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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 10:00

bruitglacons.jpgJe n'avais pas du tout envie d'aller voir ce film. L'affiche ne m'attirait pas, et puis ... je fais une overdose d'humour gras et français. C'est pas que j'en vois beaucoup, hein ; mais c'est que je le digère vraiment très mal.

Et puis 'on' m'a forcée et je dois bien avouer que j'ai passé une excellente soirée ; j'en suis sortie toute joyeuse et heureuse.

 

Le héros, Charles, est un écrivain alcoolique au dernier degré. Il ne se déplace jamais sans son bébé, son seau à glace dans lequel baigne une bouteille de blanc. Ses pas sont toujours accompagnés du bruit des glaçons s’entrechoquant dans le seau.

Il boit. Sa compagne l’a quitté ; il a déjà eu le Goncourt ; il a une maison merveilleuse (je veux la même ! La même piscine, la même cuisine, la même gazinière, la même bibliothèque, la même …) ; une maîtresse russe au corps de déesse. Donc, il boit. 6 bouteilles de blanc par jour, et puis du rouge et des alcools forts, le soir.

Sa seule compagne, outre la merveilleuse blonde en maillot de bain qui ne dit pas un mot (elle se contente d'être belle), c’est sa gouvernante Louisa, une femme entre deux âges, discrète, sombre, qui rôde.

Finalement, quand son cancer débarque, ben, ça lui fait de la compagnie. Ils peuvent parler, partager un verre. Le cancer a plein d’histoires, des hommes qu’il a tué, des agonies déchirantes. Ça lui change les idées.

Sauf que la mort n’est pas si tendre et qu’il finit par se rebeller. Il veut aimer, encore ; il veut voir grandir son fils ; il veut vivre, même sa pauvre petite vie minable…

Le sujet en paraît tragique, et dangereux. Alcoolisme, cancer, mort, est-il possible d’en rire ? Blier répond oui, et il a bien raison. On rit, souvent. On rit à des blagues tragiques « J’vais vous faire un pancréas. C’est rapide, un pancréas. ». On rit à la vie pitoyable de cet homme, image de toutes nos vies.

Je trouve ça courageux de la part de Blier : il serait tellement facile de dire « le cancer ? Non, c’est un sujet trop tragique pour en faire de l’humour. » ; il serait facile de se laisser aller au politiquement correct. Mais non. On a droit aux plaisanteries (douteuses, mais ça en fait tout le charme) sur les petites boules aux seins et les métastases, tout ce qui est rentré, malheureusement de plus en plus souvent, dans nos vies.C'est de l'humour noir et désespéré, un désir de danser avec la mort et de li mettre un nez rouge. Et ça marche.

J’ai beaucoup aimé la fin, qui m’a surprise. Mais, ne dit-on pas que ceux qui sont sur la mer ne sont ni morts, ni vivants ?

 


 

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3 septembre 2010 5 03 /09 /septembre /2010 09:00

poetry.jpg"Vous avez tous la poésie en vous. Vous n'avez qu'à la libérer."

 

 

 

 

L'avis de Céline

 

Mija est une vieille dame proprette et guillerette. Toujours vêtue de robes à fleurs, portant chapeau et foulard blanc, elle parcourt les rues de cette petite ville de province avec entrain, pour aller s'occuper du vieillard chez qui elle fait des ménages ou à un rendez-vous chez le médecin.

Lorsque le film commence, trois événements se produisent : elle apprend que ses pertes de mémoire sont dues à la maladie d'Alzheimer ; elle s'inscrit à un cours de poésie, où elle va s'entraîner à regarder la beauté du monde, à la rechercher, même dans des piles d'assiettes sales ; et son petit fils, dont elle s'occupe, une immonde chose mutique et désagréable (un ado, quoi), va être accusé de viol collectif sur une de ses camarades.

 

Suite au suicide de la jeune fille, les pères des autres gamins impliqués tentent de faire chanter la maman de la victime en la payant pour qu'elle ne porte pas plainte. Mija, droite et honnête, ne comprend pas cette pratique, pas plus qu'elle ne comprend le manque de réaction et de remords de son petit fils, bâfrant des chips devant la télé.

Elle s'abîme dans la contemplation d'une pomme ou d'un arbre, au lieu de chercher l'argent dont elle manque cruellement pour le chantage ; elle s'essaie à la rédaction de poésies en allant à ses rendez-vous médicaux ; elle cuisine pour son petit fils ; elle lave son patron, et lui permet même "d'être un homme pour la dernière fois" (splendide et émouvante scène d'amour entre ces deux vieilles personnes).

Tout en finesse, tout en nuances, Lee Chang-Dong trace ce portrait de femme, perdue dans un monde qui change, où ce qui est droit, beau et juste se réfugie dans des cours de poésie ; où les violeurs de jeunes filles échappent à la prison ; où les pères payent pour laver l'honneur terni de leurs fils ; où les ordinateurs restent sans cesse allumés et où on change de téléphone tous les ans. Finalement, l'oubli et la maladie valent mieux que le souvenir et le présent.


Mija est une très belle femme : toute bonté, générosité, humour et compassion. C'est la grand mère qu'on voudrait avoir, qui cuisine sans cesse, en pensant que la plus belle chose qu'elle puisse voir c'est "son petit fils manger", toujours gaie, jamais aigrie, malgré une vie que l'on devine difficile. Elle prend la vie comme elle vient, et en tire le meilleur et le plus beau. Elle est merveilleusement jouée par Yoon Jung-Hee, qui lui donne force et douceur : dans un film où peu de choses sont dites, où les émotions passent par les regards et les gestes, cette actrice apporte une réelle profondeur à Mija. En particulier, j'ai été très touchée par une des scènes finales, quand la police emmène son petit fils : le regard échangé entre le garçon et sa grand-mère est de toute beauté, et donne un sens à tout le film.

Le réalisateur s'attarde dans la contemplation des paysages et des choses, laissant le soleil jouer longuement sur une pomme, ou la pluie tomber sur un carnet. Il prend son temps et nous laisse déguster avec lui la beauté charnelle des images. De la cuisine de Mija à la ferme où habitait la petite victime, de la salle de cours à la chambre du vieillard, tout apparait comme de la poésie à l'état brut (ce qui m'a fait souvent penser aux oeuvres de Miyazaki, d'ailleurs ...). Plus que l'histoire, plus que la dénonciation d'une société qui apparaît comme sauvage et brutale, c'est ce temps donné à la contemplation qui donne tout son prix au film.

