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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 08:00

DuBoutDesDoigts.jpg"Mais il y avait des années que son sort avait été décidé. Elle était comme une brindille dans le courant d'une rivière. Elle était comme le lait - trop pâle, trop pure, trop simple. Sa vie était faite pour être gâchée."

Sue Trinder a toujours vécu dans les bas-fonds du Londres victorien. Sa mère, lui a-t-on dit, est morte sur l'échaffaud qu'on voit de la fenêtre de sa chambre ; sa nourrice nourrit les bébés de cuillères de gin, et Mr Ibbs refond les objets d'or et d'argent pour en effacer la preuve qu'ils viennent de vols.


Alors, quand Gentleman, un habitué de la maison, vient lui proposer d'être la femme de chambre de la demoiselle noble et délicate qu'il veut épouser et escroquer, Sue n'y voit pas grand chose à redire. Après tout, quand la demoiselle aura été mise chez les fous, elle récupérera ses 3000 livres...

 

Sauf que Gentleman a plus d'un tour dans son sac et que Miss Maud est si douce et charmante qu'elle ne laisse pas Susan indifférente ...

 

Voici un roman que j'ai adoré : le style, l'histoire, l'ambiance, tout à su me séduire, et surtout les deux héroïnes, Sue et Maud. On le commence comme un page-turner : une fois lancé dans les premières pages, il est très difficile à poser. L'histoire continuait de me hanter pendant les journées de travail, ou la nuit - j'en ai même rêvé !

 

Et puis, il y a un vrai talent de scénariste chez Sarah Waters. J'ai été époustouflée par la fin de la première partie. Le retournement de situation est magnifique et complètement inattendu. Il y a l'ambiance de ce XIXème siècle victorien : glauque, sombre, violent. Le talent de Sarah Waters pour faire ressortir ces atmosphères, froide et humide à Briars, comme une vieille maison inhabitée ; chaude et puante dans les quartiers populaires de Londres ; est magnifique. Au bout de quelques dizaines de pages, plus que les rebondissements pourtant nombreux, c'est cette ambiance et cette plume qui me retenait...

 

Voici un roman que je conseille de tout mon coeur. Et une auteur que je continuerai à suivre...

 

Lu en LCA avec Bianca, Tiphanie et George ?

lecturecommune2

Lu dans le cadre du challenge victorien

victorien

 

Lu dans le cadre du challenge I love London !

IloveLondon

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 10:00

TheForgottenGarden.jpg"The lady was called the Authoresse and she lived in the little cottage on the far side of the estate, beyond the maze."


En 1900, Eliza, une orpheline lutte pour sa survie dans le Londres victorien, après la mort de son marin de père, et de sa mère, une jeune fille de haute naissance qui s'est enfui avec lui.

 

En 1913, une petite fille de quatre ans est abandonnée sur le pont d'un navire, attendant l'Authoresse qui doit la venir chercher.

 

En 1975, Nell, une vieille dame australienne reçoit après la mort de son père adoptif, le seul bien qu'elle possédait quand il l'a trouvé : une valisette contenant un livre de contes.

 

En 2005, Cassandra, une jeune femme hérite de sa grand-mère une maison en Cornouaille, dont elle n'avait jamais entendu parler.

 

Entre ces femmes, entre ces époques, un inextricable réseau s'est tissé et le roman nous invite à le dénouer. Il est construit de courts chapitres, se passant aux différentes époques, chacun nous apportant ses réponses aux questions qui tendent le roman : qui est cette petite fille abandonnée sur un paquebot ? Pourquoi est-elle là ? Et pourquoi l'Authoresse n'est jamais venue la chercher ?

 

C'est un roman que j'ai énormément aimé. En lecture de vacances, ces 600 et quelques pages sont passée comme un rêve en deux petites journées. J'ai parcouru la lande avec Cassandra, erré dans une grande maison à la Downton Abbey avec Eliza, lu les contes de fée par dessus l'épaule de Nell. L'ambiance edwardienne de la grande maison est magnifiquement rendue, entre lady revêche, une jeune miss maladive, une servante au grand cœur et la cousine rousse et indépendante. J'avais envie de m'y installer, d'errer dans le jardin, dans le labyrinthe, et surtout, de m'allonger dans le jardin clos. La description de la nature, de ce « forgotten garden » qui, d'après l'auteur, inspira à FH Burnett son livre pour enfant The secret garden, est profondément touchante.

