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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 08:00

Harmental.jpg

"Un jeune homme était debout devant cette porte, allongeant la main vers la sonnette.

Bathilde jeta un cri de joie, et le jeune homme un cri d'amour.

Ce jeune homme, c'était Raoul."

 

Prenez un jeune chevalier, pur et ambitieux au milieu d'une foule débauchée ; prenez un militaire un peu alcoolique, un peu gourmand et aimant tellement les belles que sa bourse est toujours vide ; prenez une jeune fille pure et noble, élevée en dessous de sa condition, qui ressort pourtant par tous les pores de sa peau ; prenez le bourgeois ridicule qui s'occupe d'elle avec dévouement comme de sa propre fille.

Ajoutez une Altesse, un Régent, un jeune roi, quelques complots, de l'amour, des duels, la Bastille et des enlèvements.

Remuez bien. Poivrez un peu, si nécessaire. Faites mijoter quelques 500 pages. Laissez reposez.

Dégustez assis dans un fauteuil confortable au coin du feu.

 

Que dire de plus ? C'est un régal à la Dumas. Ce roman a été écrit seulement deux ans avant les Trois Mousquetaires et on y sent comme un air de parenté. Il ne manque qu'une Milady - mais la belle Bathilde (non, je ne suis pas enrhumée, merci) y est tout à fait charmante.

Sans grande surprise, j'ai suivi avec plaisir les aventures du Chevalier d'Harmenthal, le maudissant de s'engager dans un aventure vouée à l'échec (avec 300 ans de recul, on sait bien que le Régent n'a pas été enlevé et que Monsieur du Maine n'a pas pris sa place). J'ai surtout apprécié les passages dans la chambre de bonne, et la cour que d'Harmental (a-t-on idée de s'appeler Raoul ?) fait par la fenêtre à la belle Bathilde (bon, OK, c'est pas lui le plus ridicule du lot). Les jeux d'ouverture et de fermeture des rideaux ont un côté tout à fait théâtral qui tranche avec les passages plus historiques.

 

Lu en lecture commune avec Karine:)

lecturecommune1

Lu dans le cadre du challenge Romantique

Romantisme

Et du challenge Dumas

Dumas

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 12:00

Archetempete.jpg"Un grand calme régnait dans toutes les pièces de Bon Repos. Le soleil, en contournant la maison de l'est à l'ouest, lançait de longs rayons de lumière par les vieilles petites fenêtres et teintait les murs blancs de rose et d'ambre, puis encore de rose. Le feuillage de la passiflore qui entourait les croisées faisait danser les ombres du sol jusqu'au plafond pendant que, sous le toit, les oiseaux caquetaient. Le parfum des fleurs se répandait partout et, sans cesse, nuit et jour, le murmure de la mer emplissait tout."

Ce roman raconte l'histoire d'une famille, sur une île anglo-normande, dans une ferme magnifique : Bon Repos. Il y a Rachel, la mère, un magnifique portrait de femme, fière et tendre en même temps ; André, le père, qui aurait du être poète mais qui s'est fait fermier pour nourrir sa famille. Il y a les enfants : Michelle, Peronelle, Jacqueline, Colin et Colette, les plus petits.
Et puis, il y a le père d'André, le médecin bourgeois qui refuse d'aider son fils dont il désapprouve le mariage et les penchants littéraires, et Jean, le frère d'André, parti faire marin, parti en Australie pour fuir leur père.

Bon Repos n'a plus que quelques mois à vivre : quand André et Rachel auront fini de manger la dot de Rachel, ils devront retourner auprès du père d'André, et abandonner ce paradis. Mais Rachel fait un rêve, celui d'un homme qui viendra les sauver et sauver Bon Repos. Quand le lendemain, un bateau fait naufrage et qu'est, parmi les survivants, cet homme dont elle a rêvé, Rachel lui propose de venir loger à Bon Repos.

