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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 10:39

Maurice.jpg"La pudibonderie n'était pas pour lui déplaire, du moins l'adopta-t-il sans regret. Il ne s'était jamais fait un point d'honneur d'appeler un chat un chat et bien qu'il prisât  le corps humain, l'acte sexuel proprement dit lui semblait prosaïque et il aimait autant qu'il restât enveloppé du voile de la nuit. Entre hommes, c'était inadmissible ; entre un homme et une femme, on peut le pratiquer puisque la nature et la société le tolèrent du moment qu'on en parle pas et qu'on ne l'étale pas au grand jour. Son idéal du mariage était isolé et élégant comme tous ses idéaux et il trouva chez Anne une partenaire parfaite. Comme lui, elle était raffinée et appréciait le raffinement chez les autres. Tous deux s'aimaient tendrement. De belles conventions les soutenaient, tandis que de l'autre côté de la barrière, Maurice errait, avec sur les lèvres les mots interdits, dans le coeur des désirs interdits, et ses bras n'étreignaient que du vent."

 

Quand le roman commence, Maurice sort à peine du collège. C’est un adolescent anglais typique comme tous les autres, prêt à devenir le portrait craché de son propre père. Car dans la bourgeoisie anglaise du début du XXème siècle, c’est là les convenances. Forster lui même n'est pas tendre avec lui, le décrivant par le regard de son camarade : "Le garçon était frustre, bourgeois, un peu bêta, il n'aurait pu choisir pire confident.". Il ne sait rien de lui, rien de son corps. Il ne sait que ce qui est convenable et ce qui ne l’est pas. Et pour le reste, peu lui importe.

Mais à l’université, il va s’hasarder à découvrir sa personnalité profonde, et apprendre son homosexualité. D’abord vécue comme un immense bonheur, grâce entre autres à son amour pour un de ses camarades d’université, Clive Durham. Mais bientôt, le poids de la société, de la famille et l’évolution de Clive signent la fin de cette époque et Maurice connaît le poids de la culpabilité.

 

"Il était persuadé qu'il avait la foi. Quand on critiquait les croyances auxquelles il était accoutumé, il en souffrait réellement - sentiment qui, dans les classes moyennes, passe pour la foi. Ce n'était pas la foi: c'était quelque chose de stérile qui ne lui apportait ni réconfort ni enrichissement et n'existait que quand une opposition se manifestait. Dans ces moments là, il souffrait comme on souffre d'une rage de dent."

 

Maurice est un superbe roman d'apprentissage. Comme une statue qui s'extrait de sa prison de pierre, Maurice découvre sous sa beauferie des trésors de finesse et d'intelligence, une vraie force qui le conduit d'abord dans un amour platonique, avant de découvrir la puissance de son corps.

Mais c'est aussi une magnifique histoire d’amour tragique. Le lien qui se noue entre Maurice et Clive m’a énormément touchée. Rien ne leur manque de l'amour mythique : la beauté du sentiment, les difficultés posées par la société ou la fin désespérée et désespérante.


 "Miss Woods n'avaient pas renfloué Penge. Elle était accomplie et délicieuse, mais, comme les Durham, elle appartenait à cette classe que chaque année l'Angleterre rechigne davantage à entretenir."

 

C'est aussi la description d'une Angleterre à la fin d'une époque. L'ère victorienne se termine et avec elle une certaine aristocratie (cf. Downton Abbey à qui me fait penser la citation ci-dessus) et une certaine manière de voir les choses, l'amour physique entre autres, et surtout entre hommes.

La manière dont était vue l’homosexualité dans l’Angleterre de l’époque est terrifiante : maladie mentale pour les uns, malédiction démoniaque pour les autres, elle n’est pas du tout acceptée. Maurice ayant, dès son plus jeune âge intégré que la sexualité entre homme est le pire des péchés, la pire des dépravations, ses tourments sont poignants.

Mais en même temps, la structure même de l'éducation des jeunes hommes et jeunes filles, les uns dans des pensionnats entre eux, avec Le banquet de Platon comme lecture, les autres à la maison, sous la garde vigilante de leur mère, ne peut que conduire les premiers à découvrir l'amour et ses tourments avec des hommes. Chez Clive, cette homosexualité n'est que temporaire - la puissance des convenance le ramenant de toute façon à une forme d'asexualité. Chez Maurice, elle est une part intime de son être.

Dans un sens, ce livre est une ode à la puissance de l'amour et du désir, un rejet brutal du "comme il faut". Il a beaucoup gagné à ne pas être publié quand il a été écrit : la censure, consciente ou inconsciente de l'auteur l'aurait privé d'une part importante de sa puissance. Brut, il est infiniment plus riche.

 

Il me reste maintenant à découvrir l'adaptation de James Ivory...

 

Lu en lecture commune approximative avec George

lecturecommune3

Lu dans le cadre du challenge Une rentrée en pensionnat, sur whoopsy-daisy.

pensionnat2Lu dans le cadre du challenge Au service de ... (il faut lire la fin du roman pour le comprendre)

AuServiceDe

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commentaires

Claire 17/11/2012 21:06


Merci pour cette belle critique!


Je n'ai jamais lu le roman mais j'ai vu le film qui m'avait beaucoup plu. Et je comprends tout à fait le lien avec le challenge à la fin...

Céline 07/12/2012 21:48



Merci ! Décidément, il faut que je vois ce film...



Titine 10/11/2012 20:20


J'aime beaucoup votre concept de lecture commune approximative ! Je le note dans un coin de ma tête, on ne sait jamais !

Céline 07/12/2012 21:11



C'est une invention de George !!



Jackie Brown 09/11/2012 22:48


J'avais beaucoup aimé le film à sa sortie. Je n'ai jamais pensé à lire le livre.

Céline 07/12/2012 21:09



Je ne sais pas (encore) comment est le film, mais le livre est un délice.



Malice 09/11/2012 13:25


Livre lu et adoré ! Le film aussi est très beau et très fidèle aussi au livre de Forster ;-)

Céline 07/12/2012 21:09



Il faut que je le vois !!



Cléanthe 09/11/2012 11:13


J'aime beaucoup Forster, mais ce titre-ci me reste encore à lire.

Céline 10/11/2012 12:46



C'est sans doute un de ces meilleurs :)



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