 

poetry2.jpg

 

L'avis de B.

 

Le film s’ouvre sur de l’eau en mouvement, un fleuve qui charrie le cadavre d’une jeune écolière. Nous croisons ensuite Mija, une vieille femme charmante, souriante, pimpante dont le médecin, consulté sur une gêne bénigne à l’épaule, va entrevoir les premiers symptômes d’un Alzheimer précoce. Nous allons suivre cette femme tout le long du film, aller s’occuper du vieil homme impotent encore plus âgé qu’elle dont elle s’occupe et fait la toilette, même aller jusqu'à lui faire l'amour pour qu'une dernière fois il soit un homme (après avoir refusé violement une première fois et avoir ensuite compris la douleur et la beauté de cette requête d'un homme dur et colérique qui l'aime) faire la nourriture pour son infect petit fils dénué de toute émotion, aller prendre des cours de poésie avec elle pour apprendre à écrire un poème, tenter de trouver l’inspiration pour saisir quelques mots dans son petit carnet, aller à des lectures de poésie, apprendre que son petit fils est un violeur et que la jeune fille qui s’est suicidée était sa victime, qu’il la violait avec sa petite bande de copains depuis 6 mois…

Nous allons voir avec elle les pères de ces sales petits violeurs l’approcher pour discuter d’une somme à verser à la mère de la victime pour acheter son silence (30 000 000 Won soit  moins de 20 000 euros, le prix d’une jeune fille en Corée).

Que dire de ce film ? Rien n’est vraiment beau à part ce personnage de femme merveilleux, mais comme nous suivons son regard, nous arrivons petit à petit à déceler la beauté là où elle est cachée. Nous allons trouver cet arbre en pleine rue beau car elle s'est arrêté pour le regarder et l'écouter parler (sa voisine repart interloquée de cette réponse), écouter les oiseau avant d'aller voir la salle de classe dans laquelle la malheureuse a été violée pendant 6 mois, trouver de la beauté dans la vaiselle dégueulasse dans l'évier, marcher dans la campagne, faire l'amour à ce vieil impotent aidé au viagra car c'est pour lui un acte d'un indiscible beauté... Vous rappelez-vous du joujou du pauvre de Baudelaire ? Poetry est une adaptation magnifique de ce poème.

Le film est lent mais beau, savoureux, aucune scène n’est inutile, chaque moment est important ne serait-ce que par sa futilité, sa légèreté. Nous comprenons très vite que nous passons du temps avec une femme d’exception. Elle n’a rien que de très quotidien mais elle est une femme que nous voudrions tous rencontrer, avoir pour grand-mère. Elle donne tout à un monde qui lui prend tout sans rien lui donner d’autre que les petites parcelles de beauté qu’elle saura petit à petit y trouver en tentant de trouver l’inspiration, en tentant de libérer la poésie qu’elle a en elle. Ce film est la quête de cette femme pour écrire son poème. Il contient de réels moments de grâce comme la scène où elle doit aller proposer l’argent à la mère de la petite suicidée et, oubliant la raison de sa présence, échangera quelques mots sur les abricots qu’elle a ramassé en chemin, ou la scène avec l’inspecteur de police, une vraie belle scène de cinéma comme on n’en voit pas si souvent.

Cet inspecteur de police est d’ailleurs important. Il apparait dans le club de lecture de poésie en lisant des poèmes de deux lignes et faisant des blagues grivoises. Mija va même aller jusqu’à dire de lui qu’il insulte la poésie. C’est la seule fois où son regard sera pris en défaut car cet homme est une très belle personne, d’ailleurs la seule qui comprendra Mija, qui lui donnera sa main et un peu d’amour le temps d’une scène magnifique dans laquelle il reprendra simplement pour quelques échanges la raquette de badminton abandonnée par son petit fils, emmené par la police.

Enfin, comment parler de ce film sans évoquer Yoon Jung-Hee, l’interprète de Mija ? Elle porte comme une plume le poids entier de ce film sur ses frêles épaules. Je ne peux même pas dire qu’elle l’interprète avec brio, que sa performance est époustouflante car il n’y a pas de performance, pas de brio, pas d’acteur, juste Mija, juste cette femme que nous suivons dans son quotidien. Je ne peux même pas imaginer que derrière Mija se cache une autre femme avec une autre vie.

J’ai été enchanté, charmé, ému par ce film. Courez-y !

 

 


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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 13:35

poisonviolent.jpg"N'y va pas, j'veux que tu gardes un oeil vierge pour le mien !"

 

 

 

 

L'avis de Céline

C’est un très beau et doux film que nous avons été voir Jeudi. Un poison violent raconte les vacances de Pâques d’Anna, 14 ans, qui revient de pension dans son village d’enfance. Unité de temps et de lieu (à la seule exception de l’épilogue), unité de sujet aussi, puisque le film traite d’une crise. Crise d’adolescence, crise de foi, crise de la quarantaine pour le très beau personnage de la mère.

Deux trios se font face : Anna, Pierre, son camarade de classe, et Dieu d’une part ; Jeanne, sa mère, Paul, son père, et le père François, son curé. En miroir du couple parental qui se déchire, et tandis que sa mère va chercher le réconfort dans ses confessions au père François, Anna se sépare par degrés de Dieu, n’y trouvant plus les réponses aux questions qui l’assaillent et développe une idylle toute en délicatesse avec son camarade de classe Pierre.

Ce chassé-croisé entre la mère et la fille, la mère se séparant de son amour terrestre pour se tourner vers Dieu (ou plutôt vers son serviteur), la fille perdant son amour spirituel pour trouver les délicieux tourments du désir avec Pierre, est admirablement bien rendu, avec de nombreuses scènes se faisant écho (la scène du premier baiser, par exemple).

