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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 09:00

rescousse.jpg"Un héros est un gentleman d'une espèce trop rare pour être envoyé à la retraite au zénith de sa vie."

 

C'est du moins ce que pense Thackeray, qui trouve que le roman de Walter Scott,  Ivanhoé, finit bien trop tôt, et bien trop mal. Il est amoureux de la pauvre Rebecca, ce cher Thackeray, depuis qu'il est écolier, et estime que le sort que lui réserve l'auteur prolifique et médiéviste est bien malheureux ; que la vertu n'est pas récompensée ; que Rowenna est une sale garce frigide ; et qu'Ivanhoé devrait plutôt épouser la première que la seconde

 

Aussitôt dit, aussitôt fait : après avoir proposé à Dumas de finir Ivanhoé, Thackeray prend lui même la plume, et voilà ce petit bijou d'humour anglais, que n'aurais pas renié les Monthy Pythons.

 

"Car Ivanhoé était, avons-nous besoin de le préciser, un héros de roman ; et c'est le devoir et la fonction des gentleman de cette profession de ne manquer aucun événement historique, de surprendre les conspirations, d'être dans la confidence des rois et de vivre des aventures extraordinaires."

 

Mais Ivanhoé à la rescousse n'est pas que cela. Thackeray profite de cet hommage pour critiquer la mode des romans médiévistes, de leurs invraisemblances et de leurs inexactitudes historiques. Son Ivanhoé, blessé après une bataille, survit à six ans de coma ; pour se cacher de tous, il se déguise avec une moustache et des lunettes. Doué d'une force surhumaine, il oxcit les ennemis à la douzaine, capable à lui seul de vaincre une armée entière. Il compose des poèmes fins et intelligents comme il respire, il ... bref, c'est un parfait chevalier, tellement parfait qu'il n'en est aucunement crédible.

Etonnement, sa Rowenna, grenouille de bénitier et peste jalouse, me semble infiniment plus réaliste.

 

"De l'avis de tous, le chevalier aux lunettes était un gentleman respectable aux manières distinguées qui donnait des fêtes élégantes - quoiqu'un peu guindées - et que l'on accueillait dans les meilleurs cercles de York."

 

L'autre critique que Thackeray assène sur Walter Scott et ses comparses, c'est la vision du Moyen-Âge qu'ils portent : époque courtoise et élégante, où le sang ne tâche pas, et où les cadavres ne puent pas. Thackeray prend l'option inverse, et montre une époque bien plus cruelle, bien plus sombre, mais sans doute moins romantique et plus réaliste.

 

"Le récit de toutes les batailles, assauts et autres abordages auxquels Sir Wilfrid prit part ne ferait rien que lasser le lecteur tant il est vrai que rien ne ressemble plus à la décapitation d'un infidèle d'un coup de hache que la décapitation d'un autre infidèle par la même hache."

 

Au delà de la farce parodique, Ivanhoé à la rescousse soulève bien des questions. Ce petit roman (même pas une heure de lecture) se révèle donc une très agréable surprise.

 

C'est un classique anglais !EnglishClassics.jpg

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 09:45

confusionsentiments.jpg"Etant elle même la beauté, la jeunesse n'a pas besoin de sérénité : dans l'excès de ses forces vives, elle aspire au tragique, et dans sa naïveté, elle se laisse volontier vampiriser par la mélancolie."

 

Roland est un jeune étudiant dissipé, qui sèche allégrement les cours de l'Université. Alors, quand son père débarque à Berlin et le surprend dans les bras d'une femme, sa décision est vite prise : son fils doit quitter cette vie de débauche et partir étudier dans une petite ville de province où les distractions seront moins nombreuses.

Roland arrive avec une ferme intention d'étudier. A peine entré dans la salle de cours, il observe un de ses professeurs disserter sur Shakespeare et découvre en quelques secondes le bonheur que produit la culture et le savoir. Et se prend du même coup d'une grande passion pour celui dont la voix et le discours passionné lui a ouvert cette porte, son professeur.

Comme il en vient à louer une chambre dans la même maison que son idole, il passe de plus en plus de temps avec le professeur et sa femme, et s'introduisant dans son intimité, remarque une tension dans ce foyer : y-aurait-il un secret caché quelque part ?

