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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 22:30

Hugocabret.jpgHugo Cabret commence comme un roman de Dickens : le jeune garçon, orphelin, est confié à un oncle ivrogne. L'un des rares souvenirs qu'il garde de son père lui est confisqué pour être brûlé par le marchand de jouets chez qui il tentait de dérober une souris mécanique.

Mais si Dickens est présent, Jules Verne n'est jamais loin : Hugo, qui remplace son oncle dans la tâche de remonter les immenses horloges de la Gare du Nord, passant son temps dans leur gigantesques rouages. Et l'autre souvenir que lui a légué son père est un automate, de la taille d'un enfant, qu'il tente de réparer.

Hugocabret2.jpg

C'est un film que j'ai trouvé très littéraire, à la manière de ces romans populaires du XIXème siècle. Son histoire, bien sûr, joue dans cette impression, ainsi que la galerie de personnages secondaires qui le peuple. Ces derniers sont souvent caricaturaux, symbolisant qui le méchant gardien malheureux, qui la douce et gentille fleuriste, qui le couple d'amoureux vieillissants.

Mais c'est également un film très cinématographique. Son sujet - la naissance du cinéma - et l'hommage rendu à Méliès mettent évidément cette thématique au coeur du film. Et il y a les madeleines de Proust que Scorcese distille à plusieurs reprises, de la séance de cinéma en catimini à l'installation religieuse de la caméra, en passant par le cliquetis des projecteurs de cinéma - une bouffée de nostalgie qui remonte à la surface.

Hugocabret3.jpg

Et pourtant, ce film est totalement moderne : c'est la première fois (la seconde en compte Coraline, un dessin animé) que je vois la 3D aussi bien exploitée dans un film. Des merveilleux engrenages qui prennent vie autour de nous à la neige tombant en lourds flocons sur Paris et la salle de cinéma, ou délicieux sentiment de vertige en se penchant de la tour de l'horloge ... Cette fois, cette technologie apporte réellement quelque chose à l'esthétique du film, et transporte le spectateur dans un monde imaginaire.

Car finalement au delà de la littérature ou du cinéma, de l'origine ou des développements plus récents du septième art, ce que ce film montre, c'est l'importance de l'imaginaire, de la fantasie, des histoires, tout simplement; dans la construction et le bonheur d'un être humain, qu'il ait neuf ans ou quatre-vingt dix.

 

 

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 09:50

 

ShameafficheOh mes aïeux ! Quel chef d'oeuvre !! Je ne tenais pas encore ce blog quand j'ai vu le précédent film de Steve McQueen, Hunger, qui avait déjà été une révélation cinématographique. Malgré quelques défauts (principalement, une organisation en trois parties un peu trop accentuée), le film était magistral, contenant des scènes d'une puissance et d'une violence remarquable.

Dans Shame, les qualités de Steve McQueen sont toujours là, mais exploitées avec encore plus de brio. Quant aux défauts, ils ont disparus, au profit d'une narration qui s'élève continuement et imperceptible vers son climax.


Le pitch est assez simple, et principalement contemplatif : c'est l'histoire d'une solitude, d'un homme, Brandon, emmuré en lui-même, malade, addict au sexe. Comme d'autres sont alcooliques, et boivent sans faire différence entre un grand cru et une piquette, lui consomme du sexe, en duo ou en solitaire, à toute heure du jour et de la nuit. Jusqu'au jour où sa sœur, une petite jeune femme paumée et malade de désir de tendresse, débarque chez lui.

Shame1.jpg

Que dire ? Que Michael Fassbender est extraordinaire, magistrale, divin. Que sous son apparence altière et digne, dans son regard bleu glacier et son sourire de carnassier, il parvient à cacher un désarroi et une tristesse glauque. Il dresse devant nous le portrait d'un homme, complexe, enfermé dans la maladie.

Et Fassbender pétri par Steve McQueen, cela donne encore autre chose. Comme si le réalisateur remodelait son acteur fétiche à ses envie, le tordait pour lui donner toutes les formes, du dandy séducteur au pervers glauque (oh la scène du métro …), du manipulateur misogyne au frère aimant et bouleversé, pour n'en faire qu'un tout petit tas, tordu, pleurant au bout d'un quai, sous la pluie.

