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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 11:55

harrypotter.jpg"These are dark times, there is no denying."

Un billet très ancien, qui a été repoussé, repoussé, repoussé à cause des vacances. Voici donc notre avis tardif sur Harry Potter :


 L'avis de Céline (qui n'a pas lu le livre)

J'ai tout bonnement et tout simplement adoré cet opus. Alors que dans les autres films, trop de choses étaient passés sous silence, ce qui rendait le film difficilement compréhensible à tous ceux qui n'avait pas lu (ou oublié) les romans, cette première partie prend son temps, détaille, explique. Bref, le film devient complet et n'est plus qu'une simple mise en image d'une série à succès.
Alors bien sur, 700 ou 800 pages ne se résume pas en deux heures et cela implique de faire deux films. Bien sûr dans tout roman, la première partie est plus descriptive et la seconde comporte plus d'action. Bien sûr cette première partie est lente. Est explicative. Mais c'est justement ce que j'y ai aimé.
Bref, j'ai pris un immense plaisir à voir cette fuite en avant de nos jeunes héros, se débarrassant de leur enfance, de leur passé pour qu'il y ait un avenir (Le tout début, où Hermione ensorcelle ses parents est d'une beauté douloureuse ...). Ces jeunes adultes seuls avec leurs peines, leur doutes, leurs chagrins, et leurs blessures.
L'ambiance est merveilleusement sombre et triste. Des nuages, sortent des ombres mauvaises ; les proches de Voldemors s'infiltrent partout ; on se grime et on se contrefait pour ne pas être reconnu ; les morts et leur souvenir plannent. J'ai adoré voir cette tension monter petit à petit, jusqu'à la dernière scène, où Voldemort atteint enfin ce qu'il cherche.
J'ai également beaucoup aimé le conte sur les trois présents de la Mort, pour de multiples raisons. Le conte me plait beaucoup en lui-même ; je fantasme complètement à l'idée de voir les objets d'un conte ou d'une légende devenir réels ; et la représentation de ce conte est absolument parfaite, belle et épurée à souhait.

Ces aspects très positifs mis à part, je trouve que ce film souffre d'un certain nombre de défaut. Une niaiserie insupportable par moment : franchement, quand Hermione trace une couronne mortuaire blanche au dessus de la tombe des parents de Harry, c'est kitsch ! C'est pas émouvant, c'est pas triste, c'est juste kitsch !
Autre défaut, encore plus grave, l'absence de proportion dans les capacités de nos jeunes héros : ils sont sensés être hyper doués, et nous le démontrent couramment ; possèdent des objets magiques puissants ; se battent contre des proches de Voldemort et gagnent ! Mais quand trois pékins les poursuivent, ils seraient incapables de les ralentir ? Ça n'a pas de sens !
Autre aspect que j'ai adoré au début, et qui a fini par m'ennuyer : les références aux autres films. Si le clin d'oeil à Brazil m'a au début beaucoup plu, j'ai fini par trouver que le réalisateur s'appuyait trop sur cet aspect plutôt que de développer un imaginaire personnel. Et les références au Seigneur des Anneaux et à l'Anneau ! De plus, je pense que c'était réellement la référence à ne pas faire. Les deux histoires sont beaucoup trop proches, on ne peut pas s'empêcher de faire la comparaison, aux détriments d'Harry. Dommage de ne pas avoir cherché plus d'inovation !
Ces quelques reproches mis à part, j'ai passé un excellent moment en voyant ce film, et attend maintenant avec impatience la sortie du second volet !

 

 

 

 

L’avis de B :
Bienvenue dans la bande annonce la plus longue de l’histoire du cinéma. Ce film dure 2h25 et globalement il ne s’y passe pas grand-chose. C’est là tout le problème d’avoir coupé le dernier opus en deux : on met tout en place dans le premier et tout se dénoue dans le second ...
Alors oui c’est Harry Potter donc forcément l’univers est sympa, en plus ils ont les moyens donc l’image est belle, les paysages superbes, les effets spéciaux pas mal etc. mais ce n’est pas assez pour faire un bon film. C’est aussi un peu dommage qu’avec tout cet argent ils ne soient pas capables de se payer un metteur en scène convenable parce que David Yates nous rend une sorte de super production filmée comme une série TF1 là ou l’on aurait pu attendre quelque chose qui ait l’intensité d’un Seigneur des Anneaux. Tout est un peu trop gris, donc à la fin légèrement plat, on ne s’arrête devant aucune grosse ficelle (Hermione qui fait pousser une chouette petite guirlande fleurie sur la tombe des parents d’Harry, la mort d’un truc chose en images se synthèses qui dégage à peu près autant d’intensité que la première fois ou vous avez écrasé une fourmi, une sorte de petit cartoon kitsch au moment ou on nous lit le conte sur les Reliques de la Mort (si vous avez vu Kill Bill vous savez ce que peut donner une bonne utilisation de ce procédé), etc.
C’est très dommage parce que le dernier opus de la saga reste bon (le livre), c’est dommage car certains aspects auraient pu être développés : le ministère de la magie aux mains de fascistes et toutes les atrocités qui en découlent aurait pu être un peu plus développé ne serait-ce que pour sensibiliser les spectateurs à une problématique pas si neutre avec la montée de l’extrême droite en Europe et pas si neutre non plus dans l’évolution de la saga. Alors on a certes quelques clins d’œil à Brazil qui lui traite sérieusement du sujet mais c’est bien peu. Au final, alors que le monde entier vit un cataclysme on passe notre temps à scruter les petites émotions de nos trois héros obligés de fuir et se cacher. C’est dommage de ne pas passer plus de temps à montrer ce qui les pousse à un tel exil, de montrer pourquoi Ron est aussi inquiet et écoute la radio la terreur au ventre à l’idée d’entre le nom de son père ou sa mère cité parmi les rebelles éliminés…
Enfin, certaines références au Seigneur des Anneaux sont trop claires (le Horcrux autour du cou qui vous rend tout dépressif parce qu’il est maléfique …). Cela ne m’avait pas particulièrement dérangé dans le livre mais là on s’appesantit tellement sur le sujet que ça finit par faire un peu trop.
Bref, malgré tous les défauts que je viens de pointer on passe tout de même plutôt un bon moment parce que l’univers est bien, que les images sont belles et aussi beaucoup grâce au charme des acteurs mais franchement, nous sortir 2h25 d’intro pour un film qui sortira dans six mois, c’est tout de même un peu fort de café.

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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 00:00

ic_7b37d674fe5df98c071d810734b285a8_xle_nom_des_ge-copie-1.jpgL’avis de B :

 

Voilà une comédie sympathique, bien joué, bien écrite et au rythme enlevé.

 

Arthur Martin est un homme discret et coincé, il s’occupe d’autopsier des oiseaux morts, ce qui, en pleine grippe H5N1, lui permet d’accéder au sommet de la reconnaissance sociale (spéciale dédicace à Céline) : intervenir au téléphone sonne. C’est là qu’il déchaîne les foudres de Bahia Ben Marmoud, une sorte d’écervelée dont la spécialité est la conversion politique par le sexe.

 

Comme tout les oppose, ils vont forcément tomber fou amoureux l’un de l’autre. C’est ici la rencontre entre la raison, les pieds bien ancrés dans le sol (Artur est jospiniste) et la pagaille idéaliste la plus absolue, un peu (beaucoup !) déconnectée de la réalité (Bahia est bien gauchiste).

 

Sur ce synopsis de départ qui fait un peu penser à toutes les comédies sentimentales américaines, Michel Leclerc réalise un film original, notamment en s’ancrant autant dans l’aspect politique (ici les gens se définissent énormément par rapport à leurs opinions). Plus que ça même, il s’agit de deux façons d’entrevoir l’existence : entrer dans le moule, résigné ou tenter désespérément de changer le monde, notamment en exaltant tout ce qui permet de singulariser. Ce film dit encore beaucoup d’autres choses, parfois même un peu trop ce qui donne parfois l’impression de rentrer dans l’esprit de Bahia (un énorme foutoir).

