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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 18:53
« C’est ainsi que je me sens : plate, blanche, mince ; je me sens transparente. »

Attention, chef d’œuvre. Ce livre est le journal intime de Defred. Defred n’est pas son nom, le vrai, celui que sa mère, une jolie féministe en salopette bleue, lui a donné à sa naissance. Defred n’a plus de vrai nom depuis que la république de Gilead a été instaurée. C’est une servante écarlate, et elle change de nom à chaque fois qu’elle change de maison, et de propriétaire. Celui-ci s’appelle Frédéric, et étant sienne, elle s’appelle donc Defred, rien de plus simple.

Avant, elle avait un nom à elle, un mari à elle, Luke, une petite fille, un compte en banque, des amies, un métier, une vie. Avant. Quand la République de Gilead est arrivée, en réponse à tous ces viols, toute cette indécence, en réponse à la montée de l’islamisme, du féminisme et de la stérilité, Luke et elle ont cherché à fuir vers le Canada. Ils se sont fait attraper avant la frontière, et depuis, elle n’a plus de nouvelles, ni de Luke ni de sa fille.

Le commandant qui la possède est puissant : il a droit à quatre épouses. Deux sont des Marthas, habillées en vert, qui veillent aux tâches domestiques. Une est l’Epouse, toute de bleu vêtue, qui promène son ennui dans le jardin et le salon. La dernière est Defred, habillée de rouge, à l’exception d’une cornette blanche qui empêche à quiconque de croiser son regard, pour la reproduction.

Ce livre a été un vrai coup de poing. Pas pour la manière un peu vulgaire dont le présente la 4ème de couverture, qui compare Defred à une « matrice » : les relations sexuelles sont très peu évoquées et d’une manière volontairement très plate « Fermez les yeux et pensez à l’Angleterre ».

Non, c’est le reste qui m’a le plus frappée : qu’est ce que ça fait de se vivre dans une dictature religieuse où tout, des vêtements que l’on porte aux mots que l’on s’échange doit suivre une règle ? Comment supporter de devenir un objet, un pion que d’autres bougent et déplacent ? De savoir que, s’il nous reste encore des souvenirs d’un temps où les femmes étaient libres et indépendantes, sa fille n’en aura que très peu, et les générations suivantes, pas du tout ? De se dire qu’on a cédé, qu’on n’a pas résisté, qu’on a accepté ce choix ?

C’est un récit très oppressant, très lourd, très lent. J’ai cherché à m’en évader de temps en temps en me disant que cela n’est qu’une fiction, que cela n’est pas vrai, que cela n’existe pas. Et je me suis souvenue avec un frisson glacial de pays où les femmes vivent derrière une lourde tente noire, et d’un régime qui avait ordonné la mort de tous les oiseaux domestique « car c’est un plaisir que de les entendre chanter, et il ne faut pas avoir de plaisir ». Rien que ce fait rend selon moi la lecture de ce livre indispensable.

Quelques autres avis la Tellectuelle, Biblioblog, J'ai lu, Sylvie, Chiffonnette.

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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 16:28

« Dès leur enfance, elle leur avait appris à lire dans Cicéron et dans Sénèque : tandis qu’ils écoutaient cette voix tendre leur expliquer un argument ou une maxime, leurs cheveux s’entremêlaient sur les pages. »

Anna et Miguel sont frère et sœur. Ils ont toujours vécu ensemble, dans la forteresse dont leur père est gouverneur, dans la Naples de la fin du XVIe siècle. Ils y ont été élevés par leur mère, donna Valentine, une belle et aimante humaniste, tandis qu’autour d’eux, la contre réforme faisait rage. Anna et Miguel étaient heureux dans cette douce sérénité, s’abandonnant avec bonheur aux textes antiques, aux prières et à l’affection fraternelle.

Un jour, alors que leur mère préside aux vendanges dans la propriété familiale près d’Alicante, le vent tourne. Valentine meurt d’une fièvre et Miguel prend conscience qu’il aime sa sœur, d’un amour incestueux, violent.