 

En bref, un coup de cœur...

 

Lu avec Karine:)

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Lu en anglais

Lirenanglais

et c'est un pavé !

Pavedelete

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 08:00

BarchesterTowers.jpg"Dr Gwynne was the Deus ex machina who was to come down upon the Barchester stage , and bring about deliverance from these terrible evils. But how can melodramatic dénouements be properly brought about, how can vice and Mr Slope be punished, and virtue and the archeacon be rewarded, while the avenging god is laid up with the gout?"

 

La petite ville de Barchester est en émoi après le décès de son bishop. Qui lui succèdera ? Son fils, l'archdeacon Grantly, un homme sage et raisonnable, bien qu'un peu politicien sur les bords ? Ou le faible Dr Proudie, un étranger venu de Londres et gouverné par sa femme, la terrible Mrs Proudie, et son chapelain, Mr Slope ?

Et lorsque c'est le Dr Proudie qui est choisi, la ville (enfin, surtoutr le clergé de la région), se divise entre les pros, et les cons. Hélas pour elle, la douce veuve Mrs Bold, la belle et jeune belle-soeur du sévère Grantly, accorde à Mr Slope les soins que la politesse seule commande. Mais qui passent très mal auprès de la "faction Grantly", persuadés qu'ils sont de l'affection qui l'unit à l'imbuvable Slope.

 

"It is not my intention to breathe a word against the character of Mrs Proudie, but still I cannot think that with all her virtues she adds much to her husband's happiness."

 

C'est un roman à lire. J'avais adoré Mrs Mackenzie et son humour ravageur, mais je me suis encore plus régalée avec ce premier roman des Barchester chronicles.

Il y a l'ambiance. La petite ville de province, ses pasteurs, ses femmes de pasteurs, son noble qui se croit dans un roman de Walter Scott et sa soeur qui est elle en plein moyen-âge, ses veuves, sa femme scandaleuse, est incroyablement attachante. Trollope crée un monde dans lequel on est heureux de retourner à chaque fois qu'on rouvre le roman. J'ai fini par m'attacher à l'adorable Mrs Bold et à son vieux papa, le Dr Harding, à voir l'amour naître dans son coeur - et vaincre, bien sûr.

 

"Dissipation and low dresses during the week are, under her control, atoned for by three services, an evening sermon read by herself, and a perfect abstinence from any cheering employment on the Sunday. Unfortunately for those under her roof to whom the dissipation and low dresses are not extended, her servants namely and her husband, the compensating strictness of the Sabbath includes all."

 

Et puis, il y a l'humour. La plume de Trollope est trempé dans un acide ironique qui m'a fait longuement hésiter avant de choisir les citations de ce billet. Il y en avait tellement qui me plaisaient ! Trollope n'épargne pas ses concitoyens, mais le fait avec une sorte de bienveillance qui n'est pas de dénuée de tendresse. On se moque des idées old-fashion de la vieille Miss Thorne, mais elle si attendrissante avec sa "fête champêtre" ! Mrs Proudie est certes bien abominable et dictatoriale, mais n'est-elle pas une féministe avant l'heure ? Et même Slope, avec ses mains moites et ses manières suifeuses est touchant dans son amour sans espoir pour la belle Signora Neroni ...

 

" 'I know no life that must be so delicious as that of the writer for newspapers, or a leading member of the opposition - to thunder forth accusations against men in power ; to show up the worst side of everything that is produced ; to pick holes in every coat ; to be indignant, sarcastic, jocose, moral or supercilious ; to damn with praise, or crush with open calomny! What can be so easy as this when the critic has to be responsible for nothing?' "

 

Au delà encore de ce qui rend ce roman si charmant, on sent une intelligence vive. J'ai particulièrement aimé un passage sur la littérature où, après nous avoir quasiment donné le fin mot de l'histoire (en tout cas, qui Mrs Slope n'épousera pas), Trollope disserte sur l'importance du suspens dans la narration. Son roman n'est pas un roman à histoire et peu importe, finalement, la fin. Tout est dans l'ambiance, dans ces moeurs de village ressuscitées.