 

En bref, c’est une petite comédie agréable et vivante, dans laquelle on rit beaucoup et que je vous conseille d’aller voir. Je ne cache pas cependant que j’ai parfois été agacé par le personnage de Bahia qui est un peu trop évaporé à mon goût.

 

 

 

 

L'avis de Céline

On nous posait l'an dernier la question de l'Identité Nationale, et les réponses qui étaient apportées , de la langue française au repas gastronomiques à la françaises, sentaient toutes une vieille France, traditionnelle, celle dans laquelle on croyait que nos grand-parents vivaient et que nous avons l'impression de voir s'échapper.

L'Identité Nationale ? Ce film donne la réponse : la France, c'est ça, c'est Arthur et Bahia, c'est leurs parents, ce sont leurs questionnements et leurs prises de positions. En tout cas, ma France, elle est beaucoup plus proche de celle là que de celle qu'on essaie de nous vendre.


Comment dire dans quel état m'a mis ce film ?

Quelque part, Arthur Martin, c'est moi. Dès les premières secondes du film, j'étais en territoire familier : Le Téléphone Sonne, l'émission qui berce mes fins d'après-midi depuis mon enfance (et Jospin n'est pas la seule guest star, il y a aussi Alain Bedouet !!). Dès les premières minutes, j'étais embarquée : la grippe aviaire, objet de mon mémoire de maîtrise, c'est un de mes sujets fétiches.

Et quand j'ai découvert qu'Arthur Martin était jospiniste, le processus d'identification était parvenu à son apogée (j'ai longtemps été jospiniste, violemment et passionnément).

A tel point que, comme Arthur, je suis tombée amoureuse de Bahia !

bahia.jpgJe suis donc complètement incapable d'avoir un avis objectif sur ce film : j'ai adoré, au plus profond de mes tripes. C'est vif, gai, intelligent, ça sort des sentiers battus et des idées rebattues. C'est tendre, aimant, amoureux, gai, et doux. C'est gentil.

C'est un film dont on sort avec le sourire aux lèvres, et l'envie d'être heureux.

Et pourtant, tous les thèmes qu'aborde le film, ne sont pas aisés : le communautarisme, le devoir de mémoire, les relations parents-enfants, le principe de précaution. Mais il le fait avec tellement de tendresse qu'ils deviennent inoffensifs.

lenomdesgens.jpg

Un défaut ? Un seul petit défaut ? La richesse impressionnante des idées qui traversent le film. Le nom des gens vise à avoir une idée sur tous ces grands sujets de société, et il y arrive, de manière très pertinente.

Sauf que ça fait beaucoup en deux petites heures, et que ce matériel aurait permis de faire de nombreux films, tous aussi intelligents. En particulier, je trouve que le thème du "devoir de mémoire" est la petite goutte d'eau qui fait déborder le vase. Je suis complètement d'accord avec l'analyse du réalisateur (il vaut mieux se souvenir de la vie que les gens ont vécu, de ce qui l'a remplie,  de l'humanité qu'il y avait en eux plutôt que de leur mort et leur statut de victime), mais ce thème est très éloigné de celui qui forme le pivot du film et apparaît un peu en trop.

Quoiqu'il en soit, c'est un plaisir indescriptible que ce film et je vous le conseille à tous passionnément.

 

Non, mais franchement, ce hurlement, il est génial, non ?

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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 09:00

Potiche.jpgL'avis de Céline :

 

"Je représente un patronnat souriant, juste, chaleureux."

Potiche commence comme un Walt Disney : on y voit Deneuve Mme Pujol faire un footing dans une forêt, sur les berges d'un lac, et s'arrêter pour observer un daim qui la regarde, des petits lapins, des oiseaux qui chantent. Mais le ver est dans le fruit : les lapins forniquent comme de gros dégueulasses, et les lèvres de Deneuve Mme Pujol s'arrondissent pour former un "ohhhhhhhh", réprobateur.

Ce début est à l'image du film, ou du moins de sa première partie : un monde parfait et idyllique, violement coloré et sonorisé aux chansons pop des années 70, une famille de pub pour le café avec un ver au milieu, M. Pujol. Ou plutôt, le machisme et paternalisme qu'il représente, violent, caractériel, et profondément hautain.

Sauf que lorsque M Pujol est terrassé par une crise cardiaque et doit prendre trois mois de repos, qui peut le remplacer à la tête de l'entreprise familiale de parapluies, si ce n'est sa femme ?

La seconde partie du film prend un tour plus politique (déjà amorcé par quelques répliques bien senties de la première partie : "Travailler plus pour gagner plus", dit M. Pujol), et Mme Pujol, tailleur blanc, ordre juste à la bouche, et chabichou à la main, devient une parodie de Ségolène Royal. Et, dois-je l'avouer ?, c'est la partie du film que j'ai préféré. J'ai (et la salle avec moi) hurlé de rire en voyant Mme Pujol faire campagne !

 

Ce film, merveilleusement drôle et caricatural, est magistralement servi par ses acteurs, qui semblent prendre un plaisir immense à jouer. Deneuve est brillante dans le rôle de la maîtresse de maison révoltée, jouant avec autant de talent la potiche, la patronne et la Ségolène ; Lucchini ne parle pas trop, pour une fois ; et Depardieu est juste, sans en faire trop, se laissant porter par sa présence.

Il est filmé avec dynamisme, rythme, et porté par une bande son joyeuse et des couleurs fraiches et pop.

Un vrai petit bonheur !

 

Céline

 


 

L’avis de B :

 

Cuit cuit fait le zoizeau, [hmpf] [hmpf] fait le lapin (je sais, les lapins ne font pas de bruit mais là vu qu'ils copulent comme des saligauds ils s'oublient un peu) et brame brame fait le daim dans un chouette sous-bois aussi coloré que le jogging Adidas rouge et jaune de la femme qui y fait péniblement son jogging avec une sorte de choucroute improbable sur la tête et bandana assorti. Gros plan sur les meugnons petits Zanimaux (dont deux en pleine conception) et la belle (bon elle a le visage quelque peu figé diraient les mauvaises langues dont je suis) qui tire son calepin pour composer un petit poème bucolique à se suicider de niaiserie et de kitsch (ok le texte est juste niaisissime mais c’est compter sans le ton dont le récite Catherine Deneuve dont l’ensemble des neurones semble à l’occasion s’être invité à une suicide party de l’ordre du temple solaire… jubilatoire !).

Bienvenue donc dans les années 70, bienvenue dans la vie de Suzanne Pujol, grande bourgeoise/bobonne tellement cocue que Saint Pierre se sert de ses cornes comme porte manteau au paradis (à droite en entrant dans son bureau).

Son mari (Lucchini excellentissime – merci à Ozon de savoir diriger et canaliser ses acteurs) dirige l’usine de parapluies qu’elle a hérité de son père d’une main de fer dans un gant de boxe (les mains qu’il a quelque peu baladeuses surtout dans l’environnement immédiat de sa secrétaire dont la spécialité ne semble pas exactement être le potage de légume – Karin Viard elle aussi excellente). Il joue avec bonheur et talent le cliché le plus jubilatoire de salopard de patron dégueulasse, mari indigne, machiste forcené et manipulateur.

A la suite d’un conflit social réglé à la méthode Sarkozy, c'est-à-dire pas réglé du tout puisqu’on a rarement calmé une crise sociale à coup de « casse toi pauvre con », notre cher Monsieur Pujol fait une attaque et disparait de la circulation le temps d’une croisière pour calmer ses nerfs (la référence n’est pas neutre, on retrouve tout le vocabulaire et plus qu’un semblant de la personnalité de notre cher et adoré président dans ce personnage).

