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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 23:20

millersalem.jpg "Proctor : Je ne me trouble pas, mais je me demande quel effet produira mon histoire sur ces magistrats qui écoutent gravement les mensonges d'une gamine. Je me demande comment un pasteur qui a reçu la lumière de Dieu accueille aussi légèrement les mensonges meurtriers de cette petite garce."

 

En 1692, dans un petit village puritain de la Nouvelle Angleterre, des jeunes filles ont été surprises à danser nues dans la forêt. Pour préserver leur réputation, elles accusent le Diable de les avoir envoûtées, et des femmes du village d'en être les sorcières et les messagères. Menées par Abigaïl Williams, elles profitent du crédit qu'il leur est apporté pour mener des vengeances personnelles. Des dizaines de femmes du village, respectables et honnêtes, sont condamnées à mort.


En écrivant cette pièce, tirée d'une histoire réelle, Henri Miller visait à dénoncer le maccarthysme, les commissions d'enquêtes visant à condamner les communistes sur la foi de simples dénonciations. Mais au delà de simples événements historiques, il met également en scène la bassesse de l'esprit humain, la crédulité que certains juges peuvent avoir quand les aveux correspondent à leurs attentes, et surtout la manière dont la collectivité humaine peut se laisser gagner par l'hystérie – tant que le bouc émissaire est le bon.

Si le propos de la pièce est extrêmement intéressant, je n'ai pas été vraiment séduite par le style d'Henri Miller (je lisais en traduction). Est-ce parce que je ne suis pas habituée à lire des pièces ? Je n'ai pas été convaincue par le déroulement de l'histoire, ni par la psychologie des personnages, tout deux trop accélérés à mon goût.

 

Lu dans le cadre du challenge 100 ans de littérature américaine

littératureaméricaine2011

 

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 13:22

Nuitetjour.jpg"Lorsque Ralh Denham entra dans la pièce et vit Katherine, il eut conscience d'une variation de l'atmosphère telle que peut en éprouver un promeneur à la campagne, après le coucher du soleil, quand le froid et l'humidité cède soudain la place à une vague de chaleur qui sent bon le foin, comme si le soleil brillait encore, bien que la lune fût levée."

Voilà un roman dont je vais avoir bien des difficultés à parler. Ce livre m'a accompagnée pendant plusieurs semaines, y compris à travers des jours très sombres - ce qui est sans doute la seule et unique raison de mon léger doute à son sujet.

Il suit la vie de plusieurs jeunes personnes, au début du siècle, dans un Londres qui hésite entre tradition et modernité, nostalgie de l'Angleterre victorienne et désir d'avancer.

 

"Elle [...] s'absorba dans une rêverie où elle devint aussitôt une autre et l'univers entier se métamorphosa. Etant une habituée de cet univers, elle pouvait reconnaître son chemin sans hésitation. Si quelqu'un lui avait demandé de le décrire, elle aurait répondu que c'était là que résidait la réalité dont nous ne connaissons qu'une apparence ; elle se sentait incomparablement plus spontanée, plus forte, plus libre que dans le monde réel. Dans cet ailleurs, il était enfin donné de connaître ce qui nous échappe sans cesse ici-bas : le bonheur parfait dont nous ne goûtons que des miettes ; la beauté dont nous n'avons qu'une vision fugitive."

 

Katherine, jeune fille de très bonne famille et petite-fille d'un auteur illustre, incarne parfaitement cette dichotomie. Personne sage, élevée dans le culte de l'ancêtre poète, elle se relève la nuit pour faire des mathématiques. Fiancée à un poète de rang social respectable,William Rodney, elle compte parmi ses amis Mary Datchett, une suffragette, et Ralph Denham, un avocat pauvre.

Ce roman raconte quelques mois dans la vie de ces quatre êtres, leurs amitiés, leurs amours, leurs jalousies, le tout sur un mode très éthéré, très lent, très contemplatif. Il vaut surtout pour le plaisir de se pénétrer de la langue de Virginia Woolf de sa manière si fine de décrire les émotions qui secouent ces quatre personnes.

 

"Elle craignait par dessus tout que Mary, la jeune femme qui symbolisait pour elle tant d'idées romanesques et enthousiastes, celle qui avait une sorte d'existence visionnaire et qui avançait un lys à la main, n'annonçât d'un ton désinvolte qu'elle allait se marier."

