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3 septembre 2010 5 03 /09 /septembre /2010 09:00

poetry.jpg"Vous avez tous la poésie en vous. Vous n'avez qu'à la libérer."

 

 

 

 

L'avis de Céline

 

Mija est une vieille dame proprette et guillerette. Toujours vêtue de robes à fleurs, portant chapeau et foulard blanc, elle parcourt les rues de cette petite ville de province avec entrain, pour aller s'occuper du vieillard chez qui elle fait des ménages ou à un rendez-vous chez le médecin.

Lorsque le film commence, trois événements se produisent : elle apprend que ses pertes de mémoire sont dues à la maladie d'Alzheimer ; elle s'inscrit à un cours de poésie, où elle va s'entraîner à regarder la beauté du monde, à la rechercher, même dans des piles d'assiettes sales ; et son petit fils, dont elle s'occupe, une immonde chose mutique et désagréable (un ado, quoi), va être accusé de viol collectif sur une de ses camarades.

 

Suite au suicide de la jeune fille, les pères des autres gamins impliqués tentent de faire chanter la maman de la victime en la payant pour qu'elle ne porte pas plainte. Mija, droite et honnête, ne comprend pas cette pratique, pas plus qu'elle ne comprend le manque de réaction et de remords de son petit fils, bâfrant des chips devant la télé.

Elle s'abîme dans la contemplation d'une pomme ou d'un arbre, au lieu de chercher l'argent dont elle manque cruellement pour le chantage ; elle s'essaie à la rédaction de poésies en allant à ses rendez-vous médicaux ; elle cuisine pour son petit fils ; elle lave son patron, et lui permet même "d'être un homme pour la dernière fois" (splendide et émouvante scène d'amour entre ces deux vieilles personnes).

Tout en finesse, tout en nuances, Lee Chang-Dong trace ce portrait de femme, perdue dans un monde qui change, où ce qui est droit, beau et juste se réfugie dans des cours de poésie ; où les violeurs de jeunes filles échappent à la prison ; où les pères payent pour laver l'honneur terni de leurs fils ; où les ordinateurs restent sans cesse allumés et où on change de téléphone tous les ans. Finalement, l'oubli et la maladie valent mieux que le souvenir et le présent.


Mija est une très belle femme : toute bonté, générosité, humour et compassion. C'est la grand mère qu'on voudrait avoir, qui cuisine sans cesse, en pensant que la plus belle chose qu'elle puisse voir c'est "son petit fils manger", toujours gaie, jamais aigrie, malgré une vie que l'on devine difficile. Elle prend la vie comme elle vient, et en tire le meilleur et le plus beau. Elle est merveilleusement jouée par Yoon Jung-Hee, qui lui donne force et douceur : dans un film où peu de choses sont dites, où les émotions passent par les regards et les gestes, cette actrice apporte une réelle profondeur à Mija. En particulier, j'ai été très touchée par une des scènes finales, quand la police emmène son petit fils : le regard échangé entre le garçon et sa grand-mère est de toute beauté, et donne un sens à tout le film.

Le réalisateur s'attarde dans la contemplation des paysages et des choses, laissant le soleil jouer longuement sur une pomme, ou la pluie tomber sur un carnet. Il prend son temps et nous laisse déguster avec lui la beauté charnelle des images. De la cuisine de Mija à la ferme où habitait la petite victime, de la salle de cours à la chambre du vieillard, tout apparait comme de la poésie à l'état brut (ce qui m'a fait souvent penser aux oeuvres de Miyazaki, d'ailleurs ...). Plus que l'histoire, plus que la dénonciation d'une société qui apparaît comme sauvage et brutale, c'est ce temps donné à la contemplation qui donne tout son prix au film.

 

poetry2.jpg

 

L'avis de B.

 

Le film s’ouvre sur de l’eau en mouvement, un fleuve qui charrie le cadavre d’une jeune écolière. Nous croisons ensuite Mija, une vieille femme charmante, souriante, pimpante dont le médecin, consulté sur une gêne bénigne à l’épaule, va entrevoir les premiers symptômes d’un Alzheimer précoce. Nous allons suivre cette femme tout le long du film, aller s’occuper du vieil homme impotent encore plus âgé qu’elle dont elle s’occupe et fait la toilette, même aller jusqu'à lui faire l'amour pour qu'une dernière fois il soit un homme (après avoir refusé violement une première fois et avoir ensuite compris la douleur et la beauté de cette requête d'un homme dur et colérique qui l'aime) faire la nourriture pour son infect petit fils dénué de toute émotion, aller prendre des cours de poésie avec elle pour apprendre à écrire un poème, tenter de trouver l’inspiration pour saisir quelques mots dans son petit carnet, aller à des lectures de poésie, apprendre que son petit fils est un violeur et que la jeune fille qui s’est suicidée était sa victime, qu’il la violait avec sa petite bande de copains depuis 6 mois…

Nous allons voir avec elle les pères de ces sales petits violeurs l’approcher pour discuter d’une somme à verser à la mère de la victime pour acheter son silence (30 000 000 Won soit  moins de 20 000 euros, le prix d’une jeune fille en Corée).