Le passage entier était trop long à citer, mais ceux qui le liront dans l'édition Penguin Classics, le trouveront  aux alentours de la page 127.

 

Un peu de Gaskell pour l'ambiance de village, d'Austen pour l'esprit sarcastique, et d'Eliot pour la profondeur des vues. Un Trollope, quoi.

 

Lu dans le cadre du challenge Trollope

Trollope

Lu dans le cadre du challenge de littérature victorienne

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Lu dans le cadre du challenge A little village in the countryside sur whoopsy-daisy

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 08:00

AmericanPsycho.gif« J'ai tellement l'habitude d'imaginer les choses comme sur un écran de cinéma, à voir les événements et les gens comme s'ils faisaient partie d'un film, qu'il me semble soudain entendre jouer un orchestre, voir littéralement la caméra s'approcher en travelling et tourner autour de nous tandis que des feux d'artifice éclater au ralenti dans le ciel et que ses lèvres en soixante-dix millimètres s'écartent pour murmurer l'inévitable « Je te veux » en Dolby stéréo. »

 

Années 80. New-York. Manhattan. Chez les gens qui ont de l'argent, beaucoup d'argent, trop d'argent. Et puis, il y a les autres. Les filles qui se prostituent aux premiers. Les clochards qui leur mendient de l'argent.

Parmi les rich and famous, il y a Patrick Bateman, un héritier qui passe si peu d'heures au bureau, et tant d'heure à faire de la gym pour parfaire sa plastique, à boire des verres avec ses autres amis rich and famous, à chercher le dernier resto à la mode pour y réserver une table, à y aller. Et après …

Une vide fade, répétitive, chiante, marquée par la description détaillée de ce que portent les uns et les autres, marques et couleurs inclues ; par les débats sur des sujets de société hautement intéressant : « comment porter la pochette ? » ; « dans quelles conditions mettre un smoking ? », débats sur lesquels Patrick Bateman a toujours le dernier mot ; et visionnage du Patty Winter's Show et de cassettes vidéos qu'il est toujours en retard pour rendre.

 

« - Tu n'es pas... Elle renifle, baisse les yeux, les épaules agitées de soubresauts... Tu n'es pas vraiment là. Tu … elle suffoque... tu n'existes pas. »

 

Mais ce monde ultra glamorous est aussi extrêmement cruel. Déjà, personne ne se reconnaît, au sein de ces gens. « Est-ce là truc ? Non c'est machin. Mais puisque je te dis que c'est truc. Voyons, mais c'est bidule » Après tout, quelle importance a l'individu, si on reconnaît qu'il porte les tenues les plus chère.

Et puis, - est-ce Bateman qui commence ? Non – quel est l'intérêt d'avoir de l'argent, si on ne peut pas faire souffrir les autres avec ? N'est ce pas amusant de faire croire à un clochard qu'on va lui donner un dollar, pour le retirer de sous ses yeux avant qu'il ne le saisisse.

Alors, entre ça et le tuer …

 

« Tout d'abord assez content de moi, je me sens soudain secoué par une violente décharge de tristesse, d'accablement, en me rendant compte à quel point il est gratuit, et affreusement douloureux de prendre la vie d'un enfant. Cette chose devant moi, cette petite chose qui se tortille et qui saigne, n'a pas de vraie histoire, pas de passé digne de ce nom, rien n'est vraiment gâché. Il est tellement pire (et plus satisfaisant) de prendre la vie d'un être qui a atteint ses belles années, qui est déjà riche des prémisses d'un destin, avec une épouse, un cercle d'amis, une carrière, quelqu'un dont la mort affectera beaucoup plus de gens – dont la capacité de souffrance est infinie – que ne le fera la mort d'un enfant, ruinera peut-être beaucoup plus de vies que la mort dérisoire, minable, d'un petit garçon. »

 

La nausée s'introduit petit à petit, des détails d'abord choquent, l'ambiance malsaine se développe. Et puis, avec froideur, netteté, précision chirurgical, Bateman nous raconte ses crimes, les clochards, les prostituées, lentement torturés, défigurés, égorgés, découpés, et dont il garde longuement les cadavres dans son appartement, pourrissant et puant. C'est révoltant, dégoûtant, fascinant, magnifique et ignoble.

