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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 00:00

hautesociete.gif"'Vous êtes merveilleuse, Evelyn, si posée, si réservée et pourtant si profondément humaine ! Je me demande à quoi vous pensez. Je veux dire lorsque vous êtes seule.'"


Evelyn Jarrold est une femme comblée. Âgée de 39, riche, veuve depuis quinze ans d'un homme qu'elle n'aimait pas, dotée d'un fils tendre et brillant qu'elle adore, aimée de tous, et surtout de sa belle famille, coqueluche de la Haute Société, elle est surtout "complètement, terriblement libre."

Quand commence le récit, son beau-père lui fait rencontrer Miles Vane-Merrick, un jeune député, aristocrate et réformiste, de quinze ans plus jeune qu'elle. C'est le début d'une terrible et grandiose histoire d'amour entre ces trois personnages : le député dévoué à son oeuvre, Evelyn, moins libre et plus soumise aux exigences de sa classe qu'elle ne le pensait ; et son fils, adorateur de sa mère et admirateur de Miles, qui tisse entre eux un lien durable.

 

C'est une histoire d'amour extraordinairement émouvante ; Evelyne et Miles sont deux très belles personnes, et ce qui les sépare est tout à leur honneur. Evelyn m'a séduite par sa grâce, sa force fragile ou sa fragilité forte, son indécision et sa rébellion finale ; Miles, j'en suis tombée amoureuse. J'ai aimer voir son domaine à moitié en ruine sous la neige et sous les roses, suivre l'écriture de sa grande oeuvre, et son dilemne entre sentiment et ambition, une belle ambition politique, noble, grandiose, une ambition qui construit les siècles.

Et c'est drôle, bien que tragique. La plume de Vita Sackville-West est pleine d'ironie. Elle trouve toujours le mot juste, la phrase assassine qu'on relit pour être certaine de ne pas avoir mal compris.

 

"Catherine était un excellent public. Elle n'avait pas préservé sa virginité pendant quarante-cinq ans sans qu'il en parût quelque chose dans chacun de ses gestes. Chrétienne pratiquante, elle était suffisante, vertueuse et incapable de charité."

 

Bref, la découverte d'un livre et d'un auteur ! Quel bonheur !

 

Lu dans le cadre du challenge Bloomsbury

bloomsbury

Fait partie de ma PAL (qui baisse, diantre !)

demiPAL

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 12:00

terrier.gif"Mais le plus beau, dans mon terrier, c'est son silence. Silence trompeur, cependant; Il peut se brise d'un seul coup : alors tout sera terminé. Pour l'instant, il est encore là. Je peux passer des heures à me faufiler dans mes galeries sans rien entendre d'autre que, parfois, le froufroutement d'un petit animal quelconque que je ramène aussitôt au calme entre mes dents, ou le ruissellement de la terre qui m'annonce la nécessité d'une réparation ; pour le reste, le silence règne."

 

Le terrier nous plonge dans les pensées d'un petit animal, une sorte de petit carnivore fouisseur, une taupe sans doute ou un animal approchant, doté d'une paranoïa démesurée, qui l'a conduit à construire un terrier immense, une sorte de royaume souterrain composé de dizaines de galeries, long de plusieurs centaines de mètres, et protégé comme une place forte.

Il erre dans les galeries qu'il a construite à la force de son front ; se love dans les petites places qu'il a institué ; interdit à tous l'entrée, sous peine de mort ; surveille ses réserves, les réorganise, les désorganise pour avoir le plaisir de les ranger après. Sort parfois, et observe son terrier de l'extérieur.

 

Mais au fond de lui règne une crainte, une menace. Son terrier est en danger, il en est sûr. Un jour, ces galeries si douillettes seront le théâtre d'une lutte à mort contre ceux qui veulent le tuer. Comment arriveront-ils ? Combien seront-ils ? Pourra-t-il s'entendre avec eux ?

Au sein de cette paix sereine, le drame se joue déjà dans la tête du narrateur, et détruit tout ce qu'il peut y avoir de paisible dans cette vie.

 

J'ai vraiment adoré ce court récit, d'un bout à l'autre. Je découvre Kafka - qui me faisait peur, j'avoue - mais je suis sidérée par son talent ! Son style est d'une beauté extraordinaire, qui nous conduit de manière fluide dans les pensées du narrateur : tout s'enchaine naturellement, et nous permet de découvrir l'ampleur de la folie de notre hôte.

