Le blog d'une curieuse, avide d'histoires, de récits, de livres, de film et d'imaginaire.
"Je voulais qu'au moins un de nous deux se réalise, réussisse !"
L'avis de Céline
Encore une fois, je n'étais pas très enthousiaste à l'idée d'aller voir ce film (je trouve le titre kitsch, et puis, je me méfie des films français) ; encore une fois, B. a insisté (et depuis que je l'ai emmené voir Oncle Boonmee, je ne peux plus rien lui refuser - sauf les films avec Matt Damon, ça, je continuerai jusqu'à mon dernier souffle). Et encore une fois B. avait raison.
Je n'ai pas lu le livre de Douglas Kennedy et je ne connaissais pas l'histoire avant de voir le film.
Paul est un jeune homme brillant et fortuné, à qui la vie sourit. Beau (Romain Duris, ça suffit) et dynamique, associé dans un cabinet d'avocat dont l'autre associée (la magistrale Deneuve) est prête à lui laisser sa part, il vient d'acheter une maison splendide dans le ghetto de riches le plus sélect de l'ouest parisien (le Vézinet), a une belle femme mince et blonde, et deux beaux enfants.
Tout pourrait donc sembler pour le mieux, mais quelque part, ça cloche : le bébé parfait ne fait pas ses nuits ; l'épouse idéale, grognon et désagréable, semble se détacher de son mari ; son associée lui cède sa part, mais parce qu'elle va bientôt mourir. Et Paul est atteint de tics, d'une nervosité qui le fait ressembler à un gamin hyperactif.
Au détour d'une conversation, Paul nous apprend que cette vie n'était pas celle dont il avait rêvé, lui, le photographe amateur que les parents ont poussé dans la voie qu'il suit maintenant. Et dès ces premières minutes, les faits s'entassent autour de lui pour le raccrocher à ce désir d'adolescent : un jeune gamin à qui il demande d'abandonner sa passion pour suivre la voie tracée le replonge dans ses souvenirs ; un voisin photographe de métier l'interpelle, puis se vante devant lui de sa vie de bohème ; sa femme le quitte, puis vient le drame qui le force à abandonner sa vie bien rangée, et lui laisse le champ libre pour suivre sa passion.
C'est un film admirablement porté par Romain Duris. Son personnage m'a complètement envoûtée, si bien que certains passages du films étaient à la limite du soutenable. Ses traits crispés arrivent à faire passer et ressentir par empathie une tension à l'image de celle que vit Paul. Puis, petit à petit, après un climax angoissant, l'apaisement revient, en particulier lors d'une longue scène de voyage où les noms des panneaux deviennent de plus en plus étrangers, avant d'atteindre le bout du monde, la Croatie.
Là, dans un monde beaucoup plus rude, c'est un autre homme qui renaît, un jeune homme qui a perdu ses rides et son teint pâle, et qui redevient le Romain Duris qu'on connaît, le beau gosse au sourire franc.
Rien que pour cette performance d'acteur, le film vaut le coup d'oeil. Même sans le jeu crispant de Marina Foïs, parfaite en épouse déprimée et désagréable, ou celui, plein de roublardise, de Niels Arestrup ; même sans une mise en scène pleine de beautés (le long périple en voiture est époustouflant) ; même sans le scénario riche et dense, poétique et humaniste.
Bien sûr, ce film a quelques défauts. Celui qui m'a le plus frappée, c'est une durée un peu trop longue de la première partie, surtout de sa fin (le "que vais-je faire de cette chose qui m'embarrasse ?"), alors que la seconde partie est un chouia trop courte, et que la fin, la terrible fin est presque baclée.
Mais ça reste un film extraordinaire et surtout, la découverte d'un acteur.
L’avis de B
Dans l’homme qui voulait vivre sa vie, Romain Duris vie ma vie en plus riche et plus glamour (je suis aussi avocat d’affaire mais je ne suis pas blindé et je ne vis pas dans une baraque avec jardin au Vésinet). J’aurais donc pu mal le prendre qu’il trouve que cette vie ne valait pas la peine d’être vécue (faut quand même pas pousser mémé dans les orties) s’il n’avait pas été marié à l’infecte Marina Foïs qui va s’assurer que cette vie parfaitement idéale (nan mais ho !) se transforme en enfer !
Je passe rapidement sur le début du film qui est surtout là pour planter le décor. Marina Foïs a un amant qui est photographe (pile poil le métier que son mari aurait rêvé faire si ses bourgeois de parents ne l’avaient pas forcé à rentrer dans le rang) et demande le divorce après que son mari soit assez violemment rentré dans le lard du-dit amant pendant un dîner de voisinage. Duris va finir par aller voir le photographe et accidentellement le tuer. Afin d’éviter le déshonneur à ses enfants il va usurper l’identité du cadavre, s’en débarrasser et mettre en scène sa propre disparition.
Il part alors en Croatie avec quelques euros en poche et un appareil photo. Il se libère ainsi de tout ce qui l’engonçait. Outre sa vipère de femme, il se départit de tout son argent et son statut social pour laisser poindre son être brut, moins policé, moins propre mais tellement plus apaisé. Encore une fois Duris est remarquable et interprète cette mue avec énormément de talent.
Il passe ainsi son temps à photographier ce qui l’entoure et notamment des ouvriers sur un chantier de rénovation de cargos. A la suite de la rencontre de l’ivrognesque Niels Arestrup, comme toujours formidable, il va se retrouver pris dans un engrenage gênant. En effet, ce dernier, rédacteur d’un journal local, perçoit son talent et propose ses photos à la publication. Succès immédiat et exposition dans une galerie locale… Le problème est que le monde de l’art est petit et qu’au vernissage apparaissent des galeristes londoniens et parisiens dont certains connaissaient celui dont il a usurpé l’identité …
La grande force de ce film est de ne pas se finir clairement. Ne vous attendez pas à ce que la célébrité arrive malgré tout, la seule chose qui compte est que le personnage se recentre sur lui-même. Paisible et libéré du carcan des obligations du statut social il sera un éternel vagabon en quête de grâce, son appareil à la main.
J’ai aimé la mise en scène sobre, les acteurs dégageant une véritable âme, la splendide photographie et la délicatesse du scénario qui, surtout dans la seconde partie, suggère sans asséner. Le film recèle aussi quelques scènes très fortes que vous identifierez aisément je pense (une belle scène d’adieu et une scène de violence terrible).
A voir !