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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 18:33

Le-sang-des-autres.jpg" - On ne paiera jamais trop cher. Paul me regarda avec dédain. Vous n'arriverez jamais à rien, parce que vous ne voulez pas payer.

- C'est facile de payer avec le sang des autres."

 

"Je pouvais payer avec mon corps, avec mon sang ; mais les autres hommes n'étaient pas une monnaie à mon usage ; quelle pensée souveraine se permettrait de les comparer, de les compter, de prétendre connaître leur juste mesure ?".

 

"Tranquillement, comme on croque une pomme, il lançait des grenades, il déchargeait son fusil. Les canons tiraient sur les chars et sur les camions blindés ; lui, son travail, c'était de tirer sur des hommes.Mais le béton, l'acier, la chair tout était matière. Il n'était qu'un rouage dans la machine de fer et de feu qui barrait la route à une autre machine."

 

Le sang des autres est un chef d'oeuvre. Le genre de chef d'oeuvre dont on sort changé, ému, bouleversé en se jurant de le relire. Le genre de chef d'oeuvre qui nous parle d'engagement, de responsabilité, de remords, de regrets, de vie que l'on essaie de vivre et qui nous dépasse, en le mêlant avec une belle histoire d'amour, tragique.

Le roman commence au chevet d'Hélène, blessée, mourante. A ses côtés, Jean revient sur leurs vies et les faits, les actes qui les ont conduits là, Hélène à mourir, lui à veiller la femme qu'il aime. Est-il responsable ? Si elle ne l'avait pas connu, elle ne serait pas là, dans ce lit. N'est-il qu'un cailloux que le pied de la jeune femme a cogné et qui l'a emmenée, de son propre choix à résister et à mourir ? Ou est-il la cause première de ce décès ?

 

"Assassin. Assassin. Je marchais dans la nuit, je titubais, je courais, je fuyais. Il était là, tranquille, au milieu de ses poèmes et de ses livres. Je l'ai pris par la main, je lui ai donné un revolver et je l'ai poussé sous les balles. Assassin. En haut de l'escalier, il y a Marcel, qui lit ou qui dort, dans l'odeur de peinture à l'huile, près de l'hippocampe immobile ; il attend Jacques. Je monte l'escalier ; je ne peux pas monter, je ne peux pas descendre, il faut que le temps s'arrête, s'engloutisse, que Marcel s'engloutisse, que le monde s'engloutisse ; et les marches sont solides sous mes pieds, chaque barreau est à sa place. Derrière la porte Marcel attend Jacques ; et moi, je suis là, et je vais parler. Un mot, et la chose va exister, elle ne cessera plus jamais d'exister. Un claquement sec, un mot, et le temps s'est lézardé, il est coupé en deux tronçons qu'on ne pourra jamais rejoindre. Je frappe à la porte."

 

Jean est un jeune bourgeois, un intellectuel communiste qui, ayant honte de sa situation familiale, est devenu ouvrier. Il pensait ainsi décharger sa conscience de la culpabilité de classe. Il n'a réussi qu'à en gagner de nouvelles raisons de se torturer : est-il responsable si un jeune homme qu'il a convaincu d'adhérer se fait tuer lors d'une manifestation ? Est-il coupable si un de ses discours conduit des hommes à la guerre ? Est-il coupable s'il ne fait pas ce discours, que son pacifisme lâche permet au nazisme de se répandre sur l'Europe ?

Jean est un très beau personnage, un très bel homme. Plein d'humanité et de sagesse. Qui se sent responsable de l'Humanité toute entière. Un homme qui doute, qui pense, qui se questionne. Trop peut-être, mais avec tellement de grandeur qu'on ne peut qu'être ému.

 

"L'air sentait la verdure et l'eau, avec des relents de friture. Déjà les ombres s'allongeaient. Une belle journée. Un petit tas de poussière dorée, presqu'impalpable, que le vent chasserait dans l'éther vide."

 

Hélène, qui partage la parole avec Jean, est une femme qui vit. Qui ne veut pas penser, mais saisir la vie à pleines dents. Face à Jean et à sa générosité sans limite, Hélène est égoïste : elle vit pour elle. Ce qu'elle veut, elle l'obtient, et elle suppose que les autres font de même. Qu'ils se défendent tout seuls comme elle se défend toute seule.

Mais, quand elle se trouvera face à l'horreur, quand les atrocités cesseront d'être lointains et qu'elle verra de ses yeux, elle luttera. Avec peut-être plus de courage que Jean.

 

"Mais il était trop petit pour comprendre. Il pensait que la faute était entrée en lui par surprise, parce que ses doigts crispés s'étaient ouverts, parce que sa gorge s'était dénouée. Il ne devinait pas qu'elle est cet air même qui remplit mes poumons, le sang qui coule dans mes veines, la chaleur de ma vie."

 

L'avouerai-je ? C'est Hélène que j'ai préférée. Face à Jean qui refuse aux autres le fardeau d'être responsables d'eux-même et de leur vie, Hélène leur donne cette chance. Face à Jean qui observe et questionne sa vie, Hélène la vit.

Quoiqu'il en soit, ces deux personnages (Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir ?), sont d'une beauté bouleversante. J'ai été profondément émue par leur vie. Et peut-être d'autant plus que je me suis reconnue dans les lieux qu'ils décrivent : c'est dans mon quartier, dans mon Paris qu'ils vivent. Ce restaurant où Hélène prend Jean en otage, il est à quelques dizaines de mètres de chez-moi. Qui sait ? Mes grand-parents y allaient peut-être dîner à la même époque. Ce film qui touche tant Jean, Métropolis, je l'ai vu récemment. Cette place de la Contrescarpe, je la parcours toutes les semaines - et y imaginer une rafle m'a fait frissonner. Tout d'un coup, l'horreur touchait mon quotidien...