La description de la paranoia est elle aussi splendide. A-t-il raison, a-t-il tort d'avoir peur ? Nous voudrions croire qu'il se trompe, que sa folie est sans objet, mais parfois, nous aussi sommes touchés par ses angoisses : peut-être que ce bruit qu'on entend existe réellement ... Peut-être qu'un de ces monstres terrifiants va s'extraire de la terre sous ses pas ... Peut-être qu'il sentira un jour les crocs d'un prédateur se refermer sur sa patte arrière.

Et alors, on revoit l'ensemble du livre d'une autre manière, on comprend notre petite boule de poil, on partage ses angoisses. Puis la raison revient : que risque-t-il ? Qui voudrait de lui ? Et on plaint à nouveau sa folie.

 

Un énorme coup de coeur !! Je compte bien continuer à lire Kafka ...

 

Et à participer à des Masses critiques... C'était aussi ma première fois et, à la lecture des billets parfois déçus des blogueurs dans ce genre d'activité, je craignais de ne pas aimer ce que j'allais recevoir.

 

Un immense Merci ! donc à Babelio et aux Editions de l'Herne...

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 21:31

viesonge.gif"Car en ce monde assurément, Clothalde, tous ceux qui vivent, rêvent."

Ayant déjà vu cette pièce au théâtre, l'histoire et le style m'en étaient déjà connus. Mais j'avais eu un tel coup de coeur que je voulais me replonger dedans, sans avoir la mise en scène baroque du Théâtre 13 devant les yeux.

Encore une fois, j'ai adoré !

 

(attention, spoiler inside)

La vie est un songe raconte deux histoires qui se mêlent intimement et se résolvent en même temps. La première et principale histoire remonte à bien loin, à la naissance du prince Sigismond. Son père, savant et astrologue, prédit que son fils mettra le pays à feu et à sang. Il décide donc d'enfermer l'enfant à peine né, comme une bête sauvage ; un seul de ses proches, Clothalde, a le droit de lui parler et l'élever, ce qu'il fait avec beaucoup de soin, initiant son protégé à la philosophie et à la beauté.

Sigismond grandit comme un être blessé et solitaire, plein d'une sensibilité à fleur de peau. Une sorte de poète romantique avant l'heure. "Quand j'évoque cette passion, en volcan, en Etna tout métamorphosé, je voudrais de mon sein arracher des lambeaux de mon coeur ; dites-moi quelle loi, quelle justice ou quelle raison peuvent aux hommes refuser un si doux privilège, une exemption si capitale, que Dieu même octroie au cristal, au poisson, à la bête, à l'oiseau ?"

Lorsque commence la pièce, le roi Basile sent sa fin approcher, et cherche un successeur. Avant de céder la couronne à son neveu et à sa nièce, doutant tout d'un coup du verdict des étoiles, il décide de tenter une folie : libérer Sigismond, le mettre sur le trône pendant une journée et observer les conséquences. S'il se révèle bon roi, l'y laisser ; s'il la parole des étoiles se déclare juste, le renvoyer endormi dans sa prison, lui laissant croire que cette journée ne fut qu'un songe.

 

La seconde histoire tourne autour de Rosaure, une jeune femme trahie, abandonnée par son amant, comme sa mère le fût autrefois par le père de Rosaure. Elle le poursuit (l'amant, pas le père), ayant en main une arme que sa mère lui a donné, l'assurant qu'elle serait, grâce à elle, protégée par un gentilhomme.

Le gentilhomme se révèle être Clothalde, le gardien de Sigismond. Il reconnait sa fille, épouse sa cause, la met au service d'Etoile, la nièce du roi. Mais l'amant infidèle n'est autre qu'Astolphe, le neveu du roi, qui n'a trahi que pour épouser Etoile.

(suis-je claire ?)

Cette seconde intrigue, en plus d'ajouter une couche de complexité adorablement baroque, donne un peu de légéreté à la pièce (autrement très sombre et très sérieuse) et apporte des quiproquos amusants. Heureusement, tout se terminera bien, et les quatre jeunes gens connaîtront le bonheur après toutes ces intrigues (même si épouser Astolphe est un malheur que je ne souhaite pas à ma pire ennemie ...).