Vers la fin, quand les crimes sont plus nombreux, plus précis, plus lents et plus longs, j'ai stopé le livre, le coeur au bord des lèvres. Il m'a fallu plus de trois semaines pour pouvoir le reprendre, et encore avec réticence. Le brio de Bret Easton Ellis est incontestable, son talent également - mais sa capacité à nous dégoûter n'en est que plus forte.

 

« Il n'y avait pas en moi une seule émotion précise, identifiable, si ce n'est la cupidité et, peut-être, un dégoût absolu. Je possédais tous les attributs d'un être humain – la chair, le sang, la peau, les cheveux -, mais ma dépersonnalisation était si profonde, avait été menée si loin, que ma capacité normale à ressentir de la compassion avait été annihilée, lentement, consciemment effacée. »

 

Et puis, au fur et à mesure des pages, le doute pointe : pourquoi ce tueur en série n'est-il pas recherché par la police ? Pourquoi une de ses victimes apparait, toujours vivante, à l'un de ses amis ? Pourquoi l'appartement où il a tué deux femmes en y laissant leur corps n'en porte plus trace ?

Sommes nous dans un New-York parallèle, fantasmagorique ? Ou sommes nous dans la folie ?

Petit à petit, on comprend que ce roman fait d'abord le portrait d'une Amérique où l'inégalité règne entre très-riches, très-puissants, et très-pauvres, victimes obligés de la luxure et de la cruauté des premières, des Misérables. Le portrait d'une Amérique où les premiers ont tout pouvoir sur les seconds, où rien ne peut leur être reproché.

 

« Parfois, Jean, la frontière entre les apparences – ce que vous voyez-, et la réalité – ce que vous ne voyez pas – devient, disons, floue. »


Sauf par une personne, la secrétaire de Bateman, seule personne sensée de ce chaos, seule à aimer Bateman pour qui il est, seule à lui dire le vrai. Serait-ce la rédemption ?

 

« En retournant vers Park Avenue pour prendre un taxi, je passe devant un clochard, laid, un vagabond – un membre du tiers monde génétique – qui mendie quelques pièces, « ce que vous aurez », et, remarquant le sac à livres Barnes & Noble posé à côté de lui sur les marches de l'église où il est installé, je ne peux m'empêcher de me moquer de lui, à haute voix : « Eh bien, vous, au moins, vous aimez lire... » »

 

Lu dans le cadre du challenge New-York

challenge-ny-12

Lu dans le cadre du Mois américain

Amerique

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 08:00

BeignetsTomatesVertes.gif"A propos, est-ce que quelqu'un saurait comment se débarrasser d'empreintes de pattes de chien dans du ciment frais ? Appelez moi ou passez à la poste pour me le dire."

 

J'ai enfin ! découvert ce petit chef d'oeuvre et, mon dieu !, quel plaisir. Je regrette de ne pas avoir mis mon nez dedans avant, car ma lecture fut un régal. Ce livre est un hymne à la vie, à l'amour, au bonheur, et au fait que toutes ces beautés permettent de passer même à travers les moments les plus difficiles.

En 1929, ouvre le Whistle Stop Café, tenu par un couple de femmes, Ruth et Idgie, le fils de Ruth, et une famille de noirs, Sipsey, Onzell et Big George. Pendant des dizaines d'années, ce lieu devient le coeur du village de Whistle Stop, Alabama, et y voit l'évolution du monde, la Grande Crise, le Ku-Klux-Klan, la Guerre, la disparition des lignes de train ...

Soixante ans plus tard, Ninny, une habitant de Whistle Stop maintenant en maison de retraite, raconte à Evelyn, les aventures du village, et donne de la force à la jeune femme pour changer de vie.

 

Mais c'est un régal que Whistle Stop !! J'ai maintenant envie de remonter dans le temps, déménager, et habiter auprès de ces gens tous si charmants, si vivants, si généreux. J'ai lu ce roman d'une traite dans l'avion qui me ramenait de Grèce, et j'étais loin, très loin des messages des hotesses de l'air, ou des turbulences.