Cet amour va bouleverser les vies d’Anna et de Michel, et c’est l’objet de ce magnifique petit roman de Yourcenar. Elle nous glisse tour à tour dans l’esprit de l’une ou de l’autre, nous fait ressentir la chaleur napolitaine, la lourdeur religieuse, la lenteur du quotidien, et le paradis (dévoyé après la mort de Valentine) de la relation entre Anna et Miguel. Elle nous dit la fatalité presque antique, la malédiction jetée par une vipère, l’acceptation quasi religieuse. Et le tout, avec une délicatesse pudique…

Un petit (trop petit) chef d’œuvre…


L'avis de Biblioblog et celui d'Erzebeth.

 

(Et une lecture PAL, une ! 2/25, le défi progresse ...

)

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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 19:05

« Je m’appelle Kathy H. J’ai trente et un an, et je suis accompagnante depuis plus de onze ans. »


Kath est une privilégiée, elle le sait : elle a été élevée à Hailsham, dans les années 90. Elle y a vécu une enfance heureuse, dans la campagne anglaise, entre les autres élèves, les gardiens et Madame. Elle en connaissait les règles, les dites et les non-dites. Elle y a produit des œuvres dont un grand nombre sont parties à la Galerie. Elle s’y est fait des amis, comme Ruth et Tommy.

Elle en est sortie depuis longtemps, maintenant. Cela fait douze ans que Kath est accompagnante, qu’elle parcourt les routes anglaise dans sa voiture avec de longues heures pour penser et se rappeler son enfance. C’est de ses souvenirs qu’elle nous parle, du mystère qui plane sur cette école, sur sa vie entière, qu’elle détortille petit à petit avant de nous faire découvrir la vérité.

Je ne vous dirai pas la suite, et certainement pas cette vérité qui, quand je l’ai appris, m’a glaçée complètement. Même après avoir fini, la sensation demeure et demeurera à chaque fois que j’y repenserai. Auprès de moi toujours (Never let me go) est un chef d’oeuvre dont on ne sort pas indemne.

Et puis, il y a la finesse de Ishiguro, dont je n’avais lu avant que les Vestiges du jour. Une subtilité, une intelligence. Il décrit avec justesse les relations entre les enfants, le passage à l’âge adulte, les premiers émois sexuels. L’amour tout simplement, l’amitié. Des sentiments très universels qui nous rapprochent tellement de Kath, de Ruth, de Tommy.

Attention, chef d’œuvre absolu.

 

PS : lisez le vite car un film va en être tiré dans pas longtemps. Et j’ai peur que le synopsis en sorte assez vite dans la presse, au risque de vous gâcher une bonne partie du mystère…

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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 22:14

« J’ai possédé une ferme en Afrique, au pied du Ngong. »

Mon dieu, quel livre ! Un enchantement, une merveille, un voyage si vrai et si beau …

La narratrice, c’est Karen elle même. Elle possède, elle gère, elle habite une ferme, en Afrique. Un monde, un univers, dont  le livre ne sort presque pas, juste pour quelques escapades en pleine nature. Nous sommes dans les années 1910, la guerre fait rage ailleurs, mais dans la ferme, dans le paisible paysage qui l’entoure, les seules choses importantes, ce sont la succession des saisons, l’attente de la pluie, les récoltes de café, les relations entre les différentes ethnies, les kikuyus, les somalies et les puissants et belliqueux masais et la complexe relation qui se noue entre la blanche propriétaire et ses serviteurs pleine d’affection et d’estime. Le récit fait vivre devant nous les panoramas africains, les derniers aventuriers, les soirées entre colons que Karen passe à inventer des contes à ses hôtes, en merveilleuse narratrice qu’elle était déjà. Elle anime devant nous une nature primitive, sauvage, dure et enchanteresse ; les montagnes du Ngong sont un véritable personnage du récit, toujours changeantes et toujours présentes ; elle fait surgir devant nous un troupeau de buffles ; elle nous fait aimer la petite gazelle qui avait pris ses aises dans la ferme, délicate et distinguée ; nous fait partager l’émotion à la découverte de peuples et de cultures si différents des siens, un « élargissement de mon monde entier ».

En refermant ce livre, j’ai eu l’impression de perdre une amie très chère et très estimée, de quitter un endroit heureux et de garder quantité de souvenirs africains, sans y être jamais allée.

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