 

C'est, autrement dit, une pièce admirable, parlant de la fatalité, de la prédestination, des dangers de la connaissance, et surtout de l'insignifiance de la vie. Un pièce-monde

Ce fut pour moi un énorme coup de coeur, et un livre que je relirai souvent...

 

"Qu'est ce que la vie ? Un délire ? Qu'est donc la vie ? Une illusion, une ombre, une fiction ; le plus grand bien est peu de chose, car toute la vie n'est qu'un songe et les songes, rien que des songes."

 

Lu dans le cadre du challenge Pièce de théâtre ! de Whoopsy-daisy

whoopsydaisy

 

Et fait partie de la PAL !demiPAL

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 00:00

Mulvaneys.jpg"Jamais plus sous le même toit que Michel Mulvaney. En fait, il me semblait que Michel Mulvaney était mort et qu'un autre homme avait pris sa place, un homme qui ne lui ressemblait même pas tant que ça ; et peut-être était-ce une bonne chose."

 

L'immense avantage de Joyce Carol Oates, c'est que l'on sait à l'avance qu'on va lire une histoire douloureuse, perverse, une critique acerbe de l'American way of life, et qu'en plus, elle va être admirablement écrite. Cela ne me dérange absolument pas, car j'aime me laisser emporter dans l'univers glauque de cette auteur. Mais elle devrait faire attention : cela risque de lui coûter le Nobel...

Nous étions les Mulvaneys ne déroge pas à la règle, et le fait avec un talent admirable. Dès les premières pages, dès que l'on rentre dans la ferme fantasque et chaleureuse des Mulvaneys, on sait que quelque chose s'est produit, que quelque chose a détruit cet univers, et que la fille Mulvaney, la belle, la lumineuse, la chaleureuse Marianne en est la cause.

 

Le père Mulvaney, Michel, est un être brut, robuste, fort, dynamique, une de ces forces de la nature, domestiqué par sa femme Corinne. Michel est l'énergie qui fait mouvoir la ferme, que Corinne la canalise. Pépiant comme un oiseau, s'occupant deci delà, préparant les repas, et priant, priant beaucoup, elle fait tourner la maisonnée. Quatre enfants à s'occuper, une ferme, et des quantités d'animaux, de chevaux, d'oiseaux, de chats, c'est du travail.

Des quatre enfants, Michael est l'aîné, champion de foot dynamique et américain jusqu'au bout des ongles ; Patrick vient après, le rêveur plongé la tête dans les livres ; puis Marianne, la belle Marianne, la fée joyeuse de la famille ; et enfin Judd, le petit dernier, celui qui nous introduit dans cette famille, et qui regrette les années perdues d'avant sa naissance.

 

Et puis, une nuit, lors d'une soirée de Saint-Valentin trop arrosée, le drame va advenir. Pendant longtemps, la pudeur (et non je ne sais quel suspense comme j'ai pu lire ça et là), la pudeur va empêcher la famille d'accepter ce qui s'est passé : le viol de Marianne. 

De cette tâche de sang et de sperme originale, les Mulvaneys ne se remettront pas, et la famille implosera. C'est ce que nous raconte Oates, décortiquant comment cette première fêlure va s'étendre, puis briser le miroir parfait de la famille Mulvaney. La honte, la douleur, l'amour tellement fort qu'il en blesse, la déception, et quelque part, la force de s'en sortir.

Ce n'est pas un roman pessismiste : il se termine même en happy end, un happy end un peu forcé. Mais c'est un roman violent, sombre, déchirant qui m'a bien souvent laissée en larmes.

 

L'Express en a publié le premier chapitre, juste pour vous allécher.

 

Un grand roman, et du JCO typique

 

oates-challenge

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 10:00

EthanFrome.jpg

"I had the story, bit by bit from various people, and, as generally happens in such cases, each time, it was a different story."

C'est difficile pour moi de parler de ce roman... J'ai eu du mal à le commencer : j'avais essayé en 2007 (ticket de ciné faisant foi), sans accrocher, sans y retrouver le charme urbain et début de siècle d'Edith Wharton.

J'ai persévéré. J'ai marché à travers la neige et la nuit, avec Ethan, Mattie et Zeena. Je suis tombée amoureuse.

