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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 12:43
« Le seul fait de remuer le flacon avait suffi à répandre son odeur. Un parfum de rosée sur des feuilles de fougères dans une forêt profonde. Celui du vent qui souffle le soir après une averse. Ou celui d’un bouton de jasmin à l’instant précis où il sort du sommeil. »
Ryoko est chez elle en train de repasser une chemise de son compagnon, Hiroyuki, quand elle reçoit un appel : sa tâche est inutile, on vient de retrouver le jeune homme mort, étendu sur le sol de laboratoire de parfumerie. Hiroyuki, parfumeur, s’est suicidé en absorbant le contenu d’une petite bouteille d’éthanol anhydre.
Elle ne comprend pas la raison de ce suicide : Hiroyuki était quelqu’un d’équilibré et rien ne laissait présager un acte pareil. D’autant plus que la veille, lors d’une soirée merveilleuse, il lui avait offert le parfum qu’il a composé pour elle, Source de mémoire. Il ne pouvait pas, n’avait pas le droit de se donner la mort après une soirée pareille.
En rencontrant Akira, frère d’Hiroyuki, à la morgue, elle se rend compte que son « Rooki » lui est inconnu : il lui avait dit que toute sa famille était décédée, or il continue d’appeler son frère Akira tous les six mois. Et petit à petit, les talents étonnants du disparu lui sont révélés.

Elle commence à mener une enquête sur son passé en s’aidant de quelques phrases retrouvées sur une disquette d’Hiroyuki, « Gouttes d’eau qui tombent d’une fissure entre les rochers. Air froid et humide d’une grotte. Réserve de livres hermétiquement fermée. Poussière dans la lumière. Frasil sur un lac à l’aube. Mèche de cheveux d’un défunt formant une légère boucle. Vieux velours passé qui a gardé sa douceur ». Elle veut comprendre pour quelles raisons ce jeune homme sans problème a mis fin à ses jours. Elle veut surtout se rapprocher de l’homme qu’elle aime encore et qui lui manque, faire son deuil, vivre en sa présence pendant quelques mois.

J’ai toujours l’impression de passer à côté du sens profond des romans japonais. Sans doute à cause de la différence de culture, il me semble que beaucoup de choses importantes restent lettre morte pour moi. Parfum de glace n’a pas fait exception : même si j’ai vraiment aimé ce livre, pour beaucoup de raisons, je crois que je suis un passée à côté de certains aspects, et ça m’agace un peu. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose de vraiment fort que je n’ai pas compris…
Malgré tout, on n’est pas forcé de comprendre absolument tout d’un roman pour l’apprécier et j’ai vraiment aimé Parfum de glace.
J’ai tout particulièrement été sensible à la description de la disparition : dès l’annonce du décès avec ce détail de la chemise qu’elle repasse et qui ne sera jamais plus froissée et jusqu’au détail de l’appartement où, petit à petit, le passage d’Hiroyuki est effacé par la vie qui reprend. Plus que de la douleur de la perte de son compagnon, elle parle de son absence, définitive, insupportable. Et cela m’a beaucoup émue.
Mais ce qui me rend ce livre si précieux, c’est le rapport aux odeurs et aux souvenirs. Comme le titre l’indique, il est tout entier dédié à ce sens, qui sert de « madeleines de Proust ». Les souvenirs, le passé reparaît grâce à des senteurs qui flottent. C’est un point de vue vraiment original, d’autant que la description des odeurs est impossible en littérature. Autant il existe des adjectifs pour décrire ce qu’on voit, ce qu’on entend, ce qu’on goûte ou ce qu’on touche, autant ce qu’on sent … Il faut utiliser des comparaisons, rappeler des souvenirs personnels, et c’est ce que l’auteur fait avec beaucoup de talent et de plaisir. Lorsque je lis : « Pour être exact, ce n’était pas assez net pour que l’on puisse parler d’odeur. Il s’agissait d’une sensation beaucoup plus ténue qui traversait, l’espace d’un instant, le fond de ma poitrine. C’était tiède, paisible, et cela ressemblait un tout petit peu à une odeur d’arbre. C’était la même sensation que j’avais ressentie lorsqu’il me regardait soudain, alors que nous marchions tous les deux l’un à côté de l’autre, qu’il remettait en place mes cheveux ébouriffés par le vent ou posait son oreille sur ma poitrine nue. », je tressaille de bonheur littéraire.
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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 19:43