J'ai eu l'impression de lire un mélange entre du Maurier pour l'ambiance "bretonne", les paysages champêtres et la présence entêtante de la mer, et du Louisa May Alcott pour l'ambiance familiale pleine de chaleur et de chamailleries. Et j'aime toujours autant le fantastique tel qu'il est présenté par Goudge , ces rêves prémonitoires, ces intersignes qui m'ont rappelée les contes que je lisais étant petite.
En revanche, je l'ai lu dans une très mauvaise traduction. Le style était étrange, et, surtout, les personnages se vouvoyaient tous. Si je peux comprendre que Rachel vouvoie son beau-père désagréable, entre Colette (4 ans) et Colin (7 ans) se donner du 'vous'...

 

Mais au final, et malgré le désagrément de la traduction "vieillote", j'ai adoré cette lecture !

 

Lu en lecture commune avec George

lecturecommune2

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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 09:55

au-bonheur-des-ogres.gif« Toutes lumières allumées, le Magasin repose dans sa poudre d'or. Bien que le silence soit absolu dans ma tête, il me semble entendre en prime son grand silence à lui. Des escaliers roulants qui ne roulent pas, c'est pire que de l'immobilité. Des rayons regorgeant de marchandises sans aucun vendeur derrière, c'est plus que de l'abandon. Des caisses enregistreuses qui ne font pas entendre le tintement de leurs clochettes, c'est plus que de l'abandon, c'est plus que du silence. Tout cela vu par un sourd, c'est un autre monde. Un monde où les bombes explosent sans laisser de trace. »


Benjamin Malaussène est un homme sur qui beaucoup de choses pèsent : une tripotée de frères et sœurs, dont l’une est enceinte, une mère en vadrouille, et tous les malheurs du Magasin, dans lequel il travaille : dès qu’une pièce est défectueuse, on l’appelle pour se faire engueuler. Normal, il est Bouc Emissaire.

Mais quand le Petit se met à rêver d’Ogres Noël, et que des bombes explosent sous ses yeux au Magasin, la situation a tendance à se corser quelque peu…


« Il n'est pas venu se plaindre, ni discuter, ni même exiger - il est venu imposer son droit par sa force, c'est tout. Suffit de lui jeter un coup d'oeil pour comprendre qu'il n'a jamais eu d'autre mode d'emploi. Suffit de lui en jeter un second pour constater que ça ne l'a pas mené bien loin dans la hiérarchie sociale. »


Ca fait une éternité que je l'avais dans ma PAL, dix éternités qu'on me conseillait de le lire. Et j’ai profité du Marathon de lecture pour le dévorer… J'ai tout aimé, l'ambiance foutraque de la famille Malaussène (y compris leur chien qui pue, et pourtant, les chiens qui puent et moi…), le grand magasin, les collègues, les histoires de Benjamin, l'enquête policière.

Mais ce qui m'a séduite par dessus tout, c'est le style de Pennac. Il arrive à créer un mélange d'humour malicieux et de poésie, assaisonné d'un regard un cynique sur notre société, qui sait en pointer les travers les plus douloureux.


« Il n'y a pas un seul livre dans la pièce ! Rien que cet étalage de jaquettes peinturlurées. Pas de doute, tu es bien chez un éditeur, Malaussène. »


Et avec au bout de l’histoire, derrière cette ambiance gaie et bordélique, un drame terrible qui m’a rappelé certaines des pages les plus sombres de Millénium. Comme si l’insouciance elle-même ne pouvait rien contre les pires crimes…

Je ne résiste pas à la plus belle déclaration d’amour du monde :

« Et voilà que moi aussi je te veux. Comme porte-avion, Benjamin. Tu veux bien être mon porte-avion ? Je viendrais de temps en temps faire mon plein de sens. »

 

Lu dans le cadre du challenge du Prix Campus

PrixCampus

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 17:38

Warden.jpg"He did not believe in the Gospel with more assurance than he did in the sacred justice of ecclesiastical revenues. When he put his shoulder to the wheel to defend the income of the present and future precentors of Barchester, he was animated by as strog a sense of the holy cause, as that which gives courage to a missionary in Africa or enables a sister of mercy to give up the pleasure of the world for the wards of a hospital."