 

 "Car lorsqu'une passion amoureuse, même très pure, est tournée vers une femme, elle aspire malgré tout inconsciemment à un accomplissement charnel : dans la possession physique, la nature inventive lui présente une forme d'union accomplie ; mais une passion de l'esprit, surgissant entre deux hommes, à quelle réalisation va-t-elle prétendre, elle qui est irréalisable."

 

Je redécouvre avec beaucoup de bonheur le style inimitable, parfait, poétique au dernier degré de Zweig. Cet auteur confine au génie, tout simplement. Il maîtrise tellement bien la langue qu'il manie des concepts complexes avec beaucoup de brio. Un chef-d'oeuvre, tout simplement, qui n'a qu'un seul défaut : il est beaucoup trop court.

J'ai adoré la manière dont l'adoration toute adolescente d'un étudiant pour son maître est rendue : le maître, qui possède le savoir, est révéré comme un demi-dieu, dont on n'ose espérer qu'une chose, qu'il accepte de partager avec nous une once de ce qu'il sait. Lycéenne, j'ai eu des maîtres que j'ai adoré comme Roland adore son professeur, professeur de français, de maths ou de latin ; l'idée d'un entretien d'une heure chaque soir en tête-à-tête avec l'un d'entre eux m'aurait mise en transe, comme elle met le narrateur en transes.

 

"Mais tout d'un coup, je découvrais dans ce texte un univers; les mots se précipitaient sur moi, comme s'ils me cherchaient depuis des siècles ; le vers courait, en m'entraînant comme une vague de feu, jusqu'au plus profond de mes veines, de sorte que je sentais à la tempe cette étrange sorte de vertige ressenti quand on rêve qu'on vole."


Et finalement, la manière dont l'homosexualité est amenée est réussie : j'avais peur au scabreux (surtout quand le professeur monte rejoindre Roland dans sa chambre), mais c'était mal connaître Zweig. Encore une fois, "l'union accomplie" se fait tout en finesse, et le jeune étudiant gagne ce qu'il souhaite : connaître son professeur et les secrets qui le rongent.

 

Ce court roman m'a fait penser à un autre court roman,  Délicieuses pourritures de Joyce Carol Oates, qui traite finalement de la même chose : l'impression faite par un professeur charismatique sur ses étudiants, et les dangers qu'il y a à se mêler à son intimité. Il serait très intéressant de faire une lecture en parallèle des deux, tant ce thème est traité de manière différente. La place de l'épouse en particulier est à chaque fois très ambigüe.

 

Bref, est-il besoin de le redire ? Ce roman est un coup de coeur.

 

 

"Et j'accueillais en moi cette voix qui montait, chaude, enflammée et pénétrante, je frémissais douloureusement, comme une femme reçoit un homme dans son être."

 

Lu dans le cadre du challenge Ich Liebe Zweig.

challenge ich-liebe-zweig

 

Instant CLAP : pas très original, dévoré en deux trajets de RER.

CLAP

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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 12:12

evelina.jpg" 'Pardon me, then, Sir Clement, if I speak to you with freedom. This young lady, though she seems alone and, in some mesure, unprotected, is not entirely without friends; she has been extremely well educated, and accustomed to good company; she has a natural love of virtue, and a mind that might adorn any station, however exalted: is such a young lady, Sir Clement, a proper object to triffle with?' "

Les amis, je saute partout, je halète, je couine, je ris toute seule dans le métro, je soupire, je tressaille. Et je suis amoureuse (littérairement, s'entend, sinon, je sens qu'un certain B. va venir demander des comptes).
Ne me parlez plus de Darcy, j'ai trouvé son modèle et il a toutes les qualités : "the friendship he has shewn me - his politenes, his sweetness of manners - his concern in my affairs - his solicitude to oblige me. "(je l'ai lu tellement de fois sous la plume d'Evelina que maintenant, je le sais par coeur).

Ah ... Evelina ... Quelle adorable ravissante idiote ... Issue de deux nobles familles, elle a grandi, sans mère et sans père (les raisons, une vraie histoire à part entière, en sont expliquées dans les deux premières lettres) auprès d'un saint homme (oui, oui, à l'entendre répéter toutes les trois pages, on finit par le comprendre qu'il est sage, généreux, obligeant, tendre et gentil), le révérend Villars.
Alors qu'Evelina a dix-sept ans, une amie de Villards, Lady Howard invite la jeune fille à lui tenir compagnie, ainsi qu'à sa fille, Mrs Mirvan, et à sa petite fille, Miss Mirvan.