 

"Je songeais à ce film que j'avais vu avec mon ami Marcel : une ville enfouie dans les entrailles de la terre, où les hommes se consumaient dans la souffrance et dans la nuit tandis qu'une race orgueilleuse goûtait sur de blanches terrasses toutes les splendeurs du soleil ; l'histoire finissait par une inondation, une révolte et dans un grand désordre d'alambics brisés, par une réconciliation lumineuse."

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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 09:52

the-hobbit.jpg"In a hole in the ground there lived a hobbit."

Je me replonge avec un peu de retard dans le Middle Earth Challenge, avec la lecture de Bilbot. Changement radical de style avec ce conte pour enfant, cette épopée initiatique qui verra le héros, ce "hobbit", devenir grand, sur de lui, et plus ouvert sur le monde.

 

"It was a terrible battle. The most dreadful of all Bilbo's experiences, and the one which at the time he hated most - which is to say it was the one he was most proud of, and most fond of recalling long afterwards, although he was quite unimportant in it."

 

Chose étrange pour un roman d'apprentissage : le héros n'est pas lui-même un enfant mais un adulte d'une cinquantaine d'années, et, plus que tout, c'est un hobbit, une sorte d'être étrange, à mi-chemin entre le lutin et l'anglais moyen. Il vit dans un trou, une petite vie de campagnard conservateur, chez qui les habitudes et la tranquillité priment sur tout autre chose.

Mais, ce Bilbo Baggins a une particularité : il est apparenté à la famille Took, dans laquelle coulerait du sang de fée... Et qui produit chez ses membres une fâcheuse disposition à l'aventure.

Ajoutez une pincée de Gandalf, le vieux magicien, une tripotée de nains (même que Blanche Neige aurait été jalouse !), la Terre du Milieu et une histoire de trésor : voilà The Hobbit !

 

"This thing all thing devours:

Birds, beasts, trees, flowers,

Gnaws iron, bites steel;

Grinds hard stones to meal;

Slay kings, ruins towns,

And beats high moutain down."

 

J'avais lu ce conte juste après avoir vu au cinéma pour la première fois The fellowship of the ring. A peine rentrée du cinéma, je voulais me replonger dans la Terre du Milieu mais je n'avais pas encore le livre du Seigneur des Anneaux : vous imaginez ma déception ! J'avais donc mis Bilbo de côté "littérature pour mômes, je l'ai lu trop tard".

J'avais donc un peu d'appréhension avant de le commencer, qui c'est dissipée dès les premières lignes : c'est drôle, très drôle en fait. La satyre (gentillette) de la vie campagnarde anglaise, l'arrivée des nains chez Bilbo, l'évasion des petits êtres de chez le Roi des Elfes, et tant d'autres choses et provoquent un rire frais et enfantin.

 

"He guessed as well as he could, and crawled along for a good way, till suddenly his hand met what felt like a tiny ring of cold metal lying on the floor of the tunnel."

 

Il est difficile de ne pas chercher des échos du Seigneur des Anneaux dans ce conte. A l'exception de certains personnages déjà présents que l'on reverra plus tard - Elrond et Gandalf, par exemple, rien est en commun entre ce conte d'enfant et la vaste et splendide épopée qu'est le Seigneur des Anneaux. Le style de The Hobbit est détaché, un peu ironique ; les personnages n'ont rien du mystère et de la grandeur d'un Aragorn, ou d'un Legolas : Bilbo est, disons le mot, pitoyable, et les nains sont terriblement stupides ; les elfes, cruels et arrogants, m'ont plus rappelés les êtres de certains romans que j'ai pu lire que la gracieuse Arwen ; seuls les humains s'en sortent un peu, avec une mention spéciale à Bard, seul et vrai héros de cette histoire. Autre merveilleuse trouvaille avec Beorn, cet ours-garou attachant et courageux, un peu homme sauvage, un peu philosophe, et ami de Gandalf.

 

"Deep down here by the drak water lived old Gollum, a small slimy creature. I don't know where he came from, nor who or what he was. He was a Gollum - as dark as darkness, except for two big pale eyes in his thin face. (...) 'Bless us and splash us, my preciousss ! I guess it's a choice face; at least a tasy morsel it'd make us, gollum !.' "

 

Rien ? Non, quelque chose m'a séduite et me fait trépigner à l'idée de commencer Le Seigneur des Anneaux : le chapitre Riddle in the Dark. Bilbo, perdu dans une grotte aux multiples ramifications et infestée de Gobelins, tombe sur un anneau - et quel anneau !, puis sur son propriétaire. Dans le noir, Gollum menace de le dévorer, sauf s'il gagne à un jeu...

Et dans le noir, avec cet anneau mystérieux, cet être cruel et malheureux, se crée une ambiance sombre, très loin de l'ambiance gaie et bon enfant du reste.

 

Lu dans le cadre du Middle Earth Challenge

 

middleearthchallenge

 

Lu en VO !

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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 11:50

Auntie_mame.jpgCe livre commence avec un décès : celui de M. Dennis, père de Patrick. Mais Auntie Mame n'est pas un livre triste, loin de là. Car, au lieu de passer une enfance sinistre dans une chambre d'hotel glauque, accompagné d'un père sans intérêt, Patrick va devenir la charge de sa tante, Mame Dennis.

