Le blog d'une curieuse, avide d'histoires, de récits, de livres, de film et d'imaginaire.
J’avais déjà commencé puis abandonné 1984 il y a de cela quelques années. Fort de la plutôt bonne impression que m’a laissée Animal Farm cet été, j’ai décidé de reprendre la lecture de ce qui est censé être le chef d’œuvre d’Orwell.
Ma première impression s’est confirmée ; je n’accroche pas avec ce roman. Il est trop long, trop démonstratif et trop lent !
J’ai bien trouvé le propos brillant, visionnaire et incroyablement fouillé mais la construction et la narration ne sont absolument pas à la hauteur du discours. On ressent trop l’intention politique et j’irai jusqu’à dire philosophique d’Orwell transparaître derrière ce qui m’a semblé une intrigue de pure convenance simplement destinée à permettre la transmission du message politique. J’ai trouvé les personnages complètement creux, l’intrigue cousue de fil blanc et en bref le roman très fade. Tout disparait derrière la formidable description du régime totalitaire ultime, ce régime qui étouffe aussi bien les personnages que le roman lui-même…
Que dire notamment des interminables pages de description du projet politique de l’Ingsoc trouvées dans le manuel de la résistance ? Que c’est long et laborieux. On sent la volonté de reprendre le manifeste du parti communiste et de démontrer la perversion de son idéologie par un régime communiste totalitaire comme celui de la Russie soviétique. C’est certes passionnant d’un point de vue intellectuel mais littérairement tellement indigeste … Ce roman est désespérément plat et on attend en vain le souffle qui le fera enfin décoller.
J’ai un temps cru l’avoir trouvé lors de l’arrestation du héros par la Thought Police mais si l’intrigue se resserre et la narration trouve un temps un certain rythme on retombe rapidement dans le travers d’Orwell qui est d’asséner son propos sans aucune considération pour les attentes littéraires de son lecteur.
Autant le propos d’Orwell passe avec légèreté et même un certain humour dans Animal Farm grâce au recours à la fable et au format de très court roman, autant celui de 1984 est indigeste à cause de la trop grande volonté d’Orwell de s’appesantir dans la description exhaustive de l’Ingsoc. Il va même jusqu’à écrire un court traité de grammaire décrivant les principales caractéristiques du Newspeak (ou version excessivement édulcorée de l’anglais destinée à ne plus permettre d’avoir de pensées hérétiques par simple manque de mots pour les exprimer ou les penser … l’idée est certes brillante mais inutile de vous dire à quel point le rendu littéraire peut être plat à mourir …).
Bon, finissons tout de même sur une note d’optimisme : ça fait un pavé en moins dans ma PAL !
Dernière remarque tout de même : j’ai vu plusieurs personnes mentionner O’Brien dans leur liste des 10 méchants ultimes de l’histoire de la littérature. Pas d’accord ! Pour ça il faudrait qu’il soit un personnage à part entière et pas simplement l’incarnation plus ou moins réussie d’une idée politique.