La narration est constituée de très courts chapitres, de points de vue, qui dynamisent encore plus l'ensemble (comme si un livre avec Idgie avait besoin d'être dynamisé !). J'ai aimé les récits de Ninny, ses souvenirs et la révolution qui s'établit chez Evelyne. J'ai adoré les extraits du journal du village, sa fraîcheur et le bonheur qui semble être la loi de Whistle Stop. Et les passages centrés sur Idgie sont des petits bijoux, tellement ce personnage de femme de tête, sensible et émouvante, est adorable.


Bref, lisez le ! et merci à Sabbio pour ce merveilleux présent

 

Lu dans le cadre du mois américain

Amerique

Lu dans le cadre de l'oublié challenge Southern Literature sur Whoopsy-daisy (que je finis ainsi)

Southernlitterature

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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 17:00

VieuxNewYork.jpg« Issus de la bourgeoisie anglaise, ils n'étaient pas venus dans les colonies mourir pour une foi, mais vivre pour un compte en banque. »

 

Quatre nouvelles, quatre décennies (de 1850 à 1880), un lieu : New-York, un milieu : sa grande bourgeoisie. De la petite ville excentrée aux confins du monde, au mythe du futur XXème siècle, on voit naître cette grande cité, à travers les yeux de ceux qui intéressaient si particulièrement Edith Wharton : l'aristocratie de l'argent, son esprit étriqué et ses mœurs petit-bourgeois.

 

Dans la première nouvelle, l'Aube Mensongère, l'Europe est encore le phare. Un jeune homme de famille riche est envoyé par son père qui le méprise, en Italie, pour constituer une collection d'art (avec si possible, un Raphaël). Devant les montagnes des Alpes et la beauté de Florence, le jeune garçon va découvrir l'art et la beauté, et se prendre de passion pour les peintres de la fin du Moyen-Âge. Hélas pour lui, ils ne seront à la mode que quelques décennies plus tard, et son père le déshéritera pour cette collection ratée, trop avant-gardiste.

 

La seconde nouvelle, La vieille fille, est encore plus touchante. Une fille-mère, à la veille de se marier, supplie sa cousine, une jeune épouse bourgeoise, de prendre soin de sa fille. La cousine adopte l'enfant, mais s'arrange pour rompre les fiançailles. Les deux femmes vivent ensuite ensemble, l'une mère respectée de New-York, l'autre vieille fille aigrie et crainte même par sa propre fille, victime de l'hypocrisie de la société.

 

Dans la troisième nouvelle, L'Etincelle, un vieil homme est ridiculisé par sa jeune femme et son amant. Mais en apprenant à le connaître, le narrateur lui découvre un passé de héros durant la guerre. Comment faire coincider ces deux images ?

 

La quatrième nouvelle, Jour de l'an, m'a aussi énormément touchée. Elle raconte le sacrifice immense d'une jeune épouse, surprise sortant d'un hôtel avec un ami de son mari, son amant. Trahison ? Non, amour immense et éperdu pour son invalide d'époux, pour assurer le confort duquel elle se prostitue. Mais qui peut comprendre cette grandeur d'âme chez les matrones de New-York ?

 

« La petite société de ce New-York disparu n'accordait pas une grande importance à la richesse, mais elle considérait la pauvreté comme étant si détestable qu'elle l'ignorait tout simplement. »

 

C'est un recueil de nouvelles absolument magnifique, bien que totalement méconnu. Les quatre récits se parlent et se répondent, racontant une société qui évolue, mais dont les fondamentaux, le cynisme et l'hypocrisie demeurent. J'y trouve l'auteur de The house of Mirth et de The Age of Innocence dans ce talent pour peindre des destins tragiques, étouffés par les convenances. Mais sous le luxe des dentelles et des velours, que ces hurlements sont perçants, que ces âmes sont vives, que ces passions sont nobles !!

 

Lu dans le cadre du mois américain.

Amerique

 

Lu dans le cadre du challenge New-York

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 13:00

all-passion-spent.jpg"I have considered the eyes of the world for so long that I think it is time I had a little holiday from them. If one is not to please oneself in old age, when is one to please oneself ? There is so little time left!"