Aller chercher au fond des tripes de son acteur le sperme, les larmes, la sueur, comme il allait chercher les excréments et la faim dans Hunger, corporel mais pas charnel, bestial, mais pas sensuel.

Shame2.jpg

Et puis, il y a sa manière de filmer, son image froide et glacée, de verre et de métal. Ses long travelling qui durent un temps infini (oh les scènes de jogging ...). Ses scènes lentes, lentes, lentes jusqu'au malaise, prenant sont temps pour nous montrer plutôt que nous décrire... Son cadrage si particulier, si photographique, qui met généralement le héros sur le côté de l'image comme s'il était le spectateur de sa propre vie...

Oh que j'aime son style …

 

Shame3.jpgEt je pourras parler aussi de Carey Mulligan, parfaite dans ce rôle de jeune femme fragile et émotive, et chanteuse merveilleuse.

De New-York, froide, pluvieuse, grise, bétonnée, mais tellement séduisante avec ses docks aux bateaux rouillés, ses métros métalliques et ses rues pleines de lumière.

 

Nan, vraiment ? Un chef d'oeuvre.

 

 

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 09:00

sleepingbeauty.jpgEtudiante de son état, fille d'une mère alcoolique qu'elle entretient, Lucy fait des petits boulots. Elle se propose comme cobaye vivant pour des tests médicaux ; fait des photocopies dans une grande entreprise ; sert dans un café ; et se prostitue, occasionnellement. Mais tout cela ne lui permet même pas de payer son loyer.

Son seul loisir, c'est de trainer un peu avec son seul ami, Birdmann, un jeune homme dépressif, avec lequel elle se détend.

 

Lorsqu'elle voit, dans le journal universitaire, une proposition pour un travail doté d'un joli salaire, elle n'hésite pas, même si le travail consiste à servir à table, nue, à des dîners libertins (et passablement dépressifs). Quelque temps plus tard, sa patronne lui propose un autre deal, encore mieux payé : passer la nuit, nue, endormie, droguée, à côté d'un client qui pourra agir sur elle comme il le souhaite (à condition de ne pas la pénétrer, quand même !).

Jusqu'où pourra-t-elle aller avant de ressentir un malaise ?

 

sleepingbeauty1.jpg

 

Voici un film sur lequel je suis extrêmement dubitative ... J'y allais avec un a priori plutôt positif : le pitch me faisait penser à du Yoko Ogawa, et la bande annonce m'avait séduite.

Au cinéma, je me suis retrouvée face à un objet d'une grande beauté. Esthétiquement, il n'y a rien à dire : ce film est parfait. A commencer par la beauté lunaire de Lucy, mais également le chignon en forme de coque de la patronne, l'aspect de son salon. Jusqu'au laboratoire immaculé (pourquoi y-at-il toujours un chercheur en train de regarder au microscope dans les laboratoires de cinéma ???), les salles de cours de la fac, ou l'open-space du bureau. Dans ce paradis de papier glacé, seule la chambre bordélique de Birdmann apparait un peu vivante.

Le cadrage est, lui aussi, excellent, la plupart des plans ressemblants à des photographies de grands artistes.

 

Mais voilà : ce film n'est qu'une belle coquille vide. Le scénario est indigent et, surtout, les personnages manquent incroyablement de profondeur. Passe encore pour Clara, la patronne, même si j'aurais aimé en savoir un peu plus à on sujet et sur les relations qui l'unissent à ses clients, mais que Lucy elle-même reste un tableau vierge (enfin, façon de parler) est très frustrant.

 

A trop vouloir faire dans le contemplatif et l'elliptique, le film perd toute saveur et tout sens. Quel dommage !

 

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 11:11

drive-affiche.jpg"If I drive for you, you give me a time and a place. I give you a five-minute window, anything happens in that five minutes and I'm yours no matter what. I don't sit in while you're running it down; I don't carry a gun... I drive."