J’ai beaucoup aimé la manière dont sont opposées spiritualité et chair, avec le grand père et l’évêque pour les représenter l’une et l’autre. Face à l’évêque, un vieil homme froid, le grand-père (joué par un Galabru en pleine forme) est un Silène qui bouffe, qui pète, qui bande. Dans cet immense corps immobilisé dans un lit, se dégage une puissance de vie, un amour de la vie, qui balaie tout sur son passage, du curé venu prendre onctueusement des nouvelles, à la foi de sa petite fille. C’est lui qui, de loin, la fait s’allonger sur la « pierre à sacrifice » où Pierre va l’embrasser ; c’est lui qui, le premier, voit la femme en elle, la future mère, la future amante. C’est lui qui, par ses disques, ses revues, ses propos, lui démontre le caractère joyeux et lumineux de la sexualité et du désir, bien loin des propos de l’évêque, qui n’y voit que « débauche, impuretés, obscénités, idolâtrie, sorcellerie, haine, querelles, jalousie, colère, envie, division, sectarisme, rivalités, beuveries, gloutonneries et autres choses du même genre ». L'opposition se trouve aussi dans les lieux. Face à l'église glaciale et immense, face au cérémonial de la messe, c'est dans les bois et sur les pierres, en pleine nature que Pierre et Anna communient. Au moment du choix, Anna choisit la vie et la chair – et le paganisme.

Au delà même de cette réflexion profondément mystique, Un poison violent est surtout un magnifique film sur l’adolescence, sur sa crise, entre désir d’absolu et tentation de la vie, entre plaisanteries avec les copines et discussions avec sa mère, connaissance de soi et découverte des autres, entre la petite fille et la jeune femme. Le jeu de Clara Augarde, qui m’a un peu destabilisée, rend finalement très bien ces doutes et ces incertitudes, cette sensation de mal-être diffu.

Les autres acteurs ne sont pas en reste. En particulier le père de Clara, qui m’a fait fondre en larme juste en le voyant dévasté par le chagrin. Et surtout le père François, qui dresse un magnifique portrait d’homme tout d’un coup bousculé dans sa foi, tourmenté par ses désirs, incapable de porter les chagrins de son troupeau. La scène où on le voit se tordre et implorer Dieu dans son lit est splendide.

La réalisation est elle aussi extraordinaire : elle ne démontre jamais, n'explique pas, ne cherche pas à expliquer, mais, toute en légéreté, nous montre et nous donne à penser. Katell Quillévéré nous invite dans cette famille en plein marasme, et nous rend spectacteur de ce qui s'y passe, sans jamais chercher à briser la barrière des corps. A nous de chercher ce que pensent et ressentent les êtres, avec les rares pistes qui nous sont données, et le langage des corps et des regards. Je comprends que cette mise en scène puisse déstabiliser et déplaire ; elle m'a au contraire totalement séduite.

Enfin, l'image et la bande originale sont de toute beauté. Je pense en particulier à cet après midi sous la pluie, bercée par la musique de Greensleeves et les paroles de ce roi, lui aussi victime de ce "poison violent".

 

De manière plus anecdotique, ce film m'a aussi beaucoup touchée car j'y ai retrouvé beaucoup des ambiances dans lesquelles j'ai passé mes vacances, ado. J'ai retrouvé les mêmes bols de petit déjeuner j'ai retrouvé la pluie qui tombe sans se lasser, les journées de bouquinage, à peine habillée dans un grand pull, les lectures de BD, les copines qu'on retrouve le temps d'un papotage, les églises où des maquettes de bateau pendent du toit, ces angoisses sur ce corps qui se transforme... C'est sans doute ce qui m'a fait me sentir aussi proche d'Anna...

 

L’avis de B.

Katell Quillévéré réussit son premier film, Un poison violent, qui tire son titre d’une chanson de Gainsbourg à propos de l’amour. J’ai aimé même si le film n’est pas exempt de certains défauts qui m’ont un peu gêné.

Le synopsis peut paraître assez simple : une jeune adolescente sur le point de faire sa confirmation est aux prises entre l’attrait de la chair et de l’esprit. Quelle drôle d’idée que d’opposer chair et esprit mais, vous l’aurez compris, cette pauvre Anna est catholique, qui plus est avec cette violence de la foi des enfants (une prière avec l’icône pressée sur le sein – ce pauvre Jésus devait en être tout chose).

Anna vit dans un internat catholique afin de ne pas assister au déchirement de ses parents. Elle revient dans sa famille pour les vacances de pâques afin d’effectuer sa confirmation et trouve son père parti et sa mère Jeanne, splendidement interprétée par Lio, en pleine dépression. C’est dans cet état que Jeanne tente de se recentrer sur la religion dans laquelle elle a été élevée et qu’elle avait abandonné pour son mari. La religion est incarnée par le père François, plutôt sympathique et bon curé de campagne, proche de ses ouailles (une très belle scène le montre jouant comme un gamin au foot avec les enfants du village) et lui-même en proie aux affres de son désir pour Jeanne.

Dans ce champ de ruine, Anna est tiraillée entre sa foi d’enfant, pure et absolue, représentée par l’évêque ascète qui, dans son église glaciale, vilipende les tendances de la chair et le désir naissant qu’elle sent naître en elle, représenté par le jeune Pierre, sous le patronage égrillard de son grand-père, formidable Michel Galabru en vieillard impotent et jouisseur, païen au dernier degré (il entonne une chanson paillarde lors de la seule visite que le curé du village tente de lui faire), qui bande alors que sa petite fille lui fait sa toilette matinale et finit même par lui demander de lui montrer « l’endroit dont il vient ».

Vous l’aurez compris, nous faisons ici une plongée dans la religion catholique comme le montre la première scène à la messe. Katell Quillévéré nous montre deux fois absolues en la personne d’Anna et de sa mère. Comme dit plus haut, Anna a la foi des enfants, absolue et pure, la foi qui n’a encore jamais connu le doute de la chair alors que Jeanne, sa mère, a elle la foi mortifère de la déception, de ceux qui ont connu la chair mais que la chair a abandonné (son mari, un personnage séduisant mais lâche est parti vivre avec une autre et la laisse se racornir) et qui n’ont plus que le vide et le tourment à présenter à leur Eglise. Face à la naissance du désir, patronnée par son grand père, elle s’essaie pas à pas à la sensualité dans les bras du jeune Pierre (jolie image du premier baiser sur une pierre de sacrifice païenne). C’est ce qui provoque en elle un doute qui la conduira à renoncer à sa confirmation (un très joli évanouissement devant un évêque abasourdi).

