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Lundi 15 avril 2013 1 15 /04 /Avr /2013 19:44

DaisyMiller.jpg"Ce dont tu peux être sûr, c'est qu'elle n'envisage rien. Elle va de jour en jour, d'heure en heure comme on le faisait à l'Âge d'Or. Je ne vois rien de plus vulgaire à me représenter."

 

En Suisse, dans la petite ville de Vevey, le narrateur rencontre Daisy Miller, une jeune américaine audacieuse. Alors qu'elle ne le connait pas, elle entame une discussion avec lui, lui propose une escapade en duo au chateau médiéval de la colline, voir une balade romantique sur le lac, au clair de lune. Est-elle un flirt, une jeune fille légère dont les relations avec les hommes sont trop coquettes ? Une naïve, une innocente américaine, qui ne se rend pas compte de l'impropriété de son comportement ? Ou une jeune fille qui a décidé de choisir la vie qu'elle souhaitait mener, sans tenir compte du qu'en-dira-t-on ?

 

C'est un roman très court que j'ai plutôt apprécié. Daisy Miller m'a un peu fait penser à Isabelle Archer, de Portrait of a lady. Mais, contrairement à cette dernière, Miss Miller ne veut pas forcément se marier. Elle se comporte avec les hommes comme un homme se comporterait lui-même : libre, sans attache. Mais la société n'est pas prête à cette ultime libération des femmes ...

 

Lu dans le cadre du challenge Henri James

challenge-henry-james

Par Céline - Publié dans : Lecture - Communauté : Chronique de nos lectures
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Vendredi 5 avril 2013 5 05 /04 /Avr /2013 12:00

Eon.gif"Eux aussi le voyaient. Ils voyaient le dragon Miroir me choisir, moi, Eon, l'estropié."

Eon s'entraine avec acharnement sous la férule de son maître en espérant être bientôt choisie comme apprenti dragon Rat lors de la cérémonie du lendemain. Mais Eon n'est pas comme les autres jeunes garçons qui candidatent aussi : c'est une fille et elle a quatre ans de plus. Ca, personne ne doit le savoir : dans cette société extrêmement codifiée, les femmes sont reléguées en marge de la société, et certainement pas au rôle prestigieux de Gardien de dragon.

Dans une ambiance de fin de règne, où les complots sont la règle, Eon va devoir jouer très finement ...

 

J'ai adoré ce roman pour jeune adulte, dévoré en un week-end où j'ai eu beaucoup de mal à le lâcher. Je me suis énormément attaché au personnage d'Eon, une sorte de mélange bien dosé entre un survivor et une très jeune fille pleine de doutes.

J'ai aussi trouvé le monde dans lequel se déroule ce roman de fantasy bien construit. Il est rare que la fantasy aille voir du côté de la Chine et de son histoire pour dérouler ses histoires, et c'est étrangement rafraichissant de lire un roman plein de dragons, de Cité Interdite et d'années du Rat, du Dragon ou Tigre. Je trouve aussi qu'il aborde avec beaucoup de finesse des aspects assez rarement vus dans des livres pour ados : l'homosexualité, la trans-sexualité, le travestissement... Le jeu était périlleux, mais l'auteur s'en sort vraiment très bien.

 

Si je n'ai qu'un seul reproche à faire à ce roman, c'est son côté un peu attendu. Est-ce parce que je suis un peu trop expérimentée pour lire des romans pour ados ? Je voyais venir les rebondissements assez longtemps à l'avance et j'ai trouvé que la petite héroîne manquait parfois un peu de jugeotte. Mais ce défaut mis à part, ce fut une lecture très agréable !

 

Lu dans le cadre du challenge des Lieux Imaginaires - les mondes imaginaires

lieuximaginaires


Par Céline - Publié dans : Lecture - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Mardi 2 avril 2013 2 02 /04 /Avr /2013 20:00

Snobs.jpg"This was Lady Uckfield. She was always careful to address strangers, especially those younger than herself, as 'Mr' and 'Miss' or by their correct title. The main reason for this, indeed the reason for her whole vocabulary, was to underpin her image of herself as a miraculous survival of the Edwardian age in modern England. She liked to think that in her behaviour and manner people had a chance to see how things were done in the days when they were done properly. How matters would have been managed by Lady Desborough or the Countess of Dudley or the Marchioness of Salisbury or any of the other forgotten fin de siècle beauties who made their lives their art, which consequently perished with them."

 

Miss Lavery est une demoiselle de 27 ou 28 ans, issue de la classe moyenne. Parce que sa mère est la petite nièce d'un Lord, elle est attirée par la noblesse et ses fastes, comme n'importe quelle petite fille.