« Car c’est exactement ce qu’il ferait, il emménagerait, elle lui servirait des repas nourrissants, elle le remettrait d’aplomb, il retrouverait des forces et s’en irait, sur sa chaloupe, sur son galion, il sillonnerait les sept mers en quête du Saint Graal, d’Hélène de Troie, ou de Zenia, l’œil vissé à sa lunette d’approche, guettant son drapeau de pirate. »

 

Nous sommes le 23 Octobre 1990, dans une ville canadienne où la crise fait rage. Comme tous les mois, trois amies se retrouvent dans un restaurant pour déjeuner : il y a Tony, la toute petite historienne, fascinée par la guerre, Charys, une douce femme qui élève ses poules et perçoit les ondes et auras autour des autres et Roz, une massive femme d’affaire richissime. A priori, rien ne les réunit et lorsqu’elles ont fait leurs études ensemble, à l’université, elles se sont copieusement ignorées.

Mais depuis, elles ont rencontré, elles ont subi Zenia. Tour à tour, Zenia a gagné leur amitié en les touchant dans leurs faiblesses les plus personnelles, s’est installée dans leur vie, et a séduit leur homme. Le West de Tony a mieux résisté que le Billy de Charis ou le Mitch de Roz, mais les trois femmes sont durement atteintes. Même si Zenia est morte depuis plusieurs années, qu’elle a sauté dans une bombe à Beyrouth, qu’elles ont assisté à l’enterrement de ses cendres, elle les hante encore, jour et nuit. Elle est leur pire cauchemar.

Après la mort de Zenia, elles ont continué à se voir tous les mois. Cette fois ci, Roz a choisi le Toxique, un nouveau restaurant à la mode en ville. Elles s’y assoient, papotent et, au moment du dessert, voient Zenia entrer, passer à côté d’elles en les regardant.

Ce roman raconte d’abord la journée du 23 Octobre telle qu'elle est vécue par chacune des trois femmes, puis, lors d'un flash back assumé, leurs rencontres avec Zenia et enfin leurs réactions à sa résurrection. Chacune des trois histoires est un portrait de femme, de vie, la description d’un caractère, profondément humain et marqué par ses expériences. Mais nulle part n’est fait le portrait de Zenia, qui passe, comme « une statuette ancienne retrouvée dans un palais minoen : les seins volumineux, la taille fine, les yeux sombres, les cheveux sinueux comme des serpents » : c’est Zenia qui raconte sa vie, ses versions de sa vie, changeant pour s’adapter aux femmes qu’elle séduit.

On se prend vite d’amitié pour ses victimes, toutes empêtrées qu’elles sont dans leurs histoires. Puis une certaine forme de fascination naît aussi pour Zenia : est-elle vraiment si diabolique ? Quelle est la part déformée par les trois narratrices ? Et la place des hommes ? Ne sont-ils réellement que des marionnettes manipulées par les femmes, toutes les femmes ?

J’ai bien aimé ce roman. J’avoue avoir été déçue après la lecture du Tueur aveugle que j’avais adoré. Celui là est trop construit dans sa narration : contrairement au Tueur où le plan du roman se poursuivait tout en finesse, on perçoit assez vite quel a été l’objectif de l’auteur « alors, je vais faire un plan tripartite, qui sera à chaque fois subdivisé en trois : Tony, puis Charis, puis Roz. Et dans chaque partie, elles vont réagir comme ça, comme ça, comme ça ». Cela lui donne un peu de lourdeur, ce qui gêne un peu, surtout vers la fin.