Ce que nous laisse entendre Katell Quillévéré c’est que ce rejet absolu et imbécile de la chair par la religion catholique, cette volonté de mutiler l’être humain dans ses pulsions, va conduire Anna à s’éloigner de son dieu. Le jeune curé de campagne, lui aussi proie au doute et au désir aurait bien mieux su expliquer à Anna que non, l’esprit ne s’est jamais opposé à la chair.

C’est un joli film très lent, très contemplatif, qui procède par petites touches pour suggérer le chemin franchi par Anna (elle finira par choisir de s’évanouir en pleine église devant un évêque ébahi afin d’éviter sa confirmation). C’est une chose que j’ai aimé dans le film quoique j’aurais apprécié que certains éléments soient un tout petit peu plus explicites (après en avoir discuté avec Céline, certaines scènes qu’elle a immédiatement comprises pour avoir plus ou moins ressenti ce genre de choses à cet âge n’était pas du tout clair pour l’ancien petit garçon que je suis).

Anna est superbement interprétée par Clara Augarde, toute en délicatesse, retenue et timidité. Pas de grands éclats, pas de déballages de tripes, juste une belle jeune fille qui s’illumine de complicité avec son père, hésite, pleine de maladresse face à l’inconnu de son éveil au désir et de l’apprentissage du regard de l’homme.

La mise en scène est très discrète mais il faut avouer que le genre ne se prête pas nécessairement aux prouesses de ce côté-là. La photographie est parfois inégale mais certaines scènes sont très belles et Katell Quillévéré sait créer des ambiances et laisser les personnages évoluer dans des séquences assez longues. Elle filme la beauté naissante et les hésitations d’Anna avec une très belle délicatesse (notamment de nombreux plans sur les cheveux magnifiques de Clara Augarde et ses regards timides).

J’ai toutefois été beaucoup gêné par le montage. J’ai en effet trouvé que les transitions entre les scènes étaient parfois très abruptes ce qui conduit à trop découper le récit nuire à sa fluidité. J’ai aussi trouvé que Katell Quillévéré manquait par moments de courage. Elle amène en effet ses personnages à des moments de gêne mais les laisse alors immédiatement pour passer à la scène suivante. Pourquoi ne pas laisser cette gêne s’installer un peu plus et montrer le maigre prétexte extirpé à grand peine pour se séparer ?

Il reste que le film est malgré cela une réussite et une excellente surprise. Je pense que ses défauts s’expliquent aisément par le fait qu’il s’agit d’un premier long métrage. La réalisatrice montre à mon sens ici un joli talent.

Enfin, une mention toute particulière à la bande originale dominée par le magnifique Creep de Radiohead repris par la chorale Scala.  

 

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 09:00

inception.jpg

"Dreams feel real over it. It's only when we wake up that we realize that something was actually strange."

 

 

 

  • L'avis de Céline

On a mis tellement de temps à aller le voir à cause des salles bondées ; et il y avait encore hier tant de monde dans la salle de ciné, je pars du principe que tout le monde l’a vu. Donc il y a des spoilers.

« Le mieux est l’ennemi du bien ». Voilà un proverbe dont Christopher Nolan ne connaît pas l’existence, et c’est bien regrettable.

Car, le vrai problème d’Inception est là : à trop vouloir en faire, à monter de la complexité sur de la complexité comme des œufs en neige, à multiplier les personnages, les strates de rêves, le film finit par rester inabouti, de nombreuses pistes ayant été ouvertes, puis écartées.

Il y a deux films en un, deux films qui auraient chacun mérité un meilleur traitement. Un film d’espionnage et d’action, avec la nécessaire course contre la montre revisitée, les différents personnages traditionnels : le boss, la femme, le gros bras, le petit bras malin, auquel on ajoute un second gros bras dont on ne voit pas trop l’utilité, et un japonais, qui passe par là comme par hasard. Ce film là, je ne serais sans doute pas aller le voir (1).

L’autre film, celui sur la relation amoureuse entre di Caprio et Cotillard, avec Juno Helen Page (2) comme témoin, est infiniment plus passionnant – et poétique. Cet amour qui se construit en dehors du monde, dans des strates de rêves infini, qui reconstruit sans cesse le paysage de nos mémoires, qui passe cinquante ans en quelques heures, et qui finit par se perdre dans ce labyrinthe d’imagination, cet amour si fort que les deux partenaires préfèrent vivre au contact direct de leurs subconscients que dans la réalité, est splendide. Il y a une grande poésie dans ces « limbes » et dans les scènes qui s’y passent ; l’échange entre di Caprio et Saito, cet homme épuisé dans ses souvenirs, face à Saito, égaré, perdu, vieil homme mythologique est une scène qui restera dans ma mémoire.

Et le fameux dilemme sur le réel et le virtuel ! A peine ébauché, et déjà passionnant : comment je sais que je rêve ? Et surtout, comment je sais que je suis éveillé ? Di Caprio utilise une petite toupie pour le savoir (oui, oui, on aura fini par comprendre), mais cette question d’un intérêt crucial n’est à la fin donnée que comme exemple d’inception. Et pourtant ! Il y a tellement de références littéraires et cinématographique qui se sont frottées avec succès à ce thème, La vie est un songe, de Calderon, ou Mulholland Drive, pour ne parler que de ceux que j'ai vu l'an dernier... Il y avait un tel potentiel derrière cette simple question : pourquoi Mall s'est suicidée, qui reste inachevée, à peine ébauchée.

C’est mon plus grand regret du film…

Mon autre regret, ce sont les scènes d’action. Je ne suis pas fan de la chose, mais il peut m’arriver d’aimer ça : celles de Matrix 1, par exemple, ou Casino Royal sont magnifiques. Parce qu’elles sont chorégraphiées. Et celles d’Inception, bah elles ne sont pas chorégraphiées (à part celle de l’hôtel, qui est pas mal). Et donc, n’étant pas fan des fusillades et des courses-poursuites, je me suis fait ch*** pendant une bonne moitié du film. Surtout que la musique a tendance à devenir omniprésente, très forte, de plus en plus forte, trop forte, beaucoup trop forte à la fin du film.