Quand, en visitant le château, elle tombe sur Earl Broughton, un jeune bachelor timide et réservé, mais héritier d'un des plus grands noms et châteaux de l'aristocratie anglaise, elle ne laisse pas passer sa chance. De rendez-vous en rendez-vous, elle fait la conquête du jeune homme, l'épouse ... et découvre qu'être Comtesse n'est pas une activité très passionnante, surtout quand le mari n'est pas lui-même très intéressant.

 

Amateurs de Downton Abbey, pssssssst, ce livre est pour vous.

Si, si, je vous assure. Tiens, il a été écrit par le scénariste de la série (plutôt en mode saison 1 que saison 2 ou 3).

Il y a même Lady Violet dedans. Elle s'appelle Lady Uckfield, a trente ans de moins et vit 60 ans plus tard, mais c'est elle quand même, on la reconnait très vite.

Même les thèmes abordés sont similaires : l'aristocraie anglaise, ses traditions séculaires et le décalage entre ceux qui en sont (Lady Violet, par exemple) et ceux qui n'en sont pas (Mrs Crawley, pour ne citer qu'elle).

 

Ca commence comme un roman de chick lit et j'ai trouvé amusant de lire ce genre de texte sous la plume d'un homme. Mais, dès que Edith Lavery est mariée à Charles Broughton, le style change et devient infiniment plus cynique et acide. Julian Fellowes ne se voile la face ni sur les travers de l'aristocratie britannique ni sur ceux du monde du cinéma (enfin, surtout des séries télés en costume dans des châteaux edwardiens ... ça vous rappelle quelque chose ?). Mais sur la première, il a une affection profonde, qui transparait entre les lignes. Certes, la noblesse a ses défauts : mais sans elle, qui conserverait ses bonnes vieilles traditions qui ont fait la gloire de l'Empire ?

 

Cet idée préconçue peut séduire - ou agacer. Chez moi, elle fait les deux. Elle séduit la petite fille qui est encore en moi (sans ignorer la grand paresseuse qui se demande comment Edith Lavery peut regretter de ne rien faire de ses journées), avec ses rêves de princesse, ses "m'lady" et ses beaux châteaux. Mais l'adulte ne peut que se demander si le conservatisme de Julian Fellowes ne frise pas le ridicule.

 

Mes réserves politiques mises à part, ce roman, a mi-chemin entre de la chick lit et un Nancy Mitford, se lit avec plaisir. Si on soupire un peu du comportement de garce trop gâtée d'Edith, Charles est un personnage touchant, et Lady Uckfield déborde de dynamisme et de ténacité.

 

Lu dans le cadre du challenge I love London

IloveLondon

Lu en anglais

Lirenanglais

Par Céline
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Lundi 1 avril 2013 1 01 /04 /Avr /2013 13:53

Cela fait 1 mois que j'essaie d'écrire un blablatage et que je vois mon reader stagner à +1000 (reader qu'il va falloir que je change puisque google reader va disparaitre, hélas). Je n'y parviens pas et cela me désespère, mais il faut se faire une raison : le travail, la fatigue, le stress prennent une bonne partie de mon temps de cerveau disponible. Je n'ai plus la force de lire, de bloguer et même de lire vos blogs.


Même si, a priori, les choses devraient s'arranger dans les jours qui viennent : les deux dernières semaines ont été catastrophiques de stress. J'ai envoyé deux dossiers de candidature pour être maître de conf en génomique et génétique. Or, le principe d'un dossier de maître de conf, c'est que rien n'est expliqué, pour tester la capacité d'innovation et de recherche (d'informations introuvables) des candidats. Un exemple ? Il faut envoyer un CV ... de 15 pages, détaillant son expérience de recherche et d'enseignement, avec un projet de recherche de 4-5 pages pour détailler ce sur quoi on travaillerait si on était embauché, et les cours qu'on fournirait. Mais ça s'appelle un "CV" (le ministère de l'enseignement supérieur de la recherche et moi n'avons pas la même définition du "CV").

Autre exemple ? La fiche de poste pour un des postes proposait comme "Adresse à laquelle envoyer le dossier" une adresse postale ... même si c'était par mail qu'il fallait envoyer le dit dossier. Et je ne compte pas les pièces obligatoires qui sont signalées à la dernière minute ! Bref, je me sens un peu de retour du pays des fous, et revenir dans un monde normal est un soulagement immense.


