Le blog d'une curieuse, avide d'histoires, de récits, de livres, de film et d'imaginaire.
"If I drive for you, you give me a time and a place. I give you a five-minute window, anything happens in that five minutes and I'm yours no matter what. I don't sit in while you're running it down; I don't carry a gun... I drive."
Imaginez une voiture, la nuit. Un chauffeur taciturne, les lumières de la ville. Le bruit d'une radio égrenant un match, avec par dessus de celles de la police local un soir paisible. Serein.
Imaginez que ce soit en fait un cambriolage, que cette voiture permette la fuite des malfaiteurs. Imaginez le stress, la tension, dans la voiture silencieuse, bercée par la description du match et de la radio policière, qui s'affole. Imaginez le remue-ménage des policiers, à la poursuite des voleurs, le ballet de voitures de flics, et l'hélicoptère balayant la ville de son phare.
Et imaginez l'inimaginable : le visage impassible et serein du chauffeur.
C'est autour de lui et de son mystère que Drive est construit. Qui est-il pour rester aussi calme dans de telles conditions ? Et comment peut-il réagir mis dans des conditions encore plus stressantes ? Peut-il sortir de ses gonds ? C'est l'histoire de la rencontre qui amènera le sourire (et quel sourire !) sur son visage. Irène. La femme qui dérange la mécanique de ce solitaire, une mère célibataire timide, dont le mari purge une peine de prison.
Une histoire d'amour somme toute banale entre un garagiste et une jeune femme dans un décors HLM, mais transcendée par le caractère des amoureux (surtout du chauffeur), qui en devient héroïque, magistrale, mythique, une sorte de conte de fées dont le chevalier blond à l'armure claire protège contre son gré sa bien-aimée inatteignable.
Le film est porté par ce duo d'acteurs, Carey Mulligan et Ryan Gosling, excellentissimes. La sobriété de leur jeu, tout en finesse, donne plus de fougue aux scènes de violence (éclatantes). Avec une économie de moyens incroyables, ils font passer tout en finesse une mosaïque d'émotions complexes.
Si le jeu est sobre, la mise en scène est baroque. Magistrale. Riche. Pariant toujours sur l'intelligence du spectateur, elle dévoile tout en finesse l'âme des deux amants.
Et la musique ! Drive n'aurait pas été ce qu'il est sans cette musique entêtante, frêle, électro, eighties qui enrobe les images et donne au film une douce atmosphère de nostalgie.