Prenez une petite campagnarde élevée chez un vieillard à la campagne, emmenez-la à Londres en pleine saison fashionable : que pensez-vous qu'il arriva ? Elle se rend ridicule, et c'est très très drôle.
Ce qui rajoute du piquant, c'est qu'elle est splendidement belle (et qu'elle attire donc tous les hommes qui passent - certains d'ailleurs ne restent pas très longtemps après l'avoir entendue bégayer, dire des sottises, et s'enfuir en rougissant, ce qu'elle finit par faire fort bien, avec l'expérience).
Et encore plus : une grand-mère française (et totalement vulgaire), quelques amis bruyants et franchement mal élevés, une famille de cousins absolument désastreux.
Épicez avec un Lord. Orviiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiille !!!

C'est drôle. C'est niais. C'est fantastique.

"It is very true, said Lord Orville, that I did not, at our first acquaintance, do justice to the merit of Miss Anville."

Et c'est la source d'inspiration de Jane Austen, quand elle écrit Pride and Prejudice : des scènes de bal qui se terminent mal ; un prétendant maladroit et franchement pas engageant ; une parente vulgaire et marieuse ; quelques proches plus présentables ; un séjour dans une demeure chic en compagnie quotidienne du cher-et-tendre to be, etc. etc. etc. La principale différence consiste en la personnalité de l'héroïne : Evelina est bête à manger du foin, surtout comparée à Lizzie.

"When they were sitting together during the Opera, he told her that he had been greatly concerned at the impertinence which the young lady under her protection had suffered from Mr Lovel; but that he had the pleasure of assuring her, she had no further disturbance to apprehend from him."


(Il s'est battu en duel ! Pour elle ! Orviiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiille, je couine)

Bon, j'avoue, il y a des longueurs : le burlesque se marie pas toujours très bien au romantique. Les disputes entre le capitaine Mirvan et Madame Duval sont longues, très longues et très répétitives.
Les prétendants de Miss Anville sont très lourds eux aussi. La lecture du roman ne permet pas de comprendre comme Orville tombe amoureux d'Evelina : elle est souvent embarrassante, parfois grossière, et semble manquer complètement d'esprit. En revanche, on comprend très bien les raisons pour lesquelles elle s'amourache de son Lord (Orviiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiille).
Mais, je pardonne tout à fait : Frances Burney a écrit Evelina à 17 ans...

C'est également passionnant pour découvrir une Angleterre très très loin de celle décrite par Austen : si on retrouve les gentlemen polis et respectueux, on en trouve également quelques uns très pressants (et c'est clairement pas pour se marier) ; les jeunes filles marchant dans une promenade risquent à tout moment de se faire violer (et la seule compassion qu'elles s'attirent, c'est  un "vous aviez qu'à ne pas marcher là bas." ; les vieilles femmes de se faire détrousser. On s'éloigne des verts pâturages pour trouver une Angleterre diablement violente - et misogyne.

"It has always been agreed, said Mrs. Selwyn, looking round with the utmost contempt, that no man ought to be connected with a woman whose understanding is superior to his own."

Et l'anglais est tellement beau à lire, tout plein de "thy" et de "shall" ! La moindre remarque devient élégante sous cette plume. Je me suis délectée à chaque phrase (à l'exception des phrases de Madame Duval et du capitaine, je dois l'avouer, qui elles sont plutôt argotiques).

 

défiXVIII

Sans le Défi XVIIIème, je ne l'aurais sans doute jamais ouvert. Donc : merci Canthilde !!

 

EnglishClassics.jpg

C'est un classique anglais

 

 

LireEnVo.jpg

Et c'est lu en VO !

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 12:22

mandarins.gif"Survivre, habiter de l'autre côté de sa vie : après tout, c'est très confortable; on n'attend plus rien, on ne craint plus rien, et toutes les heures ressemblent à des souvenirs."

 

 J'ai lu mon premier Beauvoir, avec un peu d'appréhension : cette auteur est tellement connue que je craignais d'être déçue. Je ne l'ai pas été.