L'autre chose qui m'a pris un peu de mon temps de cerveau disponible ces derniers temps est l'ouverture d'un nouveau blog, destiné à la vulgarisation scientifique : The fossil and Mr Darwin. Je me demande de plus en plus si ma place est réellement dans la recherche : j'aime ça, vraiment, au plus profond de moi, mais les conditions dans lesquelles elle se pratique actuellement, en France et dans le monde, ne sont pas épanouissantes. J'ai toujours dit que si je ne faisais pas de la recherche, la vulgarisation est un domaine qui me plairait. Alors, je teste la vulgarisation - et pour l'instant, j'aime énormément cela ! Et puis, même si je continue dans la recherche, je suis de toute façon persuadée que le lien entre chercheurs et non-chercheurs peut se faire dans pleins d'endroits, et pas que dans une salle de cours à l'Université.

 

Tout ça pour dire que mes lectures ont été un peu poussives ces dernières semaines, et plus encore ma capacité à écrire ici. J'ai quelques billets commencés sous le coude que je vais essayer de publier prochainement. Et si vous voulez un très bon résumé de ce qui s'est passés sur la blogosphère, allez voir chez Maggie qui en fait un excellent - et très tentant, ou les Petits plaisirs biblio de Sabbio.

 

Parmi les nouvelles que je voulais partager avec vous, deux concernent des informations non-bloguesques. La première concerne un projet de magasine musical, lancé, entre autres, par des membres du blog Rocknfool : Fame Us. Le premier exemplaire est maintenant sorti, consacré à Yan Wagner et la musique électro. Je sens que je vais faire plein de bonnes découvertes !

Le second, c'est les filles de My Little Paris, un site extrêmement girly et modeux, mais dont la fraicheur me séduit, qui lancent My Little Book Club, une page consacrée à la littérature : des livres à lire et à relire, les bons accessoiress pour lire sous la couette ou les bibliothèques trendy. Apparemment, lire devient fashieuuuun.

Par Céline
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Vendredi 29 mars 2013 5 29 /03 /Mars /2013 16:28

pimientos.jpg(pas de citation ici, car je ne veux pas salir mon blog des phrases rapportées dans ce recueil)

Lorsque les éditions Pimientos m'ont proposé de m'envoyer un recueil qu'ils venaient de publier, un livre noir de la littérature française du XIXème, où la face raciste de la société française de l'époque apparait, j'ai accepté avec plaisir. L'approche, qui consiste à faire tomber de leur piédestal des auteurs reconnus en dévoilant leurs côtés les plus sombres, me plaisait beaucoup.


Au final, je dois avouer que la lecture de ce livre n'est pas très agréable : les textes choisis donnent une légère nausée qui va s'accentuant  (les Goncourt et Loti étant particulièrement répugnants). Insérés au sein de leurs romans respectifs, les passages réunis ici mettraient déjà mal à l'aise, mais les lire les uns à la suite des autres ne laisse pas le lecteur dans un état agréable ( et ce n'était sans doute pas le but).

Un autre aspect qui ne rend pas la lecture très plaisante est le côté fragmentaire de l'exercice. A part deux récits (Manette Salomon, de Goncourt et Le roman d'un spahi de Loti), si ouvertement racistes que les nombreux passages cités permettent d'en reconstituer l'histoire, les autres textes cités sont ici une description, là une scène, ici un dialogue complètement sortis de leur contexte, ce qui m'a gênée à la lecture.


Mais, quelque part, c'est le jeu du recueil, ma pauvre Lucette !


Cependant, j'aurais aimé que puisqu'on sortait le texte de son "sens littéraire" on lui donne un sens historique au recueil. Or, à part une brève introduction (9 pages) et une page de présentation devant chaque auteur présenté, qui n'est souvent qu'un jugement moral, le recueil livre les textes de manière brute. Or, sans être historienne ni spécialiste du sujet, il me semble que trois courants, de gravité différente, se dégage de ces textes.


Le premier, le plus ignoble, est celui des théoriciens du racisme : Renan, Goncourt, Loti, avec des propos nauséabonds, tentent de démontrer pourquoi l'inégalité entre les hommes est nécessaire et pourquoi les blancs doivent gouverner, tyranniser les autres. Une question qui n'est absolument pas abordée dans le recueil est d'ailleurs celle du rôle de la colonisation dans la mise en place d'une idéologie raciste : à quel point le racisme de la société française de l'époque était une manière de justifier les guerres de conquête de l'Afrique. Si tu veux tuer ton chien, tu dis qu'il a la rage ; si tu veux conquérir un pays, tu dis qu'il est peuplé de sous-hommes barbares...

