Le blog d'une curieuse, avide d'histoires, de récits, de livres, de film et d'imaginaire.
Oh mes aïeux ! Quel chef d'oeuvre !! Je ne tenais pas encore ce blog quand j'ai vu le précédent film de Steve McQueen, Hunger, qui avait déjà été une révélation cinématographique. Malgré quelques défauts (principalement, une organisation en trois parties un peu trop accentuée), le film était magistral, contenant des scènes d'une puissance et d'une violence remarquable.
Dans Shame, les qualités de Steve McQueen sont toujours là, mais exploitées avec encore plus de brio. Quant aux défauts, ils ont disparus, au profit d'une narration qui s'élève continuement et imperceptible vers son climax.
Le pitch est assez simple, et principalement contemplatif : c'est l'histoire d'une solitude, d'un homme, Brandon, emmuré en lui-même, malade, addict au sexe. Comme d'autres sont alcooliques, et boivent sans faire différence entre un grand cru et une piquette, lui consomme du sexe, en duo ou en solitaire, à toute heure du jour et de la nuit. Jusqu'au jour où sa sœur, une petite jeune femme paumée et malade de désir de tendresse, débarque chez lui.
Que dire ? Que Michael Fassbender est extraordinaire, magistrale, divin. Que sous son apparence altière et digne, dans son regard bleu glacier et son sourire de carnassier, il parvient à cacher un désarroi et une tristesse glauque. Il dresse devant nous le portrait d'un homme, complexe, enfermé dans la maladie.
Et Fassbender pétri par Steve McQueen, cela donne encore autre chose. Comme si le réalisateur remodelait son acteur fétiche à ses envie, le tordait pour lui donner toutes les formes, du dandy séducteur au pervers glauque (oh la scène du métro …), du manipulateur misogyne au frère aimant et bouleversé, pour n'en faire qu'un tout petit tas, tordu, pleurant au bout d'un quai, sous la pluie.
Aller chercher au fond des tripes de son acteur le sperme, les larmes, la sueur, comme il allait chercher les excréments et la faim dans Hunger, corporel mais pas charnel, bestial, mais pas sensuel.
Et puis, il y a sa manière de filmer, son image froide et glacée, de verre et de métal. Ses long travelling qui durent un temps infini (oh les scènes de jogging ...). Ses scènes lentes, lentes, lentes jusqu'au malaise, prenant sont temps pour nous montrer plutôt que nous décrire... Son cadrage si particulier, si photographique, qui met généralement le héros sur le côté de l'image comme s'il était le spectateur de sa propre vie...
Oh que j'aime son style …
Et je pourras parler aussi de Carey Mulligan, parfaite dans ce rôle de jeune femme fragile et émotive, et chanteuse merveilleuse.
De New-York, froide, pluvieuse, grise, bétonnée, mais tellement séduisante avec ses docks aux bateaux rouillés, ses métros métalliques et ses rues pleines de lumière.
Nan, vraiment ? Un chef d'oeuvre.