Les mandarins raconte l'immédiate après guerre, dans le milieu intellectuel parisien germanopratin. Tous les personnages se sont engagés dans la Résistance, créant des journaux, participant aux actions, risquant leur vie, voyant leurs proches mourir ou être déportés. Ils ont survécus et reviennent dans une vie normale, simple, sans danger. La vie d'avant, qui se révèle finalement bien plus complexe  difficile qu'ils ne le croyaient.
Le roman est raconté à travers deux narrateurs. Henri Perron est un écrivain engagé, de gauche, mais non communiste, rédacteur en chef d'un journal créé pendant la guerre, l'Espoir. Il se retrouve confronté à une terrible angoisse de la page blanche, et à une crise conjugale qui le poussent à consacrer de plus en plus de temps à l'Espoir. D'autant plus que son journal est l'objet de beaucoup d'attentions, en particulier de son mentor Robert Dubreuilh, qui souhaite l'utiliser politiquement. (Quand j'écris ça, je me rends compte à quel point cette histoire semble compliquée. Je vous rassure, tout est très clair dans le roman !)


L'autre personnage est Anne Dubreuilh, l'épouse de Robert, une psychiatre célèbre, qui se retrouve complètement perdue dans sa nouvelle vie pacifique. Elle voit son époux qu'elle adore changer ; sa fille Nadine fuir dans un tourbillon de plaisir la tristesse causée par la mort de son fiancé pendant la guerre ; et tous ses amis s'écharper pour des questions politiques.


Car le fond du roman est là : c'est une magistrale leçon de politique et d'Histoire. La place de l'intellectuel dans les luttes politiques est au coeur du récit. Chaque page décrit les dilemmes de cette génération qui se rend compte, après la bataille, que tout reste à faire : choisir le communisme contre le libéralisme, malgré Staline et les crimes dont on commence à entendre parler ? Choisir le libéralisme, bien qu'il asservisse les ouvriers ? Ou essayer de tracer une voie entre les deux ? Porter le poids de la Shoah, et des bombardements alliés sur Nagasaki et Hiroshima ? Après la guerre, où les choix étaient simples, se retrouver dans la complexité du monde.

"Il y avait une route qui serpentait à travers les châtaigneraies et qui descendait vers la plaine en lacets rapides ; ils entrèrent gaiement dans la petite ville dont les platanes annonçaient déjà la chaleur et les parties de boules du Midi ; Anne et Henri s'assirent à la terrasse déserte du plus grand café et ils commandèrent des tartines pendant que Dubreuilh allait acheter les journaux ; ils le virent échanger quelques mots avec le marchand et il traversa l'esplanade à pas lents, tout en lisant. Il posa les feuilles sur le guéridon et Henri vit l'énorme manchette : "Les Américains lâchent une bombe atomique sur Hiroshima." "

C'est splendide d'intelligence et de clarté. J'ai lu ce livre avec un enthousiasme certain, et j'attends de lire la suite avec impatience !

CLAPlu dans le RER et allongée dans le canapé à la maison.

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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 13:32

cranford.jpg"There was in them a vivid and intense sense of the present time, which seemed so strong and full, as if it could never passe away, and as if the warm, living hearts that so expressed themselves could never die, and be as nothing to sunny earth. I should have felt less melancholy, I believe, if the letter had been more so."


"A vivid and intense sense of the present time" ... Voilà mot pour mot l'impression que m'a donnée ce livre. Pendant quelques centaines de pages, j'ai vécu à Cranford, étrange et émouvante expérience que le quotidien d'un village anglais du début du XIXème.

On y suit la narratrice, jeune femme en congé chez ses grands tantes vieilles filles,  Miss Jenkyns et Miss Matty. Elle nous écrit nous écrit cette période de la vie, quand les espoirs fadissent, quand le regard se tourne vers le passé et mesure les désillusions. Elle nous donne à voir les chroniques du quotidien, de l'arrivée du chemin de fer, des magiciens qui passent et des fantômes qui hantent les chemins creux la nuit. Elle nous introduit dans des petites habitudes so british, le thé de 5 heures, les visites aux voisines, les jeux de cartes interminables, les ragots et les médisances, les hiérarchies sociales immuables, les questions existentielles (comment s'adresser à une Lady ?)...


"Small pieces of butter grieve others. They cannot attend to conversation, because of the annoyance caused by the habit which some people have of invariably taking more butter than they want. Have you not seen the anxious look (almost mesmeric) which such personn fix on the article ? They would feel it a relief if they might bury it out of their sight, by popping it into their own mouths and swallowing it down ; and they are really made happy if the personn on whose plate it lies unused, suddenly breaks off a piece of toast (which it does not want at all) and eats up his butter. They think that this is not waste."


