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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 19:32

catchingfire.jpg"Western society is not alone in thinking that the way to a man's heat is through his stomach."

 

Richard Wrangham nous expose dans ce livre sa théorie : ce qui fait que l'Homme est Homme (avec toutes les caractéristiques que ça implique, comme le gros cerveau ou la posture debout), ce n'est pas la fabrication d'outils, ni le redressement sur ses pattes arrières. Non, ce qui fait que nous sommes Hommes, c'est parce que nous maîtrisons le feu et que cela nous permet de cuisiner.

Une telle affirmation ne pouvait que séduire la gourmande que je suis. J'ai donc décidé d'aller voir plus long son raisonnement.

 

allumagefeu.jpg


Premier point qu'il démontre : faire cuire les aliments permet d'en extraire plus d'énergie. Si bien que l'Homme ne peut plus survivre en ne mangeant que des aliments crus (ou alors ce sont des aliments issus de l'agriculture et donc sélectionnés pendant des milliers d'années pour augmenter leur valeur nutritive). Dans toutes les cultures, l'Homme fait cuire ses aliments ; tous les naufragés qui ont survécu ont, à un moment ou à un autre réinventé le feu.

La meilleure manière de faire un régime, c'est d'arrêter de faire la cuisine, et de tout manger cru : on gagne un tiers d'énergie en moins ! Pourquoi ? Déjà parce que la cuisson en déteriorant les membranes qui protègent les aliments (membrane conjonctif autour des muscles, parois cellulaires des tissus végétaux ...) aide à libérer les nutriments. Mais également parce qu'elle rend ces aliments plus digestes, tout en tuant les parasites qui pourrait y vivre.


Il démontre également que l'Homme est adapté à manger cuit : non seulement, notre tube digestif est plus court que celui des autres primates  (notre nourriture étant déjà pré-digérée par la cuisson, nous la digérons plus vite), mais nous avons aussi amélioré des mécanismes de réparation de l'ADN qui permettent de répondre aux dommages faits par les produits de Maillard lors de la cuisson.

 

Quel est l'avantage de la cuisson ? Nous donner plus de carburant pour cette usine terriblement consommatrice qu'est notre cerveau. La consommation du reste du corps restant la même, le surplus est allé à un organe qui ne demandait qu'à se développer : nos cellules nerveuses. Augmentant en taille, augmentant en connexions nerveuses, cet organe nous a permis de développer des outils, une industrie, des relations sociales élaborées et finalement, l'art ...

Mais parce qu'elle libérait du temps de digestion, la cuisine nous a également donné du temps pour faire autre chose que manger/baiser/dormir. Faire des outils par exemple. Ou aller vers un partage des tâches permettant à ceux qui sont doués de se spécialiser dans leur domaine de prédilection.


feu-homme-prehistorique.jpg

 

Il glisse après vers les avantages du feu. Comme il éloignait les animaux dangereux, nos ancêtres ont pu cesser de grimper dans les arbres pour passer la nuit. Ce faisant, un certain nombre d'adaptations de leurs pattes arrières (ou jambes ?) qui leur permettait d'effectuer cet exercice ont pu être remplacées par d'autres adaptations dédiées à la marche. Et en prenant du temps sur la nuit, des veillées ont pu se développer, qui ont contribué à rendre plus complexe encore la société humaine, et sans doute ont éveillé son imaginaire.


prehistoire.jpg

 

Enfin, il s'intéresse à un fait social, malheureusement très répandu dans le monde : ce sont généralement les femmes qui cuisinent (en tout cas au quotidien) et qui sont tenues responsables du manque de nourriture. L'homme ramène le gros gibier, la nourriture rare et extraordinaire qui va embellir le repas et s'occupe parfois des repas de fêtes. La femme s'occupe de la nourriture de base, et fait les repas quotidiens.

Dans de nombreuses sociétés, la femme peut se faire battre si elle ne prépare pas le repas en temps et en heure, ou si ce dernier est insuffisant. En revanche, son mari ne se fera pas reprocher d'être un piètre chasseur.

De manière encore plus étonnante, il nous décrit le cas de peuples où ce qui fonde un couple n'est pas la relation sexuelle, mais le fait de s'offrir à manger. Une femme peut coucher avec son voisin sans qu'on la considère unie à lui ; mais si elle lui offre à manger et qu'il l'accepte, ils sont considérés comme un foyer.