Mais, allez vous me dire, il en fallait pour tous les goûts !

Bah oui. A vouloir faire du ‘bon pour tous’, on finit par faire du ‘bien’.  Je le regrette d’autant plus que ce film a une excellente base, une qualité graphique ahurissante, des acteurs géniaux, et de vrais moments de poésie.

La qualité graphique, par exemple : dès les premières images du film, ces vagues qui lèchent le corps de di Caprio, j'ai été séduite par le grain de l'image. Et cet enchantement a duré tout le film, dans les salles japonisantes, dans le Paris reconstruit, dans la ville aux hauts immeubles modernes.

 

En revanche, ce film me pose un certain nombre de questions (oui, là, je vais descendre le scénario trio oufzor qui tue qu'on nous a vendu) :

- si dans un rêve, on peut imaginer plus ou moins ce qu'on veut (genre replier Paris comme une crèpe, par exemple, ou s'imaginer avec une kalachnikov à la main), pourquoi ne peut-on pas supprimer ses ennemis en imaginant qu'ils ne sont plus là ? Hein ? Ahhhh, parce que ça supprimerait les scènes d'actions qui font venir les mecs... OK, je comprends mieux maintenant...

- Le premier rêve, celui où ils vont nous chercher une info dans le cerveau de Saito, on est bien d'accord qu'il y a un rêve dans un rêve, a dream within a dream ? Sans qu'apparement, ça ne leur pose trop de problème... Pourquoi dans le second rêve (celui de l'inception dans le cerveau de Fisher), il leur faut des somnifères hyper-puissants-même-que-si-on-meurt-on-ne-se-réveille-pas pour n'atteindre qu'un seule degré de complexité supplémentaire ?

 

Finalement, je crois que je suis assez d'accord avec la critique de Télérama : "Ici, les idées intéressantes ne manquent pas : la mort comme seul moyen de se réveiller ; les rêves dans le rêve, avec des effets de dilatation ou de contraction du temps. Mais ce ne sont que des trucs passagers, au service d'une histoire décevante, et ensevelis sous un déluge visuel, à l'insistance plus soporifique qu'onirique."


(1) et c’est sans doute là l’explication d’un certain nombre de choses…

(2) Oui, je suis désolée, je n’ai pas été capable de voit autre chose que des acteurs en train de jouer le rôle de X, Y ou Z. Sauf pour Fisher, que j'ai trouvé excellent : ce petit fils à Papa se transforme au fur et à mesure du film en personnage plus riche, plus tendre, qui a fini par m'être très sympathique.

 

inception2

  • L’avis de B.

Après le très bon The Dark Knight, Christopher Nolan confirme son talent avec Inception. Autant le dire tout de suite, je ne suis pas d’accord avec Céline et j’ai trouvé le film très bon, même s’il n’est pas totalement exempt de défauts.

Attention, cette critique dévoile des éléments clefs de l’histoire.

Avec Inception, Nolan s’exerce à un jeu périlleux qu’est le mélange les genres : heist movie (film de casse à la Ocean’s eleven), thriller, film d’action et science fiction. Pour ce dernier genre, on notera la parenté visuelle et thématique avec Matrix (réflexion sur le réel et sa perception, scènes d’action en apesanteur dans l’hôtel notamment).

Nolan s’en sort globalement assez bien même si l’on peut considérer que le film accorde un peu trop de temps aux scènes d’action (la scène de l’assaut de la forteresse enneigée traine en effet un peu en longueur et aurait notamment pu être raccourcie pour faire place à un peu plus de développements sur les éléments plus intéressants du scénario).

Nolan s’attaque ici au thème relativement classique des rêves et du rapport à la réalité. Contrairement à certains de ses prédécesseurs, il choisit toutefois une approche très cartésienne et réaliste. La distinction entre rêve et réalité est extrêmement ténue d’un point de vue visuel et c’est justement le ressort principal de son scénario qui mêle réflexion sur la notion de réel (suis-je en train de rêver ?) et l’autorise à un scénario à tiroir extrêmement habile et sophistiqué imbriquant différents niveaux de rêves/réalité. Autant le dire, ce scénario fonctionne à merveille et procure un plaisir intense ! C’est une mécanique parfaitement huilée qui, si elle n’a pas le temps ni l’envie de tout nous démontrer (ce serait démonstratif et barbant), sait faire juste ce qu’il faut d’ellipses afin d’assurer sa cohérence au film.

Ce dernier est dominé par certains thèmes récurrents : le labyrinthe et le paradoxe dont notamment le fait de tourner en rond (on voit là encore la sophistication du scénario et de la mise en scène qui se répondent via une trouvaille visuelle toute bête : la toupie qui tourne sur elle-même dans un mouvement perpétuel … ou pas).

Il est notamment excessivement intéressant de voir comment l’équipe s’y prend pour implanter une idée dans l’esprit de sa cible. Le processus de raffinage de l’idée pour en extraire la substantifique moelle et ensuite déterminer les vecteurs les plus efficaces d’un point de vue émotionnel pour son implantation est impressionnant. Le résultat, une manipulation via trois niveaux de réalité, est excessivement brillant.

A ce scénario sophistiqué est associée une mise en scène magistrale passant notamment par un montage excessivement efficace. Nolan exploite une trouvaille cinématographique formidable qu’est l’étirement du temps : plus on s’enfonce dans les strates du rêve, plus le temps ralentit. Le résultat, la longue scène d’implantation de l’idée (l’inception à proprement parler), est époustouflant. Cette image du van n’en finissant plus de tomber, associée à l’urgence absolue qui règne dans le niveau de rêve suivant (l’hôtel) dans laquelle s’imbrique une urgence plus diffuse dans la scène de l’attaque de la forteresse (c’est d’ailleurs peut être là que se trouve la raison de sa relative longueur) à enfin l’infini mortifère mais magnifique des limbes donne un entrelacs de réalité et de tension tout bonnement génial.

