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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 00:00

7contesgothiques.jpg"Comprends ce que tu peux et passe outre au reste. D'ailleurs, un récit gagne parfois à n'être qu'à moitié compris"

 

J'ai à nouveau été charmée par la plume de Karen Blixen. A travers ces contes, j'ai retrouvé ce style si pur, si précis et si poétique qui m'avait charmée dans La ferme africaine.

Bien sûr, ici, l'ambiance est très différente. On est dans l'Europe du XIXème, en France, au Danemark, en Italie, dans la neige, souvent, ou sous le soleil, parfois. Dans un monde plein de fantastique à la Gauthier, où les masques se dévoilent, où les fantômes hantent les vivants et où les vivants sont à moitié morts.

 

" Ce jeune fils de la terre, enchaîné à une chaise de bureau, avait dans sa poitrine l'âme des anciens conteurs qui ont peuplé le monde de dieux et de démons, en même temps qu'ils l'ont rempli de cimes et d'abîmes inconnus dans leur pays."

 

Comme l'indique le titre, sept nouvelles composent ce recueil.

La première, Le raz de marée de Norderney raconte une nuit d'inondation épouvantable. Suite à une crue, quatre personnages sont coincés en haut d'une maison qui menace de s'écrouler et de les noyer. Au matin, les sauveteurs viendront, ils l'ont promis. Mais en attendant, il faut attendre, et existe-t-il un meilleur moyen de passer une nuit d'épouvante qu'en se racontant des histoires ?

Tour à tour, Mademoiselle Malin Nat-og-Dag, vieille fille pure et richissime s'inventant un passé de courtisane, la comtesse Calypso von Platen-Hallermund, une très belle jeune fille de seize ans, le Cardinal Hamilcar von Sehestedt, un saint homme, et un jeune homme, Jonathan Maersk, vont se raconter leur vie et dévoiler, sous le masque, leur vrai visage.

J'ai beaucoup aimé cette nouvelle mais, parce que j'avais lu la préface qui en dévoilait une bonne partie je pense, je l'ai moins aimée que les autres. L'histoire en est plus complexe, moins claire, et n'a pas le charme des contes que j'ai trouvé dans les autres

 

J'ai retrouvé dans la seconde, Le vieux chevalier errant, une ambiance parisienne balzacienne. Un vieil homme raconte une nuit que, jeune homme, il a passé à Paris. Il faut imaginer l'ambiance pluvieuse de l'hiver 1874, les petites rues sombres, un homme quitté qui vient d'apprendre que sa maîtresse tant aimée voulait l'empoisonner, pleurant dans les rues, sous la pluie, et une jeune fille gaie et soûle venant le séduire.

J'ai adoré l'atmosphère de cette nouvelle, les rues sales et humides, les salons chaleureux et lumineux, les amours passionnées, les robes pleines de dentelles et de rubans, et les femmes qui arrivent comme par miracle et qui disparaissent de même, mi-prostituées, mi-fées.

 

Le singe est encore plus étrange : un jeune homme, soupçonné d'être homosexuel, ce qui n'est pas très bien vu dans la Suède du XIXème, rend visite à sa tante en lui demandant de lui trouver au plus vite une fiancée.

En deux temps, trois mouvements, la vieille tante arrête son choix sur Athéna, une jeune fille aussi vierge et guerrière que la déesse. Le conte raconte comment cet homme acculé fait la cour à la jeune fille heureuse de son célibat et de sa liberté. Cour parfois violente qui entre petit à petit dans la mythologie et le fantastique.

Un énorme coup de coeur aussi

 

"Il évoqua avec une profonde tristesse tous ces jeunes gens qui, à travers les âges, avaient été d'une beauté et d'une santé parfaite - jeunes pharaons au visage altier, chassant dans leurs chariots le long du Nil, jeunes sages chinois vêtus de soie, lisant à l'ombre frémissante des saules - et qui tous, malgré eux, furent changés en piliers de la société, en beaux-pères, en arbitres de la morale ou de la bonne chère."

 

Sur la route de Pise se passe en Italie, comme son nom l'indique. Un jeune homme quitte sa femme et décide de partir en voyage en Italie. Sur la route, il assiste à un accident, où une vieille dame se fracture le bras. Reconnaissant dans le jeune homme un gentilhomme, elle lui demande de partir à la recherche de sa petite fille qui habite à Pise, en lui disant "Dites-lui, fit-elle enfin, que je ne peux plus soulever ma main droite et que je suis prête à lui donner ma bénédiction."

En chemin, le jeune homme comprendra mieux ce que la grand-mère veut dire...

 

"'Quand les animaux sauvages sont en cage, comme sur un gril, leur coeur est grillé à petit feu sur l'ombre des barreaux de fer. Oh ! le coeur grillé des animaux captifs !' s'écria-t-elle avec une sombre énergie."

 

La soirée d'Elseneur est mon préféré des sept. Deux soeurs et un frère en forment le coeur. Dans leur jeunesse, les deux soeurs étaient la fleur de la haute société d'Elseneur, belles, piquantes, drôles, vives, tandis que leur frère, un corsaire ayant pris la mer contre les anglais, en est la coqueluche. Des dizaines d'années plus tard, le frère a disparu, au delà des mers, sans laisser de nouvelles, tandis que les deux soeurs sont devenues des vieilles filles, toujours aussi vives, piquantes et drôles, mais moins belles. Sauf que, lorsque le temps est très froid, de drôles de choses peuvent se produire.