C'est juste, 'juste' !, le meilleur roman de Wharton que j'ai lu. Meilleur que The age of innocence ; meilleur que Chez les heureux du monde ; meilleur que Les boucanières. Meilleurs que tous ces romans qui m'ont enchantée et m'ont fait crier au génie.

Wharton est un génie et Ethan Frome est son chef d'oeuvre, tenez-vous le pour dit.

 

"He seemed a part of the mute melancholy landscape, an incarnation of the frozen woe, with all that was warm and sentient in him fast bound below the surface; but there was nothing unfriendly in his silence. I simply felt that he lived in a depth of moral isolation too remote for casual access, and I had the sense that his loneliness was not merely the result of his personnal plight, tragic as I guessed that to be, but had in it, as Harmon Gow had hinted, the profound accumulated cold of many Starkfield winters."

 

Une seule chose m'a gâché la lecture : la quatrième de couverture, qui en disait à la fois trop, et mal. Je ne veut donc pas faire de résumé de ce très court roman, si ce n'est du premier chapitre, introductif.

L'histoire se passe en Nouvelle-Angleterre, où les hivers, de Novembre à Mars, sont difficiles. Le narrateur est coincé là bas et il s'y intéresse à une des figures qu'il voit passer régulièrement, mine sombre et défaite : Ethan Frome. Des discussions avec ses voisins, il apprend que quelque chose s'est passé, une vingtaine d'années auparavant, une chose, un drame qui a détruit Ethan.

 

" 'I don't see's much difference between the Fromes up at the farm and the Fromes down in the graveyard; 'cept that down there they're all quiet, and the women have got to hold their tongues.' "

 

Je n'ai qu'un mot à dire : lisez le. Lisez-le pour la grandeur émouvante et mythique d'Ethan, Mattie et Zeena ; lisez-le pour le poids accumulé de la neige et du silence ; lisez-le pour le jeu des contrastes et des miroirs ; lisez-le pour découvrir à un roman à la construction parfaite, où rien n'est laissé au hasard, où chaque détail a son importance.

Lisez-le et je vous promets que ce drame vous hantera encore longtemps.

 

 

 

Lu dans le cadre du challenge Edith Wharton

theedithwhartonschallenge

Lu en VO (pas très facile la VO : beaucoup de locutions locales, et un vocabulaire complexe et riche.)

LireEnVo.jpg

Et c'est de la littérature américaine !

yeswecan.png

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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 09:00

Antigone.jpg"Je marche, je marche ainsi qu'au temps d'Oedipe, sans savoir où je vais, comme si son vaste dos me précédait toujours et que son pas rythmait encore le cours vacillant de mes pensées."

Je suis sous le choc de cette lecture : le mythe d'Antigone est l'un de ceux qui me touchent le plus, et le lire, traité de manière aussi brillante, m'a encore une fois bouleversée.

Contrairement à Sophocle ou Anouilh qui font commencer leurs pièces après la mort d'Etéocle et de Polynice, Bauchau fait de la lutte fratricide le centre de son récit. Il débute peu après la mort d'Œdipe, quand Antigone quitte les amis qui l'avaient recueillie à Athènes pour rentrer à Thèbes auprès de ses frères. Elle veut arrêter le combat avant le drame, mais elle sera prise contre sa volonté dans la lutte amoureuse que se livre ses deux frères jumeaux. Elle finira par prendre la défense des plus faibles, du peuple thébain assiégé, affamé, des soldats de toute factions blessés et mourants.

 

Ce livre tient vraiment par la galerie de portraits qu'il porte : Antigone, femme-poète, victime expiatoire, adulte jusqu'au bout de ses choix (ce qui la différencie tellement de l'Antigone adolescente d'Anouilh) ; Ismène, fleur fragile et forte, aussi combative que sa soeur, mais plus clairvoyante, déjà tournée vers l'avenir ; Etéocle, le frère d'ombre, sage, obscur, attentionné, d'une intelligence ciselée ; et Polynice, royal, brillant, lumineux dans sa fougue.