D'après Wrangham, cette organisation humaine est elle aussi due au fait de cuisiner : en cuisant des aliments, ceux acquièrent une valeur nutritive bien supérieure et deviennent très rentables. Il est donc facile d'imaginer que les femmes qui cuisaient leur nourriture se la faisait voler, et qu'elles ont eu besoin d'être protégées par un homme - lequel demandait tout pouvoir sur le repas après.

 

Que cette dernière hypothèse soit juste ou pas, il est difficile de le prouver. En tout cas, cette plongée dans l'histoire de l'espèce humaine, vue du côté de son alimentation est passionnante. Facile à lire, pleine d'anecdotes, intelligent et grand public, c'est un livre que je conseille à tous ceux intéressés par la Préhistoire !

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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 09:43

La revue Nature a publié avant-hier l’article présentant le premier génome nucléaire (quasi) complet d’un homme ancien. Dix ans après le tour de force que constituait le séquençage du premier génome humain complet, c’est le neuvième génome à être publié (après 4 européens, deux coréens, un chinois, un africain). Le génome de l’Homme de Néandertal était attendu depuis quelques années : contre toute attente, c’est celui d’un habitant de l’Arctique, mort depuis 4 000 ans qui ouvre la porte à la paléogénomique. Cet individu appartient à la culture des Saqqaq, la première culture connue au Groenland, où elle s’est établie il y a 4 750 ans, jusqu’à il y a 2 500 ans.

Cette avancée a été permise par la révolution produite par le développement de nouvelles techniques révolutionnaires de séquençage qui permettent de séquencer, en trois jours, plus de 3 milliards de nucléotides (soit l’équivalent d’un génome humain), à comparer aux quelques 300 000 nucléotides par nuit qui peuvent être séquencés sur un appareil traditionnels. De plus, et c'est le plus important, le coût est beaucoup plus faible.


Comment le laboratoire d’Eske Willerslev a-t-il procédé ?

Une touffe de cheveux conservée dans le permafrost, le sol gelé du Groenland, a été récupérée dans un musée : ce type d’échantillon est réputé contenir plus d’ADN, de l’ADN mieux conservé, et être moins contaminé par de l’ADN moderne ou environnemental que, par exemple, les os. Malheureusement, et contrairement aux os, il n’est que très rarement disponible sur les sites archéologiques.


L’ADN extrait a été séquencé in extenso : 3,5 milliards de lectures, de taille moyenne de 55 nucléotides, on été effectuée. Par conséquent, on obtient une profondeur de lecture est de 20 sur 80% du génome : sur cette fraction du génome, chaque séquence a été lue en moyenne 20 fois.  C'est donc une séquence d'une qualité exceptionnelle, équivalente à celle du génome humain de référence, et bien supérieure à celle de la plupart des génomes publiés actuellement.

Willerslev1.jpg

Les séquences obtenues ont ensuite été comparées au génome humain : la très grande majorité (84,2%) des séquences pouvaient s’aligner convenablement sur cette séquence. La plupart des 15% restants ne correspond à rien de connu, ce qui n’est pas surprenant dans ce genre d’analyse car ils correspondent vraisemblablement des microorganismes du permafrost et nos connaissances dans la biodiversité microbienne sont extrêmement lacunaires.


Que dire des séquences humaines ?

Tout d’abord, elles permettent de connaître un peu mieux l’homme que nous étudions. Oui, c’est un homme car des fragments du chromosome Y ont été retrouvés ! Les allèles qu’il porte montrent qu’il était du groupe sanguin A+, très répandu dans le monde, et particulièrement dans les populations de la côte est de la Sibérie et du nord de la Chine.

Il avait sans doute les yeux bruns, la peau de couleur sombre, des cheveux noirs et épais, et était peut-être bien chauve. Son métabolisme était adapté au froid – et des analyses sur la composition isotopique de ces cheveux montrent également que son alimentation était majoritairement formé de protéines d’origine marine.


En plus de ces analyses anecdotique, des analyses globales ont été faites afin de mieux caractériser la population dans laquelle vivait cet homme.

Des calculs du taux de consanguinité montrent que celle-ci était assez élevée : en effet, chez notre patient, elle est équivalente à celle que montre l’enfant de deux cousins germains. Ces calculs sont susceptibles d’erreurs (en particulier, la population sibérienne choisie comme population de référence n’est pas forcément adéquate) mais d’autres indices génétiques sont également en faveur d’une consanguinité élevée.