Tout ce livre est plein d'amour et de tendresse. On les aime, ces vieilles dames ! Miss Matty est bien sûr la plus attachante, mais même les garces ou les pédantes deviennent sympathiques sous la plume pleine de douceur de Gaskell.

On y rit, on y pleure, on s'attendrit, on vit quelques heures avec elles, et on apprécie d'autant plus les échanges qu'on sait que le jeune auteur si méprisé est Dickens, et que l'illustre Docteur est de nos jours bien oublié :


"Perhaps the author is young. Let him persevere and who knows what he may become if he will take the great Doctor for his model."


Un vrai petit morceau d'Angleterre, avec de la vraie auteur anglaise dedans ! A lire, absolument, à savourer, à relire, à aimer...


 

Lu en VO !

LireEnVo.jpg

 

Et c'est un classique anglais !

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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 11:54

julietnaked.jpg"Ils étaient venus d'Angleterre jusqu'à Minneapolis pour visiter des toilettes."
Ce roman m'a été offert pour mon anniversaire par des amis au goût sûr : je m'attendais donc à lire un très bon livre. Mais d'une telle qualité ? Non. Je me suis retrouvée à lire dans la rue en marchant, à profiter de la moindre pause, des plus petites minutes d'attente pour le sortir. Inlâchable !
Juliet, naked commence aux Etats-Unis, dans des toilettes. Enfin, pas n'importe quelles toilettes : celles dans lesquelles Tucker Crowe, un chanteur star des eighties, alors en pleine tournée et au sommet de sa gloire, a pris sa décision d'arrêter la musique. C'était en 1986. 22 ans plus tard, son silence perdure.
Mais pas celui de ses fans qui peuplent le web et les forums de longues dissertations sur les significations de ses chansons, particulièrement de son dernier album, Juliet, et de sa disparition.
L'un des plus prolixes est Duncan, anglais, vivant dans une station balnéaire merdique appelée Gooleness, et abreuvant sa compagne Annie de réflexions sur son idôle depuis 15 ans. La crise de la quarantaine, la sortie d'un nouvel album, Juliet, naked, et les quelques autres événements qui s'ensuivent vont pousser Annie à reprendre sa liberté, et à se réveiller.

"Je ne suis pas sûr de pouvoir faire grand chose, tu crois pas ? La plupart des Etats interdisent l'avortement après la naissance de l'enfant."

C'est drôle, c'est fin, c'est intelligent, c'est plein de tendresse et d'amour, avec ce qui faut de cynisme et d'amertume pour ne pas être sirupeux. On croise des paparazzis amateurs, un requin mort, des ex-tops models, Dickens et quelques autres, et le tout très naturellement. Et au milieu de tout cet humour délirant, l'auteur glisse quantité de questions sur le temps qui passe, et sur les critères qui permettent de juger qu'une vie est réussie - ou ratée.
Les trois personnages principaux, Annie, Tucker et Duncan sont savoureux. J'ai particulièrement aimé Annie et sa manie de rougir pour trois fois rien, comme une adolescente, ses tentatives pour récupérer sa vie, ses comptes d'apothicaire sur la question des années perdues. Elle est le genre de personnage avec qui on aime passer du temps, et dont on se ferait une amie. Tucker, en rock star dépressive, est adorable aussi. Sa relation avec Jackson est particulièrement émouvante : les romans parlent rarement de l'amour entre un père et son fils, et c'est ici abordé d'une manière très touchante, sans pathos mais avec beaucoup de tendresse. Quant à mon avis sur Duncan, il a évolué au fur et à mesure de ma lecture. Du raté qui pourrit la vie d'Annie et de son idole, il apparait de plus en plus comme un type un peu paumé, un peu bête, maladroit, mais fondamentalement gentil. On ne peut pas le détester - il n'a pas l'envergure d'un personnage qu'on déteste -, alors on en prend pitié, puis on finit par lui trouver des bons côtés.

A lire, donc, sans hésiter.

"A les voir, c'est comme si la soif de littérature n'était pas mortelle : ces gens étaient capables de vous laisser suffoquer sur le trottoir."