Ce que l’image et le montage montrait est renforcé par une utilisation habile de la musique qui ralentit et devient plus sourde à mesure que l’on s’enfonce dans les strates du subconscient de la cible, Fisher.

Il faut ajouter à cela une image et une photographie magnifique. Nolan a de beaux décors et sait les utiliser discrètement pour notamment attribuer à chaque degré de rêve sa propre esthétique et à chaque subconscient sa personnalité.

Enfin, Léonardo Di Caprio confirme lui aussi son immense talent d’acteur, dans un rôle proche de celui qu’il tenait dans l’excellent Shutter Island. Marion Cotillard s’illustre quant à elle dans un très beau rôle auquel elle donne exactement la touche nécessaire d’épouvante et de tendresse. Cillian Murphy qui joue Fisher, le jeune héritier, cible de l’inception est aussi excellent, commençant comme un glacial petit garçon riche antipathique au possible pour s’humaniser par degrés. Les seconds rôles enfin eux aussi très réussi avec une palme toute particulière à Helen Page qui s’illustre encore mais cette fois-ci dans un rôle totalement différent de celui de Juno.

Enfin, j’ai aimé la référence voire l’hommage à un immense chef d’œuvre du cinéma : Citizen Kane (tout de même élu plus grand film américain de tous les temps par l’American Film Institute). Citizen Kane est une enquête pour décrypter le sens des derniers mots d’un vieillard mourant ; Inception tend ici à l’inverse : obtenir qu’un mourant prononce les derniers mots que l’on souhaite lui faire dire. Pour les sceptiques, vous trouverez votre preuve dans le coffre fort à côté du père mourant : ce n’est pas le testament, nœud de l’inception, que Fisher sort de ce coffre : c’est le jouet avec lequel il jouait enfant… Rosebud disait Charles Foster Kane en mourant ; la marque du traineau avec lequel il jouait étant enfant lorsqu’il fut enlevé à ses parents pour devenir ce qu’il fut.  

 

 

 

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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 09:00

Tamaradrewe.jpg"Maybe when they removed that bit of cartilage, they removed my brain, by mistake ..."

 

Amis des vertes campagnes anglaises, bienvenue !

 

J'ai lu tellement d'articles et de blogs sur ce film que je ne suis pas certaine qu'il est bien nécessaire de résumer l'histoire de Tamara Drewe.

Tamara, jeune londonienne, journaliste à The Independant, revient dans le village de son enfance pour y liquider l'héritage de sa mère. Elle l'avait quitté une dizaine d'années auparavant laide ; une rhinoplastie plus tard, elle est ravissante, une bombe sexuelle (aux shorts très courts - gare aux mycoses comme dirait l'autre) qui fait tourner la tête de tous les hommes.


Ce film est surtout le prétexte à une galerie de portrait tous plus réussis les uns que les autres. L'écrivain connu aux multiples maîtresses et à la lâcheté congénitale ; son épouse, soumise et discrète, dévouée au bonheur des autres, jusqu'au jour où elle craque ; le jardinier beau gosse, un peu timide et très plaisant à regarder ; la rock star complètement jetée, qui parade avec son chien débile et sa décapotable jaune ; l'écrivain américain paumé, qui essaie de rédiger une biographie de Thomas Hardy - et tombe amoureux de sa logeuse ; et surtout les deux petites ados qui s'emmerdent, et, à la manière de déesses du destin, mettent en branle tout ce petit monde.

 

C'est frais, c'est amer, c'est drôle, c'est méchant, c'est délicieux. L'humour y est, comme l'image,  jaune. On se prend à rire devant ces histoires de village, ces auteurs ratés, ces couples qui dérivent, ces souvenirs d'adolescence un peu ratée. On se prend à rêver devant ces pectoraux parfaits (non non, je n'ai pas dit ça du tout), ces grandes maisons de campagne au charme fou, ces troupeaux de vaches, et surtout, surtout, les pâtisseries de Beth Hardiment (si je peux vivre chez elle, je me transforme en écrivain raté quand elle veut).

 

Bien sûr, la qualité n'a rien à avoir avec les films précédents de Frears que j'ai pu voir (The Queen, en particulier, étant un chef d'oeuvre à la cheville duquel Tamara Drewe n'arrive qu'à peine). Mais c'est frais, c'est gai, c'est méchant : j'y ai passé un très bon moment.

Et ça me donne diablement envie de relire du Thomas Hardy, tout ça ...

 

 

 

 

Et parce que Dominic Cooper est le meilleur, je ne résiste pas au plaisir de revoir cette scène :

 

 

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 13:41

petitmeurtreanglaise.jpg

"Tony, come and see what happen when you don't clean the gun."

 

Petits meurtres à l’anglaise raconte l’histoire de Victor Maynard, tueur professionnel, fils de tueur professionnel, petit-fils de tueur professionnel, et fils d’une mère psychopathe très présente.

Victor, 54 ans, est un anglais type, tout en retenu, flegme et savoir-vivre (la scène où il apprend à tuer à Tony est juste extraordinaire …). Célibataire, il ne vit que pour sa maman, mère qui  d'ailleurs n’aurait pas dépareillé dans la Famille Addams (ahhhhhh, le cadeau des 4 ans de son fiston...). D’ailleurs, Maman commence à se poser des questions sur l’orientation sexuelle de fiston : est-il normal que celui-ci ne se soit pas trouvé de femme, et n’ait pas déjà donné d’héritier à la grande affaire familiale ?

Entre dégustation solitaire de Bourgogne, visites à la maison de retraite, révision des conjugaisons françaises et cadavres, tout est pour le mieux, jusqu’au jour où est donné l’ordre de tuer Rose, charmante anglaise, cleptomane et menteuse, et « completely out of control ». Mais Rose est tellement ravissante que pour la première fois, le pistolet du vieux garçon tremble, et qu’il décide de protéger la jeune fille.

Sauf qu’avec Rose, les aventures commencent …


C’est drôle, c’est hilarant, c’est bourré d’humour anglais. Toutes les scènes, sans exception, sont réussies. Les acteurs jouent tous très bien (surtout Bill Nighy, qui est extraordinaire, au niveau de Good Morning England). Les méchants sont admirablement réussis, tous plus bêtes les uns que les autres. Les gentils tous les plus attachants les uns que les autres. Et Mrs Maynard ... Oh, Mrs Maynard ! Quelle adorable grand-mère elle va être (mais je ne goûterai pas les confitures) !