 

Le second type de texte est celui de romanciers qui utilisent des stéréotypes de leur époque dans leurs romans : Esther, la belle juive de Splendeur et Misères des courtisanes, (Gobseck juif, l'usurier de la Comédie Humaine n'est étonnament pas cité), Llanga le gentil noir un peu bête de Jules Verne, vont constituer des archétypes que le lecteur va immédiatement reconnaître. Propos coupables, certes, mais qui en disent plus sur l'imaginaire de l'époque que sur autre chose. D'ailleurs, les auteurs qui se rendent coupables de ces textes sont généralement les auteurs des romans les plus vendus à l'époque. Comment verra-t-on dans 100 ans nos best-sellers où les femmes sont forcément des pipelettes, et où les hommes ne pleurent pas parce que ce n'est pas viril ? Misogynie, sexisme, ou bêtise pure et simple ?

 

Le troisième type de texte correspond à la mode scientifique qui cherchait, dans les traits physiques, dans l'origine géographique ou raciale, des caractéristiques morales. C'est l'époque où est née la légende de la bosse des maths, où on cherchait sur les crânes des condamnés la bosse du crime. Qu'y-a-t-il d'étonnant à ce que Stendhal cherche dans la population française les descendants des Gaels, des Kymri, des Francs, ... ? Et ne nous rendons-nous même pas coupable des mêmes crimes lorsque nous expliquons que les bretons sont têtus, les corses colériques et les parisiens hautains ? Est-ce de la même gravité que les propos de haine et de violence raciale prônés par les Goncourt ou Loti ?

 

Que les distinctions que je dresse là soient poreuses, j'en suis consciente. Mais mettre tous ces textes au même niveau me semble desservir le propos même du recueil.

 

Enfin, une dernière chose m'a gênée dans ce recueil : l'absence totale d'auteurs femmes. On pourrait se féliciter que George Sand ou Marie d'Agoult n'ait pas été racistes, mais ces auteurs ne sont même pas citées aux côtés de Flaubert, Nerval, Gautier parmi les écrivains ouverts d'esprit. Et je crois me rappeler que passages dans la Comtesse de Ségur qui m'avaient mise très mal à l'aise étant enfant, aurait peut-être mérités de ses retrouver, hélas, dans ce recueil.

Alors, est-ce à dire que la littérature écrite par des femmes n'est pas considérée comme de la vraie littérature ? Ca serait dommage pour un recueil qui cherche à dénoncer les discriminations ...

 

Merci en tout cas à Pimientos pour ce partenariat.

Par Céline - Publié dans : Lecture
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Lundi 25 mars 2013 1 25 /03 /Mars /2013 12:00

QuelleEpoque.jpg"Au fond de son coeur, elle adorait la richesse, mais elle la désirait pour lui plutôt que pour elle. Alors, son esprit s'envolait vers les titres de baron et de comte, et elle se perdait dans la gloire future de son fils, dont les vices avaient déjà commencé à l'entraîner dans sa propre ruine."


Voici un petit pavé (700 pages et quelques écrits en tout petit), riche en rebondissement et qui fait vivre devant nous toute une société : les nobles désargentés mais qui aimeraient bien continuer à faire "comme si", les nouveaux commerçants richissimes, mais si vulgaires et si peu "anglais", les squires paisibles de province, les paysannes séduites par les nobles désargentés du dessus, et ... les américains et leurs moeurs bizarres.
Le pitch du livre est vraiment très simple : Augustus Melmotte, un homme vulgaire et profondément "étranger" (français, ou juif, ou américain, bref, "pas comme nous") déboule dans la haute société londonienne comme un chien dans un jeu de quille. Malgré son côté profondément détestable, sa fortune sans limite conduit les uns et les autres à le fréquenter de plus en plus assidument. Surtout qu'il a une fille unique à marier ! Mais les bases de sa fortune sont-elles si saines ?
En plus de la dichotomie noblesse/commerce, Trollope s'intéresse aux bases de la fortune de Melmotte et à la spéculation qu'il conduit. J'avoue que ça m'a fait énormément fait penser à la crise financière de 2008, et d'autant plus que la spéculation véreuse que lance Melmotte est du même type que celles qui ont conduit au XIXème siècle à la fondation des agences de notation !