C’est donc la potiche de service qui est désignée pour faire de la figuration dans le fauteuil directorial le temps que son mari revienne. Surprise générale ! Madame Pujol se révèle aux yeux du monde et à elle-même. Patronne géniale, prônant avec succès le dialogue social, elle charme tout le monde y compris le député communiste du coin avec qui elle a eu une petite idylle quelques années auparavant dans un coin de bosquet reculé (Depardieu lui aussi énorme - ok elle était facile - grâce encore une fois au talent d’Ozon dans la direction d’acteurs).

A la suite d’un concours de circonstances, Madame Pujol décide ensuite de se lancer en politique et c’est là que le film devient le plus jubilatoire ! Nous assistons médusés à une parodie hilarante de la campagne présidentielle de Ségolène Royal, chabichou et ordre juste à l'appui. J’ai pleuré de rire en voyant Catherine Deneuve débarquer en tailleur blanc, totalement hiératique et dire devant une salle en délire : « Pour moi vous êtes tous de grands enfants qui ont besoin d’être chouchoutés, c’est pour ça que je veux être votre maman à tous ! » d’un air parfaitement Ségolenesque, la salle scandant en cœur « Maman ! Maman ! Maman ! ».

Bref, si vous rêvez de voir ce que pourrait donner le mariage improbable de Sarkozy et Ségolène Royal dans des années 70 plus vraies que nature, avec des seconds rôles tous plus hilarants les uns que les autres, voir Catherine Deneuve nous refaire la fièvre du samedi soir avec Depardieu au Badaboum et surtout, goûter à un vrai moment de poésie dans le petit bosquet au début, courez-y !

B.

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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 15:39

tanya.jpg"Si une chose doit disparaître, qu'il en soit ainsi"


 L'avis de Céline

 

Aist est le narrateur de cette étrange histoire, à mi-chemin entre le documentaire ethnologique et le conte fantastique. Il est un des derniers représentants du peuple Méria, tribu russo-finnoise, des contrées arides du grand nord russe, dont il ne reste que quelques traditions, et surtout une propension qu'on leurs membres à se reconnaître entre eux. C'est son père, un poète raté, qui lui a transmis ce qu'il sait de sa culture, lors du dernier voyage de sa mère.

Lorsque le film commence, Aist a une quarantaine d'années ; il vit seul dans une maison solitaire, avec ses deux oiseaux, deux petits pinsons qui pépient tout le long du film. Il tente d'écrire une monographie sur la culture méria, et travaille à l'usine de papier locale, dirigée par Miron.

Lorsque la femme de Mirin, Tanya, meurt, c'est à Aist que celui-ci fait appel pour lui donner la paix selon les rites mérias. Ils partent tous les deux, en voiture, avec le corps de Tanya à l'arrière et les oiseaux de Aist entre eux, jusqu'à l'endroit choisi pour Tanya. Comme il est dit dès le début, ils ne reviendront jamais. 

 

Ce film est terriblement russe, bien sûr. On y retrouve cette exaltation désespérée, cette joie forcée, ces personnages brutes et naïfs, violents et tendres qui m’avaient frappés dans 12 ; on y retrouve les vastes étendues de plaines, les villes sinistres, la vodka, les hommes en armes qui semblent un passage obligé du cinéma russe.

C’est aussi un film de voyage, d’un voyage intérieur qui va conduire ces deux hommes à trouver une réponse aux doutes qui les assaillent au début du film. Ils finiront en paix, avec eux même, avec leur passé, avec leur culture.

 

C’est surtout un film qui parle d’amour et de mort, d’eau et de feu, d’épouses aimées qui survivent dans les rivières et les lacs de ce pays recouvert d’eaux. La femme n’y est pas humaine. Adorée comme une déesse, violentée, violée et chérie comme un être d’un autre monde, elle n’y apparaît nulle part comme un être à part entière. Tanya est morte et son corps, blanc, roux, blond, gras, est  entre ces deux hommes comme une statue d’ivoire et d’or. Adorée, on lui fait des libations de vodka ;  adorée, on construit un autel, un bûcher sur lequel on lui sacrifie ; et même vivante, que ce soit dans de rares flashbacks ou dans les propos d’Aist et de Mirion, elle apparaît comme une figure de la féminité, une déesse généreuse, qui n’est pas sans rappeler certaines statuettes de la Préhistoire.

tanya2.jpgEntre l'adorant (Miron), et sa déesse (Tanya), Aist apparait comme un passeur, un chaman, un prêtre qui seul maîtrise les rites de cette culture qui disparait.

 

C’est donc un film extraordinaire, fantastique, mythologique, païen, auquel nous convie . D’un rythme lent, il séduit et apaise. Sa fin est splendide, donne un nouveau sens à l’histoire, et conclut admirablement ce film court, mais splendide.

 

tanya3.jpg

 

L'avis de B.

 

 

Le dernier voyage de Tania est un film étrange et beau. Il ne s’agit très clairement pas du type de film que je serais allé voir si votre charmante bloggeuse préférée ne m’y avait pas poussé (aidé certes pas les très bonnes critiques du Masque et la plume de France Inter).

Dans le nord de la Russie, deux hommes vont entreprendre un voyage afin d’aller bruler et rendre à la rivière les restes de la femme de l’un, suivant ainsi le rite antique d’une tribu mourrante du nord, les Méria.

C’est un film très contemplatif, la caméra passe la majeure partie du film sur la place arrière de leur voiture, braquée sur la nuque des personnages et le pare brise sur lequel défile le paysage morne et désolé de la Russie automnale. Il n’y a que très peu de dialogues mais il s’en dégage une poésie indéniable.

Lors de ce voyage, le mari de la défunte racontera son amour de façon parfois très crue et brute ; un amour d’autant plus beau qu’il émane d’un homme rustre et l’enveloppe d’une telle façon qu’il en vient presque à le définir tout entier. A ses côtés se tient le fils d’une sorte de poète fou, dont le rêve est de faire survivre la culture mourante des Méria. Il avait aimé lui aussi la défunte mais loin de les séparer, c’est plutôt ce qui permettra à un lien d’insensiblement les unir.

Entre eux enfin se tient une cage dans laquelle pépient deux passereaux, leurs deux âmes dont le chant charmant nous accompagnera tout le long de ce road movie très particulier.

C’est un film triste, presque désolé, à la poésie très russe. La mélancolie y est cajolée ; on parle peu mais quelque chose se crée, et ce quelque chose nous émeut.

 

 

 

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 10:10

hommevivresavie.jpg "Je voulais qu'au moins un de nous deux se réalise, réussisse !"

 

L'avis de Céline

Encore une fois, je n'étais pas très enthousiaste à l'idée d'aller voir ce film (je trouve le titre kitsch, et puis, je me méfie des films français) ; encore une fois, B. a insisté (et depuis que je l'ai emmené voir Oncle Boonmee, je ne peux plus rien lui refuser - sauf les films avec Matt Damon, ça, je continuerai jusqu'à mon dernier souffle). Et encore une fois B. avait raison.

Je n'ai pas lu le livre de Douglas Kennedy et je ne connaissais pas l'histoire avant de voir le film.

Paul est un jeune homme brillant et fortuné, à qui la vie sourit. Beau (Romain Duris, ça suffit) et dynamique, associé dans un cabinet d'avocat dont l'autre associée (la magistrale Deneuve) est prête à lui laisser sa part, il vient d'acheter une maison splendide dans le ghetto de riches le plus sélect de l'ouest parisien (le Vézinet), a une belle femme mince et blonde, et deux beaux enfants.

Tout pourrait donc sembler pour le mieux, mais quelque part, ça cloche : le bébé parfait ne fait pas ses nuits ; l'épouse idéale, grognon et désagréable, semble se détacher de son mari ; son associée lui cède sa part, mais parce qu'elle va bientôt mourir. Et Paul est atteint de tics, d'une nervosité qui le fait ressembler à un gamin hyperactif.