Alors, c’est sûr, ça ne sera pas le meilleur film de l’année ; mais il n’a jamais visé à l’être. Ce n’est « qu' » une petite comédie anglaise – mais c’est une excellente petite comédie anglaise !

 

 

"Someone has seen the cat ?"

 


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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 17:18

Shrek4.jpg

"Just sign it."


Snif, c'est fini ...
Je n'étais pas une fan absolue de cette série (Les Âges de glace me font beaucoup plus rire, j'avoue), mais quand même, c'était quelque chose. Plein de bons souvenirs ... Le combat de Kung Fu de Princesse Fiona, le générique déjanté du premier épisode, les yeux de merlan frit du Chat Potté, les mouvements de cheveux de Prince Charming, le défilé des princesses hollywoodiennes, le chant de Princesse Fiona explosant les oiseaux.
Mais qu'est ce que je garderai du 4ème et dernier volet ? Je ne sais pas trop... Sans doute Princesse Fiona en walkyrie, la résistance Ogre et les perruques de Tracassin. Pas grand chose d'autre.

 

Shrek4b

 

Je suis déçue, et paradoxalement, j'ai passé un excellent moment : j'ai ri, je me suis régalée, j'ai partagé avec Shrek les re-rencontres avec l'Âne, le Chat Potté (fantastique Potté !), et Fiona. Chaque saynète était indépendamment parfaite, drôle et shrekienne, avec ce qu'il faut de références.

De plus, et pour la première fois, je trouve la 3D réellement bien utilisée. Dans tous les autres films en 3D (à l'exception peut-être de Coraline) que j'ai vu, la 3D servait plus de gadget à la mode. Là, le relief apportait réellement quelque chose au film.

Mais l'ensemble manquait de cohérence, de crédibilité, d'un scénario qui tienne la route. D'une fin qui ne tourne pas en rond, mais qui avance. Le film rend hommage à la série des Shrek, et surtout au premier, mais ne s'impose pas comme un film en tant que tel.

 

A voir pour les fans, pour passer un bon moment, mais à oublier aussi vite...

 


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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 17:25
 
asingleman.jpg"Waking up beginning with saying am and now."

Ce film - est-il besoin de le redire ? - raconte les préparatifs du suicide d'un homme dont  le compagnon est mort, dans un accident de la route, quelques mois auparavant.
D'images de la vie quotidienne en flash back, Tom Ford déroule devant nous la dernière journée d'un être qui a choisi de dire adieu à ce qui l'entoure, ses étudiants, ses voisins, et sa tendre et chère amie de toujours. La caméra suit le regard de cet homme, s'attache à des détails, l'oeil ultra maquillé de son amie, les torses nus des étudiants jouant au tennis, la robe bleue de sa petite voisine. Des sourires, des rires dont il se sent exclus. Une page déjà tournée.

oeilsingleman.jpg
Sauf que la tentation de vivre est encore là, bien présente. Elle est dans les possibilités d'amour qui s'ouvrent, elle est dans la chaleur amicale que lui déploie Charley, elle est surtout dans l'angoisse de la mort et dans l'insoutenable difficulté de mettre sa propre mort en scène.
J'ai vu ce film il y a longtemps déjà, quelques semaines, mais sa puissante nostalgie est encore là. Certaines de ses images ont si profondément imprégné ma rétine qu'elles ne s'effaceront pas de sitôt.

Alors certes, j'ai lu ça et là que ce film est trop beau, trop précieux, et qu'il ressemble à une pub pour du parfum plus qu'à un drame. Peut-être. Que le style en soit précieux, c'est indéniable. Que chaque plan soit travaillé mille fois pour arriver à l'image parfaite, oui. Mais cette beauté permet de transcender ce dialogue entre instinct de mort et instinct de vie. Sans ces images léchées jusqu'au grain de l'image, l'émotion aurait été moins forte.
Mais c'est l'amoureuse de poésie qui dit ça... J'ai retrouvé dans A single man quelques uns des aspects qui me mettent au bord des larmes en lisant Lamartine. Un vers comme "L'air est si parfumé, la lumière est si pure ! Au regard d'un mourant, le soleil est si beau" aurait parfaitement sa place dans ce film.

Autre chose lue et avec lequel je suis en désaccord : ce film serait un film sur l'homosexualité. Non. C'est un film sur le deuil.
Bien sûr, du fait que le narrateur soit homosexuel, ce film parle d'homosexualité. Comme il parle de Los Angeles. Comme il parle du quotidien d'un professeur d'université. Comme il parle des années 60. L'homosexualité de George fait partie du cadre du récit, avec ses remarques acerbes de son voisin, répétées par la bouche fraiche de la petite fille, avec le désir de Charley que George vive avec elle une "vraie relation".
Mais plus encore que l'homosexualité du narrateur, l'homosexualité du réalisateur donne une touche particulière. Dans sa promenade autour de George, la caméra s'attarde avec gourmandise sur les hommes. Leurs torses nus et musclés. Leurs lèvres gourmandes. Leurs regards. C'est rare de voir le corps des hommes ainsi détaillé. On est habitués au caméras impudiques sur les femmes, mais même les réalisatrices n'osent pas se délecter ainsi.

Bref, un film splendide et délicat. Un bijou.
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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 22:01

shutterisland-copie-1.jpgJ’ai donc enfin vu Shutter Island !