Ce génome a également permis d’éclaircir l’origine des Saqqaqs, question débattue depuis qu’ils ont été découverts dans les années 50. On a longtemps pensé que cette population avait été fondée par des populations amérindiennes venues du Canada. Or, cette analyse montre que les Saqqaqs sont plus proches des populations Arctiques du Vieux Monde (en particulier des Nganasans, des Koryaks et des Chukchis) que des populations Arctiques du Nouveau Monde, comme les Inuits, les Amérindiens et les Na-Dene. De nos jours, les Koryaks et Chukchis habitent le Kamchatka et l’est de la Sibérie. L’analyse du chromosome Y (lignée paternelle exclusivement) rapproche cet individu des populations de Sibérie et des Américains d’origine, tandis que l’analyse du génome mitochondrial  (qui trace la lignée maternelle) montre qu’il est proche des populations de la mer de Bering et des Eskimos asiatiques. Tous ces marqueurs sont donc cohérents envers une origine eurasienne de cette population.

 

Willerslev2


Que conclure de cette analyse ? Bien sûr, le fait qu'elle nous a permis d'élucider les origines de cette population est; en soit, d'un intérêt scientifique certain. Cependant, il est peu probable que 500 000 $ aient été investis pour mettre au clair les origines génétiques d'une population arctique éteinte, ni que cette découverte ait pu faire la couverture de Nature.

En revanche, cette publication est la preuve d'une changement d'échelle en biologie. Des quelques gènes utilisés dans les années 80, aux séquences composées de plusieurs milliers de bases du début des années 2000, nous rentrons de plein pied dans l'ère de la génomique. Pendant longtemps, la paléogénétique, ses analyses sur quelques centaines de paires de bases, s'est placée en dehors de cette révolution. Les nouvelles technologies de séquençage se sont en revanche révélées totalement adaptée à cette discipline : on séquence beaucoup, pour pas cher, et on séquence des fragments courts, qui sont ceux retrouvés dans les fossiles archéologiques.

Cette publication (d'excellente qualité) signe la première des nombreuses découvertes qui vont en découler. A bientôt pour le génome du Mammouth et celui de Néandertal !

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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 17:51
Dans l’histoire de l’humanité (que je vais ici réduire à celle de l’Europe, la quasi-totalité des études étant faite sur cette partie du Monde), de nombreuses cultures se sont succédées : les fermiers du néolithique prennent la place des chasseurs-cueilleurs de la préhistoire, eux même remplacés par d’autres cultures. Arrivent ensuite les Indo-européens, à l’origine des grecs par-ci, des italiques et des romains par là, des celtes à un autre endroit, chacun arrivant en plusieurs vagues.

 

Mais que se passe-t-il exactement ? La population initiale disparait-elle au profit des envahisseurs ? Ou seuls quelques individus, apportant avec eux les innovations qui permettront de définir la nouvelle culture, s’intègrent à une société déjà formée, modifiant profondément les us et coutumes, mais ne touchant pas ou presque pas à la diversité génétique ?


Trois études presque simultanées s’intéressent à cette transition entre deux cultures. Celle de Silvia Guimaraes, du laboratoire de David Caramelli, porte sur les relations génétiques entre les étrusques et les populations actuelles et médivales de toscans ; les deux suivantes portent sur la transition entre les chasseurs-cueilleurs du paléolithique et les fermiers du néolithique. Celle de Barbara Bramanti, du laboratoire de Joachim Burger s’intéresse à des populations d’Europe centrale et celle d’Helena Malmström, du laboratoire d’Eske Willerslev, porte sur les chasseurs-cueilleurs scandinaves de la culture du Pitted Ware (PWC) et les fermiers néolithiques appartenant à la Culture de Trichterbecher (TRB).

De manière intéressante, les chasseurs cueilleurs du PWC apparaissent relativement tardivement, il y a environ 5 300 ans, après l’arrivée des fermiers du TRB, et disparaissent environ 1 000 ans plus tard. Trois hypothèses pourraient expliquer leur origine :

- ils pourraient venir des populations mésolithiques (entre le paléolithique et le néolithique) européennes, chassées par les populations néolithiques, ce qui les rendraient génétiquement différents des scandinaves actuels, qui seraient alors semblables aux fermiers du TRB.

- ils pourraient être les ancêtres des Saami, également appelés Lapons, qui vivent actuellement au nord de la Scandinavie.