 Imaginez une voiture, la nuit. Un chauffeur taciturne, les lumières de la ville. Le bruit d'une radio égrenant un match, avec par dessus de celles de la police local un soir paisible. Serein.

Imaginez que ce soit en fait un cambriolage, que cette voiture permette la fuite des malfaiteurs. Imaginez le stress, la tension, dans la voiture silencieuse, bercée par la description du match et de la radio policière, qui s'affole. Imaginez le remue-ménage des policiers, à la poursuite des voleurs, le ballet de voitures de flics, et l'hélicoptère balayant la ville de son phare.

Et imaginez l'inimaginable : le visage impassible et serein du chauffeur.

 

 

C'est autour de lui et de son mystère que Drive est construit. Qui est-il pour rester aussi calme dans de telles conditions ? Et comment peut-il réagir mis dans des conditions encore plus stressantes ? Peut-il sortir de ses gonds ? C'est l'histoire de la rencontre qui amènera le sourire (et quel sourire !) sur son visage. Irène. La femme qui dérange la mécanique de ce solitaire, une mère célibataire timide, dont le mari purge une peine de prison.

Une histoire d'amour somme toute banale entre un garagiste et une jeune femme dans un décors HLM, mais transcendée par le caractère des amoureux (surtout du chauffeur), qui en devient héroïque, magistrale, mythique, une sorte de conte de fées dont le chevalier blond à l'armure claire protège contre son gré sa bien-aimée inatteignable.

 

Le film est porté par ce duo d'acteurs, Carey Mulligan et Ryan Gosling, excellentissimes. La sobriété de leur jeu, tout en finesse, donne plus de fougue aux scènes de violence (éclatantes). Avec une économie de moyens incroyables, ils font passer tout en finesse une mosaïque d'émotions complexes.

Si le jeu est sobre, la mise en scène est baroque. Magistrale. Riche. Pariant toujours sur l'intelligence du spectateur, elle dévoile tout en finesse l'âme des deux amants.

 

Et la musique ! Drive n'aurait pas été ce qu'il est sans cette musique entêtante, frêle, électro, eighties qui enrobe les images et donne au film une douce atmosphère de nostalgie.

 

 

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 09:00

Marlowe.jpgO, it strikes, it strikes ! Now, body, turn to air,

Or Lucifer will bear thee quick to hell !

O soul, be changn’d into little water-drops,

And fall into the ocean, ne’er be found !

Enter Devils

My God, my God, lok not s fierce on me !

Adders and serpents, let me breathe a while !

Ugly hell, gape not ! Come not, Lucifer !

I’ll burn my books ! – Ah Mephistophilis !

 

Est-il besoin de rappeler l’histoire de Faust ? Brillamment intelligent, terriblement avide de connaissance, il décide d’apprendre les arts interdits de la nécromancie. Mais pour cela, il doit vendre son âme au Diable … Il hésite : son bon ange et son mauvais ange débattent au dessus de sa tête, mais l’attrait du pouvoir finit par le faire céder : il signe de son sang le terrible parchemin. Après tout, le Diable ne doit venir le chercher que 24 ans plus tard …

Mais au fur et à mesure que les années se passent, l’Enfer fait de plus en plus peur à Faust, et il regrette. Il voudrait revenir vers Dieu, mais le Diable ne le lui permet pas. Et n’est-il pas déjà trop tard ?


C’est une pièce de théâtre très inégale : il y a des passages admirables, et des passages très ennuyeux… Quand son valet prend le Clown comme valet ; quand Faust va s’amuser à Saint-Pierre de Rome, ou expose ses prodiges à un Empereur en mal de reconnaissance ; c’est long, burlesque et pas très intéressant.


Mais les autres passages … Les longs monologues de Faust ou de Méphistophélès … C’est splendide et poétique, d’une poésie un peu grivoise qui se montre par exemple dans la description des Sept Péchés Capitaux. J’ai beaucoup aimé aussi les hésitations de Faust entre plusieurs professions.

C’est surtout une pièce sur les tourments des remords : une éternité dans les flammes vs 24 ans de toute puissance, cela vaut-il le coup ? Ce côté tragique, se montre dans de nombreux passages, depuis le moment de la signature, jusqu’à la fin. A plusieurs reprises, Faust voudrait revenir vers Dieu, mais le Diable l’en empêche. C’est splendide et terrible.