Mais le style est toujours aussi enlevé, les personnages (féminins uniquement, car il ne sert à rien de parler des hommes, à peine évoqués) sont puissants, marquants, touchants et, bien que l’histoire soit commune, elle est traitée d’une manière originale. J’ai beaucoup apprécié la manière dont est évoquée la présence quasi démoniaque de Zenia qui fait face à des héroïnes humaines, trop humaines.

 

Un bon roman sympathique de vacances
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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 10:05

« A certains moments, l'ancien et l'actuel, la douleur et le plaisir, la crainte et la joie, se mêlaient en moi étrangement. Tantôt, j'étais au ciel, tantôt en enfer, mais, le plus souvent, dans les deux en même temps. »


Harry est un homme solitaire, passionné de littérature, de musique, d’art, fasciné par la bourgeoisie, ses parquets encaustiqués, ses paliers aux plantes verdoyantes et ses habitudes. C’est dans ce milieu qu’il a été élevé et dont il s’est profondément éloigné. Car Harry a un loup des steppes en lui. Un loup des steppes et un penseur qui cohabitent difficilement. Quand le penseur a le dessus, Harry lit, Harry se passionne pour les mythologies extrême-orientales, Harry écoute Mozart, le génie de tous les temps et se passionne pour Goethe ; pendant ce temps, le Loup des steppes découvre ses dents jaunes et rit. Quand le Loup des steppes gagne, Harry erre dans les rues, boit, boit, boit dans un caboulot misérable, se moque de tout et de tous ; et le penseur juge, froidement.

Harry est tellement malheureux qu’il attend la mort, le suicide, avec impatience ; un rasoir l’attend chez lui et il a décidé d’en faire usage. Mais ce rasoir l’effraie et il ne peut se résoudre à regagner sa chambre. Et, dans son errance nocturne, il rencontre une jeune femme qui va lui apprendre à se réconcilier avec ses multiples facettes et la vie.

Je pense que chaque personne lisant ce livre va y trouver quelque chose de différent, d’unique. Le propos que Hesse tient parle aux pensées, aux interrogations, aux angoisses de chacun. Qui suis-je ? Qui est ce moi ? Comment puis-je vivre heureux ? Comment se débarrasser de tous ses préjugés, du regard des autres ?

Pour ma part, j’y ai puisé plusieurs choses : une réflexion sur la culture, d’abord. Y’a-t-il des œuvres d’arts supérieures à d’autres ? Mozart est-il supérieur à un solo de Jazz endiablé ? Un texte de Hugo à un roman de chicklitt ?

Une réflexion sur les multiples facettes que chacun a en soi, également. Je suis « je » mais je suis également l’adolescente au moment des premiers émois, je suis l’enfant joyeuse, je suis la lycéennes intello, je suis, je suis, je suis. Et il faut apprendre à vivre avec ces facettes, ce que sait faire la joyeuse Hermine, le fascinant Paulo, mais que Harry n’arrive pas à faire.

Et puis, le style de Hesse, enfin. Il m’avait déjà ému profondément dans Narcisse et Goldmund, et là, encore plus. Les émotions, les odeurs, les impressions sont restituées de manière savoureuse. Quand on est assis avec Harry sur les marches de l’escalier, on sent la douce odeur d’encaustique, on touche le tapis rouge à peine usé des marches, on  voit resplendir les feuilles régulièrement nettoyées.

Une grande œuvre, à lire, relire et relire, à différents moments de sa vie pour y trouver à chaque fois un message personnel.

 

 

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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 10:11

« Une interprétation grandiose de ce personnage de raté solitaire et distant, se débattant entre l’échec d’un ancien mariage et une émouvante liaison actuelle ; un paranoïaque absolu victime du regard qu’il porte sur lui-même. »

Ce personnage, c’est le buveur d’eau lui-même, Bogus Trumper. Un gentil fumiste, doctorant en langues nordiques qui invente plus qu’il ne traduit l’épopée d’Akthelt et Gunnel ; qui part à d’étranges chasses aux canards ; qui se repait entre les seins de Tulipe-Tulpen, sa maîtresse ; qui regrette son fils, parti avec son ex-femme ; qui cherche celui qui cherche le tank noyé dans le Danube ; qui va, qui vient, un tel bon à rien qu’un de ses amis décide de tourner un film-documentaire sur lui.