Au détour d'une conversation, Paul nous apprend que cette vie n'était pas celle dont il avait rêvé, lui, le photographe amateur que les parents ont poussé dans la voie qu'il suit maintenant. Et dès ces premières minutes, les faits s'entassent autour de lui pour le raccrocher à ce désir d'adolescent : un jeune gamin à qui il demande d'abandonner sa passion pour suivre la voie tracée le replonge dans ses souvenirs ; un voisin photographe de métier l'interpelle, puis se vante devant lui de sa vie de bohème ; sa femme le quitte, puis vient le drame qui le force à abandonner sa vie bien rangée, et lui laisse le champ libre pour suivre sa passion.

 

C'est un film admirablement porté par Romain Duris. Son personnage m'a complètement envoûtée, si bien que certains passages du films étaient à la limite du soutenable. Ses traits crispés arrivent à faire passer et ressentir par empathie une tension à l'image de celle que vit Paul. Puis, petit à petit, après un climax angoissant, l'apaisement revient, en particulier lors d'une longue scène de voyage où les noms des panneaux deviennent de plus en plus étrangers, avant d'atteindre le bout du monde, la Croatie.

Là, dans un monde beaucoup plus rude, c'est un autre homme qui renaît, un jeune homme qui a perdu ses rides et son teint pâle, et qui redevient le Romain Duris qu'on connaît, le beau gosse au sourire franc.

Rien que pour cette performance d'acteur, le film vaut le coup d'oeil. Même sans le jeu crispant de Marina Foïs, parfaite en épouse déprimée et désagréable, ou celui, plein de roublardise, de Niels Arestrup ; même sans une mise en scène pleine de beautés (le long périple en voiture est époustouflant) ; même sans le scénario riche et dense, poétique et humaniste.

Bien sûr, ce film a quelques défauts. Celui qui m'a le plus frappée, c'est une durée un peu trop longue de la première partie, surtout de sa fin (le "que vais-je faire de cette chose qui m'embarrasse ?"), alors que la seconde partie est un chouia trop courte, et que la fin, la terrible fin est presque baclée.

 

Mais ça reste un film extraordinaire et surtout, la découverte d'un acteur.

 

hommevivresavie2.jpg

 

L’avis de B

Dans l’homme qui voulait vivre sa vie, Romain Duris vie ma vie en plus riche et plus glamour (je suis aussi avocat d’affaire mais je ne suis pas blindé et je ne vis pas dans une baraque avec jardin au Vésinet). J’aurais donc pu mal le prendre qu’il trouve que cette vie ne valait pas la peine d’être vécue (faut quand même pas pousser mémé dans les orties) s’il n’avait pas été marié à l’infecte Marina Foïs qui va s’assurer que cette vie parfaitement idéale (nan mais ho !) se transforme en enfer !

Je passe rapidement sur le début du film qui est surtout là pour planter le décor. Marina Foïs a un amant qui est photographe (pile poil le métier que son mari aurait rêvé faire si ses bourgeois de parents ne l’avaient pas forcé à rentrer dans le rang) et demande le divorce après que son mari soit assez violemment rentré dans le lard du-dit amant pendant un dîner de voisinage. Duris va finir par aller voir le photographe et accidentellement le tuer. Afin d’éviter le déshonneur à ses enfants il va usurper l’identité du cadavre, s’en débarrasser et mettre en scène sa propre disparition.


Il part alors en Croatie avec quelques euros en poche et un appareil photo. Il se libère ainsi de tout ce qui l’engonçait. Outre sa vipère de femme, il se départit de tout son argent et son statut social pour laisser poindre son être brut, moins policé, moins propre mais tellement plus apaisé. Encore une fois Duris est remarquable et interprète cette mue avec énormément de talent.

Il passe ainsi son temps à photographier ce qui l’entoure et notamment des ouvriers sur un chantier de rénovation de cargos. A la suite de la rencontre de l’ivrognesque Niels Arestrup, comme toujours formidable, il va se retrouver pris dans un engrenage gênant. En effet, ce dernier, rédacteur d’un journal local, perçoit son talent et propose ses photos à la publication. Succès immédiat et exposition dans une galerie locale… Le problème est que le monde de l’art est petit et qu’au vernissage apparaissent des galeristes londoniens et parisiens dont certains connaissaient celui dont il a usurpé l’identité …

La grande force de ce film est de ne pas se finir clairement. Ne vous attendez pas à ce que la célébrité arrive malgré tout, la seule chose qui compte est que le personnage se recentre sur lui-même. Paisible et libéré du carcan des obligations du statut social il sera un éternel vagabon en quête de grâce, son appareil à la main.

J’ai aimé la mise en scène sobre, les acteurs dégageant une véritable âme, la splendide photographie et la délicatesse du scénario qui, surtout dans la seconde partie, suggère sans asséner. Le film recèle aussi quelques scènes très fortes que vous identifierez aisément je pense (une belle scène d’adieu et une scène de violence terrible).

A voir !

 

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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 14:12

 

Montpensier.jpg

"M'aimerez-vous, Madame ? - Quand vous me le commanderez."

 

L'avis de Céline

 

Sise dans une France à l’histoire complexe, celle de Charles IX et des guerres de religion, La Princesse de Montpensier raconte une histoire universelle : celle de la jalousie.

Car d’amour, finalement, il n’y en a que très peu question dans ce film, d’avantage tourné vers la description des effets qu’à, sur quatre hommes profondément différents, la présence de la belle Marie de Mézière, épouse de Montpensier.

Enfant, Marie était amoureuse du duc de Guise, et promise au frère du duc. Mais les affaires politiques, et l’appât du gain, conduisent son père à renier cet engagement pour la marier au Prince de Montpensier. Marie : belle et insouciante, sauvage, rebelle, mais inquiète du regard d’autrui ; Guise, une brute balafrée au mains balladeuses, mais à l’attrait indéniable ; Montpensier, un jeune homme gentil et intelligent, mais faible et donc violent comme le sont les faibles poussés à bout.

Le mariage se fait, se consomme (scène fantastique, et montrant bien quel est le but premier et principal de ce mariage : la famille), et le Prince et la Princesse de Montpensier rentrent au château. Lorsque Henri de Montpensier doit repartir à a guerre, il laisse sa douce épouse entre les mains de son précepteur, le noble et droit Comte de Chabanne. Chabanne, troisième victime de la belle Marie, est un homme de principes et d’honneur, un humaniste cultivé, dont la fidélité à son seigneur est parfaite – mais les beaux yeux de Marie ont un attrait presque magique.

Lorsque Henri revient, de l’amour et de la complicité commencent à naître entre les deux époux. Mais, un jour où Henri de Montpensier chasse, arrive d’Anjou, frère du Roi et futur Henri III, accompagné de sa cours, dont Guise fait partie. D’Anjou, représenté ici comme un libertin sensible à la beauté des femmes, ne reste pas indifférent devant la beauté de Marie. Tout est donc prêt pour que le drame se noue, autour d’une table où Marie, telle une biche entourée de quatre chasseurs, se retrouve au cœur de l’attention de Montpensier, Chabanne, d’Anjou et Guise.

C’est un film sublime, aux couleurs chatoyantes. Des vastes scènes d’extérieur, des chevauchées tempétueuses, aux scènes d’intérieurs, cosy et chamarrées, en passant par les scènes de batailles et leur lot de d’atrocités, il tisse un portrait du XVIème siècle, plein de vie et de vigueur. Les costumes en particulier, sont sublimes : le velours, le satin qui habille Marie m’a souvent fait saliver.