- ou ils pourraient tout simplement être des fermiers du TRB revenus à la chasse et à la cueillette.

malmstrom.jpg

Dans son étude, Helena Malmström a extrait l’ADN de 22 squelettes dont 3 membres des fermiers du TRB et 19 chasseurs-cueilleurs du PWC. Elle a séquencé une fraction du génome mitochondrial (une partie du génome transmise uniquement par la mère – sauf dans la famille royale anglaise, mais c’est une autre histoire). La partie qu’elle a choisie est appelée hypervariable car elle mute tellement vite qu’elle permet de différencier des populations au sein d’une même espèce.

Les haplotypes (c'est-à-dire les séquences) qu’elle a trouvé chez les chasseurs-cueilleurs du PWC sont U4/H1b, U5 et U5a ; ces haplotypes sont très rares actuellement, que ce soit chez les Scandinaves ou chez les Saamis ; en revanche, d’autres études ont montré qu’il y avait de fortes chances pour que l’haplogroupe U, et en particulier l’haplotype U5, soit celui que possédaient les populations pré-Néolithique de l’Europe. Il est encore assez présent dans les populations actuelles des rives orientales de la Baltique.

Et en ce qui concerne les fermiers du TRB ? Les trois individus ont des haplotypes encore présent en Scandinavie et aucun ne porte une séquence appartenant à l’haplogroupe U. Ils ne seraient donc pas apparentés aux chasseurs cueilleurs du PWC, et pourraient être les ancêtres des Scandinaves actuels, bien que le faible nombre d’individus séquencés empêche toute analyse statistique.

Qu’en conclure ? Primo, qu’il est très peu probable que la population de chasseurs cueilleurs du PWC soit à l’origine des populations scandinaves et Saamis actuelle. Et que secundo, en revanche, elle est apparentée aux populations non scandinaves de la Baltique. Et que donc, en Scandinavie, on se retrouve face à un remplacement de la population mésolithique par d’autres populations.


Barbara Bramanti trouve des résultats équivalentes : elle compare des séquences obtenues chez les derniers chasseurs-cueilleurs européens, les premiers fermiers (âgés de 7 500 ans) et les populations modernes. Et ses résultats montrent que ces trois populations sont génétiquement très différentes. Là encore, l’haplogroupe U est sur-représenté dans les populations mésolithiques de chasseurs-cueilleurs. En revanche, la diversité est beaucoup plus grande pour les populations plus récentes néolithiques (âgées d’environ 3 200 ans). Plusieurs haplogroupes sont représentés, et l’haplogroupe U est minoritaire.

 

bramanti

 

L’analyse de Silvia Guimaraes sur les étrusques apporte des résultats à peu près semblables. Elle a extrait l’ADN de toscans du Moyen-Âge et d’étrusques de l’Antiquité, a séquencé la même région hypervariable de l’ADN mitochondrial et elle a comparé ses résultats avec des séquences analogues de toscans actuels, provenant de Murlo, Volterra et Casentino.

Ses analyses montrent les toscans contemporains et médiévaux sont très proches génétiquement ; en revanche, les étrusques forment une branche différente, sans relation génétique avec les toscans. Là encore, le modèle permettant d’expliquer ces résultats est celui d’un profond bouleversement démographique, il y a environ 1 000 ans.


Que conclure de ces trois études ? Que pour chaque région, ou époque étudiée, le remplacement de population plus que la continuité génétique, semble être la règle. Que les populations humaines bougent, beaucoup, souvent et en masse. Qu’il est présomptueux de supposer que la signature génétique actuelle dans une région reflète celle du passé.


Pourtant, cette attitude semble être la règle dans beaucoup d’études génétiques sur des échantillons anciens.

Ainsi, par exemple, dans une étude de 2005, publiée dans Science, portant sur des séquences obtenue sur les premiers fermiers européens, âgés de 7 500 ans, Haak et collaborateurs montraient que ces séquences s’éloignaient fortement des haplotypes actuels des européens. Cela ne peux plus nous étonner, nous voici donc sans doute face à un n-ième phénomène de remplacement génétique. Mais qu’en concluait Haak ? « these first Neolithic farmers did not have a strong genetic influence on modern European female lineages. Our finding lends weight to a proposed Paleolithic ancestry for modern Europeans. » Que si les premiers fermiers n’étaient pas les ancêtres des européens actuels, c’est que ces ancêtres étaient donc forcément les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique ! Et niait au passage 7 500 ans d’histoire démographique, de déplacements de populations, d’invasions, de migrations et toute l’influence que ces phénomènes ont pu avoir sur le génome des européens.


Par ailleurs, revenons à notre vieille question : Néandertal et Cro-Magnon ont-ils échangés des gènes ? Et si oui, l’hybride ainsi obtenu est-il à l’origine des européens actuels ?

