Le blog d'une curieuse, avide d'histoires, de récits, de livres, de film et d'imaginaire.
Petite provinciale mal fagotée qui débarque en ville, Denise tombe en arrêt face à la devanture brillante, claire, lumineuse d'un magasin de nouveauté : elle est fascinée par la débauche de couleurs et de texture. Mais c'est en face qu'elle se dirige, dans la sombre boutique de son oncle, où elle espère trouver un travail de vendeuse. Hélas, ce dernier ne peut lui en fournir : depuis l'ouverture du magasin en face, il n'a plus de client, et c'est à contrecoeur qu'il doit conseiller à sa nièce de trouver en travail en face, dans la boutique du terrible (en affaire) et séduisant (en amour) Mr Moray.

Je suis certaine que ce pitch vous dit quelque chose : oui, The Paradise est bien une adaptation BBC du roman d'Emile Zola Au bonheur des dames (The ladies' paradise en anglais). On y retrouve Denise, Moray/Mouret, Clara, les petites boutiques, le grand magasin, etc. et on se prend à se demander, en relisant le Bonheur, pourquoi diable la BBC n'a-t-elle pas adapté avant ce roman magistral et si télévisuel ?
Peut-être parce qu'elle n'avait pas les moyens. Que reconstruire le Bonheur des Dames est un travail de titan, que montrer la richesse des étoffes, des babioles, des robes est extrêmement coûteux, comme l'entretien d'une armée de figurant pour représenter clientes et vendeurs.
Alors, la BBC a adapté et, au fil des épisodes, The Paradise ressemble de moins en moins au roman de Zola. Il y a eu les adaptations "budgétaires" : la série se passe dans une petite ville de province et on est loin de l'ampleur du Paris Haussmanien ; le casting est très réduit - mais brillant, tout comme le sont les décors, et l'oncle de Denise est célibataire et sans enfant (contrairement à Baudu).
Il y a les adaptations à la morale de notre époque (celles qui me gênent le plus, elles trahissent la libido du roman) : Mr Moray n'est pas le séducteur qu'est Octave Mouret ; Catherine Glendenning est une jeune fille ambitieuse et n'est certainement pas la maîtresse de Moray (contrairement à Henriette Desforges), et, plus qu'une histoire d'amour à la Cendrillon, The Paradise montre la naissance d'une femme d'affaire. Elle le dit dès son entrée dans le magasin : elle ne rêve pas d'épouser Moray, elle rêve d'être Moray.
La série-fication1 du roman est aussi bien menée. Plusieurs fils attirent notre attention et chaque épisode est bien construit, comme une histoire à lui tout seul. On prend beaucoup de plaisir à voir l'élévation de Denise, les liens qu'elle tisse avec les différents employés du Bonheur, beaucoup de plaisir aussi dans la vie quotidienne du Bonheur, ses clientes difficiles et ses voisins envieux, un peu moins dans la relation Moray-Miss Glendenning que je trouve un peu longue et artificielle.
Au final, malgré ses petits défauts et ma déception de ne pas voir le "vrai" Bonheur des Dames adapté à l'écran, c'est une série que je trouve très plaisante, très confortable durant les soirées d'hiver.
A voir et revoir avec un chocolat chaud en main !
1 Il y a un mot en français pour dire cela ?