Je ne vais pas refaire le synopsis, puisqu’il est très fidèlement adapté du livre Shutter Island de Denis Lehane, dont j’ai fait la critique ici. Je vais plutôt m’attacher à voir comment Scorcese a adapté un tel roman. Attention, des petits spoils risquent de se retrouver un peu partout …


J’ai beaucoup aimé cette adaptation, très fidèle à quelques détails près. C’est une mise en image du livre quasi parfaite et les quelques omissions ne sont pas vraiment gênantes. On retrouve les principaux points d’ancrage du récit, le voyage en bateau, l’arrivée, l’enquête, la tempête, le cimetière … Le seul point qui m’a mise mal à l’aise, c’est l’adaptation des rêves de Teddy. Je suis bien consciente qu’il est très difficile de mettre en images des rêves et des souvenirs, et c’était à mon avis la plus grande difficulté du film. Dans l’ensemble, Scorcese s’en sort plutôt bien, arrivant à représenter le trouble et les souvenirs du héros, mais pourquoi avoir choisi de changer les rêves ? Qu’est devenu le récit de la dernière matinée ensemble de Teddy et de Dolorès ? Certes, on adapte pas 300 ou 400 pages en deux heures de cinéma sans couper des passages, mais cette scène me semblait importante dans la construction du récit et je regrette son absence.

En revanche, je trouve les reconstitutions de la libération des camps me semble trop appuyée par rapport à ce qu’elle était dans le roman. Ces souvenirs devraient surtour serveir à expliquer le traumatisme de Teddy, et pourquoi l’idée d’expérimentation sur des êtres humains lui fait encore plus horreur qu’à n’importe qui. Je trouve que Scorcese nous en sert un tout petit peu trop, et de manière un peu trop élégante : ces corps figés dans la glace prennent une beauté irréelle, alors que ce n’est pas du tout l’image qui m’est venue aux yeux en lisant « libération du camp de Dachau » dans le livre. En fait, pour tout dire, ça m’a rappelé la traversée du marais par Frodo, Sam et Gollum dans Les deux Tours, vous savez, ces cadavres de d'une bataille très ancienne, qui flottent encore entre deux eaux, que j’avais trouvé étrangement beaux à l’époque.


Voilà sur le fond, quasi parfait. Sur la forme, maintenant. Scorcese parvient tout à fait à nous faire entrer dans l’angoisse de plus en plus perceptible de ce thriller. La météo (merveilleuse scène de tempête !) bien sûr, y contribue, mais pas que. Les contrastes sont de plus en plus marqués, les scènes de plus en plus sombres, les cadrages de plus en plus resserrés, jusqu’à l’exploration du fameux WardC, stressante à souhait.

En revanche, Scorcese a voulu jouer de la bande son pour faire monter la pression, et je trouve qu’il y est allé un peu trop fort : la musique est grandiloquente, forte, très forte, trop forte car elle couvre presque parfois les voix des personnages. A mon oreille avertie, elle dévoile presque la fin dès l’entrée dans l’établissement ; à l’oreille non avertie de mon voisin de ciné « non, pas du tout, qu’est ce que tu lui trouves à cette musique ? ». Seulement qu’utiliser la musique pour faire passer des émotions est un moyen trop commode, et un peu éculé, d’autant plus que le visage ravagé de di Caprio en dit déjà beaucoup.


Ahhh, les acteurs, merveilleux acteurs. Di Caprio est très bon, comme toujours. Son désespoir lorsqu’il sert dans ses bras une Dolorès en cendre m’a profondément touchée. Il montre tout, la violence contenue, le chagrin, une haine rentrée envers les hommes, le manque de Dolorès. Il représente parfaitement le personnage tragique qu’est Teddy. Et la « scène finale », au bord du lac, m’a bouleversée…

Mais celui qui m’a aussi impressionné - et dont pas grand monde ne parle, c’est Chuck Aule.  C'est un personnage très important, car c'est grâce à lui qu'on croit à l'histoire. Denis Lehane le présente comme appartenant à cette sorte d’homme immensément sympathiques dès qu’on les rencontre, et à qui ont fait tout de suite confiance. Pas facile à jouer ! Et pourtant, Mark Ruffalo y arrive très bien. C’est le parfait commissaire, la tête sur les épaules, franc, ouvert, pas forcément très malin, mais à avec qui on se sent tout de suite à l'aise.


En conclusion, je trouve que ce film est une très belle adaptation du roman. Elle en possède les qualités, les quelques défauts qu'on peut lui trouver. Un petit reproche ? Les rares libertés prises par rapport au livre ne sont pas forcément nécessaires. Au contraire, elles ont tendance à alourdir un récit déjà écrasant.


Film vu (pour le plaisir !) et dans le cadre du défi Lunettes noires sur page blanche.lunettenoirepageblanche

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 11:28
education.jpg"I am a music lover and I am worried about your cello"
Ce film raconte comment une jeune fille vive, belle, intelligente, découvre la vie, ses bons et ses mauvais côtés. L'histoire, en deux mots, est simple : Jenny, lycéenne entraînée (c'est un euphémisme) par son père pour être admise à Oxford, rencontre par hasard dans la rue David, une bonne trentaine. Coup de foudre de l'adolescente pour cet homme élégant, intelligent, qui transforme sa vie en conte de fée. Comment peut-on s'intéresser aux cours et aux concours quand un gentleman vous emmène dîner dans des restaurants à l'ambiance jazzy ? Quand il vous propose de partir en week end à Paris ? Paris !
Mais pourtant, très tôt, Jenny va sentir que quelque chose cloche. Et elle va découvrir que la vie, la vraie vie, n'est pas un conte de fée.

"Am I a ruined woman ? You're not even a woman"

J'ai adoré ce film. Parce qu'il est parfait. Sur la forme, et le fond. L'image, l'ambiance est merveilleuse. Les acteurs sont fantastiques, tous autant qu'ils sont. Bien sûr, Carrey Mulligan crève l'écran de sa fraîcheur, de sa jeunesse, de son innocence. Mais j'ai été également bluffée par Rosamund Pike, que j'avais découverte dans Pride and Prejudice 2005, qui est étonnante de charisme dans Wives and Daughters BBC, et qui là est époustouflante de bêtise et de vide
!
Mais en plus du film, j'ai beaucoup aimé la morale de l'histoire. J'ai lu ça et là que certains étaient déçus, car l'amour perdait, et que le droit chemin du travail gagnait.
Ce n'est pas du tout la lecture que j'ai de cette fin : pour moi, Jenny, riche de cette expérience, devient enfin indépendante. Elle n'a nul besoin de "se marier" pour vivre. Elle peut enfin vivre pour elle même, ni pour son père, ni pour David. C'est une conclusion que je trouve très belle.

Conclusion : courrez y, ce film faut vraiment la peine !

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