La seconde question semble avoir beaucoup moins de sens après les deux études que nous venons de voir : non, vraisemblablement. Si hybride il y a eu, les séquences néandertaliennes ont probablement été diluées dans les séquences apportées par les migrations néolithiques, indo-européennes et tutti quanti.

Mais comment cherche-t-on à répondre à la première de ces questions et à mettre en évidence cette hybridation ? En comparant les séquences néandertaliennes, âgées de plus de 30 000 ans aux séquences d’européens actuels, que nous assimilons aux séquences portées par les hommes modernes de la préhistoire. Or nous avons vu à quel point cette méthode d’analyse était peu pertinente. Jamais nous ne trouverons de preuve de cette hybridation, puisque les européens actuels ne peuvent en garder trace dans leur génome !

L’étude la plus pertinente dans ce cas ne serait pas de séquencer le génome de Néandertal et d’obtenir une information que l’on ne peut comparer à rien, comme ce qui est fait, mais bien d’accumuler des données génétique sur les Homo sapiens contemporains de l’Homme de Néandertal, les Hommes de Cro-Magnon, qui sont encore presqu’inconnus.


Les sources :

Guimaraes S, Ghirotto S, Benazzo A, Milani L, Lari M, Pilli E, Pecchioli E, Mallegni F, Lippi B, Bertoldi F, Gelichi S, Casoli A, Belle EM, Caramelli D, Barbujani G. Genealogical discontinuities among Etruscan, Medieval, and contemporary Tuscans Mol Biol Evol. 2009 Sep;26(9):2157-66. Epub 2009 Jul 1.

Malmström H, Gilbert MT, Thomas MG, Brandström M, Storå J, Molnar P, Andersen PK, Bendixen C, Holmlund G, Götherström A, Willerslev E. Ancient DNA reveals lack of continuity between neolithic hunter-gatherers and contemporary Scandinavians. Curr Biol. 2009 Nov 3;19(20):1758-62. Epub 2009 Sep 24.

Bramanti B, Thomas MG, Haak W, Unterlaender M, Jores P, Tambets K, Antanaitis-Jacobs I, Haidle MN, Jankauskas R, Kind CJ, Lueth F, Terberger T, Hiller J, Matsumura S, Forster P, Burger J. Genetic discontinuity between local hunter-gatherers and central Europe's first farmers. Science. 2009 Oct 2;326(5949):137-40. Epub 2009 Sep 3

Haak W, Forster P, Bramanti B, Matsumura S, Brandt G, Tänzer M, Villems R, Renfrew C, Gronenborn D, Alt KW, Burger J. Ancient DNA from the first European farmers in 7500-year-old Neolithic sites. Science. 2005 Nov 11;310(5750):1016-8.

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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 13:38
A. Briggs, de l’équipe de S. Pääbo, a publié dans Science la semaine dernière, un article décrivant comment ils ont pu séquencer et analyser 5 génomes mitochondriaux entiers d’hommes de Néandertal. Outre l’exploit technique que cela représente, inimaginable un ou deux ans auparavant, cet article apporte des pistes pour comprendre comment cette espèce, l’autre espèce d’Hommes a pu disparaître, il y a environ 30 000 ans.
En effet, diverses hypothèses existent pour expliquer comment, 10 000 ans après l’arrivée des premiers Homo sapiens (nous) en Europe, Homo neandertalensis s’est éteint.
Une de ces théories fait intervenir un changement climatique avec un refroidissement brutal du climat. D’autres hypothèses sont plus romanesques, comme une guerre faisant rage entre sapiens, à peine arrivé en Europe, et Néandertal, installé depuis plusieurs centaines de milliers d’années ; guerre que nous aurions gagné grâce à notre supériorité intellectuelle et artisanale. Une autre est très romantique : des unions auraient eu lieu entre des hommes et des femmes néandertalien(ne)s et humain(es) et Néandertal n’aurait pas vraiment disparu, il se serait mélangé à sapiens : nous serions tous des néandertaliens. Des chercheurs ont pensé à des hypothèses plus prosaïques comme une maladie importée d’Afrique par sapiens contre laquelle Néandertal n’aurait pu lutter (une sorte de guerre bactériologique). Etc., etc., etc. et je ne vous parle pas des options farfelues faisant intervenir des extraterrestres !