Je vous avais déjà parlé de Barchester et de son clergé, dans The Barchester Towers. Je suis retournée dans ce charmant village anglais, en lisant The Warden, qui précède les Tours de quelques années.
Le roman porte sur un conflit d'ordre légal : au XVème siècle, un type a légué à l'Eglise des terres, avec pour mission de les faire fructifier et d'utiliser les rentes ainsi obtenues pour faire vivre 12 vieillards pauvres. Cependant, les terres ont gagné de la valeur au fil des siècles, au contraire de l'allocation versée aux vieillards. C'est la paie du pasteur qui s'en occupe qui a gonflé avec les ans...
Quand le récit commence, c'est Mr Harding, le "warden", qui en est le récipiendaire. Il a été placé là par son vieil ami, le bishop, dont le fils (Dr Harding, futur héros des Barchester Towers) a épousé la fille aînée de Mr Harding. L'autre fille de Mr Harding est toujours jeune fille et vit avec son père dans un affection filiale remarquable.

 

"You might pass Eleanor Harding in the street without notice but you could hardly pass an evening with her and not lose your heart."

 

Hélas pour la paisible harmonie de tous, un jeune docteur idéaliste, Mr Bold, va venir fouiller les revenus de Harding et se dire que ce n'est pas très juste, tout ça, et que Mr Harding se met dans les poches de l'argent qui devrait revenir aux douze vieillard, lesquels seront bien d'accord avec lui... Et pour compliquer l'affaire, Harding aime Mr Bold comme un fils, et Miss Harding aime Mr Bold ... tout court. D'ailleurs, il le lui rend bien et espère s'en faire épouser. Mais comment épouser la fille quand on cherche à ruiner le père ???

 

"The party went off as such parties do. There were fat old ladies, in fine silk dresses and slim young ladies, in gauzy muslim frocks; old gentlemen stood up with their backs to the empty fireplace, looking by no mean as confortable as they wuld have done in their own armchairs at home; and young gentlemen, rather stiff around the neck, clustered near the door, not as yet sufficiently in courage to attack the muslim frocks, drawn up in a semicircular array."


C'est délicieux, comme toujours. Le roman traite là des changements que subit l'Eglise d'Angleterre, avec la fin de ses privilèges, ainsi que du pouvoir croissant de la presse. Si le ton général est farouchement opposé au clergé, accusé d'abuser clairement de la situation, les journalistes en prennent aussi pour leur grade.
Heureusement que l'amour résiste à tout  ...

 

Lu dans le cadre du challenge Trollope (j'essaie de rattraper mon retard...)

Trollope

Et du challenge victorien

victorien

Lu en anglais

Lirenanglais

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 08:00

Birotteau.jpg"Peut-être me suis-je rendu digne de cette insigne et royale faveur en siégeant au tribunal consulaire et en combattant pour la cause royale au treize vendémiaire, à Saint-Roch, où je fus blessé par Napoléon."


César Birotteau raconte la vie du personnage éponyme, un tourangeau monté à Paris pour y être commis dans une parfumerie, la Reine des Roses, avant d'en devenir premier commis puis patron quand les patrons précédents décident de prendre leur retraite. Il y vit entouré de sa femme, Constance, une ancienne beauté de Paris, mais qui a su garder la tête sur les épaules et un solide bon sens, qu’il aime comme un adolescent aime son premier amour (c’est extrêmement touchant), et de sa fille Césarine, qu’il élève comme une demoiselle, et que tous les commis veulent épouser, pour hériter de la baraque (ça, c’est du Tillet) ou parce qu’ils sont sincèrement amoureux de la jeune fille (ça, c’est Anselme Popinot).