 

Lu dans le cadre du Challenge Elizabéthain

challenge-elisabethain-1

et dans le cadre du Challenge God Save the livres !

Challenge-anglais

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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 09:00

THE-MAGDALENE-SISTERS.jpg"Philosophy here is a very simple one : here, you may redeem yourself at working beyond human endurance, to remove your skin of the sins you have committed."

Trois jeunes femmes, trois jeunes filles, dans les années 60, en Irlande. La première, c'est Margaret, pas très jolie, trop sérieuse, obéissante, bonne fille. Lors d'un mariage (sublime première scène), elle se fait violer par son cousin. La deuxième, c'est Bernadette, une charmante orpheline, une petite brune piquante, qui aime se faire draguer par les garçons - mais sans jamais leur offrir le baiser qu'ils demandent. La troisième, c'est Rose, une fille-mère pleine d'amour et de tendresse.

Ces trois jeunes filles ont été, consciemment ou inconsciemment, volontairement ou involontairement, ont été salies par le désir des hommes. Elles sont impures aux yeux de leurs familles ou des religieuses qui s'occupent d'elles. Mais tout espoir n'est pas perdu, puisque même Marie-Madeleine a reçu la rédemption du Christ. Mais il faudra travailler, souffrir, et prier.

 

magdalene_sisters.jpg

 

C'est l'histoire de ces couvents, de ces trois jeunes femmes et de quelques autres que nous raconte Magdalene Sisters. De cette injustice fondementale qui veut que les hommes sont incapables de résister à leurs pulsions - et que c'est aux femmes d'en payer le prix (et cette idée n'est pas passée d'actualité, bien malheureusement).

C'est aussi l'histoire d'un pays pétri de religion, abusé par les religieux. Une histoire très proche de celle d'Esme Lennox, et qui laisse percer une blessure purulente des pays celtiques : qu'avons nous fait par puritanisme ? A quelles personnes peu dignes de confiance avons-nous laissé nos âmes et nos corps ?

 

Au delà du témoignage, au delà de la dénonciation cinglante des religieux (plus que de la religion), c'est aussi un film magnifiquement filmé, une leçon de cinéma lumineuse et pleine de contraste. Les trois actrices sont émouvantes de vérité, d'émotion. La lumière, la musique joue avec brio sur elles et les décors. Il y a ce qu'il faut d'ellipse pour montrer sans démontrer (ohhhh, quel bonheur qu'un film qui prenne le spectateur pour un être intelligent...).

Et puis, un amour de l'Irlande, de ses hommes et de ses femmes, sans concession, sans gentillesse, mais avec une richesse de coeur émouvante. A ses paysages. A ses souffrances...

 

Un grand film.

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 08:59

retourHowardsEnd.jpgAprès mon visionnage de Downton Abbey, vous avez été très nombreuses à me conseiller de regarder Retour à Howards End, et vous avez eu bien raison (même si je le trouve très différent de Downton Abbey).


Dans le Londres du début de siècle, deux soeurs et un frère cultivent la gaieté et la joie de vivre. Les deux Miss Schlegel sont deux êtres bons, généreux, ouverts, vivants. L'aînée, Meg, se lie d'amitié avec une femme malade, Ruth Wilcox. Ruth est marié à un homme très riche et soucieux des apparences, mais elle préfère laisser ses souvenirs se perdre au milieu de sa maison d'enfance, Howards End, une ancienne ferme d'une beauté somptueuse. Meg assiste Ruth dans ses derniers jours, promet de l'accompagner un jour à Howards End, est présente alors que sa famille l'abandonne, si bien que Ruth, dans une soudaine impulsion, lui lègue Howards End sur son lit de mort.

Helen rencontre un jeune homme pauvre et poétique, romanesque comme elle, mais marié à une prostituée qui s'accroche à lui comme à une bouée de sauvetage. Helen, écoutant les conseils de Mr Wilcox, conseille au jeune homme de démissionner de son travail, pour le plonger dans une misère noire. Prise de remords, Helen se sent responsable, et voue une haine féroce à Wilcox.