J'ai aimé ces deux femmes, leur mélancolie, leur tendresse, leur esprit. J'ai aimé l'ambiance aventureuse, les batailles navales et la Martinique si exotique. La petite ville de province où tout se sait. Et cette soirée d'Elseneur, frère et soeurs réunis, pleine de charme.

 

"Bref, elles étaient de ces mélancoliques-nés qui sèment le bonheur autour d'elles, en étant elles-mêmes désespérement malheureuses, des créatures pleines de gaieté, de charme, de larmes amères, d'humour raffiné et de solitude éternelle."

 

Les rêveurs est mon deuxième préféré - et je serais bien en peine de choisir. Sur un ponton de bateau, par une nuit de pleine lune au large de l'Afrique, trois hommes discutent : Saïd ben Ahmed, le silencieux capitaine qui revient pour se venger ; Mira Jama, un conteur doué et célèbre, mais qui a perdu le don d'effrayer ; et Lincoln Forsner, un anglais roux qui va raconter comment son grand amour lui a appris à rêver.

Cette histoire, surnaturelle et mystérieuse, pleine d'étranges coïncidences, de personnages étranges, de morts qui renaissent, est l'un des plus beaux contes fantastiques que j'ai jamais lu. La femme au centre de ce récit est une magicienne, une déesse douée du don de métamorphose, mais tellement malheureuse qu'elle n'est plus qu'une carcasse sans âme et sans coeur. Une sorte de zombie sous la plus belle des apparences.

Lisez le !

 

"Tout le monde aime avoir peur. Les princes, endormis par les douceurs de la vie, veulent que leur sang circule plus vite. Les honnêtes dames, à qui il n'arrive jamais rien, veulent, pour une fois, trembler dans leur lit. Les histoires de poursuites terrifiantes raniment l'élan des danseuses. Ah ! Comme le monde m'aimait alors !"

 

Enfin, le dernier conte, Le poète, un chef d'oeuvre lui aussi, m'a fait penser à deux mythes grecs : le mythe de Pygmalion, cet homme qui crée une statue et en tombe amoureux, et l'histoire de Phèdre, épouse de Thésée, qui tombe amoureuse du fils de Thésée.

Point de statue ni de beau fils dans ce récit, juste l'histoire d'un étrange ménage à trois. Mathiesen, le conseiller, est un de ces bourgeois de province qu'on pourrait voir décrit dans Balzac, se piquant d'art et de voyages, se glorifiant jusqu'à sa mort d'une rencontre avec Goethe. Etant peu doué  lui même en poésie, il décide de prendre un jeune poète, Anders Kube, sous sa protection et, comme une orchidée qu'on essaie faire refleurir à tout prix, y compris en la privant de tout, il s'essaie à faire créer le jeune homme. Il surveille ses fréquentations, sa consommation d'alcool, lui interdit les aventures, et enfin, lui trouve une femme, une belle et bonne femme de poète, une jeune veuve d'une grande beauté aux deux pieds sur terre.

Mais, quand il se rend compte que cette femme aussi a une sensibilité et qu'elle n'est pas l'aimable ménagère qu'il souhaite pour son protégé, il s'inquiète : quels effets pourrait-elle avoir sur le jeune homme ? Et décide donc de l'épouser lui-même, faisant fi des sentiments nés entre les deux jeunes personnes.

C'est une nouvelle tragique et belle, où les sentiments, les pensées s'élèvent à des sommets. Je ne saurais dire à quel point je me suis attachée à ces trois personnages. J'ai eu l'impression, en ce début de RAT, de voler très haut dans les airs.

 

 

Karen Blixen, la plus merveilleuse écrivaine de littérature scandinave ... Ce recueil appartient donc au Challenge Viking Lit' !

vikinglit

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commentaires

Maeve 23/10/2010 11:40



Je le note, je ne savais même pas qu'il existait !



Céline 24/10/2010 19:44



Je suis heureuse de te l'avoir fait découvrir !



Syl. 20/10/2010 18:46



Avec tous ces livres qui font saliver, il faudrait que je prépare ma liste de Noël. A offrir ou à recevoir...



Céline 21/10/2010 14:30



!



vilvirt 20/10/2010 17:06



Celui-là je le note sans hésiter !!



Céline 20/10/2010 17:09



Et tu en seras heureuse !



Dominique 20/10/2010 16:19



Je préfère Blixen dans la Ferme Africaine ou dans ses lettres mais les contes sont très agréables à lire ainsi que le fameux Festin de Babette



Céline 20/10/2010 17:09



Je n'ai pas lu ses lettres ! Il faut que je les trouve ...


J'ai également adoré Le festin de Babette. Une très belle nouvelle.



akialam 20/10/2010 12:01



Tiens ! je ne savais pas qu'elle avait fait des contes gothiques !  CHouette, chouette, chouette en ces périodes presque Halloweenesques !



Céline 20/10/2010 17:09



Ses contes ne font pas peur, mais ils sont doté d'imaginaire et de fantasie ... Bonne lecture !



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