L'affrontement entre les deux frères est admirablement décrit. Je laisse Henri Bauchau faire parler ses deux protagonistes à ma place :

 

" ' Polynice en ce moment souffre autant que moi. Je l'ai attiré dans ma nuit, je ne puis, je ne pourrai plus jamais rien pour lui. Dès l'aube il recommencera à rayonner et à emplir l'existence de son rire. Mais je l'ai blessé et il sait maintenant que, pour lui aussi, la nuit existe.' "

"Etéocle m'a volé le trône de Thèbes, nous nous faisons la guerre, c'est bien naturel. Nous nous combattons, nous nous faisons souffrir mais nous vivons fort, beaucoup plus fort. Il me porte des coups superbes, profonds, inattendus, je fais de même. Pense à Nuit, à Jour, que tu vas lui ramener, à tout ce que cela représente de pensées ardentes et de tendues vers l'autre, dans la joie de trouver, de vaincre ou de s'égaler."

 

Mais au delà de cette lutte entre frères, se situe une lutte entre les frères et les sœurs, qui rappelle le dilemne d'Achille : vaut-il mieux une vie dense, lumineuse et brève, ou une vie obscure, paisible et longue ? Les deux soeurs, les deux femmes, rejettent la guerre et toutes ses souffrances ; elles soignent, apaisent, nourrissent, réparent. Les deux frères se battent pour la beauté de la guerre et de l'affrontement. J'ai rarement vu ce dilemne aussi bien décrit que dans ce roman...

 

"Je pousse un nouveau cri pour appeler ceux qui donnent. Je voudrais moi aussi vivre plus longtemps. Je ne connais rien de plus beau, je ne connais rien d'autre que vivre. Les gens viennent, ils souffrent parce que je pleure. Ils me donnent beaucoup, ils croient que je pleure sur les malheurs et les malheureux de Thèbes. Je ne les oublie pas, mais aujourd'hui je ne puis pleurer que sur moi-même."

 

Et la place de l'art ... Car que sont ces êtres héroïques sans aède pour chanter leurs exploits ? Sans sculpteur ? Sans peintre ? Traînent autour d'Antigone, qui, héroïne et artiste, fait figure de pont entre ces artistes et les princes de Thèbes, toute une série d'êtres doux, compatissants et talentueux. C'est grâce à eux que la jeune femme atteindra la vie éternelle.

 

"Ils ne voient plus ni l'un ni l'autre, ils se touchent, elle voit comme moi qu'ils s'ouvrent les bras. Elle entend, comme moi, Etéocle qui dit : 'pourtant frère je t'aimais.' Et Polynice : 'Moi aussi je t'aimais.' "

 

Lu dans le cadre du défi Mythes et Légendes

mythesetlégendes

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 09:00

armadale.jpg"Le soleil se couchait dans un ciel sans nuage. Les eaux s'étendaient, colorées de rouge par la lumière mourante. La campagne s'étendait au loin, déjà assombrie et lugubre ; et, sur le bord du lac où tout jusqu'alors n'avait été que solitude, se tenait maintenant, debout, contemplant le soleil, une femme."
Il y a ces moments où on découvre un auteur. Où on lit un roman, et on se dit : "celui là, je vais lire tout ce qu'il a écrit, c'est obligé."
Ça m'a fait le coup avec Jane Austen (Orgueil et préjugés), Victor Hugo (Quatre-vingt treize), Joyce Carol Oates (Mère disparue), Doris Lessing (Les carnets de Jane Sommers), Balzac (Le père Goriot).
Ça vient de me refaire le coup.


Et quand en plus c'est un auteur anglais, qui écrit des pavés, beaucoup de pavés, c'est l'extase !
Il parait que j'ai commencé par son chef d'oeuvre. C'est vrai, c'est que Armadale est un chef d'oeuvre de littérature victorienne, avec ce qu'il faut de fantastique pour semer le trouble, des histoires familiales compliquées, des amours anciennes pesant sur les amours actuelles.
Le roman commence dans une ville d'eau, en Allemagne, où un père de famille, son épouse et son garçonnet, arrivent. Le père est mourant, et un autre voyageur est requis pour écrire sous sa dictée une dernière lettre à son fils. Dans cette lettre, le père révèle une complexe histoire de meurtres et de vengeances, de trahisons et de fuites sur les mers. Il révèle surtout que le fils de son pire ennemi porte le même nom que l'enfant : "Ne laissez jamais approcher de vous aucune créature vivante, touchant directement au meurtre que j'ai commis. Fuyez la veuve de l'homme que j'ai tué, si elle vit encore. Fuyez cette femme de chambre dont la main perverse a aplani les difficultés du mariage, si elle est encore à son service ; plus que tout, évitez l'homme qui porte le même nom que vous."
Que croyez vous qu'il arriva ?
Je m'arrête là, il faut découvrir la suite de cette intrigue merveilleusement victorienne... mais je dois quand même déclarer que Armadale contient le plus merveilleux personnage de garce (après Milady des Trois mousquetaires). Il faut lire ce roman rien que pour Miss Gwilt !