A partir de l'astre Melmotte, on rencontre de nouveaux personnages : les Longestaffe, en manque d'argent chronique et dont la fille n'arrive pas à se marier, 12 ans après avoir été lancée dans le monde ; Sir Alfred et son fils, la porte d'entrée de Melmotte dans l'aristocratie, et les Carbury.
Lady Carbury, veuve, a deux enfants : un fils dépensier Felix qu'elle aime passionnément, et une fille parfaite, Hetta, qui se refuse à épouser son cousin Roger, même si Roger pourrait lui fournir une vie sans soucis financier. Mais Hetta aime Paul Montague, un ami de Roger, follement amoureux d'elle, mais pourvu d'une fiancée étrange, américaine, divorcée, veuve (?), entreprenante et séduisante : Mrs Hurtle. Double triangle amoureux, complexe à résoudre.

 

"Elle voulait s'établir. Elle voulait, au début de son entreprise, obtenir un lord ; mais les lords sont rares. Personnellement, elle n'était pas de très haute naissance, elle n'avait pas de dons exceptionnels, elle n'était pas très charmante, pas très agréable, et n'avait pas de fortune. Elle avait décidé depuis longtemps qu'elle pourrait se passer d'un lord, mais qu'elle devait se trouver un roturier convenable. Ce devait être quelqu'un disposant d'une résidence à la campagne, et de moyens suffisants pour lui permettre de se rendre tous les ans à Londres. Ce devait être un gentleman, et sans doute un parlementaire. Et avant tout, il devait être d'un bon milieu. [...] Mais désormais, les hommes convenables ne s'approchainent plus d'elle. Le seul but pour lequel elle s'était exposé à cette ignominie semblait avoir complètement disparu au loin."

 

Au final, ce fut une lecture vraiment plaisante. Je trouve les personnes riches et fouillés. Personne n'est réellement blanc ou noir, même si Hetta n'a que très peu de défauts, et que Felix est pathétique. Chacun est poussé dans le monde par ses désirs, son égoïsme, et très peu de gens prennent l'autre en considération (sauf peut-être Lady Carbury, qui se démène vraiment pour son crétin de fils). Le premier chapitre avec les trois lettres que Lady Carbury envoie aux trois journaux est un régal. J'ai aussi particulièrement apprécié les chapitres, après le grand diner de Melmotte, où on est dans l'esprit de ce personnage. Dans le grand méchant financier véreux et violent, on trouve un homme blessé et fragile.

Je n'ai que deux défauts à lui trouver :
- ce roman a été écrit en feuilleton et ça se sent : au début de chaque chapitre, il rappelle brièvement là où il avait laissé ses personnages avant, ce qui a tendance à couper la lecture.
- je l'ai lu en traduction, et je n'aime pas les parti-pris du traducteur. Il a voulu traduire les expressions familières par des expression familières plus modernes, ce qui me gêne beaucoup. On parle ainsi de "mon paternel", untel est un "chic type". Heureusement, seuls les passages entre jeunes nobles sont traduits ainsi, mais j'ai trouvé ça déplacé.

 

Par ailleurs, la BBC en a fait une série télé, avec David Suchet (Poirot !!) en Melmotte que j'ai maintenant très envie de voir...

TheWayWeLiveNow.jpg

 

Lu en LC avec Camille, Adalana, Denis, Lecture et cie, Malorie, Shelbylee, Syl. et Titine

logo-lc-trollope-mars-2013.jpg

 

Lu dans le cadre du challenge victorien

victorien

Par Céline
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Lundi 11 mars 2013 1 11 /03 /Mars /2013 12:00

FilleCapitaine.jpg" 'Maintenant, messieurs, il nous faut décider de quelle manière nous devons agir contre les rebelles. Est-ce offensivement ou défensivement ? Chacune de ces deux manières a ses avantages et ses désavantages.La guerre offensive présente plus d'espoir d'une rapide extermination de l'ennemi ; mais la guerre défensive est plus sûre et présente moins de danger. En conséquence, nous recueillerons les voix selon l'ordre légal, c'est à dire en consultant d'abord les plus jeunes par le rang.' "

 

Voici un roman qui trainait dans ma PAL depuis plus de 10 ans. J'avais même tenté de le lire, autrefois, en prépa sans doute (j'ai retrouvé une fiche de révision "Colorants utiles pour l'étude de la paramécie" ...). Et, étrangement, je m'étais arrêtée aux deux tiers de ce très court roman, sans le finir.

Il raconte l'histoire de Piotr, un jeune homme de famille, envoyé par son père au service militaire. Il échoue, avec son fidèle serviteur, dans une ville de garnison très à l'est de la Russie, dirigé par un commandant bonhomme, qui vit là avec sa femme - la véritable commandante de la garnison, et sa fille. Après quelques mois relativement paisible, où Piotr passe tombe amoureux de la fille du capitaine, et entame une querelle avec un de ses collègues, le fourbe Chvabrine (de toute façon, il a été en France, c'est donc obligatoirement un méchant).