 

Et pourtant, ... je garde une réserve. Ce livre si beau m'a fait passer à deux doigts de la panne de lecture. Un manque de rythme, peut-être ? Des personnages qui n'évoluent pas assez, et qui se dévoilent trop, dès les premières pages ? Un suspens qui n'en est pas un ?

Ou peut-être juste un roman d'une qualité immense, mais qui n'était pas celui que je devais lire à ce moment là ...

 

"Il choisit lui-même le livre avant que sa fille eût pu protester ou s'échapper, et elle se trouva métamorphosée par le truchement de Walter Scott en être humain civilisé."

 

Entre dans le cadre des challenges suivants :

Challenge nécrophile (Virginia est mort suicidée)

deadauthor

 

God save the livre

Challenge-anglais-copie-1

et du challenge de Littérature edwardienne, sur whoopsy-daisy

litterature.png

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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 15:37

teleny_wilde.jpg"It was Teleny in flesh and blood, for I felt him against me as we were closely clasped in each other's arms. I had awakened to life from a horrible nightmare."

 

Dans ce roman, Camille DesGrieux (un nom pas innocent) nous raconte la manière dont il a découvert son homosexualité et l'amour de sa vie. Lors d'un concert, ce jeune homme doux et sensible, très chaste, entend pour la première fois le musicien vedette, Teleny. Emporté par la musique, il se rend vite compte que son admiration pour l'artiste se double d'une attirance charnelle.

Effrayé par son penchant homosexuel, il cherche à le combattre en couchant avec des femmes. En vain. Teleny se révèle très convaincant, et lui et Camille vivent leur amour.

Mais voilà, si DesGrieux ressemble à celui de Manon Lescaut, Teleny ressemble beaucoup à la jeune femme, ce que le pur et fidèle Camille a du mal à comprendre.

 

Teleny est bien sûr un plaidoyer en faveur de la reconnaissance de l'homosexualité. L'amour que se porte Camille et Telenye st décrit d'une très belle manière, enjolivé d'art et de musique. Ces deux êtres sont des esthètes liés par des sentiments et une compréhension qui se passe de mots. Le parallèle même fait entre Manon Lescaut et Teleny plaide pour que l'amour homosexuel soit reconnu comme un amour comme les autres.

Mais Teleny est aussi un roman érotique. De nombreuses scènes de sexe, homosexuel ou hétérosexuel, à deux ou à plus, sont ainsi décrites. De manière assez malsaine, Wilde se plait à mêler sexe et mort, les actes amoureux conduisant fréquemment à la mort de l'un des partenaires. Orgasme et agonie sont intimement liés dans ce roman.

Petit à petit, c'est une image peu courante du XIXème siècle qui se dévoile, avec plus de chair, plus de pulsions, plus de vie. C'est je pense l'aspect qui m'a le plus plu dans ce roman. J'ai aimé lire la description du déshabillage d'une femme par son amant (la quantité de vêtements à retirer est effarante), ou de découvrir les endroits glauques et sinistres où se passait la prostitution.

 

Cependant, ce n'est pas un roman que je conseillerai à tout le monde. Certaines scènes sont particulièrement difficiles (la scène du bordel, ou celle de la bouteille ... Brrrrrr, j'en frissonne encore) et l'ambiance générale du roman est particulièrement sombre. Si l'amour que se portent Camille et Teleny brille comme une flamme, les autres personnes qui les entourent (Briancourt, la mère de Camille, ...) semblent tous pervers et diaboliques.

 

Lu dans le cadre du challenge Born to be Wilde !

Wilde

Et du challenge God save the livres !

Challenge-anglais

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 12:00

mysistermylove.jpg" Next, there's an admiring buzz in the studio audience as Betsey proudly display a Heaven Scent Bliss Rampike Doll: a startlingly lifelike replica of Bliss Rampike in miniature, with vivid blue glass eyes that open and shut, a sweet rosebud mouth, ultra-realistic skin and a fine blond shoulder-length hair, movable arms and legs, detachable doll-size ice skates for the tiny feet."