Merci Vivienne et Pascal !

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 11:06

sevegivre.jpg"Car on disait volontiers, en ces temps où les Chasses sauvages parcouraient la terre, que voir la face nue de Finstern signifiait pour les humains la folie ou la mort. Telle est la beauté des Seigneurs ténébreux, forte et mortelle comme une lame qui jamais ne rentre au fourreau sans avoir versé le sang."

 

 

Un seul mot à dire en sortant de ce roman, de ce conte, de cette épopée, de cette légende : c'est beau. Si j'avais su, si j'avais du écrire, j'aurais aimer écrire comme ça, dans ce langage précieux, riche, sonore, chantant. Chaque phrase est parfaite et nous fait entrer toujours plus profondément dans cet univers si particulier. Comme dans un conte pour enfant, les mots nous bercent vers le merveilleux et le pays de féérie.
Il était un fois ... il était une fois un seigneur, puissant, beau et cruel nommé Finstern. Comme il avait traité légèrement deux des trois Parques, elles le maudirent : par trois fois, il serait renié par et renierait son peuple. Mais comme il avait été tendre avec l'une des Parques, elle lui donna un espoir, un terrible espoir : il tomberait amoureux, et cet amour pourrait le sauver ou le détruire. Et c'est pour cette raison que nait Angharad, de la sève et du givre. Ou peut-être nait-elle pour autre chose.
Ce conte parle de trahison, de fidélité, de déchirements, de sacrifices, de cruauté. Il nous emmène dans un royaume de féérie, construit de mythologies grecques et celtes, et de l'imaginaire shakespearien.
C'est une merveille. Pas d'une facilité à toute épreuve, je l'avoue. J'ai plusieurs fois posé ce livre, pour passer à des lectures plus légères. Mais je l'ai toujours repris avec envie, pour retrouver la blancheur intacte de l'hiver de Féérie.

Lu dans le cadre du challenge Mythes et légendes !

mythesetlégendes

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 13:57
canterville.JPG"Cher monsieur, dit Mr Otis, permettez-moi vraiment d'insister auprès de vous pour que vous huiliez ces chaines"

Le domaine de Canterville Chase a été acheté par une famille américaine : folie ! folie ! car le domaine est hanté, et toutes les personnes qui y ont vécu ont eu des frayeurs effroyables à cause du fantôme.
Mais cela n'effraie pas Mr Otis, digne représentant de son pays, et promoteur du progrès, de la modernité, et de l'argent. Les fantômes, ça n'existe pas.
Si, ça existe, et le fantôme de Canterville est particulièrement têtu. on lui retire ses tâches de sang avec du Super-Kinettoy ? Il revient pendant la nuit pour les y remettre... On veut lui huiler ses chaines ? On le bombarde d'oreiller ? Il tient bon, et continue ses activités nocturnes pour faire fuir les nouveaux arrivants.
Qui sera le plus têtu, du ministre américain ou du fantôme anglais ?

Bref, vous l'aurez compris, cette pièce est un petit bijou d'humour et de drôlerie. On prend vite parti pour le fantôme, et on rit des aventures qui lui arrivent. Un vrai petit régal, et un grand merci à Titine qui me l'avait offert, il y a bien longtemps, à l'occasion du Bloody Swap !

Et c'est un classique anglais !EnglishClassics.jpg

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 10:00
manonlescaut.jpgJ'ai ouvert ce livre avec un peu d'appréhension : "on" (ma soeur qui avait été obligée de le lire pour le bac) m'avait dit que c'était chiant et ennuyeux. Alors, je l'avais acheté il y a très longtemps (en 94) et je l'avais laissé trainer dans ma PAL, persuadée de ne jamais le lire.
Et puis, Canthilde a lancé son défi XVIIIème, j'avais envie de commencer très vite ce défi, mais aucun autre livre de cette époque dans ma PAL. Alors, j'ai sorti ce livre, je l'ai ouvert et j'ai tout de suite été happée.

"Je ne pouvais démêler si c'était de l'amour ou de la compassion, quoiqu'il me parût que c'était un sentiment doux et languissant."