Est-ce jalousie ? Je n’ai pas aimé Marie. Ou mieux, elle m’a insupportée au plus haut degré. Son rôle est celui d’une petite fille gâtée et égoïste, incapable de respecter ces hommes qui l’entourent, et en particulier le tendre Prince de Montpensier, et surtout Chabanne, qu’elle envoie balader avec un orgueil démesuré. J’aurais attendu de l’actrice qu’elle me fasse aimer Marie, qu’elle me montre en quoi l’éducation, la pression paternelle, les difficultés de l’époque, rendent la présence du Prince de Montpensier insupportable à son épouse ; au contraire, la froideur de Mélanie Thierry, son absence absolue d’émotion, à part les fous rires d’une adolescente et l’orgueil d’une Princesse – envers un Comte qui en vaut cent comme elle, m’ont encore plus détachée de Marie. Ce qui lui arrive à la fin ne me semble que justice.

Face à elle, quatre hommes, quatre acteurs de grand talent. Lambert Wilson, d’abord, est un extraordinaire Comte de Chabanne, et rend avec beaucoup de bonheur cet extraordinaire humaniste. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au personnage de Frère *** qu’il jouait dans des Hommes et des Dieux : dans ces deux hommes de foi, perdus dans une guerre civile sauvage et atroce, confrontés à une crise personnelle et morale difficile, Wilson nous sert deux portraits fondementalement différents, montrant la vaste palette de son talent d’acteur.

Grégoire Leprince-Ringuet arrive à réaliser quelque chose d’inimaginable : un jaloux aimable. Comment ne pas être touché par ce pauvre jeune homme, marié contre son gré à une jeune femme qu’il s’emploie à aimer, lui qu’elle s’emploie à tromper ? Leprince-Ringuet fait ressortir la faiblesse et la naïveté du Prince de Montpensier, et son attachement profond à ceux qu’il aime, Marie et Chabanne, et dont il cause la perte. Cruel et splendide dilemme.

Gaspard Ulliel a le rôle facile : la brute attirante, rôle dont il s’acquitte avec talent. Mais ma véritable découverte, c’est Raphaël Personnaz, un d’Anjou parfaitement odieux, coureur de jupons brillant d’intelligence – et de charme. Figure réellement royale, doué d’une présence qui impose, il est tellement séduisant que l’attachement de Marie à Guise apparaît bien étrange… A la place de Marie, j'aurais tôt fait de laisser là le Balafré pour me remettre dans les mains de d'Anjou !


Bref, c’est un film splendide, excessivement bien joué, et qui serait parfait (et mention spécial à la bande son, ponctuée par la chanson Une jeune fillette qui m'avait déjà tant plu dans Tous les matins du monde)… si seulement son personnage principal n’était pas aussi insupportable !

 

 

L'avis de B.

 

Avec la princesse de Montpensier nous continuons dans la veine du film d’époque. Le film de Bertrand Tavernier prend toutefois une toute autre dimension cinématographique. Il s’agit en effet d’un excellent film de cape et d’épée, merveilleusement filmé, globalement très bien interprété et foncièrement cruel.

 

Mademoiselle de Montpensier est une jeune et très belle jeune duchesse, promise au frère d'Henri de Guise, qu’elle aime. Son père va cependant la marier au Prince de Montpensier, suite à un arrangement avec le Duc du même nom, son père.

 

Madame de Montpensier est une petite pétasse vaniteuse. Elle est cependant fort belle, séduisante etc. et va se retrouver le centre d’un manège amoureux qui impliquera certains des plus grands de la France de l’époque de la Saint-Barthélemy. 

 

Outre son mari qui tombera sous le charme de sa jeune femme et l’amant de toujours, Henri de Guise, le Comte de Chabannes, sage et humaniste qui a quitté la cause des Huguenots par horreur de la guerre et le Duc d’Anjou, frère du roi de France se disputeront ses charmes.

 

Madame de Montpensier peut être vue comme une libre penseuse, ce dont je doute toutefois dans la mesure où elle ne semble agir que par son bon plaisir dans un égoïsme parfaitement insoutenable, sacrifiant tout à sa petite personne.

 

Elle va donc poursuivre sa passion pour Monsieur de Guise quand bien même tout le monde la met en garde contre l’inconstance de ce dernier et le danger pour sa propre réputation. Son mari, pleinement conscient de la situation fera preuve de toute l’humanité possible, allant même au-delà de la raison par amour pour elle.

 

Que dire, Bertrand Tavernier est un maître. Son film est vivant, magistralement filmé et globalement très bien interprété avec une mention toute particulière à Lambert Wilson, purement génial dans son rôle de sage, vieil amoureux platonique et entremetteur, dont seule le bonheur de l’objet de ses attentions lui importe.

 

J’avais entendu Tavernier dire qu’il souhaitait filmer les protagonistes comme des gens du 16° siècle mais qui ne savent pas qu’ils sont des personnages historiques. Le résultat est saisissant de spontanéité et d’énergie. L’identification marche très bien, on se sent bien, impliqué dans ce bal cruel et policé. Bien qu’inscrits dans une réalité historique marquée (guerres de religion et massacre de la saint Barthélémy), les affaires de ces personnages sont quotidienne et résonnent en nous.

 

Voilà le genre de films que l’on aimerait voir le cinéma français produire plus souvent, un divertissement de qualité, excellemment filmé et interprété qui n’a rien à envier au cinéma américain ou anglais. On est bien loin de l’insupportable et redondant Jaoui/Bacri qui m’a fait abhorrer le cinéma français. J’applaudis à deux mains !

 

 

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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 09:24

Lisbonne.jpg"Vous ne devez pas vous intéresser à moi, Monsieur le Comte. Il ne faut pas. Mon coeur est mort."

 

 


L'avis de B.

Les mystères de Lisbonne est un film atypique de Raoul Ruiz. Il dure en effet plus de quatre heures et a initialement été conçu pour la télévision (il sera diffusé en version intégrale sur Arte prochainement). Cela ne lui enlève en rien son intérêt qui est celui d’adapter à l’écran un roman d’aventures dans la veine d’Alexandre Dumas. On y retrouve de multiples intrigues tournant autour du père Dinis, personnage mystérieux d’un curé pas si catholique que ça, as du déguisement et dont le passé est plus qu’intriguant.

Je vous fais grâce des multiples intrigues de ce roman touffu et bourré de rebondissements pour me focaliser sur ce qui m’a plu et déplu dans ce film. J’ai tout d’abord préféré la première partie dans laquelle le personnage du curé est plus présent à la seconde dans laquelle le jeune orphelin qu’il protège entre en scène en tant que jeune adulte et amoureux d’une belle et venimeuse française. J’ai beaucoup aimé que le film prenne son temps ; imaginez une adaptation du Comte de Monte-cristo qui ait la qualité des meilleurs films et une durée qui laisse le temps à chaque personnage, chaque rebondissement, de se développer dans toute sa splendeur littéraire. L’acteur qui joue le père Dinis est notamment excellent mais aussi tous les autres et nombreux protagonistes de cette histoire à tiroirs s’en tirent avec les honneurs. Le scénario captivant et la mise en scène sobre mais énergique et adaptée à son propos en font un très agréable moment.

lisbonne3.jpg

En revanche, la seconde partie fait plus penser à du sous Dumas pour des raisons qui tiennent à la fois au scénario et aux acteurs. On voit notamment la jeunesse du père Dinis qui n’apporte pas grand chose et est globalement assez barbante. L’acteur qui a été choisi pour Dinis jeune est laid et absolument pas charismatique, ce qui fait que l’on a du mal à reconnaître en lui celui dont on a suivi les aventures avec passion pendant près de trois heures. Enfin, de nombreuses scènes sont jouées en français car une part non négligeable de l’intrigue a lieu soit en France, soit avec des français. Il faut noter que le doublage des acteurs portugais (même dans le film en VO) est très mauvais et fait très toc. D’autre part, Léa Seydoux fait une apparition fort peu remarquée et peu intéressante aux cotés de Clotilde Hesme. Si la beauté de cette dernière sied à son rôle il n’en va clairement pas de même de son talent. Elle est très irrégulière et trouve le moyen de totalement rater plusieurs scènes. En bref, on se laisse très agréablement porter par ce film de cape et d’épée fort bien ficelé dont la durée est l’un des grands atouts, quand bien même la deuxième partie ne tient pas toutes les promesses de la première.