 

Ce roman s'inspire d'une histoire vraie : une petite patineuse-star de 6 ans, Bliss Rampike, est retrouvée assassinée dans le sous-sol de la maison de ses parents. Qui est la cause de la mort du petit ange, qui fascine et attire tant ? Un pédophile, atteint de passion pour la gamine ? Ou un membre de sa famille ?
L'histoire est racontée, dix ans plus tard, par son grand frère, Skyler, neuf ans à l'époque des faits, et un des suspects. Il raconte sa vie depuis avant la naissance de Bliss, leur enfance, la découverte du talent de la petite fille, l'enchainement des compétitions, le succès, le drame et l'après-drame. Avec toujours cette question : a-t-il tué sa soeur ?Et si ce n'est pas lui, qui l'a fait ?

Skyler décrit surtout un famille de la classe moyenne-supérieure américaine, les lotissements chic, le père fasciné par son travail, les femmes plus jeunes et le sport ; la mère malheureuse, desperate housewive ayant raté sa vie et cherchant à tout pris le succès via sa fille - et en exploitant le drame de sa mort.


Comme toujours, avec JCO, c'est un roman poignant, subversif, un peu malsain. Il m'a, par de nombreux aspects, rappelé Lolita. Bliss est, comme Lolita, une petite fille un peu sale, un peu malheureuse, grimée en adulte. Comme Lolita, elle est exploitée par les adultes pour satisfaire des désirs d'adultes. Et comme dans Lolita, le récit est raconté par un témoin qui n'est pas impartial et dont les propos ne sont pas à prendre au premier degré : qu'est ce que ce témoignage ? Un réel hommage à sa soeur ? Ou une manière d'avouer, sans avouer, avoir été le meurtrier ?
D'autres aspects, comme la description de la corruption des banlieues américaines, ou le personnage de pédophile, sournois et pathétique, me semblent également des références au roman de Nabokov.

Il m'a également rappelé deux autres romans de JCO : Blonde, pour la description de la réification de la gamine, sa transformation en poupée adaptée au star-système ; et Nous étions les Mulvaney, pour la description de l'effondrement d'une famille "modèle" américaine. Ce qui m'a finalement un peu déçue, et donné l'impression que JCO avait une certaine difficulté se renouveller, à envisager un autre angle d'attaque de la société américaine ...

 

Malgré ce léger bémol, ce roman m'a encore beaucoup plu, suscitant une curiosité croissante au fur et à mesure que les pages se tournaient, et surtout une affection pour ces enfants perdus de la société de consommation ...

 

Lu dans le cadre du challenge Joyce Carol Oates

oates-challenge

 

Et du Challenge 100 ans de littérature américaine

littératureaméricaine2011

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 19:40

tulipenoire.jpg"Je vois, dit la jeune fille en éclatant en sanglots, je vois que vous aimez tant les tulipes qu'il n'y a plus de place dans votre coeur pour une autre affection."

 

Cornelius van Baerle est un jeune homme plus passionné par ses tulipes que par les émois politiques qui secouent les Pays-Bas. Ainsi, lorsque son parrain et ami, Corneille de Witt, ainsi que le frère Jean de celui-ci, se font massacrer par la foule, Cornelius n'a d'yeux que pour trois objets : trois bulbes qui devraient donner l'impossible tulipe noire. Dès que ses oignons auront levé, il pourra présenter la fleur couleur d'ébène à la Société horticole de Harlem, et donner son nom à la nouvelle variété ainsi créée.

Hélas, rien n'est jamais simple chez Dumas, et voilà le pauvre Cornélius arrêté car il avait chez lui des documents appartenant à son oncle. Heureusement, dans sa poche, il garde précieusement les trois oignons ... Mais comment les faire pousser en prison ?

Heureusement, la fille de son geôlier, la charmante Rosa, se prend d'amitié pour le jeune jardinier ...

 

C'est un roman ravissant que ce Dumas ! J'ai adoré cette lecture ... Ce n'est pas un grand roman, mais un roman de vacances parfait, doué d'un beau background (on peut faire confiance à Dumas), de personnages sympathiques et touchants et de méchants diaboliques.

L'intrigue est palpitante et, même en ayant deviné à l'avance le dénouement heureux, on se prend à trembler avec Cornelius et Rosa et à les maudire l'un et l'autre d'être si maladroit dans l'exposé de leurs sentiments !