Certaines de ces hypothèses ont du plomb dans l’aile, en particulier celle du croisement entre les deux espèces humaines.
Elle était très populaire chez les paléontologues qui ont reconnu chez certains fossiles un mélange entre des traits néandertaliens et sapiens. En revanche, tous les arguments génétiques fiables publiés montrent que le pourcentage d’admixture entre néandertal et sapiens tend vers 0. Cela signifie que la part d’ADN des Homo sapiens européens actuels provenant du génome de Néandertal est très très petite, voire nulle, et donc que si mélange il y a eu, il est anecdotique. Même si il reste une légère marge d’erreur, une telle concomitance, retrouvée par des équipes différentes, sur des échantillons variés laisse quand même peu de place à cette explication. La publication du génome complet de Néandertal dans quelques mois (encore une autre prouesse technologique réalisée par l’équipe de Pääbo !) permettra vraisemblablement d’écarter définitivement cette hypothèse.
Ces données génétiques ne prouvent pas, cependant, qu’il n’y a jamais eu de croisement entre néandertaliens et sapiens : en particulier, les fossiles présentant des traits mixtes pourraient très bien avoir un parent d’une espèce et un parent de l’autre. Mais ces êtres étaient probablement stériles ou très peu fertiles, et n’ayant pas de descendance n’ont pas pu enrichir le génome des sapiens modernes avec de l’ADN d’origine néandertalienne ! Résoudre cette question demandera une analyse très poussée des génomes des échantillons d’homo sapiens préhistoriques (appelés également hommes de Cro-Magnon). Cette analyse ne sera pas faite avant très longtemps car elle demande à la fois beaucoup de temps, énormément d’argent, et plus de fossiles de Cro-Magnon que les préhistoriens n’en ont encore découverts.

L’article de Briggs apporte un nouvel éclairage : en analysant et comparant les séquences des 5 génomes mitochondriaux de néandertaliens, d’âges très différents (le plus récent serait âgé de 38 000 ans, le plus âgé pourrait avoir jusqu’à 70 000 ans !) et provenant de régions éloignées, ils ne trouvent que peu de différences génétiques entre ces individus.
La variabilité est faible, environ un tiers de celle présente chez les humains actuels, et serait même inférieure à celle que l’on trouve chez les population européennes actuelles. Des grottes éloignées de plus de 850 km présentent des séquences mitochondriales totalement identiques.
Après vérification que le faible nombre d’échantillon étudiés n’introduit pas de biais, qu’il n’y a pas de structuration en fonction de l’espace et/ou du temps, ils estiment que la population est petite et que moins de 3 500 femelles seraient impliquées.
Ainsi, il y aurait eu peu de diversité génétique chez Néandertal. Leur analyse montre même que ce phénomène est très ancien dans cette espèce, bien antérieur à l’arrivée d’Homo sapiens en Europe il y a 40 000 ans. C’est généralement un facteur très négatif pour la survie d’une espèce car cela la rend beaucoup plus fragile : le moindre événement peut rapidement conduire à son extinction, que cet événement soit l’arrivée d’une autre espèce ayant les mêmes habitudes alimentaires (sapiens), un changement climatique ou l’arrivée d’une nouvelle maladie (voire les trois en même temps). Événement auquel, avec une variabilité génétique plus important, l’espèce aurait pu résister !
Bien entendu, l’affaire ne s’arrête pas là : seuls cinq individus ont été analysés, la partie la plus importante du génome (le génome nucléaire), n’a pas encore été étudié et les causes de cette faible variabilité restent encore mystérieuses. Mais, peut-être que l’explication de la disparition de Néandertal serait-elle génétique et non climatique ou sociale ?

Lexique :
Génome mitochondrial : une partie du génome, qui n’est pas stocké dans le noyau des cellules, mais dans d’autres structures (appelées mitochondries). Ce génome est une infime partie du génome total, mais de très nombreuses copies existent dans chaque cellule, ce qui rend son analyse dans des échantillons préhistoriques (beaucoup) plus facile que l’autre génome (appelé nucléaire). Il n’est (sauf très rares exceptions) transmis que par la mère à ses descendants.

Targeted retrieval and analysis of five Neandertal mtDNA genomes. Briggs AW, Good JM, Green RE, Krause J, Maricic T, Stenzel U, Lalueza-Fox C, Rudan P, Brajkovic D, Kucan Z, Gusic I, Schmitz R, Doronichev VB, Golovanova LV, de la Rasilla M, Fortea J, Rosas A, Pääbo S. Science. 2009 Jul 17;325(5938):318-21
http://www.sciencemag.org/cgi/content/full/325/5938/318
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