 

 

 

L'avis de Céline

Les mystères de Lisbonne commence comme un roman de Dickens : le petit Joao est un garçonnet élevé dans un orphelinat, depuis sa naissance, ne connaissant ni son père, ni sa mère. Il est attentivement surveillé par le père Dinis, qui est à la tête de cette institution religieuse. Tellement protégé que ça attire les médisances : le père Dinis ne serait-il pas le père du gamin ? Un jour où, traité de bâtard, par un de ces camarades, il se met en colère, une crise d’épilepsie le prend, et il tombe malade.

Dans sa fièvre, une étrange femme vient à son chevet, dépose sur un meuble un curieux théâtre de carton, et l’appelle son fils. A son réveil, il n’a qu’un désir : revoir cette mère.

C’est par cette porte que Raoul Ruiz nous introduit au sein du curieux monde des Mystères de Lisbonne, et nous fait rencontrer le personnage du père Dinis, le personnage pivot de cette histoire. Comme Pedro qui pousse un jour la porte derrière laquelle se cachent les mystères de Dinis (un crâne poussiéreux, un costume d’homme du monde, un uniforme de soldat napoléonien, ou vêtements de gitan) nous découvrons le portrait de cet homme, prêtre au grand cœur, homme plein de secrets au passé complexe, Vautrin qui aurait des sentiments humains et qui se jouerait des gens dans leur propre intérêt.

lisbonne2.jpg

Par son intermédiaire, c’est cent ans de l’histoire de l’Europe qui vont se reconstituer devant nous, comme un puzzle dont on assemblerait les pièces une à une, rencontre par rencontre : des aventures galantes d’hommes et de femmes du monde au parfum casanovien aux voyages d’un exilé dans des colonies peintes par Gauguin, en passant par les guerres napoléoniennes. Chacune de ces scènes est scandée par des mises en abîme dans le petit théâtre de carton, orné de décors de Venise, ou de salons chics de Lisbonnes, comme pour accentuer le côté imaginaire de ces scènes.

 

lisbonne1.jpg

C’est un film extraordinaire, au parfum de roman, de vaste fresque à la Dumas ou à la Dickens. On y retrouve les coïncidences improbables, les personnages au caractère simple et entier (la femme malheureuse, le mari jaloux, ou la garce vengeresse), les couvents et les châteaux, les conversations de salon, et cet espèce de démon au cœur pur qu’est Dinis.

Bien sûr, comme tous ces romans, ce film n’est pas exempt de défaut : un scénario qui s’appuie parfois un peu trop sur ces fameuses coïncidences, une structure qui finit par devenir un peu trop répétitive (deux personnages se rencontrent et se racontent une scène de leur vie), une fin un peu baclée – à la décharge du film, c’est ici une version abrégée dont la version complète sortira prochainement en téléfilm sur Arte.

Malgré ces maladresses, c’est une aventure jouissive, qui donne le plaisir simple de raconter une histoire, des racontes des histoires, en créant un univers riche et baroque. On s’attache vite aux aventures du jeune Pedro et du père Dinis, en particulier grâce au jeu des acteurs (Adriano Luz est fantastique). Malheureusement, les scènes françaises nécessitent une doublure pour le père Dinis, et la doublure française de Adriano Luz est terriblement mauvaise:  n’était-il pas possible de prendre un doubleur qui ait la même voix que lui ? Et seconde erreur de casting, les actrices françaises : Clothilde Hesme et Léa Seydoux jouent comme des pieds. Et comparé aux acteurs portugais, leur manque de professionnalisme se ressent.

La mise en scène est d’une beauté stupéfiante. A la fois très sobre et complexe, jouant avec les mises en abîme à la manière d’une pièce de théâtre baroque, elle prend son temps, filmant les visages, les objets, les lieux, avec une lenteur délectable. Elle s’attarde sur les détails, des pans de murs blancs tâchés de soleil, des corps s’abandonnant, des regards échangés. Elle en devient théâtrale lorsque les personnages s’affrontent, silhouette contre silhouette, et poétique lors des confessions amicales

Bien qu’il soit entaché de quelques petits défauts, c’est un film excellent, qui possède de tant d’instants de grâce que les 4h du film passent sans qu’on s’en aperçoivent. A voir, donc, et à revoir lorsqu’il passera sur Arte.

 

 

 

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 09:00

socialnetwork.jpg"I'm talking about taking the entire social experience of college and putting it on line."

 

L'avis de Céline

 

Pour tout vous avouer, quand j'ai entendu parler de ce film "sur facebook", je me suis désespérée sur la facilité avec laquelle les producteurs savent surfer sur les modes ; quand j'ai vu la bande annonce, j'ai baillé ; et alors, le "on ne peut pas se faire 500 millions d'amis sans se faire quelques ennemis", n'en parlons pas !

Il a fallu les efforts coordonnés de B. ("Tu ne veux quand même pas qu'on aille voir cette bouse ???" Il a tenu, le bougre !) et d'une critique de Télérama pour me décider.

 

Heureusement.

 

Ce film est une petite merveille qui ne parle absolument pas de facebook, mais qui raconte le chemin éternel du type ambitieux, dévoué à son ambition, et prêt à tout sacrifier, amis et proches, pour sa réussite.

Dans Shakespeare, il était chevalier et devenait roi en assassinant ses proches ; maintenant, c'est un geek qui se ballade en claquettes, et qui crée facebook. Mais fondementalement, rien ne change, et les morts s'accumulent autour de lui... Mark Zuckerberg est un personnage à la fois fascinant et détestable : dès la première scène (magistrale), le portrait se dresse, un gars brillant, maladivement intelligent, mais doué d'un sens social proche du néant, incapable de comprendre celui qu'il a en face de lui, et ses réactions.

Dans un monde comme celui de Harvard, où le réseau social fait plus que les simples compétences, où l'appartenance à des clubs selects (et vachement misogynes, soit dit en passant) c'est un handicap sérieux pour un jeune homme ambitieux.

C'est en analysant avec une intelligence foide et acérée les motivations de ceux qui l'entourent que Mark va avoir l'idée de génie. Que cherchent les gens ? Appartenir à un réseau ? Être reconnu comme ami par ceux dont on souhaite être l'ami ? Enquêter discrètement sur la vie privée des siens ? Egalement soumis à ces pulsions et incapable de les résoudre normalement (en allant parler aux gens, par exemple), Mark va créer The facebook. Et les choses étant ce qu'elles sont, les handicapés sociaux que nous sommes tous vont se ruer sur ce nouveau joujou.

Création de Facebook, début de l'ascension spectaculaire et début de l'isolement terrible, qui va peu à peu priver Mark de son humanité (ou du peu qu'il en avait) pour le transformer en machine, en jouet soumis à sa création, dévorée par elle, tant et si bien qu'il n'apparait plus à la fin du film que comme une extension de son ordinateur.

 

Là où ce film est également admirable c'est qu'il reprend les règles de la tragédie, en créant une véritable tragédie moderne : "Et puis, c'est reposant, la tragédie, parce qu'on sait qu'il n'y a plus d'espoir, le sale espoir." dit Anouilh. Non, aucun espoir n'est laissé par ces visions de plus en plus fréquentes des procès qui l'opposeront plus tard à ses amis. Il trahira les frères Winclevoss ; il trahira Eduardo. Et ce ne sont pas les grands sourires et les démonstrations d'amitié qu'on voit à l'écran, quelques années plus tôt, qui permettent de douter de ce fait : tout cela se terminera mal, très mal.

 

Une merveille !

 

socialnetwork2.jpg

Il est'y pas mignon, cet Eduardo ?