 

Lu en lecture commune avec Tiphanie

lecturecommune2

et dans le cadre du challenge Alexandre Dumas

Dumas

et du Challenge Nécrophile (car Dumas est mort à demi paralysé par un AVC)

deadauthor

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 15:13

ledernierhomme.jpg"Il consulte machinalement sa montre - boitier en acier  inoxydable et bracelet en aluminium poli encore brillant alors qu'elle ne marche plus. Elle représente désormais son seul et unique talisman. Un cadran vide, voilà ce qu'elle lui oppose : zéro heure. DEvant cette absence d'heure officielle, un frisson de terreur le parcourt de la tête aux pieds. Personne nulle part ne sait l'heure qu'il est."

Comment décrire ce livre ? Commençons par le commencement : c’est un roman post-apocalyptique. L’espèce humaine a été dévastée, et les recombinaisons génétiques à tout va permettant de créer des espèces hybrides pourrait bien en être la cause. Des humains, ne subsistent que Snowman, le dernier homme, celui dans la tête duquel séjourne le lecteur, et des sortes d’humains parfaits, créés par le meilleur ami de Snowman, Crake, appelés crakers.

En alternant entre chapitres se passant au présent, et flash-backs où Snowman-Jimmy nous décrit sa vie, on découvre une planète pas si loin de ce qu’elle est actuellement, poussée à bout par le désir de posséder et jeunesse éternelle des humains.

Je n’ai pas vraiment accroché avec ce livre. Je l’ai lu sans déplaisir, mais sans plaisir non plus. Est-ce parce que j’ai découvert la littérature post-apocalyptique avec La Route, de Mc Carthy ? Est-ce parce que La Servante écarlate, d’Atwood, m’avait émue aux larmes et que je m’attendais à y retrouver la même émotion ?

Je trouve Atwood merveilleuse dans la description des êtres humains, de leurs délices, de leurs tourments, de leurs psychés. Dans ce roman, volontairement ou involontairement, Atwood reste froide. Ses personnages, Snowman-Jimmy, Crake ou Oryx, sont impersonnels et désincarnés. Les crakers sont des enveloppes sans âme et sans passion.

Et je n’ai pas trouvé non plus la description de la mécanique froide qui conduit au désastre. En voulant dénoncer trop d’aspects de notre société (le génie génétique, la pornographie infantile, internet, youtube …), Atwood perd le tranchant incisif nécessaire à ce genre de roman.

Bref, une déception …

 

Lu dans le cadre du challenge Fin du Mondechallenge apocalypse 

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 09:00

theyearsofriceandsalt.jpgThis is what the human story is, not the emperors and the generals and their wars, but the nameless actions of people who are never written down, the good they do for others passed on like a blessing, just doing for strangers what your mother did for you or not doing what she always spoke against.

 

A la fin du Moyen-Âge, l’Europe a connu une succession d’épidémies de pestes dramatique. On estime que près d’un tiers des européens sont morts à cette occasion. The years of Rice and Salt part d’un postulat très simple : et si la Peste Noire avait tué la totalité des européens ?

Si le monde s’était construit autour de l’Asie centrale, entre la Chine, le monde arabe, l’Inde et Samarqand ?

L’idée est excellente et est poursuivie sur près de 600 ans, jusqu’à l’équivalent de nos années 2000. Comme personnages se trouvent trois âmes, prises dans le cycle des réincarnations bouddhistes, liées et vouées à se retrouver et à s’attacher les unes aux autres dans chaque réincarnation. Il y a celui, ou celle, dont le nom commence à K., l’être plein de charisme, parfois colérique, parfois emporté, mais au charme sans pareil. Celui dont le nom commence par I., le savant, l’érudit. Et B., qui est je crois mon favori, le sage, le doux, le complaisant.

A chaque révolution, à chaque découverte extraordinaire, ces trois êtres sont là, et nous les voyons par leurs yeux.

 

C’est très émouvant de voir le monde tel qui l’aurait été si notre culture n’avait été qu’un tas de ruine. Quand, par exemple, les charges positives et négatives des protons et des électrons s’appelle le yin et le yang. Ou tout simplement de voir le monde tel qu’on le voit quand on ne se centre pas sur l’Europe et son histoire, et qu’on prête autant d’intérêts aux événements se produisant sur la Route de la Soie qu’on en donne à ceux arrivant à Florence à la Renaissance.