D’habitude, je n’aime pas ce genre de personnages : ils me donnent envie de les secouer, de les réveiller. Je tourne chaque page excédée en me demandant ce que ce fichu héro va bien pouvoir inventer pour s’enfoncer dans sa galère. Ça n’a pas loupé avec Trumper, au moins au début : il m’a fatiguée, je ne comprenais pas ce que Tulpen ou Biggie (son ex-femme) pouvait trouver à cet espèce d’enfant incapable et incohérent. Et … je me suis laissée prendre. D’abord par la construction du roman, presque mathématique, deux suites qui se rejoignent, le passé avec Biggie, le présent avec Tulpen ; puis par le style, purement parlé, plein d’esprit et de répartie ; enfin par Trumper lui-même. C’est qu’il est touchant, ce pauvre type : il est tellement inadapté au monde, que la moindre action devient une épopée périlleuse ; aller pisser est aussi problématique que de revenir de Vienne avec un paquet de drogue dans le sac accompagné par d’obscurs services secrets.

Le monde nous est présenté par ses yeux : on devine son environnement à travers un brouillard opaque où quelques figures se dégagent, sa femme, ses amis, comme Sourisquetout et Moby Dick ou les héros étranges et barbares d’Akthelt et Gunnel. On finit par penser comme lui, être surpris que sa femme le quitte pour une vie plus paisible, et trouver normal que la merveilleuse Tulpen pense à lui ; trouver normal que la chasse aux canards se fasse cul nu, avec un préservatif sur le sexe et que les poissons lunes jouent aux hors-bord dans les aquariums. Et j’ai même fini par adorer cette émouvante plongée dans un absurde merveilleux et fantasque.

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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 18:35
« Quelqu’un aurait dû l’emmener dans une papeterie et lui expliquer la différence entre une enveloppe et une pute »

J’ai lu ce livre sur les recommandations d’une amie : les livres policiers sont un domaine dans lequel je m’aventure rarement (trop souvent déçue) ; et ceux avec une couverture jaune, une fausse étoile de chérif et un pistolet pour gamins bleu pétard encore moins. Mais elle avait l’air tellement enthousiaste que je me suis laissée convaincre … et je ne le regrette pas !

L’histoire dure une journée, celle de Card, un mec paumé, blessé de guerre (de la mitraille dans les fesses), un privé malchanceux, propriétaire d’une arme, sans aucune balle pour mettre dedans et pas un sou vaillant pour en acheter, réduit à voler dans les sébiles des mendiants aveugles, mais qui, à Babylone, se nomme Smith Smith, se laisse aimer par la splendide Nana-Dirat, se lave dans une baignoire en marbre et est à la fois le plus grand joueur de base-ball de tous les temps et le détective le plus célèbre de l’univers.

Même pour les personnages qui l’entourent, l’ambiance est aux clichés : le flic est un coriace, le médecin légiste un cynique, la blonde est pulpeuse et son homme de main une brute, les noirs se déplacent en bandes et la veuve éplorée est éplorée. Le tout est décrit avec une jubilation contagieuse. On suit avec attachement cette curieuse affaire policière, le meurtre d’une prostituée avec un coupe papier, on se demande comme le héros ce que la blonde peut bien faire de toute la bière qu’elle boit et à quelle heure sa mère va-t-elle bien rentrer du cimetière !

Dans le fond, bien que le style soit totalement différent, ce bouquin m’a rappelé Pratchett : les mêmes héros pitoyables et terriblement attachants, un univers farfelu, des coïncidences troublantes et la volonté de caricaturer avec humour un genre littéraire …

Comme pour ceux de Pratchett, je n’ai aucune envie de dévorer tous ses livres à la suite ; mais s’offrir de temps en temps une pause en forme de clin d’œil, oh que oui !
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