Et Mame Dennis, ce sont New-York, les années folles, une certaine dose de folie, et une autre non moins grande d'intelligence et de d'ouverture d'esprit, en une seule femme.

C'est dans ce monde baroque et déjanté, entouré des amis artistes, ou psychanaliste, et surtout du merveilleux Ito, majordome de Auntie Mame, que va grandir le petit garçon. Et peut-on rêver plus belle enfance ?

 

Auntie Mame est un roman réjouissant, plein d'esprit. Patrick Dennis a un talent de caricaturiste pour croquer ceux qui l'entourent. En quelques phrases assassines, voilà des futurs beaux parents :

"The Upson lived the way every family in America wants to live - not rich, but well-to-do. They had two of everything: two adresses, the flat on Park and a house in Connecticut; two cars, a Buick sedan and a Ford station wagon; two children, a boy and a girl; two servants, man and maid; two clubs, town and country; and two interest, money and position.

Mrs Upson had two fur coats and two chins. Mr Upson also had two chins, two passions - golf and business - and two aversion, Roosevelt and Jews."

Mais rien n'échappe à sa plume pleine de verve : ni son lycée, ni ses potentielles fiancées, ni ses amis, ni lui même, et surtout pas sa tante, star pleine de vie et de gaieté.Mais sa plume se fait encore plus incisive pour parler du monde et de l'histoire, la grande. Mine de rien, c'est une analyse de l'évolution d'une société durant une quarantaine d'années, entre la découverte de la psychanalise, jusqu'à la chute d'une certaine forme d'aristocratie, en passant par l'antisémitisme (que j'ai aimé Tante Mame lorsque son bon sens et sa largeur d'esprit la conduit à se heurter aux Upsons !), c'est le portrait d'une société en mouvement que nous décrit Patrick Dennis.

 

Lu dans le cadre du challenge Vintage

goldenvintageet dans le cadre du challenge Yes we can !

yeswecan.png

Et lu en VO

LireEnVo.jpg

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 00:00

richardIII.jpg"Tu étais heureuse épouse, tu es la plus désolée des veuves ; tu étais joyeuse mère, tu en déplores aujourd'hui même le nom ; tu étais suppliée, tu es suppliante ; tu étais reine, tu es une misérable couronnée d'ennuis. Tu me méprisais, maintenant je te méprisee ; tu faisais peur à tous, maintenant tu as peur ; tu commandais à tous, maintenant tu n'es obéie de personne ! Ainsi la roue de la justice a tourné et t'a laissée en proie au temps, n'ayant plus que le souvenir de ce que tu étais pour te torturer encore étant ce que tu es !"(Acte IV, scène 4)

 

J'avoue que je m'y suis reprise à plusieurs fois pour lire cette pièce, et que je n'ai fini par y parvenir qu'en construisant les arbres généalogiques des différentes familles. Cet exercice fait, et la feuille sous les yeux, la majesté et la beauté de cette pièce a enfin pu éclater à mes yeux !

Récapitulons. Lorsque la pièce débute, le roi Henri VI s'est fait renverser et tuer ; son fils Edouard de Galles a été assassiné ; Marguerite, veuve d'Henri VI, reine déchue erre et maudit tout ceux qui passent ; et Lady Anne, veuve d'Edouard de Galle pleure ses mari et beau-père.

Edouard IV monte sur le trône, accompagné de sa femme Elizabeth ; ses deux frères, Richard, duc de Gloucester, un nain bossu et haineux, et George, duc de Clarence, un homme bon et naïf, l'accompagnent dans l'ombre.

Mais Richard, qui s'est chargé de toutes les tâches sanglantes du coup d'Etat (tuer Henri VI et Edouard de Galles, entre autres) ne veut pas en rester là, et veut le pouvoir pour lui et pour lui seul. Il va donc s'employer à l'obtenir, agissant dans l'ombre et sans pitié pour les liens du sang.

 

Richard est un personnage fascinant. Vraiment. C'est un homme sans aucune conscience. Il veut se venger, des autres en règle générale et de la nature, qui l'a fait laid et bossu, en particulier. Il n'aime rien ni personne, mais est habile acteur à le faire croire aux autres en usant tantôt de la trahison, tantôt du mensonge, tantôt des armes. Et malgré tout ... je l'ai trouvé aimable. Ou si ce n'est aimable, suffisament humain pour exciter la pitié et la tendresse.

Est-ce cette caractéristique ? Est-ce sa langue venimeuse qui séduit Lady Anne ? Pleurant son mari et son beau-père, tués par Richard, elle croise le chemin de Richard, et en quelques paroles mensongères il parvient à s'en faire aimer dans une scène admirable (Acte I, scène 2):

"Si ton coeur rancuneux ne peut pardonner, tiens, je te prête cette épée éffilée ; si tu veux la plonger dans cette poitrine loyale et en faire partir l'âme qui t'adore, j'offre mon sein nu au coup mortel et je te demande la mort humblement, à genoux. (il découvre sa poitrine, Anne dirige l'épée contre lui puis la laisse tomber) Non ! Ne t'arrête pas ; car j'ai tué le roi Henry ... Mais c'est ta beauté qui m' aprovoqué ! Allons, dépêche-toi : c'est moi qui ai  poignardé le jeune Edouard ! ... (Anne relève l'épée vers lui) Mais c'est ta face divine qui m'y a poussé ! (Elle laisse tomber l'épée.) Relève cette épée ou relève moi !"

Quelque part, en lisant cette pièce, je n'ai pu m'empêcher de penser au Trône de Fer, et trouver des ressemblances entre Richard et Tyrion Lannister, le nain manipulateur et génial de King's Landing.