 

Lord Slane est mort, à l'âge vénérable de 94 ans. Il a traversé le XIXème siècle, homme politique de premier plan et ancien vice-roi des Indes, accompagné de sa femme, la douce Lady Slane, aujourd'hui veuve. Ses enfants, surtout les très actifs William et Carrie, se précipitent pour trouver à leur mère un logement, une vie qu'ils maîtriseraient complètement. Mais quelle n'est pas leur surprise d'apprendre que la vieille dame, qui a toujours laissé les autres lui dicter sa conduite, a pris sa décision : une maison à Hampstead, qu'elle avait vue il y a trente ans et où elle avait dès lors décidé de se laisser mourir, dans laquelle elle veut vivre seule, paisible, juste accompagnée de sa bonne Genoux.

Là, sous le soleil de la terrasse, ou dans un calme salon, elle pourra revenir en paix sur sa vie, sur ses désirs et ses ambitions, si soudainement abolis le matin où Henry lui a fait sa demande en mariage. Des fantômes pourront venir la visiter, lui faire revivre des pans entiers de son existence...

 

"Oh, what a pothern she thought, women make about marriage! and yet who can blame them, she added, when one recollects that marriage - and its consequences - is the only thing that women have to make a pother about in the whole of their lives?"

 

C'est un roman superbe. Je me suis laissée porter par la langue de Vita Sackville-West, que j'avais déjà tant aimée dans Haute-Société. Elle a une noblesse et une poésie qu'on ne trouve pas très souvent. Et le personnage de Lady Slane est un des plus beaux personnages que j'ai rencontrés. Cette très vieille femme, chez qui on découvre encore la toute petite fille un peu garçon-manqué ou l'adolescente ambitieuse et pleine d'énergie, est merveilleuse. C'est la grand-mère idéale !

 

"For a life of her own, he had substituted his life with his interests, or the lives of her children with their potentialities. He assumed that she might sink herself in either, if not in both, with equal joy. It had never occurrend to him that she might prefer simply to be herself."

 

C'est aussi et surtout un roman féministe. Il dénonce amèrement la manière dont les femmes sont privées de vie - ou paient le prix de leur indépendance. Henry est un homme bien, qui aime sincèrement sa femme et qui souhaite la voir heureuse. Mais le bonheur n'existe pas pour les femmes de l'époque victorienne, en tout cas pas le bonheur qui passe par l'accomplissement des possibilités de chacun.

Et les enfants de Lady Slane, dont la plupart sont des imbéciles patentés, ne font rien pour apporter le bonheur à leur mère une fois l'âge venu. Cherchant à la faire entrer dans la "case" de la veuve accablée, ils montrent encore une fois qu'ils se moquent de ce qu'elle peut penser ou ressentir ...

 

En tout cas, ce roman est encore une fois un chef d'oeuvre. Je pense que je préfère lire Vita Sackville-West à Virginia Woolf. Elles abordent toutes les deux des thèmes comparables et le stream of consciousness est aussi présent dans les romans de Vita (surtout celui-ci où on passe beaucoup de temps dans les pensées de Lady Slane). Mais les romans sont moins ardus à lire et possèdent quelques touches d'humour qui les rendent plus légers !

 

Lu en anglais

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Lu dans le cadre du challenge My Little Village in the countryside sur whoopsy-daisy

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Lu dans le cadre du challenge Vintage, sur whoopsy-daisy

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 08:00

PersuadingAnnie.jpg« He would talk openly to her for te first time in years of misunderstandings. No bitterness, no bile. Just sweet conversation. And he’d start with a subject that has made Britain what it was ; a subject that meant nothing and glossed over everything. He would talk about the weather. »

 

En 1994, Annie Markham, une étudiante de 19 ans, est tombée amoureuse de Jake Mead. Quelques mois d’amour passionnel et Annie tombe enceinte. Contre l’avis de sa meilleure amie, Cass, la fille de sa marraine Susannah, elle refuse d’avorter et décide de partir à Paris. Le jour du départ, alors que Jake l’attend dans la voiture, Susannah arrive en furie pour empêcher la fugue ; Annie et Susannah se disputent, jusqu’à ce qu’Annie se rende compte que ses règles sont arrivées : il n’y avait pas de bébé, c’était une fausse alerte.