Quand commence le roman, César s’apprête à recevoir la légion d’honneur, en reconnaissance de sa réussite (après tout, de rien du tout, il est devenu un vrai bourgeois), mais également de son engagement royaliste de la blessure reçue contre Napoléon, lors des combats de Saint-Roch, le 13 Vendémiaire An IV.

Pour fêter ça, il décide d’agrandir sa boutique, de donner un bal, et se met à tremper dans une spéculation qui fait trembler sa femme, qu’un rêve prémonitoire, où elle se tenait mendiante devant la porte de sa boutique, trouble.

 

Je dois vous avouer que je n’ai pas tout saisi de la finesse de la spéculation. Et la confusion que j’ai entretenue durant toute ma lecture entre Ragon et Roguin ne m’a pas aidée, au contraire. Je plaide aussi coupable pour les pages consacrées aux aspects juridiques de la faillite d’un commerce de détail dans les années 1820 – je les ai justes parcourues.

J’ai été en revanche saisie par la richesse et la causticité des descriptions que fait Balzac. César Birotteau est l’occasion d’un tour d’horizon de la bourgeoisie parisienne, la dépensière, l’avare, la jeune, la vieille, la sage, la dissolue. Et chaque portrait est accompagné de quelques phrases qui font mouche.


« Monsieur Molineux était un petit rentier grotesque, qui n’existe qu’à Paris, comme un certain lichen ne croît qu’en Islande. Cette comparaison est d’autant plus juste que cet homme appartenait à une nature mixte, à un Règne Animo-Végétal […] Ce petit vieillard ennuyeux n’avait ni femme, ni enfant, ni neveu, ni nièce ; il rudoyait trop sa femme de ménage pour en faire un souffre-douleur, car elle évitait tout contact en accomplissant rigoureusement son service. Ses appétits de tyrannie étaient donc trompés ; pour les satisfaire, il avait patiemment étudié les lois sur le contrat de louage et sur le mur mitoyen ; il avait approfondi la jurisprudence qui régit les maisons à Paris dans les infiniment petits des tenants, aboutissants, servitudes, impôts, charges, balayages, tentures à la Fête-Dieu, tuyaux de descente, éclairage, saillies sur la voix publique, et voisinage d’établissements insalubres. »


Et au milieu, il y a la très charmante histoire d’amour entre Césarine et Anselme, presque trop belle pour être vraie, qui m’a fait beaucoup penser à ce qu’aurait pu être l’amour entre Colomban et Geneviève Baudu, dans le Bonheur des Dames.

De façon générale, César Birotteau m’a fait beaucoup penser au Bonheur. J’avais lu quelque part que Zola écrit les Rougon-Macquart pour faire la Comédie Humaine du Second Empire. Si c’est le cas, le Bonheur est la réponse de Zola à César Birotteau. Beaucoup de notions abordées par Zola dans son roman sont déjà présentes en filigrane ici : la spéculation immobilière (ici à Madeleine, chez Zola à Opéra, mais les deux quartiers ne sont pas bien loin) ; l’organisation d’un petit commerce ; les changements que la publicité y apportent ; les relations patrons/employés…

 

Lu dans le cadre du challenge Balzac

Balzac

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 10:39

Maurice.jpg"La pudibonderie n'était pas pour lui déplaire, du moins l'adopta-t-il sans regret. Il ne s'était jamais fait un point d'honneur d'appeler un chat un chat et bien qu'il prisât  le corps humain, l'acte sexuel proprement dit lui semblait prosaïque et il aimait autant qu'il restât enveloppé du voile de la nuit. Entre hommes, c'était inadmissible ; entre un homme et une femme, on peut le pratiquer puisque la nature et la société le tolèrent du moment qu'on en parle pas et qu'on ne l'étale pas au grand jour. Son idéal du mariage était isolé et élégant comme tous ses idéaux et il trouva chez Anne une partenaire parfaite. Comme lui, elle était raffinée et appréciait le raffinement chez les autres. Tous deux s'aimaient tendrement. De belles conventions les soutenaient, tandis que de l'autre côté de la barrière, Maurice errait, avec sur les lèvres les mots interdits, dans le coeur des désirs interdits, et ses bras n'étreignaient que du vent."