Le chevalier des Grieux, un jeune blanc-bec de dix-sept ans, innocent comme une pucelle, s'apprête à rentrer chez ses parents pour les vacances. Hélas, son regard croise celui d'une jeune fille, que l'on emmène pour être religieuse, Manon Lescaut. Coup de foudre immédiat (au moins du côté de des Grieux), les deux jeunes gens décident de s'enfuir pour se marier à Paris. Et c'est le début de tout une suite d'aventure qui se poursuivra jusque dans les toutes jeunes Amériques. Le principe de ces aventures est souvent simple : la bourse de des Grieux se vide ; Manon, qui aime ses plaisirs avant toute chose, choisit de se trouver un protecteur fortuné ; des Grieux vient la chercher, les deux amants tombent dans les bras l'un de l'autre ; ils décident de voler le protecteur, celui-ci s'en aperçoit, et les deux compères se retrouvent en prison. Pas beaucoup de mémoire, les deux lascars !

Je vais commencer par ce qui m'a le plus gêné dans la lecture : le style. C'est très beau, mais ça reste assez "poussiéreux". Ou du moins, j'ai suffisament peu l'habitude de lire de la littérature de cette époque pour que les "Elle me confessa qu'elle me trouvait aimable et qu'elle serait ravie d'avoir obligation de sa liberté" me frappent dans ma lecture. Une fois ce détail passé, un autre aspect du roman m'a marquée : l'absence de description. Je serais incapable de vous dire ce à quoi ressemble Manon (à part qu'elle est tout à fait charmante et délicieuse), comment était la maison de Chaillot, ou si Mr de G... M... était grand ou petit. Pour une habituée des romans du XIXème, c'est assez déstabilisant.


"Il me proposa de profiter de ma jeunesse et de la figure avantageuse que j'avais reçue de la nature pour me mettre en liaison avec quelque dame vieille et libérale."

Donc, une seule chose : place à l'aventure. Et de l'aventure, il y en a !! Des meurtres, du sexe, des enlèvements, des bandits de grand chemin, des évasions spectaculaires, des Grieux et Manon ne laissent pas le lecteur tranquille un seul instant. Et on en redemande !
De plus, un certain humour (que le narrateur ne comprend pas du tout, ce qui le rend encore plus savoureux) parsème le bouquin. Manon et son frère se moquent plus ou moins gentiment du jeune homme amoureux, et le lecteur partage leur amusement :
"La faim me causerait un jour quelque méprise fatale ; je rendrais quelque jour le dernier soupir en croyant en pousser un d'amour." écrit un jour la jeune fille à son amant, pour justifier une de ses fuites dans les bras d'un riche noble.

Mais le principal intérêt de ce roman, c'est la description de la société du XVIIIème qui est faite. Beaucoup plus violente que la nôtre, sans droit autre que celui de la naissance et des relations. Les deux amants subissent les vengeances cruelles des amants de Manon. On emprisonne lorsqu'on est puissant, on tue ou on fuit lorsqu'on ne l'est pas.

"O Ciel ! m'écriai-je, je recevrai avec soumission tous les coups qui viennent de ta main, mais qu'un malheureux coquin ai le pouvoir de me traiter avec cette tyrannie, c'est ce qui me réduit au désespoir."

Ce livre parle aussi énormément d'argent, et j'ai été là assez surprise : Manon et des Grieux parviennent à vivre relativement confortablement (une maison, un appartement à Paris, deux serviteurs, des sorties tous les soirs) sur des sources d'argent assez périlleuses : des dons d'amis, le jeu et pas grand chose d'autre - si ce n'est les quelques dons des hommes à qui Manon se prostitue. De ceci, je conclue, peut-être à tort, mais c'est réellement l'impression que m'a donné le roman, que l'inégalité des richesses devait être énorme, et que les dons que font Tiberge ou M. T..., de médiocre importance pour eux, sont en fait très élevés.

Ceci dit, et malgré le plaisir que j'ai pris à lire ses aventures, je suis heureuse de le lire à 26 ans, et pas à 12 (l'âge que j'avais quand je l'ai acheté ^^) ni même à 16 ou 17. Adolescente, je n'aurais pas du tout aimé ce roman cynique et cruel, et je préférais les romans d'amour purs, avec des héros estimables.