Cet aspect m’a enthousiasmé : comme une expérience que l’on refait en changeant un paramètre.

 

Most of the women in Idelba’s lab were Buddhist nuns, and many of the men there were monks. Compassion, right action, a kind of agape, as the ancient Greek had called it-the Greek, those ghosts of this place, people who had had every idea already, in a lost paradise that had included even the story of paradise lost, in the form of Plato’s tale of Atlantis, which were turning out to be true, according to the latest studies of the scholars on Kreta, digging in the ruins.

 

Mais, j’ai plusieurs réserves, et d’importance, concernant ce livre.

Je ne le trouve déjà pas assez ambitieux : sa trame reprend plus ou moins celle de l’histoire réelle. Est-ce pour dire que certains événements sont faits pour se dérouler à telle période : la découverte de l’Amérique au XVIème siècle, et la Guerre Mondiale au XXème ? Que l’Histoire est écrite ? Ou est-ce par manque d’imagination de l’auteur ?

J’ai trouvé cet aspect vraiment dommage, car on finit par voir de la prédictabilité là où il ne devrait pas en avoir, et connaitre d'avance les événements sur lesquels portent les chapitres.

L’autre aspect qui m’a vraiment gênée, c’est le manque de qualités littéraires. Le style est correct (mais sans plus), mais toutes les autres qualités du roman manquent. On est plus face à un documentaire sur une uchronie que face à une histoire. S’il y a progression entre les premiers chapitres et les derniers, je ne la vois pas. Et au sein même des chapitres, les intrigues sont généralement réduites à leur plus simple expression.

Au final, un roman qui traine en longueur, qui manque de rythme. Passé la première surprise, j’ai eu du mal à le finir …


Alors, il y a quelques moments de grâce. Des chapitres (Nsara), ou des passages (quand K sous forme de tigre retrouve B et lui sauve la vie) splendides que j’ai relu plusieurs fois. Mais je les ai trouvés un peu trop rares …

 

Lu dans le cadre du challenge 100 ans de littérature américaine

littératureaméricaine2011 

 

 

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 09:00

Scout Finch a 6 ans et est un vrai garçon manqué. Elle vit à Maycomb, Alabama, avec son grand frère Jem, à peine plus âgé qu’elle, et son père Atticus et elle porte un bleu de travail au grand dam de sa tante. Sa mère est morte il y a bien longtemps et seul son frère Jem est assez vieux pour se rappeler d’elle. Atticus élève seul ses enfants avec l’aide de Calpurnia, leur bonne noire. Scout et Jem vivent une enfance absolument idéale qui n’est pas sans rappeler ce monde merveilleux de Tom Sawyer ;  on y retrouve cette ambiance de douce chaleur et de liberté. Maycomb est un lieu hors du temps et refermé sur lui-même dans lequel tout le monde connait tout le monde et dans lequel tout semble bienveillant à part peut être l’inquiétante maison des voisins, les Radleys.

Les Radleys ne sortent presque jamais de leur maison et en tout cas leur fils, Boo Radley, n’est pas apparu depuis tellement longtemps qu’il a acquis le statut de mythe à la fois fascinant et terrifiant pour Scout et Jem. L’ombre inquiétante de Boo occupera une place d’honneur dans les jeux de Scout, Jem et Dill, un autre gamin qui passe tous les étés à Maycomb chez sa tante. Boo est bien entendu un monstre terrible, un tueur assoiffé de sang qui rôde la nuit. De quoi mettre du sel dans la vie des trois gamins…

Harper Lee prend son temps. Nous suivrons la vie de Scout et Jem pendant plusieurs années. Si le monde qui les entoure semble figé hors du temps, leurs consciences d’enfants s’éveillent doucement et Maycomb change insensiblement au fur et à mesure que leur attention s’éveille.

Les premiers temps du roman sont centrés sur le foyer familial, un monde familier et bien balisé dans lequel l’inconnu (Boo Radley) fait peur. Jem commencera le premier à grandir puis Scout commencera l’école (quelques moments grandioses avec la nouvelle maîtresse d’école) et sera confrontée à un autre chose qu’elle ne connait pas bien, jusqu’au jour où leur quotidien sera insensiblement bouleversé par l’irruption du monde adulte. Leur père Atticus, avocat, va en effet se charger de la défense de Tom Robinson, accusé de viol. Rien que de très quotidien, surtout en les temps qui courent, si ce n’est que Tom Robinson est noir et la victime blanche.