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 10:00

Rivage-copie-2.jpgAttention ceci n’est pas un hold-up mais un squat littéraire totalement assumé mais heureusement accepté, pour le meilleur et, espérez-vous, pas pour le pire !

Je souhaite commencer ma modeste contribution à ce blog par une déclaration d’amour à un homme … (je laisse la charmante bloggeuse que vous êtes habitués à lire m’étrangler, me découper en morceau, me farcir puis ensuite me faire cuire au court bouillon pour finalement me servir comme pâtée au chat avant de reprendre cet article).

Ayant tant bien que mal réussi à rassembler le nécessaire pour continuer à triturer mon clavier et profitant d’une période d’accalmie, je déclare solennellement mon amour et mon admiration éperdue à Julien Gracq.

Je veux en effet ici parler du Livre, celui qui trône en maître dans ma bibliothèque depuis déjà plusieurs années : Le rivage des Syrtes.

Que dire de ce chef d’œuvre ? Par où commencer ? Par le début me direz-vous ? humm … pas con !

Aldo est le rejeton de l’une des plus vieilles familles de la cité état d’Orsenna (une sorte de Venise ayant perduré jusque dans les années 20/30, assise confortablement sur le trône décrépit de son pouvoir, de sa richesse et de sa splendeur passée). Orsenna est comme ces vieilles femmes qui n’ont pas encore compris que le passage des ans leur avait ôté leurs charmes et leur pouvoir d’attraction.

Aldo donc entre dans l’armée et demande à la surprise de tous son affectation dans la province reculée des Syrtes, lieu mort dans lequel rien ne se passe mais qui continue de surveiller depuis 300 ans la mer au-delà de laquelle se trouve le mythique Farghestan, pays avec lequel Orsenna était à l’époque en guerre mais avec lequel plus aucun contact n’a été noué depuis lors.

Ce roman est celui de l’attente, l’attente d’un sens, l’attente de la mort, l’attente de la déchéance dans l’atmosphère de décrépitude raffinée et magnifique d’Orsenna et des ruines de sa splendeur passée. Le quotidien de la garnison est pesant, comme si tout était écrasé par une chaleur incroyable. Pendant tout ce temps Aldo reste les yeux braqués sur l’horizon, sur l’inconnu, sur le danger, sur le Farghestan.

« Les plaisirs perdus d'Orsenna me laissaient sans regrets…Cette vie dénudée s'offrait clairement, dans l'évidence de son inutilité même, à quelque chose qui fût digne de la prendre…
Je rivais mes  yeux à cette mer vide, où chaque vague, en glissant sans bruit comme une langue, semblait s'obstiner à creuser encore l'absence de toute trace, dans le geste toujours inachevé de l'effacement pur… Je rêvais d'une voile naissant du vide de la mer.
 »

Il est attiré par Vanessa, elle aussi fille d’une vieille famille d’Orsenna dont le père a été exilé pour une sombre affaire de complot. Vanessa partage avec son père cette vigueur et cette volonté de secouer la poussière mortifère d’Orsenna. Vous aurez compris que cette attirance pour Vanessa est un symbole de l’attirance d’Aldo pour le danger, pour quelque chose qui secoue enfin ce mol endormissement qui précède la mort d’Orsenna.

« Les choses, à Vanessa, étaient  perméables. D'un geste ou d'une inflexion de voix merveilleusement  aisée, et pourtant imprévisible, comme s'agrippe infaillible le mot d'un poète, elle s'en saisissait avec la même violence amoureuse et intimement consentie qu'un chef dont la main magnétise une foule.