 

Quand le roman commence, Maurice sort à peine du collège. C’est un adolescent anglais typique comme tous les autres, prêt à devenir le portrait craché de son propre père. Car dans la bourgeoisie anglaise du début du XXème siècle, c’est là les convenances. Forster lui même n'est pas tendre avec lui, le décrivant par le regard de son camarade : "Le garçon était frustre, bourgeois, un peu bêta, il n'aurait pu choisir pire confident.". Il ne sait rien de lui, rien de son corps. Il ne sait que ce qui est convenable et ce qui ne l’est pas. Et pour le reste, peu lui importe.

Mais à l’université, il va s’hasarder à découvrir sa personnalité profonde, et apprendre son homosexualité. D’abord vécue comme un immense bonheur, grâce entre autres à son amour pour un de ses camarades d’université, Clive Durham. Mais bientôt, le poids de la société, de la famille et l’évolution de Clive signent la fin de cette époque et Maurice connaît le poids de la culpabilité.

 

"Il était persuadé qu'il avait la foi. Quand on critiquait les croyances auxquelles il était accoutumé, il en souffrait réellement - sentiment qui, dans les classes moyennes, passe pour la foi. Ce n'était pas la foi: c'était quelque chose de stérile qui ne lui apportait ni réconfort ni enrichissement et n'existait que quand une opposition se manifestait. Dans ces moments là, il souffrait comme on souffre d'une rage de dent."

 

Maurice est un superbe roman d'apprentissage. Comme une statue qui s'extrait de sa prison de pierre, Maurice découvre sous sa beauferie des trésors de finesse et d'intelligence, une vraie force qui le conduit d'abord dans un amour platonique, avant de découvrir la puissance de son corps.

Mais c'est aussi une magnifique histoire d’amour tragique. Le lien qui se noue entre Maurice et Clive m’a énormément touchée. Rien ne leur manque de l'amour mythique : la beauté du sentiment, les difficultés posées par la société ou la fin désespérée et désespérante.


 "Miss Woods n'avaient pas renfloué Penge. Elle était accomplie et délicieuse, mais, comme les Durham, elle appartenait à cette classe que chaque année l'Angleterre rechigne davantage à entretenir."

 

C'est aussi la description d'une Angleterre à la fin d'une époque. L'ère victorienne se termine et avec elle une certaine aristocratie (cf. Downton Abbey à qui me fait penser la citation ci-dessus) et une certaine manière de voir les choses, l'amour physique entre autres, et surtout entre hommes.

La manière dont était vue l’homosexualité dans l’Angleterre de l’époque est terrifiante : maladie mentale pour les uns, malédiction démoniaque pour les autres, elle n’est pas du tout acceptée. Maurice ayant, dès son plus jeune âge intégré que la sexualité entre homme est le pire des péchés, la pire des dépravations, ses tourments sont poignants.

Mais en même temps, la structure même de l'éducation des jeunes hommes et jeunes filles, les uns dans des pensionnats entre eux, avec Le banquet de Platon comme lecture, les autres à la maison, sous la garde vigilante de leur mère, ne peut que conduire les premiers à découvrir l'amour et ses tourments avec des hommes. Chez Clive, cette homosexualité n'est que temporaire - la puissance des convenance le ramenant de toute façon à une forme d'asexualité. Chez Maurice, elle est une part intime de son être.

Dans un sens, ce livre est une ode à la puissance de l'amour et du désir, un rejet brutal du "comme il faut". Il a beaucoup gagné à ne pas être publié quand il a été écrit : la censure, consciente ou inconsciente de l'auteur l'aurait privé d'une part importante de sa puissance. Brut, il est infiniment plus riche.

 

Il me reste maintenant à découvrir l'adaptation de James Ivory...