Que dire de ce film ? Rien n’est vraiment beau à part ce personnage de femme merveilleux, mais comme nous suivons son regard, nous arrivons petit à petit à déceler la beauté là où elle est cachée. Nous allons trouver cet arbre en pleine rue beau car elle s'est arrêté pour le regarder et l'écouter parler (sa voisine repart interloquée de cette réponse), écouter les oiseau avant d'aller voir la salle de classe dans laquelle la malheureuse a été violée pendant 6 mois, trouver de la beauté dans la vaiselle dégueulasse dans l'évier, marcher dans la campagne, faire l'amour à ce vieil impotent aidé au viagra car c'est pour lui un acte d'un indiscible beauté... Vous rappelez-vous du joujou du pauvre de Baudelaire ? Poetry est une adaptation magnifique de ce poème.

Le film est lent mais beau, savoureux, aucune scène n’est inutile, chaque moment est important ne serait-ce que par sa futilité, sa légèreté. Nous comprenons très vite que nous passons du temps avec une femme d’exception. Elle n’a rien que de très quotidien mais elle est une femme que nous voudrions tous rencontrer, avoir pour grand-mère. Elle donne tout à un monde qui lui prend tout sans rien lui donner d’autre que les petites parcelles de beauté qu’elle saura petit à petit y trouver en tentant de trouver l’inspiration, en tentant de libérer la poésie qu’elle a en elle. Ce film est la quête de cette femme pour écrire son poème. Il contient de réels moments de grâce comme la scène où elle doit aller proposer l’argent à la mère de la petite suicidée et, oubliant la raison de sa présence, échangera quelques mots sur les abricots qu’elle a ramassé en chemin, ou la scène avec l’inspecteur de police, une vraie belle scène de cinéma comme on n’en voit pas si souvent.

Cet inspecteur de police est d’ailleurs important. Il apparait dans le club de lecture de poésie en lisant des poèmes de deux lignes et faisant des blagues grivoises. Mija va même aller jusqu’à dire de lui qu’il insulte la poésie. C’est la seule fois où son regard sera pris en défaut car cet homme est une très belle personne, d’ailleurs la seule qui comprendra Mija, qui lui donnera sa main et un peu d’amour le temps d’une scène magnifique dans laquelle il reprendra simplement pour quelques échanges la raquette de badminton abandonnée par son petit fils, emmené par la police.

Enfin, comment parler de ce film sans évoquer Yoon Jung-Hee, l’interprète de Mija ? Elle porte comme une plume le poids entier de ce film sur ses frêles épaules. Je ne peux même pas dire qu’elle l’interprète avec brio, que sa performance est époustouflante car il n’y a pas de performance, pas de brio, pas d’acteur, juste Mija, juste cette femme que nous suivons dans son quotidien. Je ne peux même pas imaginer que derrière Mija se cache une autre femme avec une autre vie.

J’ai été enchanté, charmé, ému par ce film. Courez-y !

 

 


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Published by Céline - dans Cinéma
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commentaires

Zahlya 30/09/2010 19:52



Moi oui mais pas mon chéri, il a pas arrêté de regarder sa montre pendant tout le film... Ceci dit je m'en doutais que ce n'étais pas pour lui^^



Céline 01/10/2010 14:35



Rhooooo, c'est dommage ... (ça me rappelle le mien, de chéri, devant Boonmee ;) )



Zahlya 11/09/2010 16:14



Tu m'as donné envie de le voir, normalement j'y vais demain ;)



Céline 20/09/2010 17:01



As-tu aimé ?



BMR 03/09/2010 10:17



Voilà 2 jolis billets et un beau film qui est au programme de ce week-end !



Céline 03/09/2010 11:13



Merci ! et bon film !



akialam 03/09/2010 09:15



Il faut vraiment que j'aille le voir. J'en avais déjà l'intention, mais là, vous m'avez définitivement convaincue!



Céline 03/09/2010 11:11



Je suis certaine que tu vas aimer !



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