Or à Maycomb, nous sommes en plein ex territoire confédéré. Les noirs sont les inférieurs des blanc et tout crime commis par un noir envers un blanc est capital. Le fait même qu’Atticus, un blanc, assure la défense d’un noir est révoltant pour la petite communauté de Maycomb. Et puis de toute façon il est noir non ? Pourquoi donc le défendre…

Ce roman est un pur et absolu chef d’œuvre. Harper Lee y développe des thèmes d’une grande puissance et d’une profondeur avec une intelligence et une finesse rare. Le fait que la narratrice soit une gamine de 6 ans témoigne d’une très grande habileté car permet d’introduire beaucoup de légèreté dans ce qui, eu égard aux thèmes abordés, aurait pu être un poncif sirupeux, pontifiant et dégoulinant.

Qui plus est, Harper Lee écrit merveilleusement. Son style est simple mais elle sait créer une atmosphère douce et attachante. J'ai beaucoup ri et souri en lisant ce roman. Elle aborde avec simplicité mais beaucoup de pronfondeur des thèmes graves, grâce à un immense talent de narration et de mise en scène. Certaines scènes sont magnifiques, comme le procès, le premier jour d’école, le goûter de ces dames ou la fin.

Elle y dresse une galerie de personnages riches et pour certains inoubliables. Atticus, le père et défenseur de Tom Robinson est une pure merveille. Il est le parfait humaniste, sage et bienveillant. Mais surtout Atticus nous est décrit par sa fille. Par cet artifice Harper Lee donne beaucoup de consistance et d’humanité à son personnage, évitant par là la caricature.

J’aurais envie d’écrire des pages et des pages pour décrire tous les personnages secondaires, certains très attachants comme Miss Maudi, la voisine, d’autres vraiment insupportables comme une autre voisine Miss Crawford, cancanière idiote et méchante ou d’autres enfin, très complexes, comme leur tante, maîtresse femme qui incarne ici le pilier de la tradition et aussi la première figure féminine à intégrer le monde de Scout.

Ce roman traite d’un nombre incroyable de thèmes fondamentaux avec lucidité et sans concession. Le plus évident est bien sur le racisme et l’égalité des hommes mais il ne faut pas pour autant oublier ceux des classes sociales, de la féminité, de l’éducation, de la tolérance ou de l’apparence.

J’ai aimé les idées développées par Harper Lee, j’ai aimé la façon dont elles le sont, je me suis senti bien dans ce roman. Je n’ai qu’une seule envie : m’y replonger. J’ai envie d’écrire tout ce que j’ai ressenti à la fin, sur ce qu’elle révèle de la posture d’Harper Lee et de sa misanthropie.

Enfin, lorsque je vois l’actualité et en particulier l’affaire DSK, je me dis que To Kill a Mockingbird a beau avoir été écrit dans les années 60, il reste un roman d’une actualité brûlante. Je n’ai pas pu m’empêcher de voir en la femme de chambre du Sofitel Tom Robinson et en DSK Mayella Ewel… (l'abus par un blanc puissant d'un noir faible) C’est un roman que je ferai lire à mes enfants car je ne vois pas comment mieux trouver les mots pour leur dire sur la base de quelles valeurs je voudrais qu’ils mènent leur vie.

B.

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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 12:01

"O cendres d'un époux ! ô Troyens ! ô mon père !

O mon fils que tes jours coûtent cher à ta mère !"

 

Je ne voulais pas le croire. On me l'avait dit, pourtant. Mais moi, ayant lu et aimé Le Cid, je me suis d'amblée placée dans le camps de corneilliste, et ai honni Racine. Alors que je ne l'avais même pas lu. Ou alors y'a longtemps. Ou bien, j'ai oublié.