Je l'aimais en silence, sans souhaiter qu'elle me devînt plus proche, et comme si sa main pensive et immatérielle n'eût été faite que pour ordonner dans un lointain indéfiniment approfondi la perspective de mes songes … Vanessa desséchait tous mes plaisirs, et m'éveillait à un subtil désenchantement; elle m'ouvrait des déserts, et ces déserts gagnaient par tâches et par plaques comme une lèpre insidieuse. »

Il se ne passe rien dans ce livre mais l’atmosphère créée par le style incomparable de Gracq est à nul autre pareil. Chaque mot, chaque phrase est un bijou de langue française, à mi chemin entre la prose et la poésie. J’ai lu avec fascination et une délectation absolue ce roman envoutant qui reste encore aujourd’hui pour moi ma plus intense expérience littéraire.

C’est un roman exigeant, le style de Gracq est riche mais sa proximité avec la poésie en rend la lecture particulière. Si chaque phrase est délectable, ne vous attendez pas à lire ce roman comme un roman de gare. Bienvenue dans une littérature élitiste, jouissive et exigeante. Quelle récompense toutefois ! Cet aspect est encore renforcé par la splendide édition chez Corti, les pages en beau papier épais qu’il faut découper pour les découvrir (Note : Gracq n’est pas édité en poche).

Pour finir, il est souvent indiqué que le Rivage serait une réécriture du Désert des Tartares de Dino Buzzati. S’il est exact que les deux romans mettent en scène un jeune homme envoyé dans une forteresse d’une province reculée faisant face à une frontière morte derrière laquelle gis un danger ancien mais pourtant palpable, le roman de Gracq est l’exact opposé de celui de Buzzati. Aldo est fasciné par ce danger mais au lieu de rester à le contempler, il ose aller à sa rencontre, avec grandeur il ose offrir son sein au glaive qui le transpercera.

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18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 09:10

bartleby1.jpg"Je vois encore cette silhouette lividement propre, pitoyablement respectable, incurablement abandonnée ! C'était Bartleby."

 

 

Ce tout petit roman raconte l'histoire de Bartleby. Le narrateur est un homme de loi : or, à New-York en 1850, l'une des tâches les plus importantes de ces bureaux étaient de copier maintes et maintes fois des actes notariés. Il a donc deux employés, deux scribes, Dindon, efficace le matin et excité l'après midi et Lagrinche, colérique le matin, mais doux comme un agneau l'après midi.

Comme sa charge de travail augmente, il ressent le besoin d'un scribe supplémentaire : il embauche Bartleby.

Dès le début, il se prend d'affection pour le jeune homme calme et silencieux. Il l'installe dans son propre bureau, derrière un paravent, et l'entoure de beaucoup de prévenances. Le scribe commence à travailler, vite, efficacement, et silencieusement.

Mais quand son patron lui demande de venir collationner (comparer la copie et l'original), il répond un laconique "J'aimerais mieux pas". Quand on lui demande une course rapide à la poste, il répond "J'aimerais mieux pas". Et au bout de quelques semaines, quand on lui donne une copie à faire, il répond "J'aimerais mieux pas."

 

"Il vit donc de biscuits au gingembre, pensais-je ; il ne prend jamais, à proprement parler, de déjeuner ; il doit donc être végétarien ; mais non, il ne mange même pas de légumes ; il ne mange que des biscuits au gingembre. Mon esprit se perdit alors en rêveries au sujet des effets problables qu'une alimentation consistant exclusivement de biscuits au gingembre pouvait avoir sur la constitution humaine."

 

J'ai adoré ce très court roman, merveilleusement caustique et drôle ; les descriptions sont très parlantes ; en quelques mots, Melville dresse des personnages devant nos yeux, des situations improbables. Il y a un côté burlesque dans la description de ses deux scribes, Dindon et Lagrinche, dans les dialogues entre eux. Et petit à petit, touche par touche, une grande humanité et une immense tristesse nait. La solitude de Bartleby, d'abord loufoque, devient dramatique.

 

" - Pour l'instant, je préfèrerais ne pas être un peu raisonnable', fut sa réponse suavement cadavérique."

 

PS : je viens de lire la page wikipédia consacrée à ce roman, et je regrette déjà de ne pas l'avoir lu en anglais. "I would prefer not to" sonne délicieusement à mes oreilles...

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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 09:00

malemort.jpg"Fille d'Aeolis, Canace repose ici ensevelie dans ce tombeau, la petite Canace dont le septième hiver fut le dernier. Ô crime ! Ô forfait !"