Donc, ce livre est dans ma PAL depuis 16 ans (OMG !!!)
PAL.jpg
Et je l'ai lu dans le cadre du Défi XVIIIème de Canthilde !
défiXVIII
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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 19:45
vousnemeconnaissez.jpg"Je ne suis pas ce dont j'ai l'air. Je suis tellement plus."
Dans ce recueil de nouvelles, JCO démontre encore une fois ce qu'elle sait le mieux faire : décrire l'horreur, l'atrocité, l'inhumanité, la perversion, et lui donner un charme douloureux. Délicieuses pourritures est un titre qui aurait aussi pu convenir à ces textes. Je suis restée scotchée à ces récits, mais en éprouvant de temps à autres le besoin de poser le livre, d'entrecouper ma lecture par d'autres livres, car la charge émotionnelle de ces textes est trop forte.
Les trois premières parties (la quatrième est légèrement différente, et j'y reviendrai) permettent à JCO d'explorer ce qui fait qu'un être humain, vous, moi, votre voisin peut un jour basculer et devenir un criminel, un assassin, un violeur, une victime. Ou ne pas le faire, y réchapper de justesse, parce qu'un voisin ouvre sa porte à ce moment là. Parce qu'un détail se produit qui éloigne, définitivement ou provisoirement, le drame.
Ca met mal à l'aise. Vraiment. Parce que les sentiments qui y sont décrits sont tellement humains. Parce qu'on se met dans la peau de l'assassin, du violeur, de celui qui enfonce la tête du noyé une bonne dernière fois. Qu'on comprend leurs motivations, humaines, oh, trop humaines. Une bonne dose d'égoïsme, une touche d'insensibilité, deux doigts d'indolence. Un crime.
Oh, bien sûr, tous ces crimes ne sont pas des faits divers. JCO sait mettre le doigt là où ça fait mal, et juger équivalent le skin head qui tabasse un noir à mort, et le fils qui laisse son père âgé dans une maison de retraite. Le violeur-tueur en série, et la femme qui, par lâcheté, refuse d'ouvrir sa porte à l'homme qu'elle a aidé en prison. La jeune fille qui fait un faux témoignage par amour, et les enfants qui veulent tuer les responsables de l'incendie dans lequel est mort leur père. Le mari idéal qui, lassé des gérémiades de son beau-frère, laisse échapper qu'il vaudrait mieux qu'il se suicide, une bonne fois pour toutes.
C'est dur. Puissant. Violent. Comme toujours JCO. Que j'aime cette auteur !

"Cela aurait pu être le même jour répété, ou cela aurait pu être quatre-vingts jours. C'était un endroit, pas un jour. Comme une dimension dans laquelle on pourrait se glisser, ou être aspiré, par un courant sous-marin. Elle est là, mais personne n'en a conscience. Tant que vous n'y êtes pas, vous ne savez pas ; mais quand vous y êtes, vous ne savez rien d'autre. Alors vous êtes incapable d'en parler autrement que comme ça. En bégayant, et dans l'ignorance."

Heureusement, les deux dernières nouvelles sont un souffle d'air frais. En particulier, Trois filles, dont je suppose que les échos autobiographiques sont forts, qui raconte la rencontre, en un frileux soir de Mars, entre deux jeunes filles (dont l'auteur ?) et Marilyn Monroe. J'ai aimé la description de la librairie dans laquelle elles se trouvent, Strand, une librairie d'occasion qui m'a fait penser à Shakespeare and co à Paris, une sorte de refuge chaleureux après la dureté des autres nouvelles.

"Jeunes, têtues, arrogantes, peu sûre de nous quoique "brillantes" - du moins nous avait-on amenées à le croire. Nuos ne nous pensions pas jeunes, cela dit : tu avais dix-neuf ans, moi vingt. Nous étions mûres pour notre âge, et immatures. Nous étions intellectuellement averties, et affectivement imprévisibles. Nous révérions quelque chose que nous appelions art, dédaignions quelque chose que nous appelions la vie. Nous avions une conscience exacerbée de nous même. Et pourtant : avec quelle patience, quel désir de protection, nous avons monté la garde près de Marilyn Monroe, assise sur son tabouret dans la section JUDAICA, dépassée de temps à autre par des clients qui marmonnaient "pardon", ou ne semblaient même pas remarquer sa présence, ni la nôtre."
C'est le genre de paragraphe qui me donne envie de ressortir mon cahier à citations, pour garder une trace d'un texte aussi parfait.

Cette critique rentre dans le cadre du challenge Yes we can,
yeswecan.pngAinsi que dans le cadre du challenge Joyce Carol Oates.
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