 

Autre aspect que j'ai beaucoup aimé dans cette pièce (on va finir par croire que je n'aime que les sorcières et les démons), la Reine Marguerite. Reine déchue, reine en deuil, vieille femme tirant sur la sorcière, elle se promène au milieu des vainqueurs et les maudit, annonçant scène par scène ce qui va se passer dans la suite de l'histoire. Elle m'a fait énormément penser aux trois sorcières de Macbeth, qui comme elle, expliquaient dès le début de la pièce, la gloire et la déchéance. Marguerite maudit, et Marguerite revient sur le théâtre à la fin observer sa vengeance.

 

"Lady Anne : Qu'une nuit noire assombrisse ton jour, et la mort, ta vie !

Gloucester : Ne te maudis pas toi même, tu es l'un et l'autre." (Acte I, Scène 2)

 

Pièce pleine de vengeance et de noirceur, affaiblie vers la fin (il fallait bien faire mourir Richard avec cette tirade culte "Un cheval, un cheval, mon royaume pour un cheval"), elle est d'essence même dramatique. Un petit bijou, mais qui nécessite une bonne concentration pour être lue...

 

Première pièce du Challenge Shakespeare !

Shakespeare

 

Classique anglais

EnglishClassics.jpg

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 11:35

marianne"Nous autres jolies femmes, car j'ai été de ce nombre, personne n'a plus d'esprit que nous, quand nous en avons un peu : les hommes ne savent plus alors la valeur de ce que nous disons ; en nous écoutant parler il nous regardent et ce que nous disons profite de ce qu'ils voient."


Attention ! Coup de coeur !! Marivaux est génial, Marivaux est un dieu, j'aime Marivaux.

Voilà, c'est dit.

 

La Vie de Marianne n'a qu'un défaut : il n'est pas fini. J'aurais vraiment aimé savoir la fin, si notre petite héroïne parvient à épouser son Valville ou si elle en épouse un autre ; quelles deviennent ses relations avec sa mère de coeur ; et si elle reste aussi jolie, aussi vive, aussi gentille, et aussi garce !

 

"L'art d'entretenir un homme dans cette espérance-là, je l'estime encore plus honteux qu'une chute totale dans le vice ; car dans les marchés, même infâmes, le plus infâme de tous est celui où l'on est fourbe et de mauvaise foi par avarice. N'êtes vous pas de mon sentiment ?"

 

La Vie de Marianne raconte donc la vie de Marianne, par Marianne elle même. Elle débute dans sa plus tendre enfance, quand un carosse se renverse, et dont elle, un bébé, est la seule survivante. A l'intérieur, se trouvaient sans doute des gens riches et des serviteurs, mais dont nul ne connait ni le nom ni l'origine. Elle est fille de nobles gens, semble-t-il, mais peut-être celle des pauvres serviteurs.

Elle est élevée par un curé et sa soeur, qui lui développent en elle vertu et sagesse, puis l'emmènent à Paris où la soeur meurt. Voilà notre Marianne, à 16 ans, belle comme un coeur, sans aide et sans famille, obligée de quémander soutien et assistance à un ami de ceux qui l'ont élevée. Mise dans une situation modeste, mais vertueuse, elle voit les dangers qui s'offrent à elle, mais y résiste - non sans jouer de ses charmes ; petit à petit, son éducation, sa beauté aristocratique, ses vertus lui permettront de s'en extraire et de rencontrer une protectrice qui l'adoptera et ... un charmant jeune homme qui succombe à sa beauté.

 

"Tout ce que je sais, c'est que ses regards m'embarrassaient, que j'hésitais à les lui rendre, et que je les lui rendais toujours ; que je ne voulais pas qu'il me vît y répondre, et que je n'étais pas fâchée qu'il l'eût vu."

 

C'est merveilleux, frais, drôle, émouvant. Marianne est une héroïne fantastique : belle et vertueuse comme elle se doit de l'être, elle est pleine de vie, coquette et manipulatrice parfois, souvent orgueilleuse, mais d'un bon coeur et d'une générosité sans égal. L'histoire se finit bien, j'en suis certaine, mais aurait-il pu en être autrement avec une si aimable jeune fille ?

C'est surtout merveilleusement écrit, avec cet esprit qui fait le renommée du XVIIIème siècle et de Marivaux. Il sent si bien le coeur de sa Marianne, ses hésitations, ses désirs et ses chagrins, qu'on jurerait que ce texte est écrit par une femme !

 

"Jamais la charité n'étala ses tristes devoirs avec autant d'appareil ; j'avais le coeur noyé dans la honte ; et puisque j'y suis, je vous dirai que c'est quelque chose de bien cruel que d'être abandonné au secours de certaines gens : car qu'est ce qu'une charité qui n'a point de pudeur avec le misérable, et qui, avant de soulager, commence par écraser son amour-propre ?"

 

Allez-y sans hésiter, vous adorerez !


Qu'en pense George ?

lecturecommune1

 

Fait partie du challenge XVIIIème de Canthilde

défiXVIII

et livre de ma PAL !

demiPAL

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 00:00

Macbeth2.jpg"Est-ce le triomphe de la nuit ou la honte du jour qui fait que les ténèbres ensevelissent la terre, quand la lumière vivante devrait la baiser au front ?"

Lorsque Macbeth commence, la guerre que l'Ecosse mène contre la Norvège et la Suède vient de se terminer victorieusement. Un des généraux du roi s'est particulièrement illustré lors de cette guerre : Macbeth, thane de Glamis.
Le roi, Duncan, un homme sage et bon, décide de le féliciter en lui donnant le domaine d'un traître, et de le nommer thane de Cawdor.