Entre Jake, persuadé qu’Annie a avorté sur les conseils de Susannah ; et Annie, qui se sent abandonnée par Jake, l’incompréhension est totale.

 

 « Ah, poor, poor Sophie. Doomed to a lifetime of being called Sophes. Thank God she had the IQ of a rabbit. »

 

Sept ans plus tard, Annie n’a toujours pas oublié Jake, l’amour qu’elle avait pour lui ni la douleur de la rupture. Quand l’entreprise de son père se met à perdre beaucoup d’argent, et que le consultant appelé pour redresser la boite n’est personne d’autre que le riche et brillant Jake Mead, c’est un euphémisme de dire que Annie a des sentiments mitigés.

 

« Edward grinned back at her. She grinned a bit more. He grinned even more. Then Annie became vaguely aware that Susannah was smiling fondly at them both as if they were in a scene from the Bible. She stopped grinning immediately. Bible smiles from godmothers were a definite turn-off. »

 

Vous l'aurez compris, ce roman est une réécriture moderne de Persuasion. Et une réécriture ma foi très réussie, pour deux raison : l’humour qui parsème le roman et la manière dont le roman d’Austen est arrangé pour s’appliquer à notre époque, sans jamais être trahi. Et pourtant, j'avais un peu peur.

Le roman de Jane Austen s’ancre complètement dans son époque (contrairement à Orgueil et Préjugés, qui a une certaine universalité), et j’avais peur que l’auteur garde la même trame, en vieillissant peut-être l’héroïne pour rendre l’affaire plus crédible.

Pas du tout. Le fait de faire reposer le twist sur cette grossesse qui n’en était pas le rend complètement crédible, et beaucoup plus que des fiançailles annulées pourraient l’être à notre époque.

Et même dans le reste de l’adaptation, l’auteur saisit bien notre époque : Bath devient New-York ; la sœur aînée est une it-girl sur le retour ; le cousin Eliott est le bras droit de l’entreprise paternelle et Mrs Clay est la secrétaire du père.

 

« Their taxi driver was determined not to lose sight of the ambulance for them and Annie suspected that he had been waiting for such a command ever since he got his licence. »

 

C’est un vrai régal que d’attendre l’arrivée de certains personnages, de certains passages du roman en se demandant comment ils vont être adaptés. Quel accident va blesser la belle-sœur d’Annie ? Comment va être LA lettre ?

 

Bref, c’est génial !

 

Lirenanglais
Lu en anglais

JaneAustenSummer

Lu dans le cadre du Jane Austen Summer, sur whoopsy-daisy

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 08:00

Room.jpg"- You must feel an almost pathological need - understandably - to stand between your son and the world.
- Yeah, it's called being a mother."

 

Attention, il y a des spoilers dans ce billet. Ce n'est pas un roman à suspens et je trouve difficile d'en parler sans aborder des thèmes qui se situent dans la seconde moitié du livre, mais si vous ne supportez pas cela, lisez vite Room et revenez lire le billet après.

 

Le jour où commence ce récit, Jack est un petit garçon heureux : c'est son anniversaire, il a cinq ans et sa mère lui a fait un splendide dessin comme cadeau. Seule ombre au tableau : il n'y a pas de bougie sur son gâteau d'anniversaire, sa mère ayant préféré demander comme "Sunday treat" à "Old Nick" des anti-douleurs.

La journée se passe comme tous les autres, entre un dessin animé de Dora l'exploratrice et des courses autour du lit, un bain avec sa maman et la lecture d'un livre le soir. Normalement ? Pour Jack, oui. Mais pas pour nous qui devinons assez vite que Jack et sa mère sont enfermés, tenus en otage depuis des années par l'homme qui a enlevé et violé sa mère.

Alors, quand Jack et sa mère parviennent à s'enfuir, c'est d'abord un soulagement qui s'empare de nous avant que, par les yeux de cet enfant tout ce qu'il y a de plus innocent, nous ne découvrions la barbarie de notre monde.