Hélas, c'est l'homme que Meg va épouser.

HowardsEnd3.jpg

 

Je sais, ça a l'air très compliqué dit comme ça, mais toutes les intrigues de cette histoire s'entremêlent avec légèreté, et elle est finalement très claire. Les personnages sont splendides, Meg et Helen en particulier. Il y a quelque chose d'Elinor et Marianne de Raison et Sentiments en elles. Meg, avec sa sagesse et son attention aux autres, sa réserve, fait une Elinor très convaincante, alors qu'Helen, pleine de passion, de drame, d'égoïsme et de manque de convenances est un portrait fidèle de Marianne.

Mais la morale est différente et c'est ce que j'ai préféré dans ce film. Jusqu'où faut-il pousser la générosité envers des personnes qui ne le méritent pas ? Le respect des convenances ? Et ne faut-il pas préférer parfois sa conscience et ce qui nous construit en tant qu'être humain ?

HowardsEnd.1.jpg

Les acteurs sont tous excellentissimes. Emma Thompson fait une Meg délicate et douce, touchante dans sa fragilité et sa bonté. Helena Bonham Carter est encore une fois merveilleuse de passion et de vie. Quant à Anthony Hopkins, il fait un Mr Wilcox complexe, parfois odieux, parfois touchant, vieil homme dont les certitudes s'effondrent...

HowardsEnd2.jpg

Quant aux décors ... Quant aux costumes ... Je rêve de la garde-robe de Meg, de ses petits chapeaux et de ses grandes jupes.

Un film splendide, tout simplement splendide...

 

 

 

Première participation au challenge de Maggie et Lou, Back to the past !

Backtothepastcup.jpg

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 16:27

Lolitaaffiche.jpgAprès avoir lu et adoré le roman de Nabokov, j’étais très inquiète de ce que j’allais trouver dans le film de Kubrick : la Lolita de l’affiche ne me semblait pas du tout correspondre à celle que j’avais lu dans le roman, et je me demandais si je n’allais pas voir un immense contresens de ce que j’avais tant aimé.

Non : ce film est excessivement fidèle au roman. A quelques exceptions près (le passé de Humbert Humbert a disparu, et Clare Quilty est maintenant affublé d’une ombre féminine, dangereuse et angoissante), tous les personnages, toutes les péripéties de ce chef d’œuvre y sont, et y sont comme dans le roman.

Lolita_JamesMason.jpg

De plus, les acteurs qui les interprêtent sont excellents : Humbert Humbert donne une impression de familiarité et de confiance, qui rend encore plus effrayant sa relation avec Lolita ; Clare Quilty est merveilleux de drôlerie et de folie ; et la mère de Lolita, Mrs Haze, est tellement ridicule que le film semble se transformer, au début en film comique. Seule Lolita manque un peu d'épaisseur à mon goût, mais interprêté un fantasme n'est pas chose facile.

Quilty.jpg

Finalement, ce qui m'a un peu déçue dans le film est inhérent au support cinématographique. Là où le roman nous emmène dans l'esprit de Humbert Humbert, et nous fait douter de tout ce qu'on lit (Lolita est-elle ou nous une petite allumeuse ? Et Mrs Haze une folle nymphomane ? ou tout cela n'est-il que la manière dont Humbert Humbert se justifie à nos yeux ?), le film tranche, sans laisser de part de mystère. Une partie de la richesse du roman est donc perdue, à mon grand regret...

kubrick-lolita.jpg

Je n'ai également pas retrouvé la sensualité glauque, la salacité qui rend le roman de Nabokov aussi fort et dérangeant - mais aussi génial. Le film, adapté aux années 60 et dont le support est plus "prude" que ne l'est l'écrit, ne nous montre pas les pensées les plus révoltantes d'Humbert Humbert, son désir pour un corps de fillette. L'actrice jouant Lolita ayant plus dans les 15-16 ans que les 12 ans de l'enfant du roman, l'amour d'Humbert Humbert pour elle apparait plus normal : ce n'est plus un pédophile théorisant son attirance pour les nymphettes, c'est un homme atteint de passion pour une très jeune femme.