 

Macbeth.jpg

Sur une sombre lande, Macbeth et Banquo rentrent de la guerre, sans rien savoir des décisions du roi. Leur chemin croise celui de trois sorcières, qui s'agitent sur la lande. Elles le saluent :

"Première sorcière : Salut, Macbeth ! salut à toi, thane de Glamis !
Deuxième sorcière : Salut, Macbeth ! salut à toi, thane de Cawdor!
Troisième sorcière : Salut, Macbeth, qui plus tard seras roi !"

 

Ces titres étonnent Macbeth et Banquo. Mais lorsqu'ils croisent le roi Duncan, et que celui ci annonce sa promotion à Macbeth, leur esprit est troublé : les sorcières diraient-elles vrai ?

Tant et si bien que Macbeth écrit à sa femme, lady Macbeth, pour lui dévoiler son plan : assassiner Duncan. Mais quand il la retrouve, il perd courage, aimant trop son roi pour le tuer. Lady Macbeth prend alors les choses en main, et pousse son mari au meurtre.
Les fils du roi, ayant fuit, sont accusés, et Macbeth devient roi à son tour, réalisant ainsi la prophétie des sorcières.

Mais il y avait une deuxième partie, dans cette prophétie : Banquo sera père de roi, et cela, Macbeth ne l'oublie pas. De peur de se faire assassiner, il fait tuer Banquo, mais le fils de celui-ci s'échappe.
C'est dans ce "mais" qu'est le climax de la pièce. Le reste n'est plus que chute : regrets coupables, bain de sang, trahisons, et nouvelles prophéties des sorcières, traîtres celles-là (mais les premières ne l'étaient-elles pas ?).

 

LadyMacbeth.jpg"Venez, venez, esprits qui assistez les pensées meurtrières ! Désexez-moi ici, et du crâne au talon, remplissez moi de toute la plus atroce cruauté ; épaississez mon sang ; fermez en moi tout accès, tout passage au remords. Qu'aucun retour compatissant de la nature n'ébranle ma volonté farouche et ne s'interpose entre elle et l'exécution ! Venez à mes mamelles de femme, et changez mon lait en fiel, vous, ministres du meurtre, quelque soit le lieu où, invisibles substances, vous aidiez à la violation de la nature. Viens, nuit épaisse, et enveloppe-toi de la plus sombre fumée de l'enfer : que mon couteau aigu ne voie pas la blessure qu'il va faire ; et que le ciel ne puisse pas poindre à travers le linceul des ténèbres et me crier : 'Arrête ! Arrête !'"

 

J'ai du mal à parler de cette pièce : c'est un chef d'oeuvre (mais j'ai pas l'impression d'être très originale en disant cela). Mon seul regret, c'est sa brieveté : tout va vite, très vite et j'aurais aimé que quelques passages soient plus développés. C'est un bijou de folie et de violence, plein de poésie.
Les personnages m'ont beaucoup touchés : il y a une forme de démence qui parcourt la pièce, comme si la première apparition des sorcières chassait la raison. Macbeth en particulier, m'a émue. Cet homme, cette marionnette dans les mains des femmes (les sorcières et sa femme), qui se laisse mener, obéit à des prophéties auto-réalisatrices, gomme en lui (ou du moins le tente) toute forme de sentiment et de eremors et se rend compte dans un moment de désespoir de la vanité des actions humaines :

 

"Seyton : La reine est morte, monseigneur.
Macbeth : Elle aurait dû mourir plus tard. Le moment serait toujours venu de dire ce mot là !... Demain, puis demain, puis demain glisse à petits pas de jour en jours, jusqu'à la dernière syllabe du registre des temps ; et tous nos hiers n'ont fait qu'éclairer pour des fous le chemin de la mort poudreuse. Eteins-toi, éteins-toi, court flambeau ! La vie n'est qu'un fantôme errant, un pauvre comédien qui se pavane et s'agite durant son heure sur scène et qu'ensuite on n'entend plus ; c'est une histoire dite par un idiot, pleine de fracas et de furie et qui ne signifie rien..."

 

(je n'ai qu'un mot à dire : Ah ! C'est grandiose !!)


Il ne me reste plus qu'un seul souhait maintenant : le relire en anglais... (et voir l'adaptation par Orson Welles et celle de Polanski tant que j'y suis...)

 

Lu dans le cadre du challenge Pièces de théâtre.

DSC08179

C'est un Classique anglais.

EnglishClassics.jpg

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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 00:00

Eyreaffair.jpg"Government and fashion come and go, but Jane Eyre is of all time."

1985, Londres. Pas notre Londres, mais un autre. Un Londres où la Guerre de Crimée n'est toujours pas finie. Où le temps se distord parfois de façon étrange. Où les débats littéraires font rage (à coup d'émeutes et de jets de pierres). Où à la manière de témoins de Jéhovah, les baconistes vont de portes en portes convaincre que Shakespeare n'a pas écrit les pièces qui lui sont attribuées - qui sont l'oeuvre de Bacon.

Et où Jane Eyre se termine par le départ de Jane en Inde avec son cousin Rivers, loin de Rochester (détestable fin, isn't it ?)...

Dans ce monde, Thursday Next est une jeune femme, vétérante de la guerre de Crimée, qui travaille à la brigade littéraire (chargée d'authentifier les faux littéraires, commerce juteux). Thursday a une particularité : petite, elle est entrée dans Jane Eyre, a distrait l'attention de Rochester au moment où il galopait sur un chemin boueux, provocant sa chute et la rencontre avec Jane.