 

Je ne vais pas aujourd'hui vous parler d'un roman, mais d'une étude, menée par un paléopathologiste, sur les morts violentes dans l'Antiquité, principalement gréco-latine.

Ce chercheur a pour objet d'études les squelettes et les épitaphes. Il a connu une certaine gloire il y a quelques années lorsqu'il a publié son enquête sur la cause de décès d'Agnès Sorel. C'est à l'Antiquité qu'il s'intéresse dans cet ouvrage, et plus précisément, à ces morts "jeunes", assassinés, morts de maladie, ou éxécutés. Ces morts précoces angoissaient beaucoup les grecs et les romains qui craignaient que les fantômes de ces morts qui n'avaient pas fait leur temps reviennent dans le monde des vivants et soient utilisés par des personnes malfaisantes pour commettre des crimes.

 

"A peine elle achevait, une chaleur soudaine pénètre le sang du cadavre ; et ce sang commence à couler dans toutes les veines du corps. Dans ce sein glacé jusqu'alors, les fibres tremblantes palpitent, et la vie rendue à ce corps qui en avait oublié l'usage, en s'y glissant, s'y mêle avec la mort."

(c'est mieux que les vampires sauce mormonne, non ?)

 

Ce bouquin est passionant ! Extrêmement bien documenté, il n'est jamais ennuyeux : j'ai été émue au bord des larmes parfois, en lisant ces épitaphes écrits pour un fils ou une épouse. La description d'un cimetière, sis face à un complexe quasi industriel (une teinturerie) m'a donné des frissons : sur les 222 squelettes contenus dans cet espace, 40 % appartenaient à des jeunes de moins de douze ans et les deux tiers d'entre eux présentaient des lésions physiques articulaires, dues au travail. Ces quelques chiffres ont dressé devant mes yeux le tableau d'une enfance exploitée, où des gamins de moins de 10 ans travaillaient jusqu'à l'épuisement.

La plume de Philippe Charlier a ce don : il fait revivre devant nos yeux des êtres morts depuis deux millénaires, séparés de nous par près de cent générations, et retrace des vies, des chagrins, des angoisses toujours actuelles.

 

Merci de ce voyage !

 

"Voyageur qui t'en va marchant d'un pas pressé, arrête, je t'en prie, au milieu du bosquet, sans dédaigner ces vers qui s'offrent à tes yeux.

J'ai vécu douze années, chez les hommes, et deux jours. J'ai connu et appris Pythagore et les Sages et, dans les livres, lu les vers sacrés d'Homère. Sur mon boulier, j'ai appris tous les calculs d'Euclide. je me suis fait plaisir et j'ai beaucoup joué, turbulent que j'étais ..."

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Janvier 2013

Lecture commune approximative : Imposture, de Benjamin Markovits, avec George

 

9 Janvier 2013

Lecture commune : Silvia's lovers, de Gaskel, avec Titine

 

20 Janvier 2013

Lecture commune : Les Chouans, de Balzac, avec Maggie, Nathalie , Cléanthe et Marie

 

Février 2013

Lecture commune : La fausse maîtresse, de Balzac, avec Marie

 

4 Mars 2013

Lecture commune : Le temps des métamorphoses, de Poppy Adams, avec Tiphanie, Soukee et Titine

 

Mars 2013

Lecture commune : The scarlett letter, de Nathaniel Hawthorne, avec Noctenbule et Titine

 

Mars 2013

Lecture commune : Quelle époque !, de Trollope, avec Adalana, Shelbylee, Maggie et Titine

 

Avril 2013

Lecture commune : Les vagues, de Virginia Woolf, avec Cléanthe , Anis et Titine


21 Juin 2013

Lecture Commune : Petite soeur, mon amour, avec Valérie

 

 Juin 2013

Lecture de L'Argent, d'Emile Zola dans le cadre du défi On a une relation comme ça, Emile Zola et moi

 

 Juillet 2013

Lecture de La débâcle, d'Emile Zola dans le cadre du défi On a une relation comme ça, Emile Zola et moi

 

 Août 2013

Lecture de Le Docteur Pascal, d'Emile Zola dans le cadre du défi On a une relation comme ça, Emile Zola et moi

 

7 Novembre 2013

Lecture de Le dernier Homme de Camus, dans le cadre du défi Albert Camus

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