En perdant de son côté insoutenable, Lolita perd aussi de son souffre ...

 

 


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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 09:00

3-NeverLetMeGoPosters"I now spend must of my time not looking forward, but looking back."

 

L'avis de Céline :

Never let me go est l'adaptation du roman d'Ishiguro  Auprès de moi toujours, qui m'avait tellement plu l'an dernier. Trois enfants, élevés dans une Institution anglaise jusqu'au bout des doigts, Hailsham, se retrouvent à l'âge adulte, quand leur destinée, douloureuse et terrible s'accomplit.


Deux aspects du roman me semblaient difficile à adapter au cinéma : comment amener avec autant de finesse qu'Ishiguro le sujet du roman ? Et comment adapter le style, anglo-japonais, d'Ishiguro ?


Sur le style, je n'ai pas été déçue : par sa lenteur observatrice, par ses teintes automnales, le film reprend tout à fait l'ambiance de fin de cycle, fin de siècle d'Ishiguro. L'image, son grain un peu passé, sa construction presqu'artificielle est d'une très belle beauté formelle.

En revanche, l'autre aspect n'a pas été compris par le réalisateur. Ces enfants, comme tous les autres enfants d'Hailsham, ont une particularité qu'Ishiguro nous dévoile longtemps après le début, après nous avoir laissé découvrir Kathy, Ruth et Tommy. Cette annonce, le film la fait dès les premières images, ruinant à mon avis toute l'intelligence de Never let me go.

Pour tout vous avouer, j'ai failli partir dès le début, de rage. Mais la beauté des images que j'avais sous les yeux m'a fait rester - et je ne l'ai pas regretté. Car, cette première minute (ainsi que la scène de la mort de Ruth, et les dernières images de la dernière scène) exceptée, j'ai trouvé ce film très réussi. On retrouve le malaise insidueux d'Hailsham, la beauté de la campagne anglaise, les petites routes, les premiers émois amoureux, et la rage monstrueuse de la fin.

KeiraKnightley.jpg

Ce film est surtout porté par ses acteurs. Keira Knightley, que je ne supporte pas d'habitude, trouve le moyen d'être correcte. Sans surjouer (bon, sans jouer non plus, il faut bien l'avouer), elle endosse relativement bien le rôle de la garce égoïste et peste qu'est Ruth. Heureuse surprise.

En revanche, j'attendaius peut-être un peu trop de Carey Mulligan, qui, bien que toujours excellente, reste un peu passive et discrète à mon goût.

GarfieldMulligan.jpg

Mais ce film a surtout été celui d'une découverte : si j'ai apprécié le joli visage d'Andrew Garfield dans The Social Network, je ne m'étais pas vraiment intéressée à son jeu, j'ai été sidérée par sa prestation de Tommy, un personnage aussi dysemblable que possible de celui d'Eduardo. Ce garçon trop grand, mal dans sa peau, colérique, timide, plein de vie et d'un coeur trop grand pour ce monde n'est pas un de ces rôles faciles. Et pourtant, Andrew Garfield devient Tommy avec une aisance extraordinaire - et m'a émue au plus profond de moi sur cette route pluvieuse d'Angleterre.

 

En conclusion, j'ai trouvé que ce film était d'autant plus frustrant qu'il ressemblait parfaitement à la manière dont j'aurais voulu le voir adapté - à quelques échecs dramatiques près.

 

 

 

 

L’avis de B :

J’ai tellement aimé le roman de Kazuo Ishiguro que j’avais peur de voir ce film. J’avais raison.

Dès la première minute tout est irrémédiablement gâché. Là où toute la construction et l’intelligence du roman est de nous plonger dans un monde relativement familier et d’instiller petit à petit le doute et le malaise, jusqu’à ce que le lecteur finisse par comprendre ce que sont ces enfants, le film dévoile le pot aux roses en 3 lignes d’introduction.

Hailsham.jpgDe là la question suivante : pourquoi nous montrer Hailsham ? A quoi cela sert-il dès lors que tout est dit ?