 

Ce roman est une merveille et je ne sais pas par quel bout commencer pour en parler.

Peut-être parce qu'il n'est pas : il n'est pas glauque, il n'est pas vulgaire, il n'est pas sombre. Le regard de Jack, à travers lequel se déroule ces quelques mois, est tellement innocent, est tellement vierge que cette abomination qu'est la Room nous apparait comme une normalité étrange. Après tout ? Il n'a rien connu d'autre et vit ici une sorte de paradis fusionnel avec sa mère (paradis pour lui, entendons-nous. Pas pour sa mère).

 

C'est après que cela se corse. Parce que sa mère ne peut plus faire barrage à la vulgarité du monde comme elle faisait barrage à Old Nick, et que Jack découvre la violence, la cruauté du monde, desquels il avait été protégé durant cinq ans. Car, last but not least, Room est un roman sur la maternité. La maternité qui sauve Ma de la dépression ; cet ardent amour maternel qui les protège, tous les deux, de la violence de Old Nick et du monde extérieur. La maternité jusque dans la relation entre Ma et sa propre mère ...

C'est extrêmement émouvant et absolument superbe.

 

Lu en lecture commune avec Karine;)Stephie, et Anne

lecturecommune2

Lu en anglais

Lirenanglais

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 00:00

Le-livre-des-choses-perdues.jpg"Telles étaient les histoires que la mère de David avaient adorées durant son enfance et que David lui avaient lues tandis que la maladie étendait peu à peu son emprise sur elle, réduisant sa voix à un murmure et sa respiration à un crissement de papier de verre sur du bois pourri jusqu'à ce l'effort soit trop insurmontable et qu'elle cesse tout à fait de respirer."


David est un petit garçon rêveur. De sa mère, il a hérité l'amour des livres et des histoires, des contes en particulier. Et, après la mort de sa mère et le remariage de son père, dans la grande maison mystérieuse, ce sont dans les contes de fées laissés dans sa chambre qu'il trouve son réconfort.

Réconfort ? Non pas vraiment, car ceux là sont plus sombres, plus cruels que les contes de fées que l'ont connait.

Et petit à petit, l'étrangeté s'étend dans la vie de David. Le lierre pénètre sa chambre, les livres murmurent entre eux, et un homme étrange entre dans sa vie, un homme qui lui demande le nom de son demi-frère nouveau-né. Et, une nuit où la guerre fait rage, il va rentrer dans le monde des contes de fées et y découvrir la corruption que cet homme biscornu y fait régner.

 

"Dans la clairière devant la maison s'étaient assemblée une congrégation de créatures avec des corps d'enfants et des têtes d'animaux. Il y avait là des renards, des biches, des lapins, des belettes dont les petites têtes reposaient curieusement sur des épaules humaines trop larges, avec des coups rétrécis par l'action du baume."


C'est un roman extrêmement dur et sombre, et un immense coup de cœur. Certains passages m'ont mise au bord des larmes (la mort de la mère, en particulier), et d'autre m'ont dérangée, me laissant mal à l'aise et troublée.

 

Alors que les contes de fées ont l'utilité de rassurer les enfants sur leurs pulsions et de les aider à la maîtriser, ce roman montre exactement l'inverse, un monde où les passages les plus atroces des contes de fées prennent leur indépendance et sont transformés par les cauchemars des enfants.

En particulier, ce roman tourne autour d'un thème dérangeant : l'intrusion de la sexualité des adultes dans l'univers de l'enfance. Le remariage du père de David, l'enlèvement des enfants par des pédophiles, les tortures raffinées que l'homme biscornu fait subir à ses victimes, ou l'origine des Sire-Loups partent du même principe : la corruption de l'innocence par la libido des adultes et la souffrance qui en résulte.

 

Tout cela fait de Le livre des choses perdues, de cette innocence perdue, un grand roman, merveilleusement bien écrit, et un roman très dur à la fois. Un peu comme Le Labyrinthe de Pan, qui m'avait laissée aussi dans une ambiance cauchemardesque.

 

Lu dans le cadre du challenge Once Upon a Time

OnceUponATime

et du challenge Fairy Tales sur whoopsy-daisy

fairytale

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