Bref, je suis arrivée vierge de tout Racine à la Comédie Française. Je me suis assise dans le fauteuil confortable où au moins, pour une fois, on était pas trop serré avec les manteaux et tout*

(*j'essaie de voir les choses du côté positif : on était assis dans les petites loges qui surplombent la scène. Un endroit merveilleux pour se faire voir. Pour voir aussi en se penchant par dessus la rambarde. Malheureusement, on était au second rang. On voyait donc la moitié de la scène. Voilà.)

Et j'ai fermé les yeux parce que de toute façon, il n'y avait rien à voir.

 

Et là, j'ai entendu : la langue de Racine. Mon dieu, ce qu'il écrit bien ! Que les alexandrins coulent naturellement gracieusement ! Quel plaisir que ce texte ...

 

L'histoire commence après la guerre de Troie. Chacun des vainqueurs est rentré chez lui avec sa proie, sa captive. Agamemnon remporte Cassandre, Ulysse, Hécube, et Pyrrhus, fils d'Achille, roi d'Epire, rentre avec Andromaque, veuve d'Hector, et son fils.

Pyrrhus est aimé et fiancé à Hermione, fille d'Hélène, laquelle est adorée d'Oreste, fils d'Agamemnon. Mais Pyrrhus est séduit par sa captive, qui reste fidèle à l'ombre d'Hector. Et pour elle, il abandonne Hermione qui lui en voue une haine jalouse et féroce.

Lorsqu'Oreste arrive, il porte le message de tous les rois grecs : le fils d'Hector et d'Andromaque doit mourir, et c'est à Pyrrhus de le mettre à mort. Ce dernier se retrouve donc pris en tenaille entre ses obligations (dont il n'a que faire), son amour pour Andromaque et sa haine plus perfide de cette femme qui lui résiste.

A Andromaque, le choix atroce : doit-elle laisser mourir son fils, et devenir la femme de Pyrrhus, ou rester la veuve d'Hector, mais voir le fils d'Hector mourir.

 

Ce qui m'a frappée dans la pièce, c'est le poids de l'héritage : ils sont tous fils et filles de. On cherche dans Hermione la beauté de sa mère, dans Pyrrhus le courage de son père, dans Oreste, le caractère royal de son père. Et tous échouent : Hermione ne séduit pas l'homme qu'elle aime, Pyrrhus ne tue pas le fils d'Hector, lui dont le père avait tué Hector, et Oreste ne se fait pas obéir de Pyrrhus.

Seule de la génération précédente, subsiste Andromaque, et on comprend vite pourquoi, face à tous ces rejetons sans grandeur, elle ne parvient pas à oublier Hector.

 

Bien que cet aspect m'ait sauté aux yeux, et qu'il soit pour moi la raison d'être de la pièce (une sorte de Confessions d'un enfant du siècle à la sauce classique), la mise en scène est complètement passé à côté : Pyrrhus est joué par Eric Ruf, extraordinaire acteur dont la présence soutient la pièce, mais qui ne semble pas être le jeune garçon qu'est le fils d'Achille. Bien au contraire, c'est un homme qui se dresse, mûr, face à une femme mûre, rejettant en arrière les deux gamins que sont Hermione et Oreste.

 

La mise en scène est d'une sobriété dépouillée. Quelques colonnes sur lesquelles s'appuient les acteurs. Des tenues flottantes imitant les chitons antiques. Un éclairage imitant la lueur du jour qui vient et qui se retire, pour mettre en valeur l'unité de temps.

Et des acteurs singeant, dans leur imobilité, celle des colonnes. Vraiment, j'ai été surprise d'entendre un texte si plein de passion dit par des bouches si calmes et si paisibles. Si passion, si désespoir, si amour il y a, il faut le chercher ailleurs que dans ces êtres statiques dont les regards ne se croisent jamais.

Malgré tout, une diction parfaite. Le texte est sublimé par ces voix merveilleuses.

 

Une vision mitigée donc, pour ce texte splendide et merveilleusement porté, mais dont la mise en scène semble écrasée par la puissance de Racine.

 

"Dieux ! Quels affreux regards elle jette sur moi !

Quels démons ! Quels serpents traîne-t-elle après soi !

Hé bien ! Filles d'enfer, vos mains sont-elles prêtes ?

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

A qui destinez vous l'appareil qui vous suit ?

Venez-vous m'enlever dans l'éternelle nuit ?"