Il est clair au visionnage de ce film que le principal problème a été le temps. Le roman d’Ishiguro fonctionne par petites touches impressionnistes, les personnages sont complexes et profonds, leurs émotions intenses et subtiles et tout cela n’est pas transposable à un film en l’état à moins d’avoir 15 heures à sa disposition.

C’est peut être le comble mais je reproche aux scénaristes de ce film de ne pas avoir su faire le choix de s’éloigner du roman pour mieux l’adapter au format cinématographique. Tout est traité mais trop vite, trop mal et trop lourdement par manque de temps. Je pense qu’en ayant voulu rester trop proche de la ligne narrative du roman, l’adaptation l’a trahi de la plus insidieuse des manières, il lui a fait perdre sa grâce et sa subtilité.

never-let-me-go-4-6e05f.jpg

Le réalisateur tourne avec une enclume, probablement du fait de ce manque de temps (principalement au début à Hailsham). Certaines scènes sont assenées avec une telle lourdeur que je me suis plusieurs fois pris à lever les yeux au ciel.

Ceci dit, tout n’est pas mauvais non plus. Il est difficile de faire d’un chef d’œuvre pareil un navet. Certaines scènes sont belles, l’image est plutôt jolie et les acteurs époustouflants.   

Andrew Garfield est tout simplement merveilleux. Son jeu recèle une complexité et un tourbillon qui crèvent l’écran. Il est l’un si ce n’est le principal atout de ce film. Carrey Mulligan est elle aussi très bien (comme d’habitude – eh oui j’assume, j’adore Carrey Mulligan). Elle est elle aussi bouleversante.

KnightleyMulligan.jpg

Bon sinon Keira Knightley s’est encore plantée de registre : elle a confondu ce tournage et celui de l’exorciste (car oui Madame Knightley être malade n’est pas exactement la même chose qu’être possédé par le démon ... mais bon ça, demander de la subtilité à cette actrice c’est comme demander à Van Damme de jouer Darcy).

Bref, une déception même si ce film recèle certains beaux moments et si je n’ai pas passé un mauvais moment. Son principal défaut est de ne pas être à la hauteur mais en même temps, le roman est un tel chef d’œuvre qu’il fallait s’y attendre.

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 09:00

Truegrit.jpg"They told me you're a man of true grit."

 

Encore une fois, j'ai l'impression d'arriver après la bataille...

 

L'avis de Céline :

 

Dans un Far-West tout ce qu'il y a de plus typique (avec ses croque-morts, ses saloons, ses villes en construction et ses vautours), une petite fille se promène seule : son père est mort, assassiné par l'homme qu'il avait employé pour garder un troupeau de poneys, et elle vient chercher le cadavre. Mais la gamine ne peut pas s'arrêter là : elle veut récupérer l'argent des poneys, et elle veut surtout venger son père.

 

Après avoir arnaqué en beauté le vendeur de poneys (très belle réflexion sur le pouvoir de l'image, soit dit en passant), elle se met donc en quête d'un US Marshal capable d'aller arrêter Tom Chaney en territoire indien. Elle le trouve, en la personne de Rooster Cogburn, alcoolique notoire, et tombe en même temps sur un Texas Ranger, LaBoeuf, qui est à la poursuite du même homme. Et voilà les trois, l'alcoolo, la gamine et le boy scout un peu con en vadrouille dans un territoire dangereux, où les hommes tombent comme des mouches.

 

truegrit2.jpg

 

Je ne mégoterais pas : c'est un excellent film. Le scénario est excellent, le trio très efficace, avec une mention spéciale pour la gamine, dont les répliques sont très drôles. Alors que je ne le supporte pas d'habitude, j'ai trouvé Matt Damon totalement parfait dans ce rôle : son côté brute américaine, que e-je ne supporte pas dans la plupart des films où je l'ai vu, le rend merveilleux dans celui d'un Texas Ranger stupide (à se demander si il a eu besoin de jouer ...). Et le vieux marshal est juste merveilleux.

L'image est superbe. Certaines scènes sont des petits bijoux (celle où ils croisent le médecin recouvert d'une peau d'ours, par exemple). Et en plus, c'est drôle.