Jusqu'au jour où attaquent les troupes rebelles de Pougatchev, un usurpateur se faisant passer pour le tsar, que Piotr a peut-être déjà croisé ...

 

Malgré sa taille (il est trop très court), c'est un roman que j'ai bien apprécié. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Stendhal en le lisant, particulièrement au Lucien Leuwen du début à Nancy. Mais un Stendhal où le héros est russe et entretient une relation très particulière avec son serf (lequel est réellement soumis à l'autre) ; où son aimée est totalement discrète et passive, où l'histoire d'amour est très vite mise de côté au profit de la passionnante chronique politique : qui est ce Pougatchev ? Une ordure ? Un génie ? Bon ? Méchant ? Piotr ne sait pas comment réagir face à ce populiste brillant et séduisant, et le lecteur avec lui est entraîné dans son questionnement.

 

En face, c'est la critique d'une Russie à moitiée féodale et laissée dans une sorte d'anarchie tranquille. Les communications sont si difficiles, les distances sont si longues, que chaque commandant, chaque dirigeant est le seigneur de son domaine et n'a de comptes à rendre à personne.

 

Au final, j'ai vraiment apprécié cette lecture, qui m'a plongée dans la Russie du XVIIIè, une endroit beaucoup dépaysant et exotique que je ne pensais. Je regrette seulement que l'auteur n'ait pas plus développé son récit, traité certaines parties avec moins de précipitation. La fin, surtout, va beaucoup trop vite à mon goût.

 

Première (et dernière, je le crains) participation à l'Hiver Russe.

http://plaisirsacultiver.files.wordpress.com/2012/10/hiver-russe1.jpg

Par Céline - Publié dans : Lecture - Communauté : Chronique de nos lectures
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Jeudi 7 mars 2013 4 07 /03 /Mars /2013 18:00

Answered_Prayers.gif

"My kind of women needs a man. Not for sex. Oh, I like a good screw. But I've had my share; I can do without it. But I can't live without a man. Women like me have no other focus, no other way of scheduling our lives; even if we hate him, even if he's an iron head with a cotton heart, it's better than this footloose routine. Freedom may be the most important thing in life, but there's such a thing as too much freedom. And I'm the wrong age, now, I can't face all that again, the long hunt, the sitting up all night's at Elmer's or Annabel's with some fat greaser swimming in a sea of stingers. All the old gal pals asking you to their little black-tie dinner and not really wanting an extra woman and wondering where they're going to find a suitable extra man for an aging broad like Ina Coolbirth. As though there were any suitable men in New-York. Or London. Or Butte, Montana, if it comes to that. They're all queer. Or ought to be. That's what I meant when I told Princess Margaret it was too bad she didn't like fags because it meant she would have a very lonely old age. Fags are the only people whe are kind to wordly old women."

 

La plume de Capote m'évoque toujours une journée d'automne, de fin septembre ou début octobre, quand la splendeur de l'été recule, que les feuilles mortes ne sont que le témoignage de leur beauté passée, mais que, dans la douceur persistante de l'air, l'éclat persistant du soleil, demeure un reste de la belle saison.

C'est un peu cela que raconte Answered prayers : les derniers restes d'une aristocratie qui mêle naissance, éducation, et culture, mais déjà souillée par les cocottes. Après tout, l'héritier des grands écrivains, n'est-il pas en même temps un gigolo ?

 

"Afterwards, whenever I encountered Camus at the Pont Royal, and once at a Gallimard garden party that I gate-crashed, he always nodded and smiled encouragement."

 

Est-ce un roman ? Est-ce une confession ? des mémoires ? Le héros et narrateur, PB Jones est-il Capote ou est-il un narrateur fictionnel ? Oscillant entre la vie d'un prostitué bisexuel, et celle d'un jeune auteur en  devenir, le narrateur entre dans toutes les classes de la société, de l'éditrice qui le publie en échange de faveurs sexuelles à la femme mystérieuse, malheureuse, épouse d'un homme riche et cruel dont il tombe amoureux.

Ce livre, empreint de vérité, d'anecdotes réelles, a mis Capote au ban de la société, au ban de sa société. Mais, même si on l'ouvre en cherchant des bouts d'histoire (et on en trouve, Capote faisant apparaître des personnes historiques à l'intérieur, des écrivains français à Wallis Windsor, en passant par Gertrude Stein), on y trouve quelque chose d'encore plus vrai, des fragments d'âme humaine dans ce qu'elle peut avoir de plus vile, de plus noble, de plus pur, de plus sale.