 

Lu en lecture commune approximative avec George

lecturecommune3

Lu dans le cadre du challenge Une rentrée en pensionnat, sur whoopsy-daisy.

pensionnat2Lu dans le cadre du challenge Au service de ... (il faut lire la fin du roman pour le comprendre)

AuServiceDe

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 08:00

Alcestis.jpg"The two who lived to hear of Alcestis' death - if one could call it death - would recall her birth, then, and mutter to each other about the way the girl had opened her tiny mouth to each other about the way the girl had opened her tiny mouth to suck the fouled air as if it could replace her mother's milk. perhaps, she'd been hungry for it all her life."

 

Le mythe d'Alceste n'est pas l'un des plus connus de la mythologie grecque. Epouse modèle, folle amoureuse de son mari, elle demande à prendre sa place lorsque la Mort vient le chercher. Pendant trois jours, elle erre dans le royaume d'Hadès et Perséphone, avant qu'Héraclès, vainquant mille périls, viennent la chercher pour la ramener chez les vivants.

C'est cette histoire, et pas tout à fait celle-là, que raconte le roman de Katharine Beutner. Les premiers chapitres montrent quelle est la vie d'une femme noble dans la Grèce archaïque. Une vie enfermée, loin du regard des hommes. Une vie dans l'angoisse des raids, des morts, des viols. Dans l'angoisse des maladies, des couches qui se terminent mal, des enfants qui meurent trop jeunes. Une vie où les très jeunes filles sont enlevées aux leurs à l'âge de 15 ans, pour être emmenées dans une autre demeure, sans aucun espoir de revoir leurs mères, sœurs, nourrices, pour être données à des hommes deux fois plus vieux qu'elles qui les traiteront sans ménagement.

La vie de la jeune Alceste est montrée de manière très crue, très sensuelle ou plutôt très sensible. L'auteur parvient à faire renaître ce quotidien, ses odeurs, ses sons et y instille une dose de fantastique avec beaucoup de finesse. Alceste est petite-fille de Poséidon, et la maison vit dans l'angoisse des apparitions du dieu ; les héros peuplent la Terre, et Apollon sert de cocher à son futur mari. Mais aucune apparition divine ne semble kitch. Au contraire, elles s’insèrent dans le quotidien avec justesse.

 

Et puis, arrive le passage aux enfers. Il n'y a plus là aucune volonté au réalisme, et si les Enfers sont reconstruits avec fidélité aux mythes (du moins, à mes souvenirs), Perséphone sort complètement du lot. Sombre, belle, puissante, sauvage, c'est un personnage marquant, comme on en voit rarement.

C'est un roman que j'ai beaucoup aimé. Il m'a presque semblé trop court, sa richesse ayant sans doute mérité quelques centaines de pages supplémentaires. Et j'étais tellement triste de quitter Alceste !

 

Lu dans le cadre du challenge Mythes et Légendes

mythologiegrecque

Lu en anglais

Lirenanglais


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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 08:45

Testofsorrow.jpg"Instead, think of all your worst anxiety and fears, all the one you ever had, from the pot you suspect you left to boil dry, to the clatter that is surely the sound of a housebreaker outside your room, to the vision of there being a hell, but no God. And imagine they were all true, all along."

 

The Taste of sorrow est une biographie romancée des soeurs Brontë mais extrêmement bien documentée. L’auteur s’est imprégnée de La Vie de Charlotte Brontë, d’Elizabeth Gaskell et du Monde infernal de Branwell Brontë de Daphnée du Maurier pour décrire l’atmosphère de Haworth. Cependant, plus que des faits, Jude Morgan cherche à retranscrire les émotions, les sentiments qui ont traversé la vie de Charlotte, Emily et Anne, sans oublier les trop tôt décédées Maria et Elizabeth, le frère adoré Branwell, et le père aimé et craint.

Le style est très simple à lire en anglais, mais très enlevé et puissant. J'ai souvent été au bord des larmes, souffrant avec elles des pertes qui parsèment la vie des soeurs Brontë. Que la santé était précaire, à cette époque !! Que la vie était fragile !