Bref, un film parfait.

 

truegrit1.jpg

 

Mais, je ne l'ai pas du tout aimé. Alors que les images sont relativement soft (on voir quelques cadavres et deux-trois fusillades), il a une violence en lui, psychologique, intrinsèque qui m'a rendue malade. La fin, la dernière cavalcade a vraiment été de trop, et mon empathie pour ce pauvre Blackie m'a fait haïr les frères Coen. J'ai ressenti la même chose en voyant No country for old man, et je pense que les films "sérieux" des frères Coen ne sont pas pour moi. 

C'est sans doute un hommage à leur talent, mais la tension, l'inéluctabilité de la violence et la brutalité avec laquelles ils la montrent m'est insupportable.

 

Dommage ...

 

 

 

L’avis de B :

True Grit est un western atypique.

Le film s’ouvre sur l’arrivée en ville de Mattie Ross, 14 ans, une gamine teigneuse aux pieds bien sur terre, dont le père a été tué par un soudard qui s’est échappé. Mattie a de la suite dans les idées et se révèle une redoutable négociatrice dont la moindre des réussites n’est pas de s’adjoindre les services de Rooster Cogburn, un vieux Marshall acolo et tout aussi teigneux qu’elle pour aller retrouver l’assassin de son père, disparu dans un no man’s land sauvage et peuplé uniquement de desperados ou de marginaux auxquels la vie en société ne convient pas, comme il en existait encore dans le mythique ouest américain.

A Mattie et Rooster Cogburn s’ajoutera Joe Laboeuf, un Texas Ranger boy-scoutt à la poursuite du même fugitif. Le trio s’engage de plus en plus dans le cœur de ce morceau oublié de l’Amérique dans lequel ni civilisation ni loi n’ont encore pénétré. C’est là l’objet principal de ce film. Il ne s’agit pas de montrer le far west des colons, mais ce que fut l’Amérique des débuts, un monde vierge et non civilisé. Il s’agit d’un retour aux sources du mythe du far west américain, celui des desperados, des marginaux, des trappeurs un peu dérangés, ce monde dans lequel l’humain est perdu dans l’immensité de la nature sauvage et indomptée, un monde violent et vierge dans lequel seule la loi du plus fort prévaut.

De ce scénario atypique et en somme relativement peu intéressant, les frères Cohen vont aller chercher la source de ce qui fait le mythe du western pour l’étaler sous nos yeux. C’est la chronique d’un monde qui n’est plus et que seul le cinéma peut faire revivre à nos yeux.

A ce titre, le personnage de Rooster Cogburn est formidable. Il est une relique de l’ouest américain, un alcoolique complet, un homme vieux et usé qui incarne la justice mais dont les méthodes et les accointances le placent plus près de ceux qu’il poursuit que de ceux qu’il défend. S’il est évident qu’il n’est pas à sa place en ville, il est totalement dans son élément une fois la frontière de la réserve franchie, il connait chacun et est connu de chacun. Il appartient à ce monde et y introduit la jeune Mattie Ross. Pourquoi ? C’est bien là tout le sel de ce long métrage.

Mattie Ross est une drôle de gamine. Pour ses 14 ans, elle négocie comme une poissonnière et réussit à plier tous les hommes qu’elle rencontre à sa volonté, que ce soit les commerçant de la ville ou les desperados de la réserve. Elle insuffle une grande originalité au film et permet à l’humour des frères Cohen de poindre ça et là. J'ai beaucoup ris.

Mais Mattie Ross est surtout l’incarnation de l’Amérique des débuts. Elle est la déesse de tous les hommes qui appartiennent à l’immensité déserte et qui la reconnaissent pour telle. La fin est à ce titre très claire. Les frères Cohen nous montrent la virginale Amérique dans toute sa vigueur et sa verve, dans son explosion de vie puis enfin nous laisse entrevoir la chape de plomb de la civilisation, du puritanisme et de la loi.

True Grit est une percée vibrante d’allégresse et de vie dans une Amérique virginale et violente mais tellement plus séduisante que la société policée dans laquelle nous vivons aujourd’hui.

 

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