, il jouait dans un petit bar new-yorkais. Tombée amoureuse de sa voix, la jeune femme a pris comme habitude de venir le voir jouer tous les mardi soirs. Puis, très vite, ils tombent amoureux, se rencontrent, vivent ensemble.

Quelques années plus tard, Julian est toujours aussi talentueux, mais reste anonyme. Pour subvenir aux besoins du couple, Brooke met les bouchées doubles, et enchaîne deux boulots de diététicienne, journées à l'hôpital et soirées dans un lycéé huppé où elle essaie d'empêcher des gamines de sombrer dans l'anorexie.

Jusqu'au jour où Sony repère Julian, et décide d'en faire une star. Tout s'enchaine très vite, trop vite, de l'enregistrement du disque aux concerts à la télé, tournées, montées de marches sur tapis rouge ... Dans toute cette folie, Brooke se sent de plus en plus perdue, et sent que Julian s'éloigne inexorablement.

Avec en plus, les malédictions apportées par les nouveaux amis peu recommandables, les paparazzis, et les groopies en chaleur.

 

Mettons les choses tout de suite au point : Last night at Chateau Marmont n'est pas un bon livre. Il a le potentiel réconfortant d'un visionnage de Gossip Girl, de la lecture d'un Elle - tiens par exemple, ces deux pages qui closent le magazine, "C'est mon histoire.".

Mais Last night at Chateau Marmont est un roman bien ficelé, avec des personnages plus creusés que dans les deux précédents romans de l'auteur. J'y ai retrouvé les deux raisons d'être de la chick-lit : l'identification avec les personnages (qui ne s'est jamais sentie perdue quand le boulot de son chéri prend une place si importante que le couple en semble menacé ?), et l'aperçu d'un monde glamour, brillant, plein de paillettes et de requins.

 

Lu dans le cadre du challenge Read me, I'm fashion !

fashion

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Published by Céline - dans Lecture
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Lecture Commune : Petite soeur, mon amour, avec Valérie

 

 Juin 2013

Lecture de L'Argent, d'Emile Zola dans le cadre du défi On a une relation comme ça, Emile Zola et moi

 

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