 

"'Mon Dieu', said Mme Apfeldorf, making a sign of the cross. 'She must bee a very frightened woman'

'Not frightened. Despairing, even suicidal perhaps; but she wears a jovial mask convingly.' "

 

Certaines descriptions (la première de ce billet ou celle juste au dessus) rappellent celle d'Holly Golightly, et me convainquent encore plus que l'interprêtation d'Audrey Hepburn dans Diamants sur canapés, pour charmante qu'elle soit, manque cruellement de la gaieté suicidaire, du désespoir joyeux de l'héroîne du roman.

 

L'intérêt immense de ce court livre (à peine trois chapitres) réside aussi dans le style de Capote. Sans fioriture, plutôt dépouillé, il parvient à trouver à chaque phrase le mot juste, le ton juste, le juste rythme qui créent devant nous le tableau de ce qu'il décrit :

"When I think of Paris, it seems to me as romantic as a flooded pissoir, as tempting as a strangled nude floating in the Seine. Memories of it clear and blue, like scenes emerging between a windshield wiper's languid erasures ; and I see myself leaping puddles, for it is always winter and raining, or I see myself seated alone skimming Time on the deserted terrace of the Deux Magots, for it is also always Sunday afternoon in August. [...] Admittedly, my life was not that of a workaday native; but even the French can't endure France. Or rather, they worship their country, but despise their countrymen - unable, as they are, to forgive each other's shared sins: suspicion, stinginess,envy, general meanness."

 

Au final, mon immense regret est que l'auteur n'a pas poursuivi son travail, son ambition d'écrire La recherche du temps perdu des années 50, de devenir le Proust américain.

 

 

 

Lu dans le cadre de l'animation Oh ! I love New-York, sur whoopsy-daisy

OhILoveNYC

Lu dans le cadre de l'animation New-York en littérature

ny-2013

Par Céline - Publié dans : Lectures coup de coeur - Communauté : Les lectures de Florinette
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Mercredi 6 mars 2013 3 06 /03 /Mars /2013 08:00

Petite provinciale mal fagotée qui débarque en ville, Denise tombe en arrêt face à la devanture brillante, claire, lumineuse d'un magasin de nouveauté : elle est fascinée par la débauche de couleurs et de texture. Mais c'est en face qu'elle se dirige, dans la sombre boutique de son oncle, où elle espère trouver un travail de vendeuse. Hélas, ce dernier ne peut lui en fournir : depuis l'ouverture du magasin en face, il n'a plus de client, et c'est à contrecoeur qu'il doit conseiller à sa nièce de trouver en travail en face, dans la boutique du terrible (en affaire) et séduisant (en amour) Mr Moray.

Paradise1.jpg

Je suis certaine que ce pitch vous dit quelque chose : oui, The Paradise est bien une adaptation BBC du roman d'Emile Zola  Au bonheur des dames (The ladies' paradise en anglais). On y retrouve Denise, Moray/Mouret, Clara, les petites boutiques, le grand magasin, etc. et on se prend à se demander, en relisant le Bonheur, pourquoi diable la BBC n'a-t-elle pas adapté avant ce roman magistral et si télévisuel ?

Peut-être parce qu'elle n'avait pas les moyens. Que reconstruire le Bonheur des Dames est un travail de titan, que montrer la richesse des étoffes, des babioles, des robes est extrêmement coûteux, comme l'entretien d'une armée de figurant pour représenter clientes et vendeurs.

Paradise2.jpg

Alors, la BBC a adapté et, au fil des épisodes, The Paradise ressemble de moins en moins au roman de Zola. Il y a eu les adaptations "budgétaires" : la série se passe dans une petite ville de province et on est loin de l'ampleur du Paris Haussmanien ; le casting est très réduit - mais brillant, tout comme le sont les décors, et l'oncle de Denise est célibataire et sans enfant (contrairement à Baudu).

Il y a les adaptations à la morale de notre époque (celles qui me gênent le plus, elles trahissent la libido du roman) : Mr Moray n'est pas le séducteur qu'est Octave Mouret ; Catherine Glendenning est une jeune fille ambitieuse et n'est certainement pas la maîtresse de Moray (contrairement à Henriette Desforges), et, plus qu'une histoire d'amour à la Cendrillon, The Paradise montre la naissance d'une femme d'affaire. Elle le dit dès son entrée dans le magasin : elle ne rêve pas d'épouser Moray, elle rêve d'être Moray.