 

L'avis de B.

 

The Social Network est probablement le meilleur film qu’il m’ait été donné de voir cette année. Je tiens en premier lieu à rassurer ceux qui appréhendaient le documentaire sur la création de Facebook ou une bouse pompeuse à la Oliver Stone, facebook n’est qu’un prétexte pour étudier le personnage de Zuckerberg. Ce geek inadapté socialement, fort d’une arrogance démesurée n’a qu’une idée, montrer au monde qu’il est un mec génial, en bref, obtenir la reconnaissance sociale.

socialnetwork1.jpgCe que je viens de vous dire, ainsi que tout le reste du propos du film est résumé en quelques dialogues crépitant dans une scène d’entrée magistrale : Zuckerberg, parfait petit con arrogant se fait larguer de manière extrêmement cinglante par sa copine de l’époque à qui il a expliqué qu’une fois qu’il serait enfin devenu un mec cool, il pourrait l’emmener dans les soirées des clubs privés de Harvard dans lesquels elle n’a absolument pas les moyens d’aller … Très adroit.

Par vengeance, le jeune geek va pirater le réseau de Harvard pour créer un site dans lequel on peut juger, de deux étudiantes de cette célèbre école, laquelle est la plus belle. L’affluence est telle qu’à 4h du matin, le réseau de Harvard plante. C’est sur cette base que part l’idée de facebook, explicitée par les jumeaux Wincklevoss, deux parfaits riches héritiers américains, tout ce que Zuckerberg a jamais rêvé d’être, mais en beaucoup moins intelligents…

Ce film est l’histoire de l’ascension sociale fulgurante de Zuckerberg, et de sa descente corrélative aux enfers. En effet, plus il monte, plus il s’enferme dans sa tour d’ivoire, que ce soit par la trahison répétée de tous ceux qui l’ont accompagnés ou entourés ou par sa richesse extraordinaire qui fait de lui quelqu’un d’anormal, quelqu’un dont on ne peut pas oublier qui il est ni ce qu’il a fait.

Le film s’articule d’un point de vue scénaristique par un jeu brillant de flashbacks entre la création progressive de facebook et les scènes de négociation entre Zuckerberg, ses avocats et ses anciens collaborateurs, chacun d’entre eux lui reprochant de lui avoir volé l’idée à 10 milliards de dollars. Ce jeu permet de mettre en valeur le vrai sujet du film, soit l’isolement progressif de Zuckerberg et les diverses actions qui l’ont conduit à la trahison de ses amis. Cela permet de montrer toute la frénésie créatrice de cette entreprise naissante, le rythme effréné et, petit à petit la mise à l’écart de son seul et unique ami qui ne prend pas la mesure de ce dans quoi il est pris. C’est d’autant plus intelligent que cela permet d’éclairer ce sur quoi porte la discussion, ce qui est reproché à Zuckerberg. Les divers procès sont vus en parallèle et s’irriguent les un les autres d’une façon particulièrement harmonieuse, tout en permettant au passage à la personnalité de Zuckerberg de se révéler. 

Enfin, ces dialogues sont servis par l’excellente mise en scène de Fincher qui sait traduire cette fièvre et cet enfermement progressif à l’écran. On voit notamment une excellente scène lors de laquelle les jumeaux Wincklevoss, champions d’aviron, sont battus d’un cheveu sur la ligne d’arrivée, splendide métaphore de leurs relations avec Zuckerberg. Enfin et surtout, je tiens à pointer une scène d’anthologie : l’arrivée de Sean Parker, ancien fondateur de Napster qui va prendre contact avec les créateurs de facebook lors d’un diner mémorable. Cette scène fait même prendre à la mise en scène le pas sur les dialogues, pourtant brillants. Je ne sais même pas comment traduire ce que la caméra nous fait ressentir, soit la pure et simple séduction de Sean Parker, joué par un Justin Timberlake époustouflant !

Le film, outre ses dialogues et sa mise en scène est servi par une excellente équipe d’acteurs, au premier rang desquels Justin Timberlake que l’on n’attendait pas à ce niveau, Jessee Eisenberg et Andrew Garfield, parfait en jeune type gentil, intelligent mais pas brillant, qui se fait larguer par le train en marche sans même s’en rendre compte.

Jessee Eisenberg réussit quant à lui à rendre toute l’ambigüité de son personnage, un mec intéressant, beaucoup trop intelligent pour son bien, pas foncièrement méchant mais atrocement incapable de communiquer (à ce niveau c’est plus de la maladresse) tellement dur, tellement engoncé dans son inadaptabilité sociale qu’il en devient inhumain et qu’il heurte autrui sans aucun état d’âme. Comme lui dit une jeune avocate très perspicace qui l’a observé pendant ses négociations, you’re not a bad guy but you try so hard to be.

Courrez-y !

 


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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 00:00

Woody.jpg"As Shakespeare said, life is a tale, told by an idiot, full of sound and fury."

L'histoire commence avec Helena : Helena, une bonne soixantaine s'est fait plaquer par son mari, Alfie. Alfie, refusant de vieillir et passant son temps à faire de la musculation, a décidé de vivre une seconde jeunesse. Mais il se rend compte que les jeunes filles ne se bousculent pas au portillon pour séduire les vieux barbons, et c'est avec une prostituée vulgaire qu'il finit par se marier.

Pendant ce temps, Helena se réfugie chez Sally, sa fille, une jeune femme travaillant dans une galerie, et désespérant de fonder un jour une famille avec son mari Roy. Roy est un écrivain raté, qui après un bon premier roman, n'écrit plus que des daubes, et qui se laisse distraire par la nouvelle voisine, Dia.

Sally quant à elle, n'est pas insensible aux charmes de Greg, son patron, qui la traite infiniment mieux que son mari et est beaucoup plus séduisant.

Et au milieu de tout cela, Helena va et vient, toujours au moment inadéquat, apportant les dernières prédictions de sa voyante. Prédictions bidons, car la voyante ne l'est pas plus que vous ou moi, mais souvent pertinentes tant les déboires qui affectent cette famille sont prévisibles.

 

C'est à une galerie de portraits que nous convie Woody, souvent très sympathique et amusante, mais toujours terriblement grinçante. Sally, qui forme le pivot du film, est la seule personne qui semble saine d'esprit, entourée d'hommes pleins de doutes sur leur virilité, et d'une mère revenue à l'adolescence. C'est un personnage qui m'a beaucoup touchée, dans ses doutes, sa force, sa capacité à aller de l'avant. En revanche, je dois bien avouer que tous les autres personnages m'ont excessivement déplus, à commencer par Roy. Cet espèce d'imbécile, d'un égoïsme forcené, qui sans scrupule, se tape une jeune fille et brise ses fiançailles, ou vole le travail d'un ami, je l'ai vraiment détesté. Le père et la mère de Sally sont plus pathétiques qu'autre chose, et finalement émouvants malgré eux.

 

Bref, c'est un film que j'ai beaucoup aimé. Le rythme est enlevé, l'ambiance est grinçante à souhait, et parfois très anglaise : Helena, en particulier, est une anglaise déjantée qui ne déparerait pas un roman d'Agatha Christie ! Les acteurs jouent globalement excessivement bien. On croit à leur personnages, dans le rire, mais surtout quand la comédie devient tragique, quand les portes ouvertes se referment et que ces ratés restent face à leurs incapacités, amoureuses ou littéraires.

Malgré tout, une semaine après avoir vu ce film, mes souvenirs s'estompent déjà. J'y ai pris beaucoup de plaisir en le voyant, mais ce n'est pas un film qui restera. Une agréable comédie, à n'en pas douter, mais pas un chef d'oeuvre... 

 

 

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 21:20

 

boonmee.jpg

L'avis de Céline

 

"Je ne sais pas si j'étais humain ou animal, une femme ou un homme..."