Ce livre retranscrit aussi magnifiquement l'enthousiasme de la création et cette attirance puissante qu'est celle du "monde infernal" de l'imagination. Dans un esprit si fertile, le monde imaginaire, le monde virtuel, est plus vivant que le monde réel.

Parmi les trois sœurs, Emily, à fleur de peau, m’a beaucoup touchée. Cette biographie m'a donné envie de relire Wuthering Height, avec la vision de cette jeune femme mince et altière devant moi. Même si j'avoue que c'est de Charlotte que je - et sans doute l'auteur aussi - me suis sentie le plus proche. On y retrouve tellement Jane Eyre, déchirée entre sa morale et son âme plus grande que nature.

 

Lu en anglais

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Lu dans le cadre du challenge Un Automne avec les soeurs Brontë

 

Lu dans le cadre du challenge victorien

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 17:32

LittlePrincess.jpg"I was wondering, " she said in a low voice, "what my papa would say if he knew where I am tonight."

 

Londres, un matin d’automne. La petite Sara Crewe le cœur gros : son papa chéri, tant aimé, va la quitter pour retourner en Inde en la laissant dans la pension de Miss Minchin, dans Londres la brumeuse. Mais le Capitain Crewe a tout fait pour que le séjour de sa Little Missus se passe bien : le luxe de sa chambre fait l’émerveillement de tous, et sa poupée Emily l’aidera à passer les heures solitaires. Même la rigoureuse Miss Minchin s’attendrit pour la fillette, si riche et si bien élevée qu’elle en gagne le surnom de Princess Sara.

Mais Sara est une petite fille fort raisonnable, aimable et généreuse, qui sait quand l’amitié est réelle ou factice.

Alors, quand son père meurt en la laissant ruinée, Sara n’est pas étonnée de se retrouver transformée en bonne à tout faire dans un grenier glacial. Mais c’est tellement dur de rester une princesse dans ces conditions…

 

C’est le roman de mon enfance. Avec quelques Jules Verne, certes. Mais Petite Princesse, je l’ai relu tant de fois, que je le connaissais par cœur. Le Londres dickensien, brumeux et neigeux, avec des enfants mourant de faim dans la rue ; les demeures bourgeoises chaleureuses et pleines d’enfants ; le pensionnat de Miss Minchin, ses salles de classe et ses élèves. Et la puissance du rêve et de l’imagination pour agrémenter son quotidien. Ils ont bercé mon enfance, et je les retrouvés avec tellement de plaisir à l’âge adulte.

 

Je craignais beaucoup de la relecture (en anglais) de ce coup de cœur enfantin. Je n’aurais pas du. Les émotions que j’ai ressenties en le lisant étaient en tout point semblables à celle de mon enfance, une plus grande attention à la poésie du style en plus.

 

Un roman fin et intelligent à lire et à faire lire aux plus jeunes !

 

 

Lu dans le cadre du challenge Une rentrée en pensionnat sur whoopsy-daisy

pensionnat2

Lu dans le cadre du challenge I love London !

IloveLondon

Lu dans le cadre du challenge Cartable et Tableau Noir

CartableTableauNoir

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 15:11

Branwell.jpg"Par hérédité et par tempérament, il était le frère de ces aimables bons à rien venus de leur Irlande natale ; le frère de ces poètes qui déclament leurs oeuvres jamais publiées à Dublin ; de ces peintres aux toiles vierges ; de ces compositeurs sans partitions ; de ces pseudo-politiciens qui discutent fièvreusement dans les tavernes des bords de la Liffey, mais qui ont échoué à l'examen d'entrée à Trinity College. Oui, il était le frère de ces innombrables Irlandais, des hommes certes doués et pourtant des ratés, qui dans leur pays natal se contentent de rêver leur vie sans arriver à rien et qui, transplantés, se perdent corps et âme."