Paradise3.jpg

La série-fication1 du roman est aussi bien menée. Plusieurs fils attirent notre attention et chaque épisode est bien construit, comme une histoire à lui tout seul. On prend beaucoup de plaisir à voir l'élévation de Denise, les liens qu'elle tisse avec les différents employés du Bonheur, beaucoup de plaisir aussi dans la vie quotidienne du Bonheur, ses clientes difficiles et ses voisins envieux, un peu moins dans la relation Moray-Miss Glendenning que je trouve un peu longue et artificielle.

 

Au final, malgré ses petits défauts et ma déception de ne pas voir le "vrai" Bonheur des Dames adapté à l'écran, c'est une série que je trouve très plaisante, très confortable durant les soirées d'hiver.

A voir et revoir avec un chocolat chaud en main !

 

1 Il y a un mot en français pour dire cela ?

Par Céline - Publié dans : Séries
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Lundi 4 mars 2013 1 04 /03 /Mars /2013 08:00

Metamorphoses.jpg" 'Je t'aime, murmura-t-elle lentement et je sus qu'elle disait vrai. Je t'aime et je ne te reproche rien. Je veux juste savoir la vérité.' "

Virginia Stone est une vieille dame, qui vit isolée dans le manoir familial depuis que son père a suivi sa mère dans la tombe et que sa soeur, sa soeur adorée, Vivien est partie, une cinquantaine d'année auparavant. Virginia ne s'ennuie pas, perdue dans son monde et ses souvenirs et l'étude des papillons, vestige de la passion dévorante qu'elle partageait avec son père. Mais le retour de Vivien va troubler ce bel équilibre : les souvenirs de Virginia sont-ils si précis qu'elle le pense ? Et quel est le mystère qui entoure les relations au sein de cette famille ?

 

Je ne sais pas comment écrire ici ce que j'ai pensé de ce roman. Je ne sais même pas vraiment ce que j'en ai pensé. Je n'ai pas adoré. Je n'ai pas détesté. Je ne regrette pas de l'avoir lu. Mais je n'aurais sans doute rien raté en passant à côté. Je me demande juste ce qui m'en restera dans quelques mois (et ça fait déjà 2-3 semaines que je l'ai lu, donc mes souvenirs s'effilochent déjà. Mais voilà, sur le moment, je n'avais rien à en dire ... et ça ne s'est pas arrangé.).

Peut-être pourrais-je essayer de faire les bons points/les mauvais points ?

Bons côtés :

- La biologiste en moi a beaucoup apprécié les détails sur les papillons - surtout que mes maigres connaissances sur la biologie des insectes me laissent penser que l'auteur a fait un travail d'investigation. Mais si les différentes étapes de la mue des papillons ne vous intéresse pas, vous devriez sérieusement vous ennuyer à la lecture de ces pages. D'autant qu'elles n'apportent rien à l'histoire.

- J'ai aussi bien aimé l'ambiance de plus en plus délabrée du manoir.

- Le personnage de Virginia Stone a une vraie épaisseur.

- Et en particulier, la manière dont elle reçoit l'assistante sociale et les voisins attentifs m'a bien plu :)

- Et globalement, j'aime bien les histoires de famille...

 

Les moins bons côtés :

- Les histoires de famille ... alors que l'idée qui sous-tend l'histoire, et le mystère vers la résolution duquel on avance, est bonne, je ne trouve pas qu'elle soit bien rendu ici. J'aurais rêvé voir la même histoire écrite par une auteur comme Kate Atkinson.

- Si Virginia a une vraie épaisseur dans ce roman, j'ai trouvé Vivien bien pâlotte. Je n'ai pas vu cette soeur exister au fur et à mesure des pages. Elle reste un archétype mais n'acquiert jamais vraiment de vie. Quel dommage, car je pense qu'une bonne partie de ce qui m'a décrochée du livre vient justement de ce manque de cohérence entre les deux soeurs.

- Et la fin, justement, m'a laissée sur ma faim. Si j'avoue qu'elle m'a surprise (je ne pensais vraiment pas que Virginia irait jusque là), j'ai trouvé qu'elle empêchait le roman d'acquérir une vraie résolution, qui bouclerait le roman. C'est un climax qui n'en est pas vraiment un...

 

J'ai bien conscience que ce billet pèche par manque de cohérence ; mais que voulez-vous ? C'est dans cet état d'insatisfaction que m'a laissée ce roman, bien mais sans plus, ni excellent, ni mauvais. Passable.

 

Allons voir ce que mes compagnes de lecture commune, Tiphanie, Soukee et Titine, en ont pensé.

lecturecommune2

Par Céline
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