 

Il m'est assez difficile de faire cette chronique (je la repousse d'ailleurs depuis plusieurs jours), car l'avis que j'ai sur ce film n'est ni enthousiaste à 100%, ni terriblement mauvais. Ou alors il est les deux à la fois ce qui rend mes pensées peu claire et difficile à exprimer.

Je n'avais pourtant lu et entendu que des avis tranchés au sujet de ce film, et je me trouve toute perdue avec mon avis mitigé.

Commençons par les défauts, gros, énormes, monstrueux. Oui, ce film ne méritait pas la Palme d'or, en tout cas certainement pas d'une sélection où des films comme  Poetry ou Des hommes et des dieux concourraient. Oui, ce film a un scénario étrange, mal ficelé, bizarre, qui promène le spectateur un peu n'importe où. Oui, la fin est incompréhensible. Oui, les effets spéciaux sont pourris. Oui, techniquement, ce film a de cruelles lacunes.

Oui, mais. Mais c'est peut-être de ces défauts que vient cette étrange poésie qui l'anime d'un bout à l'autre. Comme un enchantement qui nait dès les premières images de ce film, dès les coups de museau de ce buffle dans une jungle bleuâtre. Je ne m'attendais pas à voir un film cartésien, et je n'y suis pas aller en cherchant à comprendre, mais à ressentir. Le scénario étrange incongrü ne m'a donc pas choquée, et j'ai même trouvé que l'accolement de ces scènes a-priori sans lien entre elles créait une beauté insolite. Que vient faire là cette princesse indoue et son poisson ? Je ne sais pas, mais la beauté mythologique de cette scène emprunt de beauté toute la suite du film...

Ce n'est pas un monde carré, rationnel, et si logique il doit y avoir, c'est dans les associations d'idées que procure l'accollement de ces scènes.

Comme on n'a pas la même culture que le réalisateur, on est pas sortis de l'auberge, je vous préviens !!

 

boonmee2.jpg


Ce film m'a donc semblé terriblement exotique (et en plus, la Thaïlande n'est pas un pays qu'on voit souvent au cinéma), et en même temps familier, pendant que j'ajoutais mes références aux images que je voyais. Serait-ce du à une lecture assidue de La Légende de la Mort chez les Bretons Armoricains ? Ces intersignes qui annoncent et accompagnent le décès de Boonmee ne m'ont pas dépaysée. Cette famille assemblée autour d'une table, un soir où le rideau avec l'autre-monde devient transparent qui pourrait-être un soir de Samain, je l'ai faite mienne. Qu'y a-t-il de si exotique à voir une princesse se faire aimer par un poisson, pour qui connait un peu la mythologie. Le poisson n'est-il pas un symbole plus phallique que, par hasard, l'oie de Léda, ou la pluie d'or de Danaë ? A voir les bijoux tomber en sacrifice au fond de la source quand on connait le fond des sanctuaires gaulois ?

 

Et puis finalement, qu'importe la compréhension de l'histoire, les messages, très nombreux, du réalisateur (politiques, sociaux, humanistes, religieux), le scénario complexe ? Mon imaginaire s'est enrichi dans ce film, de la beauté de l'eau troublée par les ébats du poisson, des bijoux tombant en silence sur les galets, de la masse sombre du singe se découpant sur les feuilles de la jungle, les yeux rouges, rubis, brillant dans la nuit, et de ce fantôme de femme qui, telle une vampire, vide son homme de sa lymphe et lui offre la mort...

 

(en fait, quand je me relis, je crois que j'ai vraiment apprécié ce film ;) )


 

 

L'avis de B.

 

Ce film est magique.

En effet, je suis entré dans la salle de cinéma en pleine forme, alerte, le poil brillant, l’œil vif et … j’ai lutté contre le sommeil, pour garder ouvertes mes paupières de plomb et pour étouffer mes bâillements. Le plus extraordinaire c’est qu’à peine sorti de la salle je me suis retrouvé parfaitement frais et énergique. Plus du tout envie de dormir.

Je ne sais quoi dire d’autre. Votre charmante bloggeuse préférée et moi ne sommes pas du tout d’accord. J’ai détesté ce film.

A quelques rares exceptions près, l’image est moche, les « effets spéciaux » lamentables (pour moi un bon effet ne se voit pas et quand on n’a pas les moyens d’en faire on évite au lieu de faire un truc cheap).

Enfin et surtout, j’achoppe totalement sur le scénario. Pour moi, un scénario est un liant, quelque chose qui sous-tend le film, lui donne sa cohérence (même si le film est parfois incohérent, mais dans ce cas c’est volontaire) ; pour moi un film est quelque chose de construit, pas un accolement anarchique de scènes. Le réalisateur vous propose des scènes dans un certain ordre, les filme d’une certaine façon et il y a une raison à cela, sinon c’est un catalogue.  J’oppose cette ossature dramatique au thème, qui pour moi est en deux mots le sujet. Le scénario développe et met en scène le thème, lie les scènes, comme le plan explicite la problématique – même si tous les films ne sont pas des dissertations et heureusement).

Oncle Boonme a un thème : un homme dont la mort approche se détache de sa vie (il solde ses relations avec ses proches morts et vivants et se détache tant qu’il en revoit ses vies antérieures). Oncle Boonme n’a, pour moi, pas de scénario : je ne comprend pas l’ordre des scènes, je ne comprends même pas ce que veulent dire certaines scènes et encore moins ce qu’elles foutent dans ce film ! Il n’y a pas d’autre lien entre les scènes que le fait qu’on peut les faire entrer dans le thème (à ce niveau là, on peut faire entrer dans votre estomac du poisson et du petit salé aux lentilles. C’est juste que le mec qui vous sert ça dans la même assiette vous lui demandez dans quelle poubelle il a appris la cuisine). Je reproche à ce film de ne rien expliciter (je ne suis pas idiot, je n’ai pas besoin que l’on fasse clignoter les étoiles dans le ciel quand un type parle de constellations – spéciale dédicace à un homme d’exception, lamentable chef d’œuvre du kitsch hollywoodien) mais il y a un seuil à ne pas dépasser.

Prenez Mulholland Drive de Lynch, ce film est parfaitement onirique, certaines scènes paraissent incompréhensibles et dans une certaine mesure le restent. Vous avez toutefois à la fin une clef qui permet au film de rétrospectivement se livrer à vous.

Je vous mets au défi de comprendre la fin d’Oncle Boonme, de trouver ce fameux lien. Ok tout ça c’est de la vie antérieure… et donc ? Pourquoi paulette se fait baiser par un poisson ? On peut comprendre le lien avec le reste ? On me glisse dans l’oreillette que non.

Alors Céline vous demandera qui a décrété qu’il fallait un scénario pour faire du cinéma et qu’un tableau sans sujet c’est aussi de l’art. Je suis parfaitement d’accord pour la peinture (j’adore le non figuratif) mais j’ai plus de mal à traduire cet argument à la représentation théâtrale ou cinématographique. Ça vous fait rêver vous de voir un type tourner en rond sur un plateau en faisant n’importe quoi ? Pas moi. Autant un tableau sans sujet peut créer en moi de l’émotion, autant un accolement anarchique de scènes pendant plus de deux heures ça ne donne naissance qu’à une seule chose : du sommeil, de l’ennui et de l’agacement.

Apichatpong Veerasethakul a essayé de filmer autrement, je pense que dans sa tête le film a un sens. Il a simplement échoué, ou volontairement refusé de nous permettre de le pénétrer plus avant. Tout ce que j’ai vu c’est des bouts de scènes sans comprendre pourquoi il les avait mises dans son film. C’est dans cette mesure que, moi (et ça n’engage que moi), je dis qu’Oncle Boonme n’est pas du cinéma et que Veerasethakul est un mauvais réalisateur. C’est sûrement de l’art, peut être autre chose mais ça ne correspond pas à ce que je considère comme un film (peut être à tort mais c’est mon opinion).

 

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