 

Comment être celui sur les épaules duquel a reposé tout l’espoir d’une famille, un père ambitieux, une tante, trois sœurs aimantes, et échouer ? Comment être l’artiste d’une fratrie, laisser ses sœurs se sacrifier comme gouvernantes pour subvenir à ses besoins, et ne jamais être publié, quand leurs romans rencontrent le succès, tant critique que populaire ? Comment avoir sorti de son imagination les personnages fabuleux, et être incapable de les mettre en scène, quand ses sœurs en tirent les mythes vivants que sont Rochester et Heathcliff ?

 

Plutôt que de s’intéresser directement à la biographie des sœurs Brontë, Daphnée du Maurier pointe le doigt vers leur frère raté, Branwell. Branwell, enfant brillant, sur lequel pèse tous les espoirs de la famille, trop d’espoir peut-être pour cet être intelligent mais sans génie.

Mais Branwell dont l’imagination créa l’univers dans lequel la fratrie rêvait dans leur enfance, du terrible Zamorna au noble Percy. Tandis que d’autres enfants de cet âge s’amusent, les jeunes Brontë écrivaient les aventures de leurs héros d’enfance, dans la fabuleuse région d’Angria, dans ce « monde infernal » qui devint vite pour Branwell un attrait si fort qu’il préféra y passer ses journées, dans l’alcool et l’opium, plus que dans le monde réel.

Au final, ce seront ses sœurs, plus sérieuses, plus  tenaces, qui feront naître les personnages d’Angria dans des histoires plus ou moins inspirées de leur vie réelle, les faisant passer à la postérité. Et Branwell mourra d’une maladie que son addiction à l’alcool et à la drogue aura longtemps cachée…

 

Cette biographie de Daphnée du Maurier est passionnante. Passionnante, parce qu’elle est extrêmement sérieuse et bien documentée. Passionnante parce qu’elle décrit l’histoire de la famille Brontë à travers un angle original.  Passionnante parce qu’en lisant ce que du Maurier pense de la tentation de l’écriture, du monde imaginaire,  on en apprend beaucoup sur son propre monde imaginaire : combien de temps Rebecca a-t-elle hantée son auteur ? Passionnante parce qu’elle est écrit avec cette langue magnifique que du Maurier manie si bien…

Bref, à lire.


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Janvier 2013

Lecture commune approximative : Imposture, de Benjamin Markovits, avec George

 

9 Janvier 2013

Lecture commune : Silvia's lovers, de Gaskel, avec Titine

 

20 Janvier 2013

Lecture commune : Les Chouans, de Balzac, avec Maggie, Nathalie , Cléanthe et Marie

 

Février 2013

Lecture commune : La fausse maîtresse, de Balzac, avec Marie

 

4 Mars 2013

Lecture commune : Le temps des métamorphoses, de Poppy Adams, avec Tiphanie, Soukee et Titine

 

Mars 2013

Lecture commune : The scarlett letter, de Nathaniel Hawthorne, avec Noctenbule et Titine

 

Mars 2013

Lecture commune : Quelle époque !, de Trollope, avec Adalana, Shelbylee, Maggie et Titine

 

Avril 2013

Lecture commune : Les vagues, de Virginia Woolf, avec Cléanthe , Anis et Titine


21 Juin 2013

Lecture Commune : Petite soeur, mon amour, avec Valérie

 

 Juin 2013

Lecture de L'Argent, d'Emile Zola dans le cadre du défi On a une relation comme ça, Emile Zola et moi

 

 Juillet 2013

Lecture de La débâcle, d'Emile Zola dans le cadre du défi On a une relation comme ça, Emile Zola et moi

 

 Août 2013

Lecture de Le Docteur Pascal, d'Emile Zola dans le cadre du défi On a une relation comme ça, Emile Zola et moi

 

7 Novembre 2013

Lecture de Le dernier Homme de Camus, dans le cadre du défi Albert Camus

Mes défis persos

On peut me retrouver : whoopsydaisy.jpg
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