Passons au texte, maintenant. J'ai  relu la pièce, pour me réimprégner de sa beauté. C'est splendide, peut-être plus encore que dans la pièce. La passion des amours, la cruauté, l'égoïsme, si étroitement encadrés dans des vers de douze pieds ! Et le rythme ! Quel langue magnifique, dont je ne peux me lasser...

Même en connaissant la fin, les hésitations d'Andromaque, la trahison d'Hermione, la lâcheté d'Oreste, j'ai pris plaisir à suivre le déroulé de la pièce, et sa fin inéluctable et tragique.

 

Une très belle pièce, que je vous conseille de tout coeur (en revanche, pas besoin d'aller la voir au théâtre, même s'ils la rejouent la saison prochaine) !

 

Lu dans le cadre du challenge Mille ans de littérature française

1000ans

Et du challenge Tous au théâtre sur whoopsy-daisy !

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 20:30

Mauprat.jpg"Ne croyez à aucune fatalité absolue et nécessaire, mes enfants, et cependant admettez une part d'entrainement dans nos instincts, dans nos facultés, dans les impressions qui ont entouré notre berceau, dans les premiers spectacles qui ont frappé notre enfance."

 

Fin du XVIIIème siècle dans la campagne berrichonne. Alors que la Révolution française s'approche, certains nobles vivent encore comme au Moyen-Âge. : ils volent, brigandent, boivent et violent comme des brutes et maltraitent leurs paysans. Ce sont les Mauprat Coupe-Jarret.

Parmi eux se trouve un tout jeune homme, leur neveu, qui les a rejoint après la mort de ses parents. De sa première éducation, de l'exemple de sa mère, il garde encore un peu de morale ; mais sa survie à Mauprat l'a obligé à s'adapter aux moeurs violentes de ses compagnons.

 

Une nuit, une jeune fille égarée arrive dans le château de Roche-Mauprat : il s'agit d'Edmée de Mauprat, sa cousine de l'autre branche de la famille, les Mauprat Casse-tête, des gens nobles et droits. On la donne en pâture à Bernard, pour qu'il abuse d'elle. Convaincu par les arguments de la jeune fille, émue par sa détresse, il s'enfuit avec elle, non sans lui jurer qu'il sera le premier à la prendre, avant même son mari.

 

Accueilli comme un fils dans la demeure des Mauprat Casse-têtes, qui s'entêtent à faire de lui un être civilisé. Porté par l'amour qu'il porte à Edmée, par la vertu et l'intelligence de la jeune femme, par la bonté de son oncle, Bernard devient peu à peu un être civilisé...

 

"Les hommes s'imaginent que la femme n'a point d'existence par elle-même et qu'elle doit toujours s'absorber en eux, et pourtant ils n'aiment fortement que la femme qui parait s'élever, par son caractère, au-dessus de la faiblesse et de l'inertie de son sexe."

 

Y'a pas à dire : ce roman a beau avoir été publié en 1837, il sent le XVIIIème siècle à plein nez. Les premières pages ressemblent à un roman gothique. Le château moyenâgeux à moitié en ruines, les brigands barbares, la jeune prisonnière vierge et pure, la fuite sous les balles, tout y est !

Mais très vite, on passe au roman de formation initiatique, à la Rousseau. Le jeune sauvage, Bernard, est pris en charge par son oncle Mauprat, qui lui donnera l'éducation sociale, par Edmée pour l'éducation sentimentale, un curé pour l'éducation scolaire, et Patience, un marginal, un saint qui lui apprendra à être un Homme.

Grâce ces quatres parrains, Bernard va apprendre à devenir un Homme, dans la conception la plus humaniste du terme. Du monde des bêtes, il va entrer dans le monde des hommes. Et sa motivation ? Obtenir l'amour d'Edmée sa belle cousine.

 

Car Edmée est une femme qu'on ne peut s'empêcher d'aimer. Belle, lumineuse, sage, elle est aussi forte et courageuse. Fière dans le sens d'une fierté qui la conduit à se respecter, et à se faire respecter des autres. C'est un splendide personnage de femme, comme seule George Sand sait en produire ...

 

Lu en lecture commune avec Somaja et Syl

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Ce roman a été adapté en 1926 : il entre donc dans la catégorie La littérature fait son cinéma !

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Published by Céline - dans Lecture
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