Elle a une seconde particularité : elle a été la seule à résister à Hadès Achéron, l'ennemi public numéro 2. Lorsqu'il était son professeur d'anglais, elle n'a pas couché avec lui et est apparement bien la seule à avoir pu refuser de faire quelque chose qu'Achéron voulait qu'elle fasse.

Alors, lorsqu'Achéron se met à voler des manuscrits anciens, c'est évidement à elle qu'on pense.

 

Il n'y a pas à dire, ce livre est un trésor. Non, je veux dire, quand on aime la littérature anglais, ce livre représente exactement nos fantasmes les plus fous. Un monde où la littérature a une place cruciale, devant la religion ou même la politique. Un monde où le fantastique se produit sans cesse, et où les romans peuvent parfois mystérieusement s'ouvrir.

Et quand en plus on est paléogénéticienne (qu'on bosse sur l'ADN des espèces fossiles), ce qui est mon cas, entendre parler du clonage des dodos, et voir des néandertaliens se balader dans la rue, c'est juste le bonheur !

C'est un livre totalement anglais, plein de Charlotte Brontë et de Shakespeare, avec des envolées à la Pratchett (la distorsion du temps, par exemple), déjanté ce qu'il faut, avec des personnages hauts en couleur.

Un délice ...

 

Lu dans le cadre de la lecture commune Jane Eyre dans tous ses états.

janeeyreetat.png

Lu en VO !

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 00:00

7contesgothiques.jpg"Comprends ce que tu peux et passe outre au reste. D'ailleurs, un récit gagne parfois à n'être qu'à moitié compris"

 

J'ai à nouveau été charmée par la plume de Karen Blixen. A travers ces contes, j'ai retrouvé ce style si pur, si précis et si poétique qui m'avait charmée dans La ferme africaine.

Bien sûr, ici, l'ambiance est très différente. On est dans l'Europe du XIXème, en France, au Danemark, en Italie, dans la neige, souvent, ou sous le soleil, parfois. Dans un monde plein de fantastique à la Gauthier, où les masques se dévoilent, où les fantômes hantent les vivants et où les vivants sont à moitié morts.

 

" Ce jeune fils de la terre, enchaîné à une chaise de bureau, avait dans sa poitrine l'âme des anciens conteurs qui ont peuplé le monde de dieux et de démons, en même temps qu'ils l'ont rempli de cimes et d'abîmes inconnus dans leur pays."

 

Comme l'indique le titre, sept nouvelles composent ce recueil.

La première, Le raz de marée de Norderney raconte une nuit d'inondation épouvantable. Suite à une crue, quatre personnages sont coincés en haut d'une maison qui menace de s'écrouler et de les noyer. Au matin, les sauveteurs viendront, ils l'ont promis. Mais en attendant, il faut attendre, et existe-t-il un meilleur moyen de passer une nuit d'épouvante qu'en se racontant des histoires ?

Tour à tour, Mademoiselle Malin Nat-og-Dag, vieille fille pure et richissime s'inventant un passé de courtisane, la comtesse Calypso von Platen-Hallermund, une très belle jeune fille de seize ans, le Cardinal Hamilcar von Sehestedt, un saint homme, et un jeune homme, Jonathan Maersk, vont se raconter leur vie et dévoiler, sous le masque, leur vrai visage.

J'ai beaucoup aimé cette nouvelle mais, parce que j'avais lu la préface qui en dévoilait une bonne partie je pense, je l'ai moins aimée que les autres. L'histoire en est plus complexe, moins claire, et n'a pas le charme des contes que j'ai trouvé dans les autres

 

J'ai retrouvé dans la seconde, Le vieux chevalier errant, une ambiance parisienne balzacienne. Un vieil homme raconte une nuit que, jeune homme, il a passé à Paris. Il faut imaginer l'ambiance pluvieuse de l'hiver 1874, les petites rues sombres, un homme quitté qui vient d'apprendre que sa maîtresse tant aimée voulait l'empoisonner, pleurant dans les rues, sous la pluie, et une jeune fille gaie et soûle venant le séduire.

J'ai adoré l'atmosphère de cette nouvelle, les rues sales et humides, les salons chaleureux et lumineux, les amours passionnées, les robes pleines de dentelles et de rubans, et les femmes qui arrivent comme par miracle et qui disparaissent de même, mi-prostituées, mi-fées.

 

Le singe est encore plus étrange : un jeune homme, soupçonné d'être homosexuel, ce qui n'est pas très bien vu dans la Suède du XIXème, rend visite à sa tante en lui demandant de lui trouver au plus vite une fiancée.

En deux temps, trois mouvements, la vieille tante arrête son choix sur Athéna, une jeune fille aussi vierge et guerrière que la déesse. Le conte raconte comment cet homme acculé fait la cour à la jeune fille heureuse de son célibat et de sa liberté. Cour parfois violente qui entre petit à petit dans la mythologie et le fantastique.

Un énorme coup de coeur aussi

 

"Il évoqua avec une profonde tristesse tous ces jeunes gens qui, à travers les âges, avaient été d'une beauté et d'une santé parfaite - jeunes pharaons au visage altier, chassant dans leurs chariots le long du Nil, jeunes sages chinois vêtus de soie, lisant à l'ombre frémissante des saules - et qui tous, malgré eux, furent changés en piliers de la société, en beaux-pères, en arbitres de la morale ou de la bonne chère."

 

Sur la route de Pise se passe en Italie, comme son nom l'indique. Un jeune homme quitte sa femme et décide de partir en voyage en Italie. Sur la route, il assiste à un accident, où une vieille dame se fracture le bras. Reconnaissant dans le jeune homme un gentilhomme, elle lui demande de partir à la recherche de sa petite fille qui habite à Pise, en lui disant "Dites-lui, fit-elle enfin, que je ne peux plus soulever ma main droite et que je suis prête à lui donner ma bénédiction."

En chemin, le jeune homme comprendra mieux ce que la grand-mère veut dire...

 

"'Quand les animaux sauvages sont en cage, comme sur un gril, leur coeur est grillé à petit feu sur l'ombre des barreaux de fer. Oh ! le coeur grillé des animaux captifs !' s'écria-t-elle avec une sombre énergie."

 

La soirée d'Elseneur est mon préféré des sept. Deux soeurs et un frère en forment le coeur. Dans leur jeunesse, les deux soeurs étaient la fleur de la haute société d'Elseneur, belles, piquantes, drôles, vives, tandis que leur frère, un corsaire ayant pris la mer contre les anglais, en est la coqueluche. Des dizaines d'années plus tard, le frère a disparu, au delà des mers, sans laisser de nouvelles, tandis que les deux soeurs sont devenues des vieilles filles, toujours aussi vives, piquantes et drôles, mais moins belles. Sauf que, lorsque le temps est très froid, de drôles de choses peuvent se produire.

J'ai aimé ces deux femmes, leur mélancolie, leur tendresse, leur esprit. J'ai aimé l'ambiance aventureuse, les batailles navales et la Martinique si exotique. La petite ville de province où tout se sait. Et cette soirée d'Elseneur, frère et soeurs réunis, pleine de charme.

 

"Bref, elles étaient de ces mélancoliques-nés qui sèment le bonheur autour d'elles, en étant elles-mêmes désespérement malheureuses, des créatures pleines de gaieté, de charme, de larmes amères, d'humour raffiné et de solitude éternelle."

 

Les rêveurs est mon deuxième préféré - et je serais bien en peine de choisir. Sur un ponton de bateau, par une nuit de pleine lune au large de l'Afrique, trois hommes discutent : Saïd ben Ahmed, le silencieux capitaine qui revient pour se venger ; Mira Jama, un conteur doué et célèbre, mais qui a perdu le don d'effrayer ; et Lincoln Forsner, un anglais roux qui va raconter comment son grand amour lui a appris à rêver.

Cette histoire, surnaturelle et mystérieuse, pleine d'étranges coïncidences, de personnages étranges, de morts qui renaissent, est l'un des plus beaux contes fantastiques que j'ai jamais lu. La femme au centre de ce récit est une magicienne, une déesse douée du don de métamorphose, mais tellement malheureuse qu'elle n'est plus qu'une carcasse sans âme et sans coeur. Une sorte de zombie sous la plus belle des apparences.

Lisez le !

 

"Tout le monde aime avoir peur. Les princes, endormis par les douceurs de la vie, veulent que leur sang circule plus vite. Les honnêtes dames, à qui il n'arrive jamais rien, veulent, pour une fois, trembler dans leur lit. Les histoires de poursuites terrifiantes raniment l'élan des danseuses. Ah ! Comme le monde m'aimait alors !"

 

Enfin, le dernier conte, Le poète, un chef d'oeuvre lui aussi, m'a fait penser à deux mythes grecs : le mythe de Pygmalion, cet homme qui crée une statue et en tombe amoureux, et l'histoire de Phèdre, épouse de Thésée, qui tombe amoureuse du fils de Thésée.

Point de statue ni de beau fils dans ce récit, juste l'histoire d'un étrange ménage à trois. Mathiesen, le conseiller, est un de ces bourgeois de province qu'on pourrait voir décrit dans Balzac, se piquant d'art et de voyages, se glorifiant jusqu'à sa mort d'une rencontre avec Goethe. Etant peu doué  lui même en poésie, il décide de prendre un jeune poète, Anders Kube, sous sa protection et, comme une orchidée qu'on essaie faire refleurir à tout prix, y compris en la privant de tout, il s'essaie à faire créer le jeune homme. Il surveille ses fréquentations, sa consommation d'alcool, lui interdit les aventures, et enfin, lui trouve une femme, une belle et bonne femme de poète, une jeune veuve d'une grande beauté aux deux pieds sur terre.

Mais, quand il se rend compte que cette femme aussi a une sensibilité et qu'elle n'est pas l'aimable ménagère qu'il souhaite pour son protégé, il s'inquiète : quels effets pourrait-elle avoir sur le jeune homme ? Et décide donc de l'épouser lui-même, faisant fi des sentiments nés entre les deux jeunes personnes.

C'est une nouvelle tragique et belle, où les sentiments, les pensées s'élèvent à des sommets. Je ne saurais dire à quel point je me suis attachée à ces trois personnages. J'ai eu l'impression, en ce début de RAT, de voler très haut dans les airs.

 

 

Karen Blixen, la plus merveilleuse écrivaine de littérature scandinave ... Ce recueil appartient donc au Challenge Viking Lit' !

vikinglit

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 09:02

markovits.jpg"She didn't have to chose, one or the other; a phrase she repeated herself all day unexplained: she didn't have to choose, father or lover."

 

J'ai découvert cet auteur grâce à une petite discussion que j'ai eu avec d'autres whoopsy-daisistes, car il figure dans un classement des vingt auteurs britanniques "à surveiller". Lorsque j'ai vu ce livre chez Gibert, j'ai été séduite par son titre : "Either side of winter" promettait de la poésie et de la nostalgie. Puis la couverture : une photo jaunie de New-York, gratte-ciels compris, et des enfants patinant.

Je m'en suis saisie. Comme vous avez pu le voir ici, je lis assez rarement des oeuvres d'auteurs vivants, à moins qu'ils ne soit reconnus depuis des dizaines d'année. Un petit jeune, un texan en plus ... Qu'est ce que ça allait donner ?

 

Un enchantement. J'ai littéralement été ensorcelée par ces quatres chapitres, ces quatres saisons new-yorkaises, ces quatres êtres qui se débattent devant nous. L'intrigue se passe dans un lycée pour gosses de riches (c'est un peu l'envers de Gossip Girl, en fait). On y entre début Septembre avec Amy, une jeune prof de biologie qui découvre à la fois les lieux, New-York et l'enseignement, perdue entre l'étourdissement que lui procure sa nouvelle vie et un gros coup de cafard pour cette jeune femme qui quitte sa famille pour la première fois.

On poursuit avec Howard, un vieux prof, de bio lui aussi, gay, désenchanté, nostalgique, engoncé dans ses habitudes, qui reçoit une lettre d'une vieille amie et revient 15 ans en arrière. Stuart, un prof de français, lui aussi désenchanté, dont la vie de couple malheureuse le pousse à tomber amoureux d'une de ses élèves, Esther, un de ces jolies poupées de porcelaine timide et bien élevée. On termine l'année, remise des diplômes comprise, avec Esther dont l'envers de la vie est terrible, dramatique, bien loin de la sérénité qu'on lui imagine.

 

De chapitre en chapitre, Markovits tisse une toile d'araignée entre ces personnages, nous ouvre des portes sur l'intimité de chacun. C'est un livre très beau, très doux, très humain.


Le roman est traduit en français, sous le nom De l'autre côté de l'hiver, publié chez Phébus. Par ailleurs, il a écrit deux romans historiques autour de Lord Byron (Imposture et Un arrangement tranquille) qui m'intéressent énormément... Un auteur que je vais suivre !!

 

Lu en VO

LireEnVo.jpg

Fait partie de ma PAL

demiPAL

(l'instant CLAP : lu en Croatie, sur une plage déserte, les pieds dans la mer. Un coin de paradis bien loin de la neige new-yorkaise !)

CLAP

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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 09:00

lexploit.gif"Ce genre de personne, lorsqu'elle se rappelle tout à coup, au milieu du train-train quotidien, qu'un livre l'attend en toute sécurité sur sa table de chevet, sent monter en elle un bonheur indicible."


Lorsque j'ai fini de lire Lolita, je me suis jurée que Nabokov ne passerait pas comme ça, et que je me devais lire d'autres oeuvres de lui ; et en particulier, de ses oeuvres écrites en russe, dans sa langue maternelle.

Peu après, j'ai donc saisi L'exploit sur les étagères de Gibert, me demandant si j'allais vraiment aimer cette histoire si différente de tout ce qui peux m'intéresser autrement, l'histoire d'un exilé sans nostalgie, d'un homme sans passion, sans but, sans presque de volonté.

L'exploit raconte les jeunes années de Martin, un jeune russe blanc qui fuit avec sa mère la Révolution bolchévique. Homme sans nationalité et sans attache, il passe quelques années en Suisse, puis à Cambridge où il se lie d'amitié avec un anglais, Darwin (rien à voir avec le biologiste) ; c'est à ce moment qu'il fait la rencontre de Sonia, une jeune cousine sans grande beauté, une petite allumeuse, dont il s'imagine tomber amoureux. Puis en France, en Allemagne, de nouveau en Suisse, bref dans une Europe qu'on imagine sans frontières.

 

"Humilié par son érudition rétrograde, il consacrait, pour combler ses lacunes, toutes ses heures de pluie à la lecture, et ne tarda pas à se familiariser avec cette odeur très particulière, l'odeur de bibliothèque de prisons, qui se dégageait de la littérature soviétique."

 

Aucun des personnages de cette histoire ne m'a séduite, à part peut-être Darwin, moins adolescent que les autres. Sonia m'a agacée ; Martin m'a exaspérée, son égoïsme, son manque de sentiment, de force, de courage étant trop flagrant. Quant à la famille de Sonia, ces blancs rebelles qui luttent contre les bolchéviques à grand renfort de publications écrites et publiées à Paris et Berlin, ils sont plutôt pitoyables qu'autre chose.

Et pourtant, le charme a joué. Je ne sais pas ce qui m'a séduite dans ce livre. Les ambiances, des souvenirs se collant en surimpression sur les pages, les paysages défilants à travers les fenêtres de train, les lumières au loin ; le plaisir de la lectures ; l'embellissement des souvenirs, au point d'imaginer des histoires fantasques auxquelles on croit après.. Le style de Nabokov, surtout, ces mots parfaits et exacts qu'il utilise et qui me parlent.

J'ai été aussi très touchée par la fin, cette manière de dire sans dire, de nous faire ressentir sans nous montrer, la légéreté avec laquelle il nous parle de choses difficiles, l'intelligence avec laquelle il considère ses lecteurs.


"L'air était poisseux, ici et là des racines d'arbres traversaient le chemin, des aiguilles de sapin toutes noires effleuraient de temps en temps son épaule, le sentier obscur se faufilait en lacets pittoresques et mystérieux entre les troncs d'arbres."

 

 

CLAPCommencé en France